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Fatshi - President de la RDC lors d'une audience avec le président de la CNSA.
Fatshi - President de la RDC lors d'une audience avec le président de la CNSA.

Dribblé par « Kabila » : Fatshi se réveille ?

Dernière mise à jour, le 24 mars 2019 à 01:39

Sous la houlette et à l’initiative du Président de la République démocratique du Congo (RDC), Félix-Antoine Tshilombo Tshisekedi dit Fatshi, une réunion interinstitutionnelle s’est tenue, ce lundi 18 mars 2019 à Kinshasa. Ce, au lendemain de la contestation et autres actes de corruption observés lors des élections sénatoriales tenues, le vendredi 15 mars 2019 dans 24 province du pays. Trois mesures importantes ont été prises à l’issue de cette réunion interinstitutionnelle. Il s’agit notamment, de « La suspension de l’installation des sénateurs; le report sine die des élections des gouverneurs ainsi que l’ouverture d’une enquête sur la corruption en vue de l’arrestation des corrompus et des corrupteurs », sont là les trois mesures importantes assorties de cette réunion au sommet de l’État. Les avis sont partagés. Pour les uns, ces mesures sont salvatrices, mais ce n’est pas le cas pour les autres. C’est le cas par exemple, du parti au pouvoir, l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) qui salue le report de l’élection des gouverneurs et la suspension de l’installation des sénateurs. Par contre, le Parti du peuple pour la reconstruction et le développement (PPRD) cher à l’ancien président, Joseph Kabila, s’oppose du repôrt de l’élection des gouverneurs. Auteur de plusieurs livres sur la politique économique dont « L’enfer, c’est lui » et « Génocide économique », Jojo Sekimonyo, a invité le président de la République, Félix Tshisekedi, à jouer pleinement son rôle en tant qu’autorité morale de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS).

REPORT SINE DIE DES ÉLECTIONS DES GOUVERNEURS

C’est une bombe que la réunion interinstitutionnelle a lancée au terme de sa rencontre du lundi 18 mars autour du chef de l’Etat, Félix Tshisekedi. Trois grandes décisions sont issues de cette réunion, à savoir la suspension de l’installation du nouveau Sénat, le report sine die de l’élection des gouverneurs de province ainsi que l’ouverture des enquêtes par le PGR près la Cour de cassation pour des cas de corruption avérés aux dernières sénatoriales. Quelle sera la réaction de la Céni ? wait and see.

On connait désormais les grandes tendances des sénatoriales dans les 24 provinces retenues par la Céni aux scrutins du 15 mars 2019. Une fois de plus, le Front commun pour le Congo (FCC), la plateforme politique de Joseph Kabila, a battu le record en alignant 91 sénateurs, contre 6 pour Lamuka et 3 pour CACH.

Dans le parti présidentiel, l’Udps, ces résultats ont suscité une vague d’indignations, obligeant ses « combattants », surchauffés, à braver la rue pour manifester leur ras-le-bol. Kinshasa, Mbuji-Mayi (Kasaï Oriental) et Kananga (Kasaï central) ont connu de fortes tensions le week-end.

De la cité de l’Union africaine où il a établi ses bureaux, le chef de l’Etat, Félix Tshisekedi, a rompu le silence, appelant vivement les déçus des sénatoriales du 15 mars au calme, en attendant de grandes décisions, annonçait-il, qui devaient sortir de la réunion institutionnelle du lundi 18 mars 2019.

Finalement, la réunion interinstitutionnelle, qui s’est réellement tenue autour du président Félix Tshisekedi, vient de rendre son verdict. On en retient trois grandes décisions majeures.

Prenant en compte les graves soupçons de corruption qui pèsent sur les sénatoriales du 15 mars, la réunion interinstitutionnelle a décidé de suspendre l’installation du nouveau Sénat, tout en instruisant le procureur général près la Cour de cassation à ouvrir des enquêtes pour statuer sur les cas avérés de corruption recensés dans les 24 provinces de la RDC.

