jeudi , 22 août 2019
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Maroc : La pluie a salué l’arrivée du Pape

C’est, en effet, sous la pluie fine mais continue que le Saint père a foulé le sol marocain. De l’aéroport de Rabat Salé à L’escalade de la mosquée Hassan le double cortège royal et papal n’a pas pris qu’un bain de foule. Il a été aussi arrosé. Si le Souverain pontife était à l’abri de la flotte grâce à sa légendaire « papamobile », le Souverain chérifien debout dans sa voiture communiait avec les masses rangées tout le long de l’itinéraire. A l’arrivée à l’Esplanade où se trouvaient plus de dix mille personnes, c’était la grande ferveur. La pluie n’a pas refroidi plusieurs milliers de Marocains et des fidèles catholiques – toutes nationalités confondues- d’ovationner le Commandeur des Croyants et le Saint Père. Cette pluie sur laquelle 24h plus tôt, le père Daniel de la Cathédrale de Rabat pariait comme signe de bénédiction papale. Il est vrai que contrairement à l’Afrique centrale où les précipitations font partie du quotidien, au Maroc la pluie n’est pas chose fréquente. Quand elle tombe, c’est toujours une bonne nouvelle pour le Royaume. La pluviométrie a valeur de thermomètre au Maghreb comme dans la région sahélo – saharienne. C’est donc sous de bons auspices que la visite papale au Maroc a commencé. Alors, tout est bien qui commence bien ? C’est le cas de le dire.

LE PAPE MET EN GARDE LES CHRÉTIENS DU MAROC CONTRE TOUT PROSÉLYTISME

Le pape François a mis en garde les chrétiens contre toute tentation de « prosélytisme », avant de célébrer une grande messe à Rabat, dimanche au second jour de sa visite officielle au Maroc.

C’est au cours d’une rencontre avec différents représentants chrétiens à la cathédrale de Rabat que le chef des 1,3 milliard de Catholiques a souligné que l’important n’était pas d’être nombreux mais d’illustrer très concrètement les enseignements de l’Eglise.

« Continuez à vous faire proches de ceux qui sont souvent laissés de côté, des petits et des pauvres, des prisonniers et des migrants », a-t-il conseillé.

En revanche, « les chemins de la mission ne passent pas par le prosélytisme, qui conduit toujours à une impasse », a fortement insisté le pape. « S’il vous plait, pas de prosélytisme! », a-t-il martelé en sortant de son texte, « l’Eglise croît non par prosélytisme mais par le témoignage ».

La remarque récurrente du pape prend une résonance particulière dans un pays où le prosélytisme actif auprès de musulmans marocains peut valoir jusqu’à trois ans de prison.

En revanche, les musulmans ont en théorie le droit de se convertir si c’est leur propre choix, une ouverture notable par rapport à d’autres pays comme les Emirats arabes unis où la conversion est punie par la peine de mort.

« Chrétiens d’autres pays »

Le roi du Maroc Mohammed VI, présent samedi toute l’après-midi au côté du pape à l’exception de la rencontre plus confidentielle avec des migrants, avait précisé: « je protège les juifs marocains et les chrétiens d’autres pays qui vivent au Maroc ».

Il n’a fait aucune référence à l’existence très discrète de milliers de Marocains convertis au christianisme qui plaident depuis 2017 pour bénéficier pleinement de la liberté de culte inscrite dans la Constitution.

Dimanche après-midi, le pape a célébré une grande messe en espagnol dans un complexe sportif couvert de Rabat où l’attendaient près de 10.000 fidèles dans une ambiance très festive, chantant et tapant des mains pour marquer les rythmes afro.

La foule, majoritairement composée de subsahariens, réunissait aussi des Européens -des familles, des seniors, des jeunes- et des Philippins. On pouvait aussi croiser dans les croisées quelques Marocains, dont un grand nombre de policiers en civil.

« Je suis ému de le voir, je suis ému d’avoir sa bénédiction », lance Samba, un Burkinabé de 18 ans de passage à Rabat en attendant de « passer en Europe ». « Ca fait longtemps que j’attendais ce moment. Je voulais le rencontrer mais ce n’était pas possible. Mais il est là et il faut en profiter », ajoute ce jeune migrant, un bonnet rouge vissé sur la tête.

Samedi, le pape a plusieurs fois évoqué les « souffrances » des migrants en dénonçant « l’indifférence et le silence » et en appelant à les considérer « comme des personnes, pas comme des numéros ». Il a terminé sa journée en rencontrant un petit groupe de migrants dans un centre humanitaire Caritas.

« Viva papa! »

Dimanche matin, quelques centaines de fidèles, originaires d’Europe ou d’Afrique subsaharienne, sont venus l’attendre sur le parvis de la cathédrale, au coeur du vieux Rabat. « Viva papa! », s’est époumoné un fidèle.

« La visite du pape montre que le vivre-ensemble est possible au Maroc », a commenté Antoine, un Nigérian de 36 ans. Mais « il y a des choses à améliorer, notamment la question des migrants et celle des chrétiens marocains », nuance cet homme qui travaille à Rabat dans une association de défense des droits des migrants.

Le pape a salué à la cathédrale les représentants du Conseil des Eglises chrétiennes du Maroc, créé pour promouvoir le dialogue oecuménique, qui réunit églises catholique, anglicane, évangélique, grecque orthodoxe et russe orthodoxe.

Dans la matinée, le souverain pontife s’était aussi rendu dans un centre social géré par des soeurs et des bénévoles à une vingtaine de km de Rabat, doté notamment d’un centre de soins où le pape a salué des petits malades.

