mercredi , 16 octobre 2019
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Génocide : Mensonges et manipulations du régime de Paul KAGAME

Commémoration du génocide au Rwanda, seul chef d’État ou de gouvernement non africain, le Premier ministre belge Charles Michel est venu exprimer le soutien de l’ancienne puissance coloniale. Reconnaissant les erreurs de la communauté internationale en 1994, il a dit parler « au nom d’un pays qui veut aussi assumer les yeux dans les yeux sa part de responsabilité face à l’histoire ». L’absence de chefs d’État ou de gouvernement de la sous-région a toutefois témoigné du relatif isolement dont continue à souffrir le Rwanda. Sans dire qui il visait, M. Kagame a d’ailleurs lancé un message de mise en garde à ceux qui voudraient le défier. « A ceux ici ou en dehors qui pensent que notre pays n’a pas vu assez de désordre et veulent mettre le bazar chez nous (…), je veux leur dire que nous mettrons le bazar chez eux encore bien plus », a-t-il menacé. « Personne ne devrait sous-estimer quelle formidable force les Rwandais sont devenus en raison des circonstances », a-t-il souligné. La commémoration s’est déroulée sans le président français Emmanuel Macron, qui a décliné l’invitation, officiellement pour des raisons d’agenda. Son absence est une déception pour les Rwandais, qui espéraient le voir exprimer des excuses de la France pour son rôle en 1994. Depuis la guerre d‘octobre 1990 déclenchée par le Front Patriotique Rwandais (FPR) de Paul Kagame, qui a débouché sur le génocide rwandais, certains se complaisent à être des porte-voix d’une réalité tronquée, instrumentalisant inconsciemment ou cyniquement la détresse des hutu ou des tutsi. L’analyse des discours produits dans certains médias français depuis 1994, démontre le rôle, combien important, de certains journalistes, dans la fabrication de mémoires partielles ou antagonistes sur les événements tragiques au Rwanda.

Un quart de siècle après le génocide de 1994, qui coûta la vie à au moins 800.000 personnes, le président rwandais Paul Kagame a vanté dimanche la force de son peuple, sorti de l’abîme pour redevenir une « famille », « plus unie que jamais ».

« En 1994, il n’y avait pas d’espoir, seulement les ténèbres. Aujourd’hui, la lumière irradie de cet endroit. Comment cela est arrivé? Le Rwanda est redevenu une famille », a déclaré M. Kagame, 61 ans, et homme fort du pays depuis 1994.

Il s’exprimait lors d’une cérémonie au Centre de conventions de Kigali, emblème de la modernité de la capitale rwandaise et du renouveau du pays en 25 ans.

« Notre peuple a porté un immense poids sans se plaindre ou presque », a-t-il ajouté. « Cela nous a rendus meilleurs et plus unis que jamais. »

« Rien n’aura jamais plus le pouvoir de tourner les Rwandais les uns contre les autres. Cette histoire ne se répètera pas. C’est notre ferme engagement », a-t-il promis.

En un quart de siècle, le Rwanda a retrouvé une certaine cohésion sociale, faisant cohabiter pacifiquement bourreaux et victimes, et connu un développement économique spectaculaire.

M. Kagame a appelé la jeune génération – les moins de 25 ans représentent 60% de la population – à reprendre le flambeau. « Ils ont la responsabilité de prendre de plus en plus les choses en mains, et de participer à construire le Rwanda que nous voulons et méritons. »

En début de soirée, une marche du souvenir a mené M. Kagame et des centaines de personnes vers le stade Amahoro (Paix, en kinyarwanda), où avait lieu une veillée.

Ce stade, dans lequel s’étaient réfugiés en 1994 des milliers de Tutsi pour échapper, sous la protection de l’ONU, aux tueries, est souvent le lieu de crises traumatiques, appelées Ihahamuka, parmi le public bouleversé qui revit le drame.

‘Part de responsabilité’

Les dignitaires présents ont allumé une chandelle avec laquelle ils ont symboliquement enflammé celles tenues par des jeunes, en signe de passage de relais. Le stade s’est ensuite embrasé de milliers de petites flammes jaunes ou blanches.