La réunion interinstitutionnelle a également levé l’option de reporter sine die l’élection des gouverneurs et vice-gouverneurs des provinces, initialement prévue pour le 26 mars 2019, dans les 24 provinces de la RDC.

Levée de bouclier

Sans surprise, la décision de la réunion interinstitutionnelle, suspendant l’installation du nouveau Sénat, tout en reportant l’élection des gouverneurs des provinces, n’a pas laissé indifférente la classe politique.

Si, à l’Udps, on applaudit la voie tracée par la réunion interinstitutionnelle, au PPRD, premier parti politique du FCC, on ne cache pas son dépit. Faudrait-il rappeler qu’en marge des échauffourées de ce week-end, les sièges du PPRD ont été spécialement pris pour cibles par les militants de l’Udps aussi bien à Kinshasa, Mbuji-Mayi qu’à Kananga.

Comme pour répondre à la réunion interinstitutionnelle qui tente de réorienter le cycle électoral, le PPRD fait comprendre que« le calendrier électoral est publié par la CENI. Il ne revient donc pas à un parti politique de décider unilatéralement du report des scrutins concernant les gouverneurs et vice-gouverneurs de province ». Alors que l’Udps fait mention des cas de corruption dont se seraient rendus victimes ses députés provinciaux, le bureau politique du PPRD pense que « les députés ont voté en âme et conscience, car leur mandat n’est pas impératif ». A ce titre, le PPRD note qu’ « il revient à chaque parti de sensibiliser ses députés et de monter des stratégies adéquates pour les fidéliser conformément aux orientations de leurs instances dirigeantes ».

La réaction du FCC n’a pas non plus tardé. D’emblée, le FCC est loin d’adhérer à la logique de la réunion interinstitutionnelle. Tout en encourageant « la poursuite des enquêtes pour faits de corruption » aux sénatoriales, le FCC relève cependant que les options levées par la réunion interinstitutionnelle vont dans le sens d’ « entraver le processus de mise en place des institutions ».

Prenant en compte « la menace qui pèse sur le cycle électoral », le FCC indique qu’il « ne souscrit aucunement aux décisions » de la réunion interinstitutionnelle qui « vont à l’encontre des lois de la République ».

Que dira la Céni ?

Après les grandes décisions de réunion interinstitutionnelle, c’est la réaction de la Céni qui est vivement attendue.

Quelques jours avant la tenue des sénatoriales, la Céni avait réservé une fin de non-recevoir à la proposition du PGR près la Cour de cassation de visant le report de l’élection des sénateurs, pour raison d’allégations de corruption recueillies par ses services. Comme argument de base, la Céni avait brandi l’indépendance lui reconnue par la Constitution, estimant que, pour toutes les matières se rapportant aux élections, elle ne devait subir aucun diktat.

Maintenant que la réunion interinstitutionnelle vient de décider du report de l’élection des gouverneurs, la Céni va-t-elle s’incliner ou se comporter comme elle l’a fait à l’endroit du PGR près la cour de cassation en agitant le spectre de son indépendance ? Suspense. Sans doute, la Céni ne tardera pas à réagir pour remettre les pendules à l’heure.

FATSHI DOIT JOUER SON RÔLE EN TANT QU’AUTORITÉ MORALE DE L’UDPS

Auteur de plusieurs livres sur la politique économique dont « L’enfer, c’est lui » et « Génocide économique », Jojo M. Sekimonyo, a invité le président de la République, Félix Tshisekedi, à jouer pleinement son rôle en tant qu’autorité morale de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS). Cet appel est intervenu après les mesures annoncées à l’issue d’une réunion interinstitutionnelle.

Frustré par les comportements des députés provinciaux de son parti, le chef de l’État est invité à s’impliquer dans les décisions « stratégiques » pour la bonne gestion du parti. « C’est vrai que Félix Tshisekedi est le magistrat suprême de la République démocratique du Congo, il devra non seulement s’occuper des décisions du pays, mais également de la gestion de son parti en tant qu’autorité morale. Au delà d’être un père de la Nation, le chef de l’État va reconnaitre son vrai rôle dans sa famille », a dit Jojo M. Sekimonyo dans une interview à Lepotentieloneline.net.

