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Katumbi [droite] et Fayulu [gauche] à l'issue de la reunion de Lamuka a Bruxelles, samedi 23 Mars 2019.
Katumbi [droite] et Fayulu [gauche] à l'issue de la reunion de Lamuka a Bruxelles, samedi 23 Mars 2019.

RDC : « Le mal, c’est Kabila »

Dernière mise à jour, le 28 mars 2019 à 12:04

Silencieux depuis la publication des résultats de la présidentielle, Moïse Katumbi président de la plateforme Ensemble, s’est exprimé pour la première fois publiquement, en conférence de presse des leaders de la coalition Lamuka, à Bruxelles, le samedi 23 Mars 2019. Interrogé sur son positionnement vis-à-vis de Félix Tshisekedi, il a répondu : « Le communiqué est très clair. Félix est un frère. Je l’ai accompagné jusqu’à Genève, et à Genève, on avait choisi Martin Fayulu pour être le candidat commun. Et nous nous sommes battus pour ça. Il faut décortiquer le mal. Pourquoi le pays n’avance pas, pourquoi il y a eu fraude ? Le mal, c’est Kabila. »

Après trois jours de réunion à Bruxelles, les leaders de la coalition congolaise Lamuka sont finalement parvenus à accoucher d’une déclaration sur le futur de leur structure. Jean-Pierre Bemba, Martin Fayulu, Freddy Matungulu, Adolphe Muzito et Moïse Katumbi, arrivé à Bruxelles pour la dernière journée, étudieront les possibilités de transformer la coalition électorale en une plateforme politique.

Les conclusions de trois jours de discussions entre les leaders de la coalition Lamuka, à Bruxelles, n’ont abouti à aucun engagement sur la poursuite du combat pour la « vérité des urnes », principalement porté jusqu’ici par Martin Fayulu. Loin des discours radicaux de ses leaders, aucun des neuf points du communiqué final – rendu public samedi à l’issue de trous jours de tractations entre les leaders de la coalition Lamuka -, ne mentionne l’engagement pour la poursuite du combat pour « la vérité des urnes » porté par Martin Fayulu, qui continue de contester la victoire de Félix Tshisekedi à la présidentielle. En revanche, Moïse Katumbi, Jean-Pierre Bemba, Martin Fayulu, Adolphe Muzito, Freddy Matungulu et Antipas Mbusa Nyamwissi se sont engagés à « poursuivre ensemble le combat pour la défense le respect des pratiques démocratiques en matière électorale ».

Divergences entre les leaders de Lamuka ?

De nombreuses divergences ont émergé au fil des trois jours de discussions, selon plusieurs cadres de la coalition contactés par Jeune Afrique, mais « l’important était de préserver l’unité de la plateforme », confie l’un d’ente-eux.

Les « résultats de l’élection présidentielle tels que publiés par la Ceni ne correspondent pas à la vérité des urnes », lit-on par ailleurs dans le communiqué, qui accuse également Joseph Kabila d’avoir « ordonné le trucage des résultats » et « aggravé la crise de légitimité des institutions ».

Dans cette déclaration en neuf points, ils réaffirment leur volonté de travailler ensemble, et de transformer la plateforme électorale en coalition politique. « Nous ne sommes pas dans le pouvoir, nous ne sommes pas dans la gestion, nous sommes en dehors, mais dans les jours qui viennent, vous allez avoir un détail et un descriptif de l’organisation et de la restructuration de Lamuka dans ce cadre », a affirmé Jean-Pierre Bemba.

Pas sûr donc que Martin Fayulu continuera de diriger cette coalition réformée. Quid d’un éventuel dialogue avec Félix Tshisekedi, un point de discorde entre les leaders ?

Pour Moïse Katumbi : « Le mal, c’est Kabila »

Silencieux depuis la publication des résultats de la présidentielle, Moïse Katumbi président de la plateforme Ensemble, s’est exprimé pour la première fois publiquement, en conférence de presse. Interrogé sur son positionnement vis-à-vis de Félix Tshisekedi, il a répondu : « Le communiqué est très clair. Félix est un frère. Je l’ai accompagné jusqu’à Genève, et à Genève, on avait choisi Martin Fayulu pour être le candidat commun. Et nous nous sommes battus pour ça. Le problème qui est là c’est qu’il faut d’abord décortiquer le mal, et le mal c’est quoi dans notre pays, pourquoi le pays n’avance pas, pourquoi y-t-il eu fraude ? Le mal c’est Kabila »

Les principaux leaders de la coalition ont par ailleurs, décidé de poursuivre les discussions afin de transformer Lamuka, actuellement une plateforme électorale, en une « plateforme politique ».

