dimanche , 22 septembre 2019
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RDC : Un audit des comptes s’impose

Le président Tshisekedi doit au préalable procéder à un audit des comptes. Il ne peut se contenter de beaux chiffres que lui présente la BCC. Car, derrière ces chiffres attrayants, il y a bien des cadavres dans le placard. Ce n’est pas pour rien la Banque centrale a tu expressément le niveau des dépenses déjà ventilées au niveau du compte du Trésir, de peur que l’équilibre du solde budgétaire explose. Le travail de l’audit des comptes doit partir de trois traditionnelles régies, en remontant jusqu’aux acteurs de la chaine de la dépense publique, à savoir les ministères des Finances et du Budget ainsi que la Banque centrale du Congo. Dans ce travail d’audit des comptes publics, il ne faudrait pas omettre les services s’assiette qui participent également à l’effort de mobilisation des recettes encadrées par la DGRAD. Une attention particulière devrait aussi être accordée au secteur des mines qui engrangent des millions de dollars sans que l’Etat congolais n’y trouve pas son compte. Le compte d’administration de la Gécamines a déjà entrepris, un travail dans ce sens. A ce jour, on apprend que la Gécamines a pu récupérer de ses partenaires présents dans KCC et Boss Mining près de 200 millions USD. Ont-ils été canalisés vers le Trésor ? Difficile à confirmer.

Félix Tshisekedi, président de la RDC, c’est vraisemblablement une nouvelle page qui s’ouvre. Le chef de l’Etat hérite d’un bilan de 18 ans de règne de Joseph Kabila, comprenant l’actif et le passif. Dès son entrée en fonction déjà, le front social est en ébullition avec des grèves en série qui touchent plusieurs pans de la société. Dans quelles conditions Tshisekedi hérite-t-il du trône présidentiel ? Qu’est-ce qu’il a trouvé dans le compte du Trésor ? Un audit des comptes de l’Etat s’impose pour donner au chef de l’Etat les moyens de sa politique. Décryptage.

Félix Tshisekedi est arrivé au pouvoir à la surprise générale. Personne n’attendait le voir à ce poste. Le FCC (Front commun pour le Congo), la coalition gouvernementale qui a porté la candidature d’Emmanuel Ramazani Shadary, ne s’y était presque pas préparée. Tous ont été pris de court.

Ainsi, depuis le 24 janvier 2019, date de sa prestation de serment devant la Cour constitutionnelle, Félix Tshisekedi est le 5ème président de la RDC depuis Joseph KasaVubu en 1960. Il prend les commandes de la RDC après 18 ans de règne de Joseph Kabila. Il devra composer avec un bilan lourd à porter.

En effet, la RDC reste encore un pays à reconstruire. Les « Cinq chantiers » de la République initiée entre 2006 et 2011, suivis du grand projet de la « Révolution de la modernité », porté par Joseph Kabila entre 2011 et 2018, n’ont pas été à la hauteur des défis. Dans la société congolaise, des fissures sociales sont encore béantes. Depuis sa prise des fonctions, le chef de l’Etat fait face à un mouvement de grève qui pourrait bien se généraliser.

Félix Tshisekedi a l’obligation de colmater les brèches – le plus rapidement possible d’ailleurs – pour rétablir la confiance d’une population qui a soif du changement. Il aura besoin de mobiliser des ressources nécessaires pour relever les nombreux défis qui s’offrent à lui.

Dans quelles conditions a-t-il hérité de la République ? Dans quel état a-t-il trouvé les comptes de l’Etat ? Jouit-il d’une marge de manœuvre assez large pour réaliser ses promesses de campagne ? A ces questions, des analystes sont partagés.

DES STATISTIQUES AU VERT, SELON LA BCC

Dans une récente rencontre avec la presse, le gouverneur de la Banque centrale du Congo, Deogratias Mutombo Mwana Nyembo, a fait le point de ce qu’il faut considérer comme le bilan économique de 18 ans de règne de Joseph Kabila. Le gouverneur de la BCC a fait comprendre que Joseph Kabila a légué à son successeur une économie en bonne santé, avec des chiffres encourageants pour une économie caractérisée par des faiblesses récurrentes. « Le cadre macroéconomique de la RDC est resté stable en 2018 et même à ce jour, il est toujours stable. C’est un cadre propice à toute activité économique, au regard de l’évolution des indicateurs pertinents », s’est félicité Deogratias Mutombo.

Toutefois, des statistiques présentées par le gouverneur de la BCC entre 2001 et 2018, on peut tirer quelques enseignements pertinents.

Dans la rubrique des finances publiques, sans faire mention des dépenses déjà validées par la chaine de la dépense, le gouverneur de la BCC a fait état d’un solde positif de 53.517.190.000 FC à fin 2018. Quant aux réserves internationales, elles se situeraient à 879.480.000 USD à fin 2018, soit l’équivalent d’environ trois semaines d’importations. Preuve que l’économie congolaise se porte bien, la BCC a misé pour l’année 2018 sur un taux de croissance de 4,1%, contre 3,7 % en 2017.

