mardi , 20 août 2019
Accueil / Afrique / Inadmissible : 70% du budget de l’Etat en RDC affectés au fonctionnement des institutions politiques
Delly Sesanga, politicien congolais, devant la population de la ville de Kananga.
Delly Sesanga, politicien congolais, devant la population de la ville de Kananga.

Inadmissible : 70% du budget de l’Etat en RDC affectés au fonctionnement des institutions politiques

Dernière mise à jour, le 8 avril 2019 à 05:39

Le débat sur les émoluments des députés nationaux refait surface à l’Assemblée nationale. Le député Delly Sessanga l’a clairement soulevé le mercredi 20 mars en plénière. Dans son exposé, l’élu de Lwiza dans la province du Kasaï central, a soutenu qu’il était inadmissible que 70% du budget de l’Etat soient affectés au fonctionnement des institutions politiques dont le Parlement, au détriment d’autres secteurs importants de la vie nationale. A savoir, les infrastructures, la santé et l’Education. Y allant de son analyse personnelle de la situation, Delly Sessanga en arrive au constat selon lequel beaucoup d’intelligences pouvant mieux servir le pays dans les domaines dont ils détiennent l’expertise, les ont finalement abandonnés, au profit de la politique. L’engouement vers l’Assemblée nationale et les organes délibérants des provinces, illustre parfaitement bien cette situation : 15.222 candidats pour 500 sièges contre 19.613 postulants pour un total de 700 sièges à pourvoir dans les assemblées provinciales, on comprend dès lors, la principale motivation de ces prétendants. Cependant, un autre député national a pris le contrepied de la position de Delly Sessanga, soutenant qu’en plus de son statut de législateur, le député congolais est devenu un véritable assistant social. C’est lui qu’on contacte en premier quand il faut organiser les obsèques. C’est encore et toujours à lui que revient la charge de résoudre n’importe quel problème survenant dans sa circonscription. Moralité, le député national ou le sénateur doit disposer de moyens financiers nécessaires, devant lui permettre de donner une suite favorable à toutes ces sollicitations. Par conséquent, il n’est pas question de revoir les émoluments des parlementaires à la baisse, a argumenté le contradicteur de Delly Sessanga, qui a ainsi bénéficié du soutien de nombreux de leurs collègues présents dans l’hémicycle.

« Course effrénée au Palais du peuple et aux assemblées provinciales : 15.222 candidats pour 500 sièges, 19.613 pour 700 sièges… des chiffres qui renseignent sur tout », avait écrit Forum des As, dans son édition du 25 août 2018. Dans le corps de cet article, le journal avait particulièrement insisté sur la vraie motivation des postulants. Et, comme antidote, Forum des As avait suggéré le rabattement des émoluments des parlementaires. Le tabloïd de la 11ème rue Limete n’avait pas cru mieux dire les choses. Pourtant.

Environ huit mois après la parution de ladite édition, le débat sur les émoluments des députés nationaux refait surface à l’Assemblée nationale. Le député Delly Sessanga l’a clairement soulevé le mercredi 20 mars en plénière. Dans son exposé, l’élu de Lwiza dans la province du Kasaï central, a soutenu qu’il était inadmissible que 70% du budget de l’Etat soient affectés au fonctionnement des institutions politiques dont le Parlement, au détriment d’autres secteurs importants de la vie nationale. A savoir, les infrastructures, la santé et l’Education.

Y allant de son analyse personnelle de la situation, Delly Sessanga en arrive au constat selon lequel beaucoup d’intelligences pouvant mieux servir le pays dans les domaines dont ils détiennent l’expertise, les ont finalement abandonnés, au profit de la politique. L’engouement vers l’Assemblée nationale et les organes délibérants des provinces, illustre parfaitement bien cette situation : 15.222 candidats pour 500 sièges contre 19.613 postulants pour un total de 700 sièges à pourvoir dans les assemblées provinciales, on comprend dès lors, la principale motivation de ces prétendants.

Cependant, un autre député national a pris le contrepied de la position de Delly Sessanga, soutenant qu’en plus de son statut de législateur, le député congolais est devenu un véritable assistant social. C’est lui qu’on contacte en premier quand il faut organiser les obsèques. C’est encore et toujours à lui que revient la charge de résoudre n’importe quel problème survenant dans sa circonscription. Moralité, le député national ou le sénateur doit disposer de moyens financiers nécessaires, devant lui permettre de donner une suite favorable à toutes ces sollicitations. Par conséquent, il n’est pas question de revoir les émoluments des parlementaires à la baisse, a argumenté le contradicteur de Delly Sessanga, qui a ainsi bénéficié du soutien de nombreux de leurs collègues présents dans l’hémicycle.

Que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur du pays, le Palais du peuple, siège du Parlement, est perçu comme ce paradis qui, en temps record, change le train de vie des acteurs politiques. Mieux des Congolais tout court. Emoluments plantureux au mépris des milliers de fonctionnaires et agents de l’Etat, jeep pimpant neuf à crédit, frais de titre de voyage, soins médicaux à l’étranger, jetons de présences au terme des travaux en commission…sont autant de dividendes dévolus à l' »honorable ». Des avantages bien connus de ceux qui les côtoient. Tous ces privilèges, du reste non exhaustifs, expliquent la course effrénée des Congolais à l’Hémicycle et aux organes délibérants des provinces.

LA POLITIQUE : UN SACERDOCE ?

D’emblée, d’aucuns diraient que l’un et l’autre camp a raison. Que ce soit Delly Sessanga ou son collègue qui l’a contredit, le fond de leurs argumentaires présente une réalité sociale que vivent les Congolais au quotidien. Un saut dans l’histoire du pays renseigne cependant que ce que l’on déplore ce jour, tire ses origines des années 60. De nombreux témoignages attestent qu’à ces années-là, les dirigeants du pays avaient accordé la priorité aux acteurs politiques. Ces derniers devenaient socialement des références d’une vie de pacha, alors que la majorité silencieuse passait pour des parias, des nécessiteux.