Reste à déterminer les modalités de mise en œuvre de cette mutation, la structuration du futur mouvement et son positionnement vis-à-vis du nouveau président de la République, ancien allié au sein de l’opposition à Joseph Kabila.

Soulagement pour les militants, qui ont envahi la salle de conférence de presse. Les leaders n’ont pas signé l’arrêt de mort de Lamuka ces jours-ci, comme certains le craignaient.

Les nouvelles orientations

L’objectif, selon eux, est de provoquer le changement attendu par les Congolais. Pas seulement. A Partir de Bruxelles, les six grandes figures de « Lamuka » annoncent leur détermination à poursuivre la lutte contre les antivaleurs, constituant un véritable obstacle au progrès du pays. Ce, dans tous les domaines de la vie nationale.

Pendant les trois jours de leur réunion, tenue du 21 au 23 mars, les membres de la Conférence des leaders de « Lamuka » se sont attelés sur cinq points. D’abord, l’évaluation de la situation post-électorale en RD Congo. Ensuite, l’état des lieux de leur coalition, ses objectifs. Le quatrième point de la rencontre s’est rapporté à la fixation de la Feuille de route de la coalition. Puis, finalement, l’adaptation des structures « Lamuka » aux nouveaux objectifs que s’assigne la Coalition après sa « réincarnation » annoncée le week-end dernier depuis Bruxelles.

Gabriel KYUNGU ET Christophe LUTUNDULA l’avaient prédit

De l’avis de nombreux observateurs, l’option levée le 23 mars à Bruxelles, va quelque peu dans le même sens que les propos de Gabriel Kyungu Wa Kumwanza, tenus le 20 février dernier sur Radio Okapi et relayés le même jour par Christophe Lutundula, sur Top Congo FM.

A l’une des questions de notre consœur sur le renoncement de son appartenance à Lamuka, Gabriel Kyungu Wa Kumwanza y avait répondu sans chercher de mots. « Je ne vois même pas pourquoi on doit épiloguer là-dessus. Lamuka était une plateforme électorale, une association momentanée avec un sujet précis : les élections. Les élections ayant eu lieu, nous rentrons dans nos origines. Moi, mon origine, c’est Ensemble pour le changement ». « Je ne suis pas Lamuka et Lamuka n’est pas un ensemble des partis politiques. C’était une association pour les élections, pour un but précis. Il n’y a pas à épiloguer là-dessus », avait lâché celui que les Katangais surnomment « Baba »,

Dans la même veine, Christophe Lutundula interrogé le même mercredi 20 février par Top Congo FM, après les déclarations de Gabriel Kyungu Wa Kumwanza, n’avait pas porté de muselières.

« La coalition Lamuka, plateforme électorale, n’existe plus depuis la présidentielle (…), dit-il. Le président Kyungu n’a fait que traduire des évidences que commande le réalisme le plus élémentaire et l’objectivité.

« Aujourd’hui, il est clair et net que le Président de la République c’est Félix Antoine Tshisekedi. Si on veut se positionner politiquement, soit dans l’opposition, soit dans la dynamique nouvelle du Gouvernement, il faut intégrer cette donne fondamentale », avait déclaré Christophe Lutundula.

Et de poursuivre : « Lamuka a été créé par un accord politique pour servir de cadre de mobilisation électorale pour l’élection présidentielle ».Pour ce cadre de G7, le mandat de la coalition « Lamuka » est arrivé à terme. « Si elle veut continuer le combat sous la forme d’une opposition permanente, il faut un autre accord », avait ponctuéce même acteur politique, élu député national dans la circonscription de Katako-kombe, province du Sankuru.

Ci-dessous, le texte de la déclaration de la Conférence des leaders de « Lamuka », signée le 23 mars à Bruxelles :

  1. Les leaders de Lamuka félicitent le peuple Congolais qui a arraché la tenue des élections et a voté le 30 décembre 2018
  2. Les résultats publié par la CENI ne correspondent pas à la vérité des urnes
  3. Condamnent la fabrication des résultats de législatives
  4. Considèrent que le trucage des résultats par Joseph Kabila consacre l’illégitimité des institutions
  5. Confirment l’unité de Lamuka et la poursuite du combat ensemble pour défendre le respect de pratiques démocratiques pour le changement
  6. Remercient la communauté internationale notamment l’Union Africaine, l’Union Européenne et les USA pour la pression et les sanctions contre la corruption
  7. Transforment la coalition Lamuka en une plateforme politique
  8. Appellent le peuple Congolais à rester vigilant car le peuple gagne toujours

Les leaders ayant signé cette déclaration

Jean-Pierre Bemba, Martin Fayulu, Moïse Katumbi, Adolphe Muzito, Freddy Matungulu, Antipas Mbusa Nyamwisi

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