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Corneille NANGAA, président de la CENI-RDC, en train d'organiser la tricherie électorale.
Corneille NANGAA, président de la CENI-RDC, en train d'organiser la tricherie électorale.

RDC : Le Gouvernement organise le sabotage des élections

Dernière mise à jour, le 26 décembre 2018 à 10:55

Le report des elections en République démocratique du Congo (RDC) qui était prévisible ne fera qu’accentuer les soupçons et le rejet de l’autorité qu’est censée incarner la CENI. Ce qui n’augure rien de bon. La CENI n’est pas prête pour organiser des élections crédibles. Le 30, elle ne sera pas prête. Et même si elle dispose encore d’un an, elle ne sera pas prête non plus. Pourquoi ? Parce que le pouvoir de Kinshasa ne veut pas organiser les élections crédibles, transparentes et apaisées. Il organise plutôt le sabotage des élections. Le drame du Congo dans cette histoire des élections est que les dirigeants donnent l’impression qu’ils ne connaissent pas leur propres pays. Parce que, comment un pouvoir central qui a du mal a assuré la sécurité sur l’étendue du territoire national, peut refuser l’aide des Nations unies pour une bonne organisation du scrutin ?

Ils ont essayé de faire croire à l’opinion qu’ils allaient tenir le cap. Mais finalement, les dirigeants de la CENI sont redescendus sur terre pour se rendre à l’évidence. Les élections qui devaient avoir lieu dimanche 23 sont reportées au 30 décembre. Un report prévisible, mais pas rassurant.

Ce qui était une rumeur, une supposition, puis une évidence malgré les dénégations et entêtement de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) à maintenir le cap, est finalement officialisé. Les élections présidentielle, législatives et provinciales du 23 décembre prochain sont reportées au 30 décembre 2018.

La vérité a finalement pris le dessus sur la cécité déconcertante des dirigeants de la Centrale électorale. Si on est lucide, et ce n’est pas une insulte, le Congo n’a pas les moyens d’organiser à lui seul les élections dignes de ce nom. Brandir la « souveraineté » et la dignité nationale pour refuser l’aide internationale jusquà placer le pays dans une situation de tension permanente.

Aujourdhui, les dirigeants de la CENI et les dirigeants congolais doivent se sentir petits dans leurs souliers. Heureusement que le ridicule ne tue pas. Sinon, beaucoup se seraient déjà retrouvés sous terre.

Dune manière ou d’une autre, ces élections vont finir dans le chaos et l’affrontement général. Il est quasiment prévisible que l’opposition n’acceptera pas les résultats qui donneraient Shadiry vainqueur. Or, cest le scenario écrit d’avance par le pouvoir.

Le Gouvernement organise plutôt le sabotage des élections

Et ce report qui était prévisible ne fera qu’accentuer les soupçons et le rejet de l