jeudi , 17 octobre 2019
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La fin d’une aventure : Julian ASSANGE vieilli et affaibli

Le fondateur de WikiLeaks Julian Assange a été reconnu coupable jeudi par la justice britannique d’avoir violé les conditions de sa liberté provisoire, quelques heures après son arrestation de force par la police à l’ambassade d’Equateur à Londres, où il était réfugié depuis sept ans. M. Assange s’était réfugié en 2012 dans cette ambassade pour éviter d’être extradé vers la Suède, où il était accusé de viol, un dossier depuis classé. Il en a été extrait de force jeudi matin par des policiers habillés en civil qui l’ont porté jusqu’à un fourgon de police. Apparaissant vieilli et affaibli, cheveux longs blancs et barbe hirsute, selon une vidéo réalisée par l’agence Ruptly TV, il s’est écrié: « Le Royaume-Uni doit résister », selon l’auteure de la vidéo.

L’Australien de 47 ans a été arrêté en vertu d’une demande d’extradition américaine pour « piratage informatique », qui sera examinée au cours d’une audience le 2 mai, et d’un mandat délivré en juin 2012 par la justice britannique pour non présentation au tribunal, un délit passible d’un an de prison.

Il va « contester et combattre » la demande d’extradition, a déclaré à des journalistes après sa comparution son avocate Jennifer Robinson, pour qui son arrestation « crée un dangereux précédent pour les organes de presse et les journalistes » dans le monde.

L’Australien est inculpé aux Etats-Unis d’association de malfaiteurs en vue de commettre un « piratage informatique », passible d’une peine maximum de cinq ans de prison, a révélé jeudi le ministère américain de la Justice.

Il est accusé d’avoir aidé l’ex-analyste du renseignement américain Chelsea Manning à obtenir un mot de passe pour accéder à des milliers de documents classés secret-défense.

« Liberté étranglée »

M. Assange a comparu en milieu de journée dans une salle d’audience du tribunal de Westminster, à Londres, vêtu de vêtements foncés, esquissant un salut, pouce levé, en direction de la presse, avant de se plonger dans un livre, a constaté une journaliste de l’AFP.

Le juge Michael Snow l’a qualifié de « narcissique incapable de voir au-delà de son propre intérêt » et l’a déclaré coupable de violation des conditions de sa liberté provisoire. Sa peine sera rendue à une date ultérieure non précisée.

Son arrestation a provoqué un branle-bas de combat chez ses soutiens qui ont qualifié d' »illégales » la décision de l’Equateur et les conditions de cette arrestation.

Sur Twitter, WikiLeaks a reproché à ce pays sud-américain d’avoir « illégalement mis fin à l’asile politique accordé à Julian Assange, en violation du droit international », et d’avoir « invité » la police britannique dans l’enceinte de l’ambassade.

Moscou a accusé Londres d' »étrangler la liberté », tandis que le président bolivien Evo Morales, figure de la gauche radicale latino-américaine, a estimé qu’il s’agissait d’une « violation de la liberté d’expression ».

Pour l’ex-président équatorien Rafael Correa, cette arrestation relève d' »une vengeance personnelle du président Lenin Moreno, parce que WikiLeaks il y a quelques jours a publié un cas de corruption très grave ».

Il s’agit, a affirmé à l’AFP l’ex-chef d’Etat, de la révélation par le site Wikileaks de l’existence d' »un compte secret au Panama, à la Balboa Bank », au nom de la famille Moreno.

Lenin Moreno a lui défendu sur Twitter le retrait de l’asile accordé à Julian Assange, une décision présentée comme « souveraine » et prise « après ses violations répétées des conventions internationales et des protocoles de la vie quotidienne ». La nationalité équatorienne, qui lui avait été accordée en 2017, lui a également été retirée.

« Il n’a respecté aucune de ses obligations et cela a obligé l’Equateur à mettre en vigueur en octobre dernier un protocole spécial sur la cohabitation dans une ambassade (…), il a continué à enfreindre ce protocole », a déclaré à l’AFP l’ambassadeur d’Equateur à Londres, Jaime Marchan.

« Pas un héros »

Les critiques ont aussi été jugées « totalement infondées » par le secrétaire d’Etat britannique pour l’Europe et les Amériques, Alan Duncan, qui a assuré que « ses droits n’ont pas été violés » et que tout a été fait « dans le respect du droit international ».

Mais la rapporteure de l’ONU sur les exécutions extrajudiciaires, Agnès Callamard, a déclaré à l’AFP qu’en l’expulsant de l’ambassade, l’Equateur faisait courir à M. Assange « un risque réel de graves violations de ses droits fondamentaux ».

Le gouvernement britannique s’est attaché de son côté à présenter Assange en justiciable comme les autres. « Personne n’est au-dessus des lois », a déclaré la Première ministre Theresa May au Parlement, tandis que le chef de la diplomatie Jeremy Hunt a jugé qu’il n’était « pas un héros ».

En Suède, l’accusatrice de M. Assange compte demander la réouverture de l’enquête, a déclaré jeudi son avocate à l’AFP. « Nous allons tout faire pour que les procureurs rouvrent l’enquête suédoise et qu’Assange soit remis à la Suède et traduit en justice pour viol », a dit Me Elisabeth Massi Fritz.

