dimanche , 22 septembre 2019
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Bilderberg : Quinquennat chahuté par la crise des « gilets jaunes » en France

A quelques jours des annonces d’Emmanuel Macron pour sortir de la crise, plusieurs milliers de « gilets jaunes » ont manifesté samedi pour l’acte 22 du mouvement, notamment à Paris et Toulouse. Les rassemblements ont réuni au total 31.000 personnes en France, dont 5.000 à Paris, selon un décompte du ministère de l’Intérieur. Des chiffres supérieurs aux 22.300 recensés le samedi précédent, plus faible participation depuis le début du mouvement il y a quatre mois. De leurs côtés, les « gilets jaunes », qui contestent les chiffres officiels, estiment le nombre de participants à « 80.504 », selon la page Facebook de comptage, et évoquent « un petit regain de mobilisation » avant la date « exceptionnelle » du 20 avril.

Avant même les déclarations du président de la République, certains donnaient l’humeur générale dans les cortèges: « Le grand débat, grand blabla », « Macron on n’attend rien de vos annonces », pouvait-on lire sur les pancartes du petit cortège parisien.

La pression est considérable sur le chef de l’Etat, qui doit éviter la sortie de route d’un quinquennat chahuté par cette crise qui dure depuis bientôt cinq mois. Il sera de nouveau en première ligne après une semaine où le Premier ministre Edouard Philippe a « chauffé la salle » en promettant une réponse présidentielle « puissante et concrète ».

Globalement, les manifestations se sont déroulées dans le calme. A Paris, les forces de l’ordre ont procédé à 27 interpellations et 9.473 contrôles préventifs, a indiqué la préfecture.

Loi anticasseurs

Mais à Toulouse, « capitale » du jour pour les manifestants, des affrontements entre manifestants et forces de l’ordre ont émaillé le rassemblement. Les forces de l’ordre ont utilisé gaz lacrymogènes, grenades assourdissantes et canon à eau pour repousser les « gilets jaunes », qui étaient environ 4.500 selon une source policière.

Vingt-trois personnes ont été interpellées, dont plusieurs « pour dissimulation volontaire du visage » dans le cadre de la loi anticasseurs, a indiqué la préfecture.

Ces manifestations sont en effet les premières à se dérouler après la promulgation de cette loi, particulièrement ciblée par les « gilets jaunes ».

« Manifester est un droit fondamental et doit le rester », affirmait une banderole en tête du petit cortège de Bordeaux, où de très nombreux axes menant au centre-ville, interdits par arrêté préfectoral, avaient été bloqués par les forces de l’ordre.

« Résistance! », « Liberté! Liberté de manifester! », scandaient les quelque 1.800 contestataires à Montpellier.

« On ne nous empêchera pas de manifester. Ils peuvent faire les lois qu’ils veulent, on sera encore là en août s’il le faut », promet Gabrielle, 43 ans, manifestante à Paris.

Le cortège parisien a d’ailleurs rejoint en début d’après-midi, Place de la République, la marche pour « la liberté de manifester », organisée par plusieurs associations (dont LDH, Amnesty, Attac, Unef, SOS Racisme…), contre ce dispositif partiellement censuré par le Conseil constitutionnel et dont une cinquantaine d’organisations ont demandé l’abrogation.

Promulgué jeudi, le texte autorise notamment les fouilles de sacs et de véhicules dans les manifestations et à ses abords, et crée un délit de dissimulation volontaire du visage puni d’un an d’emprisonnement et 15.000 euros d’amende.

Cette loi a été votée après plusieurs samedi marqués par des scènes d’émeutes urbaines, notamment à Bordeaux et Paris sur les Champs-Elysées, qui ont fait le tour du monde.

La préfecture de police y a d’ailleurs, pour la troisième fois consécutive, interdit tout rassemblement. Régulièrement imposées depuis la mi-mars, les interdictions partielles de manifester concernent aussi nombre d’autres villes: Lille, Lyon, Montauban…

« Pouvoir d’achat »

Ils étaient un petit millier à Lille à emprunter un parcours alternatif en raison de l’interdiction de manifester en centre-ville. « Vivre en France coûte un bras, t’en plaindre coûte un œil », pouvait-on lire sur des pancartes. « Frexit », était-il aussi écrit au dos de plusieurs « gilets jaunes ».