A la lecture des condensés statistiques de la BCC, on note évidemment des avancées certes de l’économie, malgré une période de flottement entre 2016 et 2017, mais dans l’ensemble, l’économie congolaise est loin de faire preuve de résilience. Trop dépendante de l’industrie extractive, une moindre contraction des cours de principaux minerais d’exportation de la RDC, essentiellement le cobalt et le cuivre, peut avoir des conséquences désastreuses sur l’ensemble de l’économie. On l’a d’ailleurs ressenti à partir de 2016 lorsque le marché mondial a traversé une crise qui a conduit à une chute vertigineuse des cours des métaux.

C’est dire combien l’économie congolaise reste encore fragile.

Bien, évidemment, sur papier, on peut se féliciter des chiffres élogieux brandis par la BCC. Mais, la réalité pourrait être autre chose. Raison pour laquelle le gouverneur de la BCC a expressément omis de faire mention du niveau des dépenses exigibles à fin 2018. Si le n°1 de la BCC se vante de plus de 53 milliards de francs congolais de solde budgétaire à fin 2018, rapportées aux dépenses, ce solde positif peut facilement fondre comme neige au soleil.

A tout prendre, le président Félix Tshisekedi hérite d’une situation économique et financière qui ne force pas l’admiration. Le mal est profond. Et l’on a frais en mémoire des révélations du professeur Luzolo Bambi, conseiller spécial de Joseph Kabila en charge de la lutte contre corruption, qui faisait état en 2018 d’un coulage des recettes évaluées à 15 milliards USD par an. Autant dire que tous les fonds mobilisés aussi bien par les trois traditionnelles régies financières (DGDA, DGI et DGRAD) n’atterrissent pas forcément dans le compte du Trésor. Une bonne partie de ces recettes prennent une destination inconnue.

A ce propos, il y a lieu de mentionner que dans les condensés statistiques, arrêtés fin 2018 et présentés par le gouverneur de la BCC, il n’y a aucune trace des « ressources PPTE » de ces fonds logés depuis 2010, date de l’atteinte par la RDC du point d’achèvement de l’initiative d’annulation de la dette en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE), dans un compte spécial ouvert à l’Institut d’émission, autre que le compte général du Trésor. De par leur nature, ces « ressources PPTE » étaient censées financer des investissements pro pauvres dans les secteurs de la santé, de l’éducation. Depuis lors, on ne retrouve aucune trace de ces fonds. Et la BCC n’en fait aucunement mention dans ses condensés statistiques. Il y a donc anguille sous roche.

UN AUDIT DES COMPTES S’IMPOSE

A tout prendre, le président Tshisekedi doit au préalable procéder à un audit des comptes. Il ne peut se contenter de beaux chiffres que lui présente la BCC. Car, derrière ces chiffres attrayants, il y a bien des cadavres dans le placard. Ce n’est pas pour rien la Banque centrale a tu expressément le niveau des dépenses déjà ventilées au niveau du compte du Trésir, de peur que l’équilibre du solde budgétaire explose.

Le travail de l’audit des comptes doit partir de trois traditionnelles régies, en remontant jusqu’aux acteurs de la chaine de la dépense publique, à savoir les ministères des Finances et du Budget ainsi que la Banque centrale du Congo.

Dans ce travail d’audit des comptes publics, il ne faudrait pas omettre les services s’assiette qui participent également à l’effort de mobilisation des recettes encadrées par la DGRAD. Une attention particulière devrait aussi être accordée au secteur des mines qui engrangent des millions de dollars sans que l’Etat congolais n’y trouve pas son compte. Le compte d’administration de la Gécamines a déjà entrepris, un travail dans ce sens. A ce jour, on apprend que la Gécamines a pu récupérer de ses partenaires présents dans KCC et Boss Mining près de 200 millions USD. Ont-ils été canalisés vers le Trésor ? Difficile à confirmer.

Le président de la République ne doit pas se laisser distraire par les belles statistiques de la BCC. Diligenter un audit généralisé des comptes de l’Etat s’impose comme le passage obligé pour permettre au chef de l’Etat de se faire une idée exacte de la situation économique et financière lui léguée par Joseph Kabila.

Il ne faut pas oublier que les grèves à répétition, qui risquent de se répandre dans d’autres secteurs de la vie nationale, constituent un message clair envoyé au chef de l’Etat. Le peuple, qui l’a élu le 30 décembre 2018, l’attend au tournant. Or, il ne peut pas répondre à leurs nombreuses revendications s’il n’est pas assuré d’avoir des moyens conséquents. En attendant de tendre la main aux partenaires extérieurs – ce qui passe inévitablement par la signature d’un accord formel avec le Fonds monétaire international – c’est à l’intérieur de la RDC que le chef de l’Etat doit se retourner.

A ce niveau, il s’agit de limiter toutes les fuites au niveau du Trésor et rétablir la fluidité dans la mobilisation des recettes au départ des régies financières.

(avec lePotentiel)

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