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Report des scrutins : Un canular connu d’avance en RDC

Dernière mise à jour, le 26 décembre 2018 à 10:56

Le président de la Commission électorale nationale indépendante, Corneille Nangaa, a annoncé, jeudi 20 décembre, le report des scrutins combinés du 23 décembre. Ceux-ci, selon lui, auront leu le 30 décembre 2018, soit dans une semaine de la date initiale. C’est la troisième fois que ces consultations sont reportées. Ainsi pour certains, l’annonce de jeudi n’était qu’un canular connu d’avance. Car les raisons techniques avancées ne se justifient pas. Aucune image des machines et kits brûlés n’a jamais été montrée. Même pas à la télévision nationale.

On s’explique également mal comment les machines à voter et autres matériels se trouvaient encore, à neuf jours des élections, dans cet entrepôt au lieu d’être dispatchés dans les bureaux de vote comme c’est le cas des bureaux de l’intérieur du pays ? Quant aux bulletins de vote et les procès verbaux, ils devraient venir, non pas de l’Afrique du Sud, mais du pays d’où ces machines ont été fabriquées pour de raison de compatibilité et devaient même être acheminés bien avant les machines.

Ils n’ont donc pas tort, ceux qui pensent que les tergiversations de la Céni, les entraves des campagnes électorales des opposants participent d’une même et seule stratégie : « amener la population à se soulever pour que cela, une fois de plus, soit imputé à l’opposition qui, comme on a coutume de l’accuser, ne veut pas aller aux élections ».

On misait sur l’étincelle allumée par les étudiants de l’Université de Kinshasa (Unikin) et de l’Institut supérieur des techniques appliqués (Ista) qui n’a pas fait long feu. C’était sans compter avec la grande masse de la population qui n’avait d’yeux que sur les préparatifs des scrutins. Il faut donc une autre stratégie pour amener les gens dans la rue. Nul doute qu’un prochain report des élections au-delà du 30 décembre provoquerait l’ire, pas seulement des Kinois, mais aussi de l’ensemble du peuple congolais qui tient au changement du régime.

Mais un tel soulèvement pourrait amener le pouvoir en place à décréter « un état d’urgence », dans l’objectif de mettre fin aux élection et ainsi prolonger le mandat de Joseph Kabila. Un tel scénario est à éviter, car il conduirait au versement inutile de beaucoup de sang des Congolais. Ce qui serait un crime contre l’humanité pour lequel certaines autorités du pays souffrent déjà, avant de se retrouver à la Cour Pénale Internationale, où elles finiront leurs jours. Ce n’est pas souhaitable !

CENI-RDC : DOS AU MUR

Tout le monde le savait pourtant. Au-delà des contestations liées au recours à la machine à voter, la Commission électorale nationale indépendante n’était pas prête pour les élections à la date du 23 décembre. Des problèmes logistiques constituent la raison fondamentale, même si la Céni ne cessait d’afficher une confiance inébranlable pour respecter son chronogramme.

Quid de la volonté politique du pouvoir en place d’organiser les élections qui devront consacrer l’alternance pacifique qui serait une première dans l’histoire politique du pays ? La question demeure. Et même pour ceux qui se consolent du fait que le report des élections dûment motivées n’est pas l’apanage de la RDC, la Céni avait depuis longtemps le choix d’un report. Mais aussi curieux que cela a paru, même avec le fameux incendie survenu dans la nuit du 12 au 13 décembre dans son entrepôt central à Kinshasa, la Centrale électorale est restée de marbre. Officiellement, elle demeurait prête pour les élections le 23 décembre prochain. Hélas ! Les 40 millions d’électeurs enregistrés n’iront finalement pas voter le dimanche 23 décembre 2018. Un revirement à trois jours des élections présidentielle, législatives et provinciales, qui démontre que la Céni est au bord du vide, mieux, dos au mur…

À l’évidence, ceux qui ont indiqué hier que la machine à voter n’était qu’un prétexte, ont sans doute fait preuve de clairvoyance. Le déroulement des faits laisse entrevoir un scénario bien monté. Et seul le temps apportera des vraies réponses. Tout le monde retient encore son souffle en attendant la nouvelle date du 30 décembre. Sept jours de plus d’attente ne se transformeront jamais en une éternité. Et surtout que la population reste vigilante pour non seulement aller voter, mais aussi attendre le temps qu’il faudra jusqu’à se rassurer que son vote soit respecté. Il sera difficile, dans ce climat tendu, d’évoluer de report en report. Comme pour dire, mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose…

Le CNSA recommande à la Céni de solliciter un appui logistique de la Monusco

Au cours d’un point de presse tenu le vendredi 21 décembre, le Conseil national de suivi de l’Accord (CNSA) recommande vivement au gouvernement et à la Commission électorale nationale indépendante (CENI) de « solliciter un appui logistique » de la Monusco pour déployer les kits électoraux restants en vue d’éviter d’éventuels « égarements » avant la tenue des élections prévue le 30 décembre.

Le CNSA fait cette recommandation en s’appuyant sur le point IV.4 de l’Accord du 31 décembre 2016. Se démarquant de la décision de la Céni, le CNSA conseille également la Centrale électorale de laisser libre court à la campagne électorale jusqu’au 28 décembre afin de permettre aux candidats de rester en contact avec leurs bases respectives.

