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Martin FAYULU MADIDI, interview avec Aljazeera.
Martin FAYULU MADIDI, interview avec Aljazeera.

Élections : Un muluba nommé président par « Kabila » en RDC

Dernière mise à jour, le 19 janvier 2019 à 11:11

Félix-Antoine TSHISEKEDI TSHILOMBO dit Fatshi, nommé provisoirement président de la République démocratique du Congo (RDC), par l’imposteur tutsi rwandais « Joseph KABILA ». La Conférence Episcopale Nationale du Congo (CENCO) affirme que ses observations ne correspondent pas aux résultats officiels de la présidentielle. La France a, pour sa part, rejeté des résultats non conformes. Aujourd’hui, en Belgique, la sentence est officielle, les diplômes dont se prévaut Fatshi ne sont pas valides, selon une enquête de La Libre Belgique. C’est à « Kabila » que Fatshi a dédié ses premières paroles après avoir été « provisoirement élu » selon les termes officiels. « Aujourd’hui, nous ne devons plus le considérer comme un adversaire mais plutôt comme un partenaire de l’alternance démocratique dans notre pays. » Avant même la proclamation des résultats « une rencontre » entre MM. Tshisekedi et « Kabila » avait été évoquée par l’UDPS « pour préparer la passation pacifique et civilisée du pouvoir ». A quoi le gouvernement avait répondu qu’il n’allait « pas rejeter la main tendue parce qu’il y a un temps pour tout, un temps pour s’opposer et se disputer l’électorat mais aussi un temps pour s’unir ». Ces échanges ont suscité la colère du camp Fayulu. A mots voilés, ses partisans ont mis en garde contre un échange de bons procédés. « Kabila n’a pas à dire: je veux telle personne, je ne veux pas de telle. Ce n’est pas sa résidence privée, ni une affaire de famille, c’est une affaire d’État », a dit à l’AFP la porte-parole de la coalition Lamuka. Martin FAYULU MADIDI dit Mafa a immédiatement rejeté les résultats et dénoncé un « véritable putsch électoral ». « Ces résultats n’ont rien à voir avec la vérité des urnes », a-t-il affirmé.

Les faux diplômes de Fatshi

La rumeur avait déjà agité la campagne présidentielle au Congo. Le titre académique dont s’est prévalu Félix Tshisekedi pour se présenter était-il vrai ? Celui-ci, comme la loi le lui imposait, a en effet déposé devant la Commission électorale nationale indépendante un document attestant l’obtention avec mention “satisfaction” d’un “graduat en marketing et communication”. Ce diplôme, il l’aurait obtenu durant l’année académique 1990-1991 à l’Institut des carrières commerciales (ICC), une école supérieure de promotion sociale relevant de la Ville de Bruxelles.

La Libre Belgique a confirmé que, selon l’Institut ainsi que selon l’administration de la Fédération Wallonie-Bruxelles, ce document n’est pas issu des services de l’ICC qui, comme il le précise lui-même, n’organise pas un tel graduat. De plus, et c’est aussi ce que confirme l’administration de la Fédération Wallonie-Bruxelles, il n’y a pas de traces de cette attestation à l’ICC. L’administration confirme donc bien le fait que cette attestation n’est pas valide en tant que telle. Le diplôme est donc un faux.

CENCO contredit la CENI-RDC

La CENCO considère que les résultats provisoires de la présidentielle du 30 décembre 2018 ne correspondent pas aux données en sa possession.

« Nous prenons acte de la publication des résultats par la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI), mais les résultats publiés ne correspondent pas aux données collectées par notre mission d’observation électorale », a déclaré l’Abbé Donatien N’shole, secrétaire général de la CENCO, au cours d’une conférence de presse organisée ce jeudi 10 janvier au Centre Interdiocésain, dans la commune de la Gombe, à Kinshasa.

La CENCO n’a cependant pas révélé le nom de celui qui, selon son observation, devrait l’emporter. Elle appelle au calme et a demandé aux candidats donnés pour perdants de recourir aux voies légales pour contester, s’ils le désirent.

La France rejette les résultats

Un peu plus tôt dans la journée, c’était Jean-Yves Le Drian, ministre français des Affaires étrangères, qui abondait dans le même sens. « Les élections se sont déroulées à peu près dans le calme, ce qui est une bonne chose, mais il semble que, Monsieur Tshisekedi déclaré vainqueur, les résultats proclamés ne soient pas conformes aux résultats qu’on a pu constater ici ou là », a-t-il dit sur le plateau de CNews.

Sans avancer plus de détail, il avait donné comme référence l’épiscopat catholique congolais. « La CENCO a fait des vérifications et annoncé des résultats qui étaient totalement différents (…) Je pense qu’il faut qu’on garde d’abord son calme, qu’on évite les résultats et qu’ensuite la clarté soit faite sur ces résultats », a encore dit Jean-Yves Le Drian.

La RDC retient son souffle

La République démocratique du Congo semble s’engager jeudi dans la voie d’une alternance historique avec l’annonce de la victoire à la présidentielle d’un opposant, Félix Tshisekedi, cependant aussitôt contestée par une partie de l’opposition et par l’Eglise, et déjà marquée par le sang.

Actant la première transition démocratique depuis l’indépendance du pays en 1960, la Commission électorale nationale indépendante (Céni) a déclaré Felix Tshisekedi, 55 ans, vainqueur de la présidentielle avec 38,57% des voix, devant l’autre tête de l’opposition divisée, Martin Fayulu (34,8%) selon des résultats provisoires.

Annoncée après une longue attente aux premières heures de l’aube, la nouvelle a été accueillie par des foules de jeunes en joie dans les rues de Kinsasha ou Goma (est) – « On remercie le bon Dieu !  » – et des concerts de chants et de klaxons.