Le Maroc compte environ 30.000 catholiques, dix fois moins qu’avant son indépendance, en 1956. Il y avait 200 églises à l’époque de la colonisation française et espagnole, il en reste aujourd’hui 44.

LE PAPE ET MOHAMMED VI PRÔNENT LA « COEXISTENCE PACIFIQUE » À JERUSALEM

Le pape François et le roi Mohammed VI ont appelé samedi à « préserver » Jérusalem comme « lieu de rencontre et symbole de coexistence pacifique », dans une déclaration commune signée à l’occasion de la visite du souverain pontife au Maroc.

Symboliquement côte à côte toute l’après-midi, « le commandeur des Croyants » et le chef des 1,3 milliards de catholiques ont tous deux défendu la coexistence pacifique entre les religions et condamné toute forme d’extrémisme.

Jérusalem doit demeurer un « lieu de rencontre et (un) symbole de coexistence pacifique, où se cultivent le respect réciproque et le dialogue », est-il écrit dans le document commun signé par le roi du Maroc et le pape François dans la salle du Trône du palais royal.

Le texte appelle également à « garantir la liberté d’accès aux fidèles des trois religions monothéistes et le droit de chacune d’y exercer son propre culte » à Jérusalem.

Objet de tensions perpétuelles, le statut de Jérusalem est une question épineuse au cœur du conflit israélo-palestinien. Israël considère toute la ville comme sa capitale, alors que les Palestiniens veulent faire de Jérusalem-Est –secteur palestinien occupé et annexé par Israël– la capitale de l’Etat auquel ils aspirent.

Le roi du Maroc préside le « Comité Al-Qods » (Jérusalem en arabe), créé par l’Organisation de la coopération islamique pour œuvrer à la préservation du patrimoine religieux, culturel et urbanistique de la Ville sainte.

Arrivé en début d’après-midi à Rabat sous une pluie battante, le pape François a défendu « la liberté de conscience », lors d’un discours sur une grande esplanade.

« La liberté de conscience et la liberté religieuse », qui doivent permettre à chacun de vivre selon sa conviction religieuse, « sont inséparablement liées à la dignité humaine », a affirmé le pape argentin en appelant les croyants à « vivre en frères ».

« Le mélange est possible »

Sur cette esplanade bordée par un mausolée et une mosquée, le roi a pour sa part souligné que « les radicalismes, qu’ils soient ou non religieux, reposent sur la non-connaissance de l’autre, l’ignorance de l’autre, l’ignorance tout court », appelant à lutter contre le radicalisme par « l’éducation ».

« Ce que tous les terroristes ont en commun n’est pas la religion, c’est précisément l’ignorance de la religion. Il est temps que la religion ne soit plus un alibi pour ces ignorants », a-t-il ajouté en parlant tour à tour arabe, espagnol, anglais et français dans son discours.

Une foule d’environ 12.000 personnes, selon les autorités marocaines, avait attendu les deux hommes pendant plus de trois heures, s’abritant tant bien que mal de la pluie sous les coussins des chaises ou sous des sacs poubelles pour les plus prévoyants.

« C’est une grâce d’être là », a confié à l’AFP Monique, une étudiante guinéenne de 22 ans venue en bus de Fes (centre) avec ses camarades. Peu importe si elle ne parle ni italien ni arabe, langue des discours officiels, « elle ira voir plus tard sur le web ».

La visite du pape « montre que nous vivons tous ensemble, que le mélange des cultures et des religions est possible », a pour sa part assuré Lawson Pascal, un Ivoirien de 23 ans, venu de Casablanca (ouest).

Avant d’arriver sur le site de cette ancienne mosquée du 12e siècle, le pape et le roi avaient parcouru plusieurs kilomètres en cortèges parfaitement parallèles. Le pape, 82 ans, en papamobile, protégé de la pluie, le roi, 55 ans, sous la capuche de sa jellaba jaune clair, debout dans une limousine décapotable.

« Des voix s’élèvent »

Après un tête-à-tête au palais royal, Mohammed VI et le pape se sont rendus à l’Institut de formation des imams qui accueille Marocains et étrangers d’une dizaine de pays, dont la France.

A l’Institut, ils ont écouté les témoignages de deux étudiants. Abouakar Midouche, un Français de 25 ans, a décidé de devenir imam après les attentats à Paris en 2015: « j’ai pris conscience qu’il fallait que des voix s’élèvent et que des hommes s’engagent contre cette idéologie de la mort », a-t-il dit devant un amphithéâtre d’étudiants.

Ils sont 1.300, hommes et femmes, à suivre des cursus de deux ou trois ans dans cet institut, fer de lance de « l’islam modéré » prôné par le roi.

En fin de journée, François a rencontré des migrants dans un local de l’organisation catholique humanitaire Caritas, devant un tout petit groupe comprenant de jeunes enfants.

« Toute personne a droit à un avenir », a-t-il plaidé en remerciant les animateurs de Caritas qui gèrent trois centres d’accueil de migrants au Maroc, devenu une des principales routes de transit vers l’Europe depuis la fermeture de la voie via la Libye.

« Les formes d’expulsion collective (..) ne doivent pas être acceptées » et « les parcours de régularisation extraordinaire doivent être encouragés », a-t-il dit.

Revendiquant une politique migratoire « humaniste », le Maroc a mené deux campagnes de régularisation depuis 2014, attribuant des titres de séjour à quelque 50.000 clandestins.

Les autorités rejettent régulièrement les critiques des défenseurs des droits humains qui dénoncent des « campagnes massives d’arrestations » menées ces derniers mois dans le nord du Maroc pour déplacer les migrants vers le sud du pays.

(avec Afp)

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