« La première revendication, c’est le pouvoir d’achat. Mes deux enfants travaillent et pourtant ils ont du mal », raconte Cathy Sonntag, venue de Guebwiller pour défiler à Strasbourg. Cette ancienne assistante maternelle et femme de ménage manifeste pour la première fois avec les « gilets jaunes ».

Beaucoup de manifestants évoquent déjà le rendez-vous de la semaine prochaine, annoncé comme l’ultimatum 2.

« La menace semble plus forte pour le 20 avril », a déploré en fin de semaine Christophe Castaner, le ministre de l’Intérieur, évoquant des « appels qui invitent quasiment à détruire Paris ».

Pour Jérôme, un militant CGT de 47 ans, c’est surtout le 1er mai qui va attirer. « On s’attend à beaucoup de monde. Les syndicats commencent déjà à rameuter des gens, on est dans un bras de fer avec Macron. C’est le premier qui lâche qui perd ».

Montée de tension à Toulouse

La tension est montée samedi à Toulouse dès le début de la manifestation de milliers de « gilets jaunes » dans la ville, proclamée « capitale » du mouvement pour son 22e acte, avec de premières charges policières pour cantonner le cortège, a constaté l’AFP.

Moins d’une heure après le début du cortège, les manifestants se sont heurtés à des barrages policiers sur la grande avenue point de départ du rassemblement menant au centre historique.

Très vite, les forces de l’ordre ont avancé pour réduire le périmètre, lançant à chaque progression des gaz lacrymogènes et des grenades assourdissantes, a constaté l’AFP.

Un calme tendu était toutefois revenu en début d’après-midi, des rangs de manifestants, restés quelques milliers, se reformant pour reprendre un cortège. Là aussi, la police a plusieurs fois tiré des gaz lacrymogènes.

Selon la préfecture, elle est intervenue très vite en réponse à des « jets de projectile » à son encontre.

La préfecture a relevé « la présence d’individus habillés en noir, masqués ou cagoulés, équipés », qui avaient en début d’après-midi « déjà pris à partie les forces de l’ordre avec de multiples jets de projectiles et feux d’artifices ».

Un engin de chantier de travaux menés sur l’avenue a été incendié, sans d’autres sérieuses dégradations en début d’après-midi.

« Vous avez vu: tout se passait bien et ils nous gazent » s’est indigné auprès de l’AFP Fly Rider-Maxime Nicolle, une des figures du mouvement, venu en renfort dans la ville.

« J’ai décidé de venir car il y avait un appel national » à faire de Toulouse, un des bastions du mouvement, l’épicentre de cet acte 22, « mais je suis déçu de cette réponse », a-t-il ajouté. Il a dénoncé comme une « campagne de com’ à 12 millions » le grand débat lancé par l’exécutif.

La manifestation des « gilets jaunes », non déclarée, a été interdite d’accès à la place du Capitole, dans le centre historique, mais non sur le parcours où les premiers heurts ont éclaté.

GRAND DÉBAT : MULTITUDE DE PISTES POUR ÉVITER LA SORTIE DE ROUTE

Panorama des pistes envisagées, qui font débat ou écartées au sein de l’exécutif, avant l’annonce attendue dans les prochains jours des mesures d’Emmanuel Macron pour relancer son quinquennat chahuté par la crise des « gilets jaunes ».

Envisagé :