Dans ses propositions, il évoque notamment les stratégies efficaces dans la prise des décisions. D’où, il importe de consolider son bureau politique, en engageant des intellectuels capables de porter des réponses et des solutions aux différents problèmes.

Eu égard à la suspension de l’installation des sénateurs élus, au report sine die de l’élection des gouverneurs et à l’ouverture d’une enquête sur les soupçons de corruption, Jojo M. Sekimonyo s’est dit satisfait de ladite mesure, en appelant le président de la République à continuer sa lutte contre la corruption, car, a-t-il expliqué, cela constitue un vrai danger freinant ainsi le développement du pays.

Par ailleurs, Augustin Kabuya, secrétaire général adjoint de l’UDPS en charge de la mobilisation et communication, estime qu’il s’agit au contraire de « décisions responsables pour la paix et la stabilité des institutions de notre pays ». Pour ce cadre de l’UDPS, ce qui s’est passé ne pouvait être soutenu, car c’était la corruption à ciel ouvert.

L’UDPS TRAHIT SES PROPRES FILS

Encore une fois, c’est le FCC qui est sorti gagnant des sénatoriales du 15 mars 2019. Réputé chambre des sages, le Sénat aura du mal à s’affirmer, pour autant que la majorité de ses membres sont issus d’une vaste corruption qui a entouré leur élection. Au point que l’Udps en est sortie très fragilisée. Dans les provinces où le parti du chef de l’Etat était très attendu, l’Udps a récolté une maigre récolte, trahie par ses propres députés provinciaux qui se sont jetés dans les bras du FCC.

Au vu des résultats des élections sénatoriales du 15 mars 2019, le Front commun pour le Congo (FCC) a une fois de plus confirmé son emprise sur la scène politique congolaise. Déjà majoritaire à l’Assemblée nationale, le FCC vient de dompter le Sénat où il a réussi à obtenir les 2/3 de sièges. La plateforme politique de Joseph Kabila est assurée de dicter sa loi au Parlement.

Selon le communiqué signé le soir du 15 mars, juste au moment la Céni rendait publics les résultats des sénatoriales dans les 24 provinces de la RDC, le coordonnateur du FCC, le professeur Néhémie Mwilanya, n’a pas caché sa joie de voir le FCC confirmer son rang de « première force politique » en RDC.

Certes, le FCC peut s’en réjouir, mais, dans la manière, les sénatoriales du 15 mars ont jeté l’opprobre sur toute une institution, réputée chambre des sages. En réalité, les sages de la nouvelle chambre haute du Parlement seront plutôt les fruits d’une vaste campagne de corruption qui a entouré ce scrutin indirect. Le FCC, qui a l’habitude de s’appuyer sur cette pratique, en a juste profité pour imposer sa loi. Ainsi, à Kinshasa, avec ses 12 députés provinciaux et ses alliés, l’Udps, le parti du chef de l’Etat, Félix Tshisekedi, n’a obtenu aucun siège. La situation s’est répercutée jusqu’au Kasaï central et dans le Kasaï oriental où l’Udps a mordu la poussière.

Qu’est-ce qui s’est donc passé le 15 mars 2019 ? La vérité est que les sénatoriales ont été rythmées par la corruption. Résultat : les candidats les plus offrants ont arraché le gros des sièges au sénat.

A l’Udps, mécontentement et colère étaient à leur comble. Sans aviser, à Kinshasa, comme à Mbuji-Mayi, chef-lieu du Kasaï oriental, les militants sont descendus dans la rue pour manifester leur courroux. Contre qui ? Evidemment, contre leurs députés provinciaux qui, selon la base de l’Udps, ont trahi le parti.

