jeudi , 22 août 2019
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Démission de Bouteflika : Les Algériens veulent la chute totale du système

Sur les réseaux sociaux, les appels se multiplient à manifester à nouveau vendredi pour chasser les « 3B », Abdelakder Bensalah, Tayeb Belaiz et Noureddine Bedoui, trois hommes-clés de l’appareil mis en place par Bouteflika et à qui la Constitution confie les rênes du processus d’intérim. Abdelkader Bensalah, président depuis plus de 16 ans du Conseil de la Nation (chambre haute) par la grâce de M. Bouteflika, est chargé de le remplacer pour trois mois à la tête de l’Etat, le temps d’organiser une présidentielle. Tayeb Belaiz, qui fut 16 ans ministre, quasiment sans interruption, préside – pour le deuxième fois de sa carrière – le Conseil constitutionnel, chargé de contrôler la régularité du scrutin. Le Premier ministre Noureddine Bedoui était jusqu’à sa nomination le 11 mars le très zélé ministre de l’Intérieur, « ingénieur en chef de la fraude électorale et ennemi des libertés », comme le qualifie le quotidien francophone El Watan jeudi. Tous trois ont toujours servi fidèlement M. Bouteflika, rappellent leurs détracteurs. Les Algériennes et les Algériens n’accepteront pas que des symboles du régime tels que Abdelakder Bensalah (…) ou le Premier ministre conduisent la période d’intérim et organisent les prochaines élections.

Le processus d’intérim prévu par la Constitution qui se met en place en Algérie après la démission du président Abdelaziz Bouteflika est contesté par les Algériens qui promettent de continuer à défiler en masse pour obtenir la chute totale du « système ».

Sur les réseaux sociaux, les appels se multiplient à manifester à nouveau vendredi pour chasser les « 3B », Abdelakder Bensalah, Tayeb Belaiz et Noureddine Bedoui, trois hommes-clés de l’appareil mis en place par Bouteflika et à qui la Constitution confie les rênes du processus d’intérim.

Abdelkader Bensalah, président depuis plus de 16 ans du Conseil de la Nation (chambre haute) par la grâce de M. Bouteflika, est chargé de le remplacer pour trois mois à la tête de l’Etat, le temps d’organiser une présidentielle.

Tayeb Belaiz, qui fut 16 ans ministre, quasiment sans interruption, préside – pour le deuxième fois de sa carrière – le Conseil constitutionnel, chargé de contrôler la régularité du scrutin.

« Phase la plus délicate »

Le Premier ministre Noureddine Bedoui était jusqu’à sa nomination le 11 mars le très zélé ministre de l’Intérieur, « ingénieur en chef de la fraude électorale et ennemi des libertés », comme le qualifie le quotidien francophone El Watan jeudi.

Tous trois ont toujours servi fidèlement M. Bouteflika, rappellent leurs détracteurs.

« Notre victoire est partielle. Les Algériennes et les Algériens n’accepteront pas que des symboles du régime tels que Abdelakder Bensalah (…) ou le Premier ministre conduisent la période d’intérim et organisent les prochaines élections », a souligné dans une vidéo postée sur internet l’avocat Mustapha Bouchachi, une des voix de la contestation.

« Ces symboles du régime ne peuvent pas être une partie de la solution, et nous avons réclamé depuis le 22 février que tout le système, ses symboles et ses clientèles partent. La démission du président ne signifie pas qu’on a eu réellement gain de cause », a-t-il poursuivi.

Me Bouchachi a appelé les Algériens à « continuer » à manifester « jusqu’à leur départ à tous » ajoutant que « vendredi doit être un grand jour ».

« S’en tenir à la Constitution » et confier l’intérim et l’organisation des élections à des hommes incarnant le système déchu, « va probablement susciter pas mal de protestation, les contestataires doutant que les élections soient équitable (…) et libres », estime Isabelle Werenfels, chercheuse associée à l’Institut allemand pour les Affaires internationales et de Sécurité (SWP).