LA BATAILLE CONTRE L’EXTRADITION

C’est le début d’une longue bataille judiciaire pour le fondateur de WikiLeaks, Julian Assange, qui vient de passer sa première nuit en détention et risque d’être extradé vers les Etats-Unis qui le considèrent comme une menace pour leur sécurité et veulent le juger.

Julian Assange est détenu à la prison de Belmarsh, dans le sud-est de Londres, a révélé à l’AFP vendredi une source judiciaire proche du dossier, alors que la presse britannique évoquait vendredi matin le centre pénitencier de Wandsworth, au sud-ouest de la capitale.

Belmarsh est un établissement de haute sécurité pouvant accueillir 910 prisonniers, dont des détenus suscitant un fort intérêt médiatique, selon un rapport d’inspection de 2018.

Des agents consulaires australiens vont demander à lui rendre visite au plus vite, a annoncé jeudi la ministre australienne des Affaires étrangères Marise Payne, tout en se disant « persuadée » qu’il serait « traité de manière équitable ».

Arrêté jeudi matin et extirpé de force par la police de l’ambassade d’Equateur où il avait trouvé refuge il y a sept ans pour échapper à un mandat d’arrêt britannique pour des accusations de viol et d’agression sexuelle en Suède – qu’il a toujours niées -, Julian Assange a été présenté dans l’après-midi même au tribunal londonien de Westminster. Un juge l’y a reconnu coupable de s’être soustrait à la justice, un délit passible d’un an de prison. Sa peine sera prononcée à une date qui n’a pas été communiquée.

Jusqu’à deux ans de procédure

Outre le mandat d’arrêt britannique, Assange fait face à une demande d’extradition américaine pour « piratage informatique ».

« Vous pourriez consentir à la demande », lui a dit le juge Michael Snow lors de sa comparution. Avant de lui exposer de manière étonnamment ironique l' »inconvénient » et l' »avantage » d’un tel choix: pas de possibilité de faire appel mais celle d’aller « plus vite aux Etats-Unis » et de « reprendre le cours de (sa) vie ».

Julian Assange a refusé. Vêtu d’une veste noire et cheveux noués en queue de cheval, visage mangé par une longue barbe blanche, son apparence et son calme tranchaient avec la vidéo de son arrestation, réalisée par l’agence Ruptly TV, où il hurlait « Le Royaume-Uni doit résister! » alors qu’il était porté par les policiers.

Avant le début de l’audience, il a même feuilleté un livre sur le système militaire américain, depuis le box des accusés, prenant soin d’en présenter la première de couverture aux journalistes dans la salle d’audience, qu’il avait d’abord salués, pouce levé.

Son avocate Jennifer Robinson a annoncé qu’il allait « contester et combattre » la demande d’extradition américaine. Son arrestation, autorisée par Quito, « crée un dangereux précédent pour les organes de presse et les journalistes » dans le monde, a-t-elle ajouté.

La bataille judiciaire pourrait durer entre 18 mois et deux ans, selon Ben Keith, avocat britannique spécialisé dans les affaires d’extradition. Et « les chances de gagner sont faibles », a-t-il dit à l’AFP, expliquant que le Royaume-Uni répondait la plupart du temps positivement aux demandes d’extradition américaines.

Accusé d’avoir aidé l’ex-analyste du renseignement américain Chelsea Manning à obtenir un mot de passe pour accéder à des milliers de documents classés secret-défense, Julian Assange encourt jusqu’à cinq années de prison aux Etats-Unis selon le ministère américain de la Justice.

Mais « il n’y a aucune garantie qu’il n’y aura pas d’accusation supplémentaire (une fois) sur le sol américain », a averti le rédacteur en chef de Wikileaks, Kristin Hrafnsson. Un scénario toutefois improbable, selon Ben Keith, qui invoque « une protection spécifique du droit international en matière d’extradition empêchant de poursuivre quelqu’un avec des chefs d’accusations supplémentaires ».

De son côté, le vice-président américain Mike Pence a assuré vendredi que les réactions enthousiastes de Donald Trump durant la campagne présidentielle aux informations de WikiLeaks concernant Hillary Clinton n’étaient en aucun cas une marque de soutien à l’organisation.

« Atrocités »

Faisant écho à l’équipe de Wikileaks, le chef de l’opposition travailliste, Jeremy Corbyn, a appelé le gouvernement conservateur de Theresa May à « s’opposer » à l’extradition « pour avoir exposé des preuves d’atrocités en Irak et en Afghanistan ».

Concrètement, le gouvernement n’a « pas le pouvoir d’arrêter » une extradition validée par la justice britannique, sauf en invoquant des « motifs de sécurité nationale », a précisé Ben Keith.

Londres s’est attaché à présenter Assange en justiciable comme les autres. « Au Royaume-Uni, personne n’est au-dessus de la loi », a souligné Mme May devant la Chambre des communes jeudi. « Julian Assange n’est pas un héros », a de son côté dit le chef de la diplomatie Jeremy Hunt.

En Suède, l’accusatrice de M. Assange compte demander la réouverture de l’enquête qui avait été classée, a déclaré jeudi son avocate à l’AFP. « Nous allons tout faire pour que les procureurs rouvrent l’enquête suédoise et qu’Assange soit remis à la Suède et traduit en justice pour viol », a dit Me Elisabeth Massi Fritz.

(avec Afp)

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