Mais le mécontentement des pro-Fayulu s’est également fait entendre et certains de ses fiefs ont été le théâtre de violences. En particulier à Kikwit (ouest) où deux policiers et deux civils sont morts dans la répression de la contestation des résultats.

« On nous a volé la victoire », criaient ses partisans à Kisangani (nord-est) où la police à usé de gaz lacrymogènes et tirs de sommation.

De fait, Martin Fayulu a immédiatement rejeté les résultats et dénoncé un « véritable putsch électoral ». « Ces résultats n’ont rien à voir avec la vérité des urnes », a-t-il affirmé à Radio France internationale (RFI).

Liesse et violences

La puissante Eglise catholique, qui avait déployé 40.000 observateurs le jour du scrutin et appelé la commission électorale à ne pas trahir « la vérité des urnes », a également mis en doute ces résultats. « Tels que publiés par la Céni (ils) ne correspondent pas aux données collectées par notre mission d’observation », a déclaré le porte-parole de l’épiscopat, l’abbé Donatien Nshole.

Fait notable cependant, les évêques n’ont pas donné le nom de celui qu’ils pensent avoir gagné et ont officiellement pris acte de la publication des résultats « qui, pour la première fois dans l’histoire de notre pays ouvre la voie à l’alternance au sommet de l’Etat ».

La France elle est étonnamment montée au créneau.

« Il semble bien que les résultats proclamés (…) ne soient pas conformes aux résultats » réels et que M. Fayulu est « a priori » le vainqueur du scrutin du 30 décembre, a déclaré son ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian à la télévision CNews, assurant s’appuyer sur les chiffres de la mission d’observation de l’Eglise catholique.

« Putsch électoral »

La RDC, plus grand pays d’Afrique sub-saharienne, vit une double situation historique. C’est la première fois qu’un opposant est proclamé vainqueur d’une élection présidentielle après les deux élections de M. Kabila en 2006 et 2011. C’est aussi la première fois que le président sortant accepte de se retirer sous la pression de la Constitution selon laquelle Joseph Kabila ne pouvait pas briguer un troisième mandat d’affilée.

Mais ce scrutin à un tour, reporté trois fois depuis 2016, n’efface pas non plus le souvenir de sa réélection en 2011 entachée de violences et de fraudes.

Dès jeudi matin, le chef de l’ONU Antonio Guterres a exhorté à « s’abstenir d’actes violents » dans un pays marqué par de nombreux conflits internes et deux guerres régionales. L’union européenne et l’Union africaine ou l’Afrique du Sud ont appelé au calme.

Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, dit « Fatshi », haute taille et carrure massive, hérite du nom de son père Etienne, figure historique de l’opposition en RDC décédé le 1er février 2017, et de la machine de guerre laissée en héritage, l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), fondée dans les années 80 contre la dictature du maréchal Mobutu et au sein de laquelle il a gravi tous les échelons.

Il faisait équipe pour ce scrutin avec un « ticket », l’ex-président de l’Assemblée et ex-candidat Vital Kamerhe. Mais c’est à Joseph Kabila qu’il a dédié ses premières paroles après avoir été « provisoirement élu » selon les termes officiels. « Aujourd’hui, nous ne devons plus le considérer comme un adversaire mais plutôt comme un partenaire de l’alternance démocratique dans notre pays. »

Et « je serai le président des Congolais qui m’ont élu et de ceux qui ne m’ont pas élu », a-t-il ajouté à l’adresse des partisans de ses rivaux.

La Cour constitutionnelle doit publier les résultats définitifs, qui peuvent encore faire l’objet de recours, dans les dix jours. Une possibilité évoquée par la coalition au pouvoir même si celle-ci a « pris acte » des résultats provisoires.

Son dauphin, l’ex-ministre de l’Intérieur sous sanctions de l’Union européenne Emmanuel Ramazani Shadary, n’est arrivé qu’en troisième position avec 23,8%. Les 18 autres candidats font des scores anecdotiques.

Ce sont désormais les résultats des élections législatives, déroulées le même jour que la présidentielle, qui sont attendus et qui permettront de déterminer les capacités de M. Tsishekedi à diriger le pays – s’il est confirmé.

Ces derniers jours, son camp avait tendu la main au président Kabila.

Hommage à Kabila

Avant même la proclamation des résultats « une rencontre » entre MM. Tshisekedi et Kabila avait été évoquée par l’UDPS « pour préparer la passation pacifique et civilisée du pouvoir ». A quoi le gouvernement avait répondu qu’il n’allait « pas rejeter la main tendue parce qu’il y a un temps pour tout, un temps pour s’opposer et se disputer l’électorat mais aussi un temps pour s’unir ».

Ces échanges ont suscité la colère du camp Fayulu. A mots voilés, ses partisans ont mis en garde contre un échange de bons procédés. « Kabila n’a pas à dire: je veux telle personne, je ne veux pas de telle. Ce n’est pas sa résidence privée, ni une affaire de famille, c’est une affaire d’État », a dit à l’AFP la porte-parole de la coalition Lamuka formée autour de M. Fayulu, Eve Bazaiba.

Pour le centre de recherche EXXAfrica si la victoire de Tshisekedi est « très surprenante » elle prend cependant sens dans le contexte actuel où le président sortant pourra « user de son influence sur Tshisekedi qui doit désormais son ascension au contrôle de Kabila sur la commission électorale ».

Joseph Kabila, 47 ans, au pouvoir depuis l’assassinat de son père et prédécesseur le 16 janvier 2001, Il restera en fonction « jusqu’à l’installation effective du nouveau président élu ».

(avec Afp)

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