Les contestataires réclament à la place la mise sur pied d’institutions de transition, à même de réformer le pays et d’organiser notamment un cadre juridique garantissant des élections libres.

« L’après Bouteflika n’est pas clair. La rue et les partis » d’opposition « appellent à une nouvelle Constitution, une nouvelle loi électorale », souligne Hamza Meddeb, chercheur sur le Moyen-Orient à l’Institut universitaire européen (EUI) de Florence.

L’Algérie entre dans « la phase la plus délicate, car la rue et les institutions risquent de se diviser », estime-t-il.

Grand vainqueur de son bras de fer avec l’entourage de Bouteflika, qu’il a contraint in fine à quitter le pouvoir, le général Ahmed Gaïd Salah, chef d’état-major de l’armée, apparaît comme l’homme fort du pays actuellement.

« Epreuve de la rue »

Mais, souligne Hasni Abidi, directeur du Centre d’études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen à Genève, « la rue algérienne est devenue le nouvel acteur dans la vie politique algérienne » et « on ne connaît pas grand-chose des intentions de l’armée concernant la gestion de l’après Bouteflika ».

Jeudi, la presse algérienne elle aussi s’interroge sur le rôle qu’entend jouer l’armée, qui est historiquement un acteur clé du régime, surtout en période de crise.

Si les manifestations continuent, « l’institution militaire va-t-elle peser de tout son poids pour imposer le strict respect de la Constitution (…) ou alors pousser vers une autre issue politique consensuelle, mais qui sera forcément anticonstitutionnelle? », s’interroge le quotidien francophone Le Soir d’Algérie.

« Transition, quel mode d’emploi? » se demande El Watan en une, avec un dessin montrant le général Gaïd Salah, sifflet à la bouche, dirigeant les manifestants vers un chemin intitulé « Ordre constitutionnel ».

D’autant que le général Gaïd Salah est largement perçu par les manifestants comme un homme du « système » Bouteflika qu’il a fidèlement servi depuis sa nomination par le président à la tête de l’armée en 2004, avant de le lâcher ces derniers jours.

« Gaïd Salah reste, aux yeux des Algériens, le chef militaire qui a fait beaucoup de chemin en bonne entente avec Bouteflika, cautionnant même l’option du 5e mandat », déclencheur de la contestation, « dont il ne s’est démarqué qu’après que la mobilisation de la rue l’a sabordé », note de son côté le quotidien Liberté.

« Après le clan des Bouteflika, le chef d’état-major de l’armée aura à subir l’épreuve de la rue », prévoit le journal.

QUELS SCÉNARIOS APRÈS ABDELAZIZ BOUTEFLIKA ?

La rue algérienne n’entend pas relâcher la pression sur le pouvoir, après le départ du président Abdelaziz Bouteflika. Quels sont les scénarios possibles de la transition?

Ce que prévoit la Constitution

Après la démission d’Abdelaziz Bouteflika, c’est Abdelkader Bensalah, le président du Conseil de la Nation qui est théoriquement chargé d’assurer l’intérim. Le Conseil constitutionnel a constaté la « vacance » du pouvoir et a informé le Parlement. Les deux Chambres sont censées se réunir mais elles ne l’ont toujours pas fait.

Le président par intérim a 90 jours maximum pour organiser une élection présidentielle – à deux tours – et remettre le pouvoir à celui qui sera élu, puisqu’il lui sera interdit de se présenter lui même.

Au vu de la très courte échéance, il va devoir convoquer l’élection extrêmement rapidement, car la loi électorale prévoit un certain nombre de délais, pour certains incompressibles: notamment une période de 45 jours pour le recueil des parrainages et le dépôt des dossiers de candidatures, qui doivent ensuite être validés par le Conseil constitutionnel, organisation d’un 2e tour, 15 jours après la proclamation des résultats du 1er tour, etc…

Pourquoi ce scénario n’est-il pas certain?