  • La piste la plus probable est une baisse de l’impôt sur le revenu, avec l’ajout de nouvelles tranches d’imposition pour le rendre plus progressif. Il existe actuellement cinq tranches, dont s’acquittent 43% des contribuables: 0%, 14%, 30%, 41% et 45%.
  • Une réindexation des « petites retraites » sur l’inflation est à l’étude. Il s’agirait d’un revirement pour l’exécutif, qui a limité la hausse des pensions de base à 0,3% au 1er janvier, bien en deçà de l’inflation (1,8% en 2018), afin d’économiser 2,8 milliards d’euros. Le sujet, plebiscité dans un sondage Ifop au JDD (88%), doit revenir sur la table, puisque le Conseil constitutionnel a censuré en décembre la hausse de 0,3% prévue en 2020, obligeant le législateur à inscrire la mesure dans le prochain budget.
  • Améliorer le paiement de la pension alimentaire aux mères célibataires.
  • Introduire une dose de 20% de proportionnelle pour les élections législatives au lieu des 15% évoqués jusqu’à présent.
  • Remplacer des conseillers départementaux et régionaux par des conseillers territoriaux, réforme proposée par Nicolas Sarkozy.
  • Mettre davantage de fonctionnaires « sur le terrain » et moins dans les administrations centrales, avec l’ambition de rendre accessibles les services publics aux citoyens en moins de 30 minutes.
  • Créer une « Banque européenne pour le climat » afin de financer la transition écologique du continent, a été proposé par Emmanuel Macron. Cette idée est portée depuis un an par le climatologue Jean Jouzel et l’économiste Pierre Larrouturou (sur la liste de Raphaël Glucksmann aux européennes), qui plaident pour transformer la BEI (Banque européenne d’investissement) en banque de développement durable.
  • Une hausse du plafond d’abattage des loups a été annoncée par le chef de l’Etat de 10-12% à 17-19% en fonction des départements, en réponse à une revendication des éleveurs.
  • Supprimer les avantages des ex-présidents, Premiers ministres et ministres. Après avoir quitté l’Elysée, les ex-chefs de l’Etat disposent en effet d’une rémunération et de différents services (bureau, agents de sécurité…).
  • Remplacer ou réformer l’ENA, l’école de formation des élites de l’Etat sur le modèle de l’Ecole de Guerre.

En débat :

  • La remise à plat d’une partie des 474 niches fiscales, qui coûtent, ensemble, près de 100 milliards d’euros selon Bercy, est défendue par le ministre des Comptes publics Gérald Darmanin.
  • Edouard Philippe et plusieurs ministres ont aussi suscité la confusion ces derniers jours en assurant tout à la fois que la réforme Delevoye ne toucherait pas à l’âge légal de 62 ans – promesse de campagne d’Emmanuel Macron – tout en évoquant un possible allongement de la durée du travail pour financer la dépendance et le grand âge.
  • Instaurer un taux de TVA à 0% sur les produits de première nécessité, comme le réclament certains « gilets jaunes ». Gérald Darmanin et Edouard Philippe doutent d’une mesure coûteuse qui impliquerait aussi d’obtenir un accord préalable de la commission européenne, le droit européen interdisant d’appliquer un taux nul.
  • La hausse de la taxe carbone, à l’origine de la crise des « gilets jaunes » est exclue dans l’immédiat par le chef de l’Etat et le Premier ministre. Mais l’exécutif reste vague pour l’année 2020 et au-delà. « Ca fera partie des choix à faire dans les mois qui viennent », a déclaré jeudi sur France Inter le ministre François de Rugy.
  • Se passer à 100% du glyphosate en trois ans, un pesticide classé comme « cancérogène probable », ne sera pas possible d’ici à 2021, a signifié Emmanuel Macron, alors qu’il s’y était engagé.
  • Prendre en compte les votes blancs. La Garde des Sceaux Nicole Belloubet s’est montrée toutefois prudente quant à « l’impact » d’un telle mesure sur « la légitimité des élus ».
  • Fusion du Sénat et du Conseil économique social et environnemental (Cese), auquel le Sénat est totalement opposé.
  • Concernant la limitation de vitesse à 80 km/h sur les routes secondaires, mesure très contestée, Emmanuel Macron s’est dit ouvert à des aménagements locaux, au risque de désavouer le Premier ministre.

Ecarté

  • Voulu par 77% des Français, selon un sondage Ifop, le retour de l’ISF a été fermement écarté par Emmanuel Macron. Mais un élargissement de l’IFI, l’impôt sur la fortune immobilière, pour les gros patrimoines (à partir de 1 million au lieu de 1,3), est avancé par certains.
  • Modifier les règles sur la taxation des héritages ? « On n’y touchera pas tant que je serai là », a prévenu le président à l’automne.
  • Une nouvelle réduction de la CSG semble peu probable après celle du taux concédée fin décembre pour les retraités touchant moins de 2.000 euros par mois.

(avec Afp)

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