« Ils ont cédé à l’appel des dollars américains. Il n’y a pas d’autre explication. Quand vous savez que des voix se négocient à plus de 20.000 USD, voire beaucoup plus, cela veut dire aussi qu’il y a des corrupteurs qui ont beaucoup d’argent… », a indiqué à LaLibre Belgique un homme politique congolais, candidat malheureux aux sénatoriales.

L’Udps menace ses députés provinciaux

Dans une interview accordée hier dimanche 17 mars 2019 à Radio Okapi, Jean-Marc Kabund affirme détenir des preuves de députés corrompus de sa formation politique. « Nos députés provinciaux ont trahi le parti. Quand on est membre d’un parti politique, on respecte les consignes et instructions du parti. Le parti politique va prendre certaines mesures qui serviront de leçons aux députés des autres partis politiques. En début de semaine, le parti va déposer des plaintes contre les députés suspectés de corruption. A Kinshasa, 9 députés seront traduits en justice. Six à Mbuji-Mayi et 5 à Kananga », a indiqué Jean-Marc Kabund.

En outre, l’Udps dit rejeter les élections des sénateurs organisées le 15 mars dernier par la Commission électorale Nationale Indépendante. « Nous rejetons ces élections parce que nous pensons que c’est une violation fragrante de notre Constitution. Bien entendu, nous appelons à la réorganisation des élections des sénateurs. Non seulement les élections des sénateurs, mais aussi l’élection des bureaux des assemblées provinciales », a poursuivi Jean-Marc Kabund.

Pour le président de l’UDPS, les règlements intérieurs des assemblées provinciales n’ont pas obtenu l’avis favorable de la Cour constitutionnelle. Et de ce fait, les élections des membres des bureaux définitifs et des sénateurs ne devraient pas être organisées.

Kabund précise en outre qu’ils se sont rendus compte que les assemblées provinciales ont été organisées enviolation de la Constitution qui prévoit que les assemblées provinciales devraient déposer plutôt leur règlement intérieur à la Cour constitution pour validation. « Vous allez constater que les règlements intérieurs n’ont pas obtenu l’avis favorable par rapport à notre Constitution. Eh bien les élections ont été organisées en violation de la Constitution », a-t-il conclu.

Alerté par les mouvements de protestation qui ont gagné Kinshasa et Mbuji-Mayi, le président de la République Félix Tshisekedi a appelé ses partisans de l’Udps au calme, promettant de se pencher sur le sujet au cours d’une réunion institution-nelle, prévue, sauf imprévu, ce lundi à Kinshasa.

Dans un communiqué, la présidence de la république note que « d’importantes mesures seront annoncées pour préserver la crédibilité du processus électoral et la paix sur l’ensemble du territoire ».

Face aux résultats, l’ex-gouverneur du Katanga, Moïse Katumbi, propose à son tour de réformer la désignation des sénateurs et des gouverneurs de province, en optant pour des nominations par le président de la République. Le président d’Ensemble pour le changement va plus loin en proposant au chef de l’Etat de dissoudre les assemblées provinciales.

Pour l’instant, néanmoins, le mal est fait. Et il est profond. C’est l’honneur et la dignité d’une institution qui sont foulés au pied. Le Sénat de ces cinq prochaines années ne bénéficiera pas de la confiance de l’opinion tant nationale qu’internationale ; l’institution sera plutôt considérée comme un conglomérat de corrupteurs qui ont réussi à obtenir leurs sièges à coup de dollars américains. Quellehonte!

Le FCC peut certes jubiler, au regard de la moisson considérable qu’il a récoltée au Parlement par rapport à ses adversaires politiques, mais la plateforme politique du chef de l’Etat a, par cet acte, créé de profondes fissures dans la coalition qui le lie avec son partenaire, à savoir le CACH du tandem Félix Tshisekedi-Vital Kamerhe, relativement à la « cogestion » de la République. A ce propos, nombre d’analystes pensent que « le signal envoyé par ce scrutin est aussi très clair à l’égard de Tshisekedi. Le FCC de son prédécesseur n’entend pas lui laisser une once de terrain ».

(avec lePotentiel)

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