Outre le départ, désormais acquis, de M. Bouteflika, la rue réclame aussi celui de l’ensemble du « système » sur lequel s’est appuyé le président déchu. Hors de question que les hommes placés aux postes-clés par le président déchu gèrent l’après-Bouteflika.

Sur les réseaux sociaux, les appels se multiplient à chasser désormais les « 3B »: Bensalah, Belaiz, Bedoui.

Tayeb Belaiz préside le Conseil constitutionnel, institution chargée de veiller à la régularité du scrutin. Avant d’être nommé Premier ministre, le 11 mars, Noureddine Bedoui fut durant quatre ans ministre de l’Intérieur et à ce titre chargé d’organiser des élections que l’opposition estime frauduleuses.

Purs produits du régime, les « 3B » ont fidèlement servi M. Bouteflika depuis son arrivée au pouvoir.

Par ailleurs, font remarquer les contestataires, les délais très courts rendent difficiles de modifier le code électoral, favorable au pouvoir et aux partis « installés ».

Une vingtaine d’associations – de défense des droits de l’Homme, de jeunes, de femmes ou des syndicats – ont appelé la population à poursuivre les manifestations vendredi pour « maintenir la pression », jusqu’au « départ de tous les responsables du régime » et la mise en place d’institutions de transition.

Quels sont les autres scénarios possibles?

« L’Algérie s’en tiendra-t-elle au processus constitutionnel, avec des élections dans 90 jours, ou y aura-t-il un effort pour négocier une issue extra-constitutionnelle », telle est la question, pour Isabelle Werenfels, chercheuse associée à l’Institut allemand pour les Affaires internationales et de Sécurité (SWP).

Pour l’heure les mécanismes institutionnels ont été mis en branle et le gouvernement commence à donner des gages – symboliques – d’ouverture démocratique à la presse, l’opposition et la société civile.

Une démission, avant la réunion du Parlement, d’Abdelkader Bensalah, « doublure » depuis 2013 en Algérie ou à l’étranger, de M. Bouteflika qui n’apparaissait plus que rarement en public en raison des séquelles d’un AVC, est évoqué, afin de nommer à sa place une personnalité plus « acceptable ».

Une démission du Conseil constitutionnel pourrait être également envisagée, seul moyen de remplacer ses membres: mais leur nomination incombe aux chefs de l’Etat et du gouvernement et aux institutions du « système ». Le chef de l’Etat par intérim n’a en revanche pas le pouvoir, constitutionnellement, de remanier le gouvernement.

Si la contestation ne se calme pas, il sera difficile de poursuivre le processus à son terme.

« Une des options pourrait être de nommer une figure indépendante, consensuelle, pour diriger une institution de transition », estime Isabelle Werenfels.

Reste à trouver la personnalité qui fasse consensus au sein d’une contestation pour l’heure non incarnée et qui refuse d’être récupérée.

Mais l’arbitre devrait être l’armée, dont l’intervention aura été décisive dans le départ de M. Bouteflika.

Or tout en assurant qu’elle « soutiendra le peuple jusqu’à ce que ses revendications soient entièrement et totalement satisfaites », elle a clairement fait savoir qu’elle n’acceptait qu’un « processus garantissant la gestion des affaires de l’Etat dans le cadre de la légitimité constitutionnelle »…

Que fera alors l’armée si les manifestations massives continuent?

« Les craintes sont énormes (…) d’un face à face entre la rue et l’institution militaire », estime Hasni Abidi, directeur du Centre d’Etudes arabes et méditerranéennes à Genève, qui note que « l’armée aujourd’hui n’a pas de contre-pouvoir » en Algérie.

« L’armée n’est pas habilitée, pas formée pour gérer une transition délicate, décidée à la hâte avec un départ non négocié du président de la République », souligne-t-il, estimant nécessaire de « rentrer tout de suite dans un cycle de négociations qui est le propre même d’une transition sereine ».

(avec Afp)

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