Au bras de son épouse Jeannette, M. Kagame avait auparavant lancé les célébrations en allumant une flamme du souvenir au mémorial de Gisozi à Kigali, où plus de 250.000 victimes du génocide sont enterrées.

A l’instigation du régime extrémiste hutu alors au pouvoir, le génocide a coûté la vie, entre avril et juillet 1994, à au moins 800.000 personnes, selon l’ONU, essentiellement au sein de la minorité tutsi, mais aussi parmi les Hutu modérés.

Le déclencheur du génocide a été l’assassinat au soir du 6 avril 1994 du président rwandais Juvénal Habyarimana, un Hutu.

Le lendemain, les Forces armées rwandaises (FAR) et les miliciens extrémistes hutu Interahamwe ont donné le signal des massacres, suivis par une partie de la population encouragée par les autorités et les « médias de la haine ».

Le carnage n’a pris fin que grâce à l’entrée le 4 juillet à Kigali de la rébellion tutsi du Front patriotique rwandais (FPR), avec à sa tête un jeune chef militaire de 36 ans, Paul Kagame.

Seul chef d’État ou de gouvernement non africain, le Premier ministre belge Charles Michel est venu exprimer le soutien de l’ancienne puissance coloniale.

Reconnaissant les erreurs de la communauté internationale en 1994, il a dit parler « au nom d’un pays qui veut aussi assumer les yeux dans les yeux sa part de responsabilité face à l’histoire ».

Ouverture des archives

L’absence de chefs d’État ou de gouvernement de la sous-région a toutefois témoigné du relatif isolement dont continue à souffrir le Rwanda.

Sans dire qui il visait, M. Kagame a d’ailleurs lancé un message de mise en garde à ceux qui voudraient le défier. « A ceux ici ou en dehors qui pensent que notre pays n’a pas vu assez de désordre et veulent mettre le bazar chez nous (…), je veux leur dire que nous mettrons le bazar chez eux encore bien plus », a-t-il menacé.

« Personne ne devrait sous-estimer quelle formidable force les Rwandais sont devenus en raison des circonstances », a-t-il souligné.

La commémoration s’est déroulée sans le président français Emmanuel Macron, qui a décliné l’invitation, officiellement pour des raisons d’agenda. Son absence est une déception pour les Rwandais, qui espéraient le voir exprimer des excuses de la France pour son rôle en 1994.

La France est accusée par le pouvoir rwandais d’avoir été complice du régime hutu responsable du génocide, voire d’avoir pris une part active aux massacres, ce qu’elle a toujours nié.

La polémique empoisonne depuis des années les relations entre les deux pays, même si elles sont meilleures depuis l’élection en 2017 de M. Macron. Le chef de l’État français a fait plusieurs gestes symboliques à l’attention de Kigali.

Il a annoncé vendredi l’ouverture à une commission d’historiens de « toutes les archives françaises » sur la période 1990-1994, un engagement pris en mai 2018 à l’issue d’une rencontre avec M. Kagame.

Et dimanche, tout en exprimant sa « solidarité avec le peuple rwandais et sa compassion à l’égard des victimes et de leurs familles », il a annoncé vouloir faire du 7 avril « une journée de commémoration du génocide des Tutsi ».

LETTRE OUVERTE AUX MÉDIAS POUR LES MENSONGES ET LES MANIPULATIONS DU RÉGIME DE KAGAME SUR LE GÉNOCIDE RWANDAIS

Lettre ouverte aux Médias français

Objet: Les mensonges et les manipulations du régime de KAGAME sur le génocide rwandais

Mesdames, Messieurs,

A la veille du 25e anniversaire du génocide rwandais, j’ai le devoir moral de m’adresser à vos médias, pour faire entendre une autre voix sur ce drame, qui défraye la chronique depuis plusieurs années. J’agis en ma qualité d’homme politique rwandais, d’ancien Premier Ministre désigné par les Accords de paix d’Arusha d’août 1993, et de Président du « Rwandan Dream Initative » (RDI-Rwanda Rwiza), un parti politique d’opposition en exil, fondé en août 2010.

Je me sens surtout interpellé par mon double statut de témoin de l’histoire tragique de mon pays et de rescapé de l’horreur, qui a emporté des millions de vies humaines au Rwanda et dans la région des Grands Lacs africains.

Depuis la guerre d‘octobre 1990 déclenchée par le Front Patriotique Rwandais (FPR) de Paul Kagame, qui a débouché sur le génocide rwandais, certains se complaisent à être des porte-voix d’une réalité tronquée, instrumentalisant inconsciemment ou cyniquement la détresse des hutu ou des tutsi. L’analyse des discours produits dans certains médias français depuis 1994, démontre le rôle, combien important, de certains journalistes, dans la fabrication de mémoires partielles ou antagonistes sur les événements tragiques de mon pays.

Certes, nombre d’entre vous ont le mérite de fonder leurs opinions sur des témoignages ou des documents crédibles, permettant à leur «audience» de comprendre cette guerre venue d’Ouganda et ses tragiques conséquences sur les Rwandais et leurs voisins des pays des Grands Lacs. Malheureusement, force est de constater que d’autres sont devenus des relais de discours de propagande, voire de slogans de haine, dont les motivations sont de toute évidence politiques. Ils contribuent, sans le vouloir peut-être, à saborder la réconciliation d’un peuple condamné à vivre ensemble, surtout que les hutu et les tutsi ont tout en commun : une même langue, une même culture, une même occupation du territoire (au Rwanda, il n’y a ni hutu land, ni tutsi land !)

Cette division du peuple rwandais est savamment entretenue par le régime de Paul Kagame, qui s’est construit sur cet antagonisme hutu-tutsi, et qui a profité de la guerre et du génocide pour prendre le pouvoir au prix du sang et des larmes.

De toute évidence, le régime du FPR a intérêt à pérenniser la division des Rwandais, sans laquelle il cesserait d’exister. A cet effet, tous les moyens sont bons, y compris l’intimidation, les assassinats, le mensonge, la manipulation et l’arrogance, pour écarter le risque d’un régime démocratique, par lequel le pouvoir du FPR serait balayé en cas d’élections libres, honnêtes et transparentes. C’est ce « réflexe de survie politique » qui pousse le Président Kagame et son parti à manipuler sans arrêt le monde entier, lui faisant croire que les hutu sont des « génocidaires », que la minorité tutsi doit rester au pouvoir, sans quoi elle se ferait massacrer à nouveau par la majorité hutu !

La première victime de la tragédie rwandaise, c’est la vérité.

Beaucoup de témoins de l’histoire tragique de mon pays, des personnalités qui ont joué des rôles différents et variés, qui ont des choses à dire, sont rarement conviées par la presse française au débat sur le Rwanda, comme si leur parole était gênante ! Et pourtant, des débats contradictoires il en faudrait, afin que les tenants de l’histoire officielle rwandaise «taillée sur mesure» ne soient pas les seuls à s’exprimer.

Ce mois d’avril 2019, nous commémorons le 25e anniversaire du génocide rwandais. C’est un deuil de tous les Rwandais, c’est un rappel de l’horreur qui continue de hanter nos esprits. C’est vingt-cinq ans de souffrance, de traumatisme, vingt-cinq ans de harcèlement de la part de certains médias et opinions publiques, complaisants avec le régime qui a tué des millions de Rwandais et de Congolais, et qui a produit des millions de réfugiés.

Demain, comme hier, de «nouvelles» accusations graves vont être portées contre les hutu en général par des militants, des journalistes engagés ou des chercheurs, dont certains n’ont jamais mis le pied au Rwanda. Comme le dit une certaine opinion rwandaise : «Heureusement que le français n’est plus parlé au Rwanda ; beaucoup de Rwandais mouraient de chagrin s’ils écoutaient ou lisaient certains médias français ».

Ces médias vont certainement répéter pendant des mois des contrevérités qui chagrinent, des mensonges qui révoltent. Sur les plateaux de télévision et sur les ondes de radio, on verra et on entendra les mêmes qui ont défilé depuis 25 ans, dire sans scrupules, qu’ils sont témoins ou experts du Rwanda. Il y aura des nouveaux «témoins» qui vont affirmer disposer de nouvelles révélations sur les «hutu génocidaires » et bien évidemment sur «le rôle complice » de la France.

Depuis 25 ans, certains médias n’acceptent pas les contradictions, ils refusent qu’on parle des chiffres des morts hutu et tutsi dans la tragédie rwandaise. Certes, c’est un sujet sensible, mais on ne sait pour quelle raison tous les médias s’évertuent à répéter la même phrase : « le génocide rwandais qui a emporté entre 800 000 et un million de tutsi … » ; et d’ajouter, avec pudeur, « … et de hutu modérés ».

Pourquoi cette «sacro-sainte» approximation, alors que les statistiques existent et qu’elles sont publiques ? Il est de notoriété publique que le régime du FPR a érigé des mémoriaux du génocide dans toutes les régions du pays. Mais saviez-vous que, sur chaque site du mémorial, il est indiqué le nombre de tutsi tués ?

Pour votre information, nous avons relevé sur 71 sites le nombre total « officiel » de tutsi massacrés pendant le génocide en 1994, soit 1 685 784. (Voir le tableau ci-joint).

Ce chiffre est malheureusement en deçà de la réalité ! En effet, notre source n’a pas pu accéder à tous les sites, et nous savons que beaucoup d’autres corps n’ont pas été trouvés. Ils ne le seront peut-être pas, parce qu’ils ont été jetés dans des fosses communes non encore identifiées et dans des rivières et des lacs. Quoiqu’il en soit, ce chiffre est l’incarnation de l’horreur, le comble de la bêtise humaine.

Aujourd’hui, on atteint le summum de l’absurdité, quand le régime FPR de Paul Kagame, précise que sur ces mémoriaux, il s’agit exclusivement des tutsi victimes du génocide commis par des hutu ! Qu’il y ait parmi ces corps des tutsi tués, c’est indéniable. Mais, affirmer que le nombre de victimes tutsi ait atteint ce chiffre d’environ 1 700 000 est un mensonge éhonté et pitoyable.

Nous le démontrons dans les lignes suivantes, chiffres officiels à l’appui. Malheureusement, pour certains d’entre eux, nous n’arriverons pas à faire l’économie d’une comptabilité macabre.

Voici la répartition de la population rwandaise, d’après le recensement démographique officiel organisé au Rwanda en 1991 par le Ministère du Plan et l’Office National de la Population (ONAPO), avec l’assistance technique et financière du FNUAP (Fonds des Nations Unies pour la Population) et de l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID) :

Hutu: 6 467 958 (91.1%), Tutsi: 596 387 (8.4%), Twa 35 499 (0,5%).

Trois ans après, c’est-à-dire en 1994, année du génocide, il n’y a pas eu de changement démographique majeur, raison pour laquelle ces chiffres ne devraient souffrir d’aucune contestation.

Il est important de souligner que l’Association IBUKA (la principale ONG défendant la mémoire des victimes tutsi), estime que le nombre de tutsi rescapés du génocide de 1994 est de 400 000.

Ainsi, à partir du chiffre du recensement de 1991, du nombre de tués en 1994, et du nombre de rescapés, tous des chiffres officiels, n’importe qui peut se demander raisonnablement, comment un massacre qui a fait plus de 800 000 morts tutsi, peut épargner 400 000 d’une communauté qui n’en comptait que 600 000 ?

Fort curieusement, cette question, on ne se la pose jamais ! Vous-même, les médias, vous ne voulez pas savoir, afin que le mythe construit autour de cette histoire tragique rwandaise ne s’effondre !

Jusqu’à quand l’omerta sur les crimes du régime du Président Kagame ?

L’autre sujet tabou est la responsabilité du Général Kagame dans le drame rwandais. Il a assassiné deux Chefs d’Etat, celui du Rwanda et celui du Burundi, en date du 6 avril 1994, et c’est cet attentat contre l’avion présidentiel qui a déclenché le génocide, dont il s’est servi pour accéder au pouvoir. Et pourtant, il continue de jouir en toute impunité des honneurs que lui confère le statut de Chef d’Etat.

Ce régime « respectable » est coupable d’autres crimes dont certains pourraient être qualifiés de crimes contre l’humanité ou de crimes de génocide, dont le massacre dans le camp de Kibeho au Rwanda en avril 1995 et le massacre des réfugiés hutu dans les camps et les forêts de l’ex-Zaïre (l’actuel RDC). Tous ces crimes sont bien documentés par des organisations et des personnalités neutres, telles que la BBC dans « The Untold story », l’ONU dans le « Mapping report » et Judi Rever, une Canadienne qui a publié sous le titre « In Praise of Blood », des résultats d’une recherche menée pendant 20 ans sur les crimes commis par le FPR.

Malgré ce lourd passif criminel, Kagame ne manque pas d’admirateurs, y compris en France, pays des droits de l’homme. Il est curieux que certains intellectuels et personnalités trouvent Paul Kagame fréquentable, au point de demander publiquement au Président Macron d’aller l’honorer de sa présence, lors des cérémonies de commémoration du 25e anniversaire du génocide. C’est tout simplement incroyable !

Il est incompréhensible, voire immoral, que le Général Kagame continue de bénéficier du « deux poids, deux mesures » de la part de la communauté internationale, et d’une certaine opinion occidentale en particulier. Faudrait-il rappeler que l’ancien Président du Libéria, Charles Taylor, a été condamné par le Tribunal International à 50 ans de prison pour les crimes contre l’humanité, les crimes de guerre et les crimes économiques commis au cours de la guerre civile en Sierra Leone (1991-2002) ? Pourtant, en termes de vies humaines, les crimes imputés à l’ex-Président libérien ne représentent même pas les 2% de ceux commis au Rwanda et en République Démocratique du Congo (RDC). On est donc en droit de dénoncer le silence des médias et l’inaction de la justice internationale, face au Général Paul Kagamé que Filip Reyntjens, chercheur belge et grand spécialiste du Rwanda, qualifie de plus grand criminel en vie.

Aider à la réconciliation des Rwandais, par une information objective et impartiale

Depuis longtemps, surtout pendant la période difficile de la guerre, je me suis engagé corps et âme à défendre les droits humains, la liberté d’expression et l’unité du peuple rwandais. Je l’ai payé très cher, j’ai perdu la moitié de ma famille en 1994. Malgré cela, je continue ma lutte.

Je m’insurge contre les mensonges et les contrevérités, construits par le régime du FPR et véhiculés par certains médias sur les hutu. Les hutu sont honnis, sont qualifiés de pestiférés. Au Rwanda, ils doivent courber l’échine, sous peine d’être qualifiés de « génocidaires » et de tomber sous le coup des « lois anti-génocide », instaurées dans le seul but de faire taire toute velléité d’opposition politique. Je ne quémande pas la compassion, mais j’exige l’honnêteté intellectuelle, je demande tout simplement la vérité sur l’histoire de mon pays.

Lorsqu’une société, en l’occurrence la société rwandaise, traverse un moment de désarroi aussi profond, la parole médiatique ne peut se contenter d’être simple et réductrice de la vérité. Elle devrait éclairer, réconcilier et non accuser, diffamer, injurier, salir gratuitement un peuple, une communauté.

Non, les hutu n’ont pas tué les tutsi, ni les tutsi n’ont pas tué les hutu. Je vous en parle en ma qualité de témoin de l’histoire de mon pays. Les « ultras » du MRND (interahamwe) et les inkotanyi du FPR ont commis des crimes de génocide et des crimes contre l’humanité.

Ni les hutu, ni les tutsi ne doivent être tenus globalement pour responsables. Chaque camp a connu son lot de victimes, malheureusement, à ce jour, seul le camp des « vaincus » subit la justice des « vainqueurs ».

Il convient de rappeler que les tutsi ont été tués par des miliciens interahamwe, dont le président Robert Kajuga était pourtant tutsi. Quant aux hutu, en plus d’être victimes des interahamwe, ils ont été aussi massacrés par les inkotanyi du FPR, actuellement au pouvoir au Rwanda. C’est d’ailleurs pour cette raison que l’ONU a qualifié ces massacres de génocide rwandais.

Les mots ont un sens et le génocide rwandais a sa signification. Récemment, le génocide tutsi s’est substitué au génocide rwandais. Il est devenu, en fin de compte, un instrument politique du FPR, un moyen de faire oublier la réalité des faits, une opportunité de dissimuler la culpabilité du régime de Kigali.

Je vous invite à refuser cette forme d’ignorance ou de complicité qui ne vous sied pas. Ne soyez pas contempteurs de la souffrance des rwandais en général et des hutu en particulier. Les hutu sont morts comme des tutsi, tués pour ce qu’ils étaient ou pour leurs opinions. C’est aussi un génocide. La reconnaissance du génocide tutsi ne doit pas annuler celui des hutu.

Pendant que les rescapés tutsi sont appelés à commémorer le génocide et à honorer la mémoire des leurs, les rescapés hutu sont obligés de se taire et de se terrer. A ces derniers, le FPR a inculqué savamment la peur, le complexe de culpabilité, le désespoir, le larbinisme. Ils sont déshumanisés. Ils ne doivent pas se souvenir des leurs, ni parler de leur génocide. Outrepasser cet ordre, c’est tomber sous le coup de la loi.

Jusqu’où va-t-on nier un massacre de masse génocidaire tout en admettant son existence ? Comment et pourquoi, si on arrive sur une scène de crime, et que l’on constate qu’il y a deux cadavres, peut-on être accusé de nier l’un des deux?

C’est pourtant ce qui se passe au Rwanda ! Dire que les hutu ont été tués, c’est, d’après la sémantique officielle, nier le génocide des tutsi et par conséquent salir le régime du FPR !

Cette attitude me rappelle tristement les propos de Robert Faurisson et d’autres, qui prétendent que « la Shoah est une sorte de construction nébuleuse destinée à salir un régime (d’Hitler) pétri d’humanisme et doté d’un grand sens de l’ordre ». C’est dans cette optique, pour ne pas heurter le régime « humaniste et sécuritaire » de Paul Kagame, que Dominique Sopo, président de SOS-Racisme, avait déclaré sur la radio Europe 1 que « évoquer le sang des hutu, c’est salir le sang des tutsi.». Sa sympathie envers le régime de Kigali ne s’arrêtait pas là. Pour lui, l’évocation des crimes du FPR est un « formidable et abject renversement du rôle des bourreaux et des victimes ».

Voici où nous en sommes. Voila les personnalités qui auront droit aux médias pour distiller leur haine, et disculper le régime criminel de Paul Kagame.

Mesdames, Messieurs,

Vingt-cinq ans de deuil sans fin, de souffrance permanente, de harcèlement continu, c’est un lourd fardeau difficile à porter. J’ose espérer, du moins tel est mon souhait, que désormais l’information sera impartiale et que les débats seront ouverts et équilibrés entre les défenseurs du régime de Kigali et les tenants d’opinions différentes. Il ne saurait en être autrement, si votre « audience » doit être éclairée sur la réalité du génocide rwandais et d’autres crimes commis au Rwanda et au Congo voisin, y compris les crimes oubliés ou tus, comme ceux de « l’homme fort » de Kigali.

Je suis convaincu que l’objectivité et l’impartialité de l’information sur la tragédie rwandaise sont des facteurs déterminants dans le processus de réconciliation du peuple rwandais. En les intégrant ou en les renforçant dans votre arsenal éthique, vous aurez contribué significativement à la réparation des blessures et à l’apaisement des esprits. Vous aurez ainsi rendu un grand service au peuple rwandais, l’aidant à réaliser le noble objectif de réconciliation pour un vivre ensemble durable, dans un monde de vérité, de justice et de liberté.

Je vous prie d’agréer, Mesdames, Messieurs, l’expression de mes respectueuses salutations.

Bruxelles, le 02 avril 2019

Faustin Twagiramungu
Ancien Premier Ministre du Rwanda
Président du Parti RDI-Rwanda Rwiza

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