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Martin FAYULU dit Mafa en campagne électorale.
Martin FAYULU dit Mafa en campagne électorale.

Report des élections : Nangaa et « Kabila » veulent balkaniser la RDC

Dernière mise à jour, le 31 décembre 2018 à 03:29

Coup de massue dans le processus électoral. À la suite de la persistance du virus Ebola dans le secteur de Beni-Butembo et du déplacement massif des populations dans le territoire de Yumbi (province de Mai-Ndombe), la Céni y renvoie les élections en mars 2019. Avec le retrait de Beni et Butembo dans la cartographie électorale du 30 décembre, l’opposition se voit amputée d’un segment important de son électorat. C’est Martin Fayulu, candidat de Lamuka à la présidentielle qui est visé. Coordonnateur de LAMUKA dans le Nord-Kivu, député national élu de Goma, Muhindo Nzangi est d’avis que la décision de la Céni rentre dans la mise en œuvre du plan de balkanisation de la RDC. Ce jeudi à Beni et Butembo, la population a promis d’exprimer sa colère.

Les élections du 30 décembre sont toujours entourées d’un épais brouillard. Après le report d’une semaine décrétée par le président de la Céni, rien ne rassure de la tenue effective d’élections à la nouvelle date du 30 décembre 2018.

Au-delà de l’important déficit logistique qui plombe encore le travail de la Céni dans le déploiement des kits électoraux sur l’ensemble de la RDC, la centrale électorale se dit maintenant être butée à de grandes contraintes sécuritaires et sanitaires. Le territoire de Beni, et la ville de Butembo sont concernées. Sans compter le territoire de Yumbi dans la province de Mai-Ndombe.

Dans ces ceux coins de la RDC, la Céni a levé l’option de ne pas les intégrer dans la cartographie électorale du 30 décembre prochain. Elle compte plutôt y organiser les élections en mars prochain, soit trois mois après la prestation de serment du président élu ; pour autant ce dernier est censé prêté serment, selon le calendrier électoral réaménagé au 20 décembre 2018, le 19 janvier 2019.

Dans la classe politique, la décision de la Céni, postposant les élections à Beni, Butembo et Yumbi, a soulevé sans surprise une vague d’indignations.

Si la Majorité présidentielle dit « comprendre la décision de report dans les circonscriptions électorales de Beni, Beni-ville, Butembo pour cause d’impératif de santé publique dû au virus Ebola, et dans la circonscription électorale de Yumbi à la suite de graves troubles sociaux et d’important déplacement de population », l’opposition ne cache pas sa colère.

Jusque tard dans la soirée du mercredi, les grandes forces de l’opposition, à savoir LAMUKA et CACH, étaient encore en concertation au niveau de leurs bureaux politiques respectifs avant de se prononcer sur ce qu’ils considèrent de part et d’autre comme un « piège » pour faire chavirer le train électoral.

Déstabiliser Fayulu

Dans tous les cas, la décision de la Céni a des motivations extrêmement politiques. Le choix de Beni et Butembo, deux grandes villes de la province du Nord-Kivu, réputées bastion de l’opposition, n’est donc pas le fait du hasard.

On se rappelle que Martin Fayulu, candidat de Lamuka, avait lancé sa campagne par les villes de Beni et Butembo. Sur place, il a récolté un succès fou qui l’a finalement suivi partout où il est passé, jusqu’à ce qu’il clôture sa campagne par la province du Kongo central. Sur papier, les villes de Beni et Butembo sont presqu’acquises à l’opposition, tout particulièrement à Martin Fayulu. En réalité, le pouvoir en place n’a jamais digéré la percée spectaculaire que Fayulu a engrangée dans cette partie du Nord-Kivu.

En termes d’électeurs régulièrement enrôlés par la Céni, le territoire de Béni compte 675.600 électeurs, contre 182.800 pour Beni-ville et 330.744 pour la ville de Butembo. Tout calcul fait, c’est plus d’un millions d’électeurs potentiels qui sont délibérément soustraites à l’opposition.

À tout prendre, la Céni vient de prouver, une fois de plus, qu’elle est et reste inféodée à la majorité au pouvoir qui lui dicte la marche à suivre et les décisions à prendre pour faire triompher Emmanuel Ramazani Shadary, candidat du FCC à la présidentielle. Sinon, on ne peut pas comprendre qu’à quelques jours des élections du 30 décembre prochain, la Céni évoque enfin des contingences sanitaires pour postposer les scrutins dans le secteur de Beni-Butembo.

Il est établi que c’est sous la menace du virus Ebola que les populations de Beni et Butembo se sont faits enrôlés. C’est aussi dans ce même contexte que la Céni a laissé la campagne se dérouler en toute quiétude dans le secteur de Beni-Butembo. Les fidèles fréquentent des églises et les élèves se rendent à l’école.

Autant dire que ce rétropédale de la Céni est entouré d’un flou artistique dont seul Corneille Nangaa, son président, maîtrise évidemment les contours. Et que dire de Yumbi dans le Mai-Ndombe où des récentes tueries ont poussé la Céni à annuler tout scrutin programmé le 30 décembre ?

Qu’en est-il de Walikale, territoire du Nord-Kivu, où pullulent une dizaine de groupes armés ? Quel traitement la Céni réserve-t-elle aux zones instables du Sud-Kivu où des milices et divers groupes armés entretiennent une insécurité permanente ?

À Beni et Butembo, la Céni a pris un raccourci qui la discrédite à tout prendre.

Dans une tribune largement relayée sur la toile, le député national Muhindo Nzangi, coordonnateur de Lamuka dans le Nord-Kivu, voit dans l’option levée par la Céni un élément qui complète le puzzle du plan de balkanisation de la RDC.

« Cette décision de Nangaa est au service de la balkanisation du Nord Kivu, pourquoi pas de la cession au Rwanda d’une partie du Kivu. Exclure Beni-Butembo des élections, c’est supprimer 14 sièges Nande sur les 48 que compte le Nord-Kivu. Ainsi sans aucun doute, le jeu de KABILA est de favoriser l’élection d’un Hutu comme Gouverneur de Province. Sachant que le jeu est frauduleux ; le Grand Nord ne reconnaîtra jamais ce gouverneur, d’où la balkanisation de fait de la province », relève-t-il sans cacher sa colère. L’élu de Goma va plus loin en relevant que « Kabila et Nangaa veulent pousser les Nande à réfléchir sur la création de leur propre État pour se libérer de l’emprise. Cela lui permettra de respecter les accords de Lemera avant de partir ».

Avec le retrait de Beni, Butembo et Yumbi dans la cartographie électorale du 30 décembre, Corneille Nangaa vient de franchir un pas de plus et de trop dans sa tentative de vicier par tous les moyens le processus électoral. L’histoire ne manquera pas de le lui rappeler lorsque viendra le moment de rendre des comptes.

(avec lePotentiel)

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