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Portrait de Fatshi
Portrait de Fatshi

RDC : Fatshi peine à imprimer ses marques

Dernière mise à jour, le 15 mars 2019 à 08:35

Depuis sa prise de fonctions à la tête de la République, le président Félix Tshisekedi peine à imprimer ses marques. Non pas par manque de compétence, mais le tout nouveau chef de l’État fait face à une influence trop ombrageuse de son prédécesseur. S’est-il engagé mains et pieds liés dans un accord qu’il ne semble maitriser ni les contours ni les enjeux ? Comment va-t-il s’en sortir ? Comment va-t-il remplir son mandat tant que Joseph Kabila, son prédécesseur, aura une mainmise sur toutes les autres institutions de la République, excepté la présidence ?

Il convient de le souligner. Il y a beaucoup d’écueils que le nouveau chef de l’État doit résoudre dans le cadre de son mandat présidentiel s’il tient à réaliser son programme tel qu’annoncé durant la campagne électorale. D’abord, un accord aux contours flous qui le lie à Kabila, tenu caché au départ, mais qui commence à dévoiler ses multiples facettes. Pas en faveur de Tshisekedi en tout cas.

L’on admet qu’en politique, les accords se font et se défont. Mais la question que l’on se pose actuellement est simple et complexe à la fois : le président de la République possède-t-il des atouts pour s’émanciper de l’emprise de son prédécesseur dont l’ombre trop encombrante plane visiblement sur sa tête ?

Vient, ensuite, le partage de postes. Ici encore, le clan Kabila ne veut rien laisser au nouvel élu : les postes juteux au gouvernement et au Parlement, la gestion de l’Armée nationale avec des officiers promus par Joseph Kabila… la liste est non exhaustive. Mais il y a, enfin, l’épineux dossier de la levée des sanctions de l’Union européenne infligées aux caciques du régime sortant. Comment le président Tshisekedi va-t-il résoudre tout ceci sans énerver les nouvelles relations qu’il entend nouer avec ses partenaires de l’Union européenne ?

Voilà autant de dossiers qui prouvent à suffisance que l’actuel président de la République n’aura pas les mains libres pour conduire son action à la tête de l’État. La tâche est donc ardue, le défi colossal et les enjeux de taille. Soit il s’émancipe et tire les conséquences, soit il fait profil bas à son prédécesseur et trahit le peuple qu’il qualifie comme étant sa « base ».

Le porte-parole de la Majorité parlementaire de Joseph Kabila demande au Président Tshisekedi de sauvegarder les acquis laissés par Kabila. Lesquels?

Si ce n’est de l’humour déplacé ou du cynisme, ces acquis se comptent plutôt en matière d’abus de pouvoir, d’instrumentalisation de la justice et de l’insécurité individuelle et nationale. Depuis que Tshisekedi est au pouvoir, les Congolais s’expriment sans crainte de voir poindre les fusils et les agents de l’Agence nationale de renseignements (ANR), de la police ou des FARDC.

Aussi assistons-nous au dévoilement aujourd’hui des pratiques kabilistes généralisées et inhumaines d’intimider et de laisser des employés sans salaires durant des mois. À Beni, les policiers ont dû user de leurs armes pour se voir payer deux mois d’arriérés; il y a d’autres groupes de citoyens congolais à travers le pays qui sont en attente de leur dû, imaginez 227 mois à la Société nationale de chemins de fer (SNCC) à Lubumbashi!

Le lourd fardeau de Tshisekedi

Sous Kabila, ceux qui devaient servir le peuple congolais se sont servis eux-mêmes, en s’érigeant en petits princes pour s’emparer des pans des richesses nationales et du territoire national, des nationaux comme des étrangers, sous l’œil bienveillant de leur autorité morale. La jungle a supplanté l’État de droit.

La tâche du nouveau Président est colossale et les attentes du peuple congolais sont multiples. Le porte-parole de la Majorité présidentielle, André Alain Atundu, affirme que «Kabila a laissé le pays en état de parfaite gouvernabilité».

De telles déclarations relèvent de l’effronterie et insultent notre intelligence. La culture de l’excellence n’est sûrement pas de ce côté-là. Les « cinq chantiers » et la « révolution de la modernité » appartiennent à la mythologie kabiliste. Tshisekedi doit se battre vigoureusement pour rétablir le niveau décent qu’avait le Congo sur le plan de la qualité des ressources humaines et des infrastructures en matière de santé publique et d’éducation nationale.

Il doit renforcer la cohésion nationale en bâtissant un réseau routier transnational, contrairement à l’actuel réseau en déroute partout à travers le pays. Les provincettes érigées sur un fond tribal n’aident pas à forger le patriotisme fort, hérité de l’ère mobutiste où les fonctionnaires de l’État pouvaient se sentir à l’aise dans n’importe quel coin du pays.

Appel à l’unisson

Nous nous devons d’épauler l’actuel Président pour mettre fin au prix funeste payé par la Nation durant cette période d’asservissement économique et humain sous Kabila. Aucun pays ici-bas n’est exempt des problèmes socio-économiques; les Gilets jaunes en France en font foi. Unissons nos forces pour le même combat et la même cause qui ont mené à l’alternance politique. Tout en ne niant pas nos origines ethniques, donnons-nous la main pour reconstruire, avec le nouveau Président Tshisekedi, l’amour entre Congolais pour le bien-être collectif et pour conjurer la haine et la confiscation du potentiel socio-économique et culturel du pays, par une poignée de «malfrats» politiques sans conscience ni état d’âme.

La Majorité démocratique de Kabila n’est pas une bande en débandade. Tshisekedi doit garder l’œil bien ouvert pour bien assurer la sécurité nationale et sa propre sécurité. Qu’il trouve, avec Fayulu qui n’a pas démérité de la République, un terrain de concertations continues, un terrain aussi bien formel, à travers leurs députés nationaux et provinciaux, qu’informel parce que ces deux chevaliers fréquentent la même église et qu’ils sont capables de trouver des solutions à coups de prières et non par des manifestations de divergence sur la place publique pour le bien suprême des populations congolaises et de la Nation toute entière.

Les gestes posés jusqu’ici par Tshisekedi depuis sa prestation de serment montrent qu’il est bien sur les traces de la démocratie et du progrès social pour l’instauration d’un État de droit.

(avec lePotentiel, Vini Mbilo, CP au Canada)

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