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Mandats d’arrêt : Omar EL-BÉCHIR ne serait pas livré à l’étranger

Au lendemain de la destitution d’Omar el-Béchir, resté 30 ans au pouvoir au Soudan, la foule des manifestants rassemblée à Khartoum est désormais déterminée à chasser les généraux du régime qui ont tenté vendredi d’apaiser la rue en promettant un « gouvernement civil ». Le général Awad Ibn Ouf, nouvel homme fort du Soudan, va tenter d’apaiser la contestation qui secoue le pays depuis près de quatre mois, mais risque de se retrouver sans soutien international vu son implication dans des crimes de guerre présumés au Darfour.

Les principaux chefs de l’armée ont par ailleurs confirmé vendredi que le président déchu était en détention mais qu’il ne serait pas « livré à l’étranger », alors qu’il est sous le coup de deux mandats d’arrêt de la Cour pénale internationale (CPI).

Après des semaines de manifestations réclamant son départ, Omar el-Béchir, qui dirigeait le Soudan d’une main de fer depuis 1989, a été renversé jeudi par un coup d’Etat de l’armée qui a mis en place un « Conseil de transition militaire » pour deux ans.

Affichant leur rejet de cette transition, les manifestants ont passé leur sixième nuit consécutive devant le quartier général de l’armée. Malgré le couvre-feu imposé de 20H00 GMT à 02H00 GMT, la nuit a été calme.

Les militaires au pouvoir ont cherché à les rassurer. Le futur gouvernement sera « un gouvernement civil, dans lequel nous n’interviendrons pas », a assuré à la télévision d’Etat le général Omar Zinelabidine, membre du Conseil militaire de transition, lui-même dirigé par le ministre de la Défense Awad Ibn Ouf.

L’armée dialoguera « avec toutes les entités politiques », a ajouté M. Zinelabidine, soulignant que le Conseil militaire ne permettrait « aucune atteinte à la sécurité » sur le territoire.

Devant le conseil de sécurité de l’ONU, l’ambassadeur du Soudan à l’ONU, Yasir Abdelsalam, a aussi essayé de dissiper les craintes.

Le Conseil militaire « se contentera d’être le garant d’un gouvernement civil », a-t-il dit. Il a en outre ajouté que la période de transition « pourra être réduite en fonction des développements sur le terrain et l’accord des parties prenantes ».

A l’occasion d’un grand rassemblement pour la prière du vendredi, des milliers de femmes et hommes vêtus de blanc ont afflué sous un soleil brûlant devant le QG de l’armée à Khartoum, selon des témoins. L’imam de la prière était enveloppé du drapeau soudanais.

« C’est notre place »

« C’est la première fois que je viens ici, j’ai répondu à l’appel pour venir faire la prière ici », explique Hussein Mohamed, un homme âgé venu d’Omdourman, ville voisine de Khartoum.

« Je suis impressionné par ce que font ici ces jeunes femmes et hommes », a-t-il ajouté.

« C’est notre place. Nous l’avons prise et nous n’allons pas l’abandonner jusqu’à ce que la victoire soit acquise. On a violé le couvre-feu. Nous allons continuer à le faire jusqu’à ce que nous obtenions un gouvernement de transition », a affirmé Abou Obeïda, un manifestant devant le QG de l’armée.

L’annonce de jeudi signifie que « nous sommes arrivés à rien », lâche pour sa part Adel.

« Nous n’arrêterons pas notre révolution. Nous appelons le régime à partir », ajoute-t-il.

De nombreux soldats sont visibles dans la foule, discutant avec les contestataires.

Le général Zinelabidine a affirmé vendredi que le Conseil militaire était prêt à « s’assoir avec les protestataires et à les écouter (…) et à travailler main dans la main avec eux(…) pour trouver des solutions » aux problèmes des Soudanais.

La décision du gouvernement le 19 décembre de tripler le prix du pain dans ce pays en plein marasme économique avait déclenché les manifestations.

A l’étranger, le coup d’Etat militaire a été accueilli avec prudence.

Les Etats-Unis, qui maintiennent des sanctions contre le Soudan, pays sur leur liste des Etats soutenant « le terrorisme », ont exhorté l’armée à intégrer les civils au gouvernement, tout en saluant un « moment historique ».

L’Union européenne a aussi appelé l’armée à un transfert « rapide » du pouvoir aux civils, tandis que l’Union africaine a critiqué la « prise de pouvoir par l’armée ».

La Ligue arabe a pour sa part appelé « au dialogue politique » pour répondre aux aspirations du peuple soudanais.

« Révolution de palais »

M. Béchir a tenté de réprimer le mouvement de contestation par la force et instauré le 22 février l’état d’urgence à l’échelle nationale. Selon un bilan officiel, 49 personnes ont été tuées depuis le 19 décembre.

Parmi les autres mesures décrétées jeudi par les militaires figurent la fermeture des frontières terrestres jusqu’à nouvel ordre et un cessez-le-feu à travers le pays, notamment au Darfour (ouest), où un conflit a fait plus de 300.000 morts depuis 2003 selon l’ONU. Ces dernières années, le niveau de violence a cependant baissé.