Du point de vue de la rémunération, la tension salariale est scandaleuse, pour ne pas dire offensante, entre les dirigeants politiques et le fonctionnaire de l’Etat. Dès lors qu’un professeur d’université, un médecin sait qu’un député national perçoit des émoluments 4 fois plus que son salaire mensuel, la tentation devient 100 fois plus. De même qu’un autre ancien fonctionnaire de l’Etat, dont la rémunération oscillait entre 60 et 100 dollars USD, mais qui a réussi à se faire élire à la députation nationale, suscite la convoitise de tout le quartier. Moralité, c’est tout le monde qui ne jure que pour un siège soit à l’Assemblée nationale, soit au Sénat. Et, dans un pays où l’on compte plus des milliers de votants que d’électeurs, normal que nombre d’aventureux sans profil, parviennent à réaliser leur rêve. Peu leur en chaut, ce que pourraient éventuellement dire leurs environnements immédiats.

La conséquence de toute cette frénésie est qu’in fine, l’Assemblée nationale compte plusieurs députés dont la seule participation se limite à leur présence physique lors des travaux en plénière. Pas plus. Des « élus » incapables de contribuer positivement aux débats. Des députés qui s’ennuient dans un débat de haute portée intellectuelle. Et dire qu’au Palais du peuple, cette race de députés nationaux est majoritaire.

Même constat dans les assemblées provinciales. Dieu seul sait ce qui s’y fait effectivement. Mais toujours est-il que dans l’ensemble, les députés provinciaux sont placés sous les bottes des gouverneurs de province. L’expérience de la législature passée témoigne qu’à Kinshasa, par exemple, plus d’un Kinois « ignore » qu’il existe une Assemblée provinciale.

Par rapport à la problématique centrale, l’idée de revoir à la baisse, les émoluments des députés nationaux et des sénateurs, avait déjà été suggérée par un acteur politique. »Si, par exemple, on ramenait les émoluments des députés nationaux au salaire d’un prof d’Université ou d’un médecin d’établissement public, la plupart des Congolais perdraient automatiquement la motivation de débourser beaucoup d’argent en termes de caution non remboursable, pour des émoluments variant entre 1500 et 2000 $US », avait déclaré sous couvert d’anonymat, une grande figure de la scène politique congolaise, contactée en son temps par Forum des As, quelques heures après la publication des listes des candidats Présidents de la République et députés nationaux.

A tous égards, la politique doit être perçue comme un sacerdoce et non pas comme une fonction pérenne, un domaine d’enrichissement facile, telle qu’elle est conçue présentement en RD Congo. Dès l’instant que le train de vie des animateurs et des membres des institutions publiques suscite de la convoitise, bien évident que ceux qui prestent dans les autres secteurs de la vie trempent dans des pratiques que tous condamnent. Cas des parents, devenus employeurs des enseignants de leurs enfants, au travers d’une pratique ignoble et avilissante, présentée sous un euphémisme de « contribution des parents ».

REFERENDUM POPULAIRE SUR LA RÉDUCTION DES ÉMOLUMENTS DES DÉPUTÉS

L’Institut de Recherches et d’Enseignement de la Démocratie Directe a lancé, le samedi 6 avril, l’idée de l’organisation d’un referendum sur la réduction des émoluments des députés nationaux de la dernière législature évalués à 13.000 dollars américains. « Pour vous, à combien de dollars devraient s’élever les émoluments mensuels d’un député ? » Telle est la question principale posée à tout Congolais désireux de participer à cette initiative citoyenne.

Dans son allocution de circonstance, le directeur général de l’IRED et professeur de la démocratie directe, Paul Kibal, a souligné que cette démarche tire sa source de la proposition de l’honorable Sesanga visant la révision à la baisse du train de vie des institutions, lors du débat sur le Règlement intérieur de l’Assemblée, en commençant par la rémunération du député national, émanation directe du peuple et autorité budgétaire.

Présent à la cérémonie, l’élu de Luiza a salué cette initiative citoyenne qui s’inscrit dans le cadre de la lutte pour la justice sociale, laquelle passe par la suppression des inégalités entre citoyens.

On rappelle que Delly Sesanga avait justifié son intervention par le fait que les institutions de la République consomment 70 % du budget national, soit 1milliard de dollars américains par an pour les 3000 à 4000 personnes présentes au sein des institutions, alors que le taux d’investissement pour la construction des écoles sur l’ensemble du territoire national est plafonné à 6 %, soit 250 millions de dollars américains.

« C’est l’amorce d’une démarche nouvelle. Pour une fois, nous voulons mobiliser la population sur un sujet sociétal : la lutte contre les inégalités », a martelé l’élu de Luiza, avant d’ajouter que « c’est la politique d’être plus près des gens, aux côtés de nos concitoyens, pour se battre avec eux au quotidien, face aux problèmes qui se posent à leur existence », a martelé le président de l’Envol.

Pour le Secrétaire général de l’Ensemble, « le temps est venu pour que la population se batte pour elle-même et non pas pour des politiques qui veulent arriver au pouvoir pour eux-mêmes par rapport à la situation sociale qu’elle vit au quotidien ».

Delly Sesanga s’est engagé à soutenir toutes les démarches qui iront dans le sens de réduire le train de vie des institutions.

(avec Grevisse KABREL et Eric WEMBA)

A lire aussi

USA : Des centres de détention de migrants clandestins au Texas

La police américaine aux frontières était mardi sous un feu nourri de critiques après la …

Laisser un commentaire