30 DÉCEMBRE : LA LIGNE ROUGE À NE PAS FRANCHIR

L’opposition garde son pessimisme quant à la volonté politique du régime à organiser, dans le délai, des élections libres, démocratiques et transparentes en République démocratique du Congo. Les épisodes d’incendie controversé de l’entrepôt de la Céni à Kinshasa suivi du report des scrutins d’une semaine ne font que renforcer ce scepticisme dans l’opposition.

Devant ce énième stratagème à vouloir retarder l’alternance démocratique en RDC, le Cap pour le Changement (CACH), coalition chère à Félix Tshisekedi et Vital Kamerhe, met en garde directement le président de la République. Si le CACH accepte le report des élections au 30 décembre, cette coalition prévient que ce délai doit être irrévocable.

D’ores et déjà, le CACH appelle « le peuple congolais à se mobiliser en vue d’obtenir les élections au 30 décembre 2018 par des actions pacifiques d’envergure ». Pour Félix Tshisekedi, candidat président de la République, le 30 décembre est la ligne rouge à ne pas franchir dans l’organisation de ces scrutins.

Déclaration politique de CACH suite au énième report des élections en RDC

0.1. Le CAP POUR LE CHANGEMENT (CACH) a suivi avec consternation, mais sans surprise, l’annonce en ce jour par Mr Corneille Nangaa, président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), du report au 30 décembre 2018 des élections tant attendues le 23 décembre 2018 par tout notre peuple ;

0.2. L’opinion nationale et internationale se rappelle que le CACH, bien que convaincu que Monsieur Joseph Kabila n’a jamais eu la moindre volonté de permettre l’organisation des élections libres, démocratiques et transparentes à l’issu de son second et dernier mandat échu depuis le 19 décembre 2016, avait levé l’option courageuse de participer aux échéances électorales avec ou sans machine à voter ;

0.3. Bien avant l’annonce du report des scrutins, il a été constaté d’une part, une militarisation à outrance à travers le territoire national et d’autre part, la violation de la loi électorale, en particulier l’article 28 par certains Gouverneurs de provinces dont celui de Kinshasa qui se sont permis d’écourter la campagne électorale ;

0.4. Le CACH demeure convaincu que Joseph Kabila ne veut ni quitter le pouvoir ni organiser les élections au terme du nouveau délai annoncé ;

De ce qui précède, le CACH :

0.1. Réaffirme sa position maintes fois exprimée d’aller aux élections avec ou sans machine à voter ;

0.2. Condamne avec la dernière énergie cette énième forfaiture de Joseph Kabila qui grippe le processus électoral pour le maintenir illégalement au pouvoir ;

0.3. Met sévèrement en garde Mr. Joseph Kabila et prévient qu’il n’acceptera pas un autre report même d’un jour ;

0.4. Affirme poursuivre sa campagne jusqu’à 24H du scrutin conformément à l’art.28 de la loi électorale, soit le 28 décembre 2018 à minuit ;

0.5. En appelle à la vigilance du peuple souverain mais aussi à celle de la Communauté internationale, en l’occurrence les pays voisins, l’ONU, l’U.A, la SADC, l’U.E ainsi que les U.S.A ;

0.6. Appelle le peuple congolais à se mobiliser en vue d’obtenir les élections au 30 décembre 2018, par des actions pacifiques d’envergure, et au cas contraire poursuivre ces actions et même les amplifier jusqu’ au départ du régime de Joseph Kabila.

Fait à Kinshasa, le 21 décembre 2018

DÉCLARATION DU CONSEIL DE SÉCURITÉ DES NATIONS UNIES

Les membres du Conseil de sécurité des Nations Unies ont pris acte de la décision prise par la Commission électorale nationale indépendante (CENI) de reporter au 30 décembre les élections présidentielle, législatives et provinciales en République démocratique du Congo (RDC).

Ces élections générales congolaises, initialement prévues le dimanche 23 décembre ont été reportées par la CENI au dimanche 30 décembre.

Dans un communiqué publié vendredi, la CENI a justifié ce report par les « circonstances exceptionnelles constitutives de cas de force majeure » occasionnées par l’incendie le 13 décembre dernier d’un de ses entrepôts à Kinshasa où était stocké du matériel électoral destiné aux bureaux de vote et au dépouillement dans plusieurs communes de la capitale

Dans une déclaration de presse publiée dans la nuit de samedi à dimanche, les membres du Conseil de sécurité ont exprimé « l’espoir que cette extension permette de créer les conditions favorables à ce que les électeurs congolais puissent s’exprimer en toute liberté le 30 décembre ». Ils ont appelé à un « dialogue continu et à la transparence avec tous les acteurs politiques » pendant cette période pour maintenir la confiance mutuelle jusqu’à la tenue des élections.

Les 15 membres du Conseil ont également appelé tous les acteurs congolais à s’engager « de manière pacifique et constructive » dans le processus électoral afin « de garantir des élections transparentes, crédibles et apaisées » en RDC, conduisant à un transfert du pouvoir en conformité avec la Constitution congolaise et l’Accord du 31 décembre 2016.

Exprimant leur soutien aux efforts de la CENI « pour s’assurer que tous les préparatifs logistiques des élections soient achevés au jour de l’élection», les membres du Conseil ont rappelé la disponibilité de la MONUSCO – la mission de l’ONU en RDC – à apporter son appui « si la demande était exprimée ».

Dans sa déclaration, le Conseil de sécurité a réaffirmé son attachement à la souveraineté, l’indépendance et l’intégrité territoriale de la RDC. Ses 15 membres ont également adressé leurs condoléances aux familles des victimes, parmi lesquelles on compte des pilotes russes, de l’accident d’un avion affrété par la CENI pendant des opérations de préparations électorales.

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