Cette « révolution de palais » vise surtout « à protéger le régime et empêcher l’opposition, des civils, des non-islamistes (…) de prendre le pouvoir », indique à l’AFP Jérôme Tubiana, chercheur indépendant sur le Soudan.

« En fait, la perspective d’une transition démocratique pourrait être encore plus éloignée que lorsque Bachir était en place, dans la mesure il n’y a pas de centre du pouvoir avec qui négocier », estime pour sa part l’analyste Alex de Waal.

« Le fait que Béchir ait accepté sa destitution prouve qu’il s’agit, plutôt que de le livrer à la CPI, de le protéger. Rien d’étonnant de la part d’hommes qui ont été (…) ses complices », juge pour sa part M. Tubiana.

Amnesty International a appelé à remettre M. Béchir à la CPI. En 2009, cette Cour basée à La Haye avait lancé un mandat d’arrêt contre lui pour « crimes de guerre » et « contre l’humanité » au Darfour, ajoutant en 2010 l’accusation de « génocide ».

AWAD IBN OUF, NOUVEL HOMME FORT DU SOUDAN

Le général Awad Ibn Ouf, nouvel homme fort du Soudan, va tenter d’apaiser la contestation qui secoue le pays depuis près de quatre mois, mais risque de se retrouver sans soutien international vu son implication dans des crimes de guerre présumés au Darfour.

Dans une sobre déclaration retransmise jeudi à la télévision d’Etat, M. Ibn Ouf a annoncé la chute du régime d’Omar el-Béchir, à la tête du Soudan depuis près de 30 ans et dont il était l’un des proches depuis son arrivée au pouvoir après un coup d’Etat en 1989.

Né en 1950, ce militaire de carrière a également annoncé jeudi l’instauration pour deux ans d’un Conseil militaire de transition dont il a pris la direction.

Le général Ibn Ouf a occupé plusieurs postes dans les hauts rangs de l’armée et du ministère des Affaires étrangères. Il a notamment dirigé la section artillerie, avant de prendre les rênes des renseignements généraux de l’armée.

En 2010, il prend sa retraite et devient conseiller à l’ambassade du Soudan au Caire (Egypte) puis à Mascate (Oman).

En 2015, il revient en politique en tant que ministre de la Défense. En février dernier, M. Béchir le nomme Premier vice-président.

« Awad Ibn Ouf n’est pas seulement un haut-gradé de la vieille garde de Béchir, il est aussi l’un des rares dans l’armée à pouvoir maintenir la cohésion entre les différentes branches rivales de l’appareil sécuritaire du régime », explique à l’AFP Jérôme Tubiana, chercheur indépendant sur le Soudan depuis 20 ans.

« C’est même pour cela qu’il a été nommé ministre de la Défense en 2015 », rappelle-t-il. « A l’époque, il était même considéré comme plus proche du service de renseignement que de l’armée. »

Sanctions américaines

Le général serait à la fois proche des puissants services de renseignements (NISS) et des milices arabes janjawid qui ont mené la répression au Darfour, estime M. Tubiana.

En 2003, un groupe rebelle issu d’une minorité ethnique de la région du Darfour avait pris les armes contre Khartoum, accusant le gouvernement de marginaliser économiquement et politiquement leur communauté.

« Dans les années 2000, (Awad Ibn Ouf) dirigeait le service de Renseignement militaire et à ce titre, il a joué un rôle clé dans la répression au Darfour. Avec Salah Gosh (à la tête du NISS), il a notamment fondé la Garde-frontière, le premier corps paramilitaire dans lequel les Janjawid ont été intégrés » afin d’officialiser leur existence, précise-t-il.

Awad Ibn Ouf est sous le coup de sanctions américaines en raison de « son rôle, en tant que chef des renseignements militaires, dans l’organisation d’attaques contre les civils au Darfour », souligne l’ONG de défense des droits humains Human Rights Watch.

M. Ibn Ouf a été « lié à des violences, atrocités et abus des droits humains » au Darfour, a déclaré en mai 2007 Washington, qui a gelé ses biens et avoirs sur le sol américain.

Omar el-Béchir lui-même est sous le coup d’un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale pour « crimes de guerre » et « contre l’humanité » et « génocide » au Darfour, où un conflit a fait plus de 300.000 morts depuis 2003 selon l’ONU.

Des centaines de milliers de personnes continuent d’y vivre dans des camps de réfugiés.

« Faible »

Selon des experts, M. Ibn Ouf pourrait ne pas rester longtemps à la tête du Conseil militaire de transition.

Le général a en effet pris de nombreuses décisions concernant les forces armée par le passé, mais « la tâche (politique) qui s’annonce ne sera pas facile » à accomplir, explique un analyste sous couvert de l’anonymat.

« La colère des manifestants va être un défi continu », ajoute-t-il.

Déjà dans les rues de Khartoum, des manifestants promettent « de s’assurer qu’il démissionnera ». « Ibn Ouf est faible », ajoute l’un d’entre eux, refusant de donner son nom pour des raisons de sécurité.

(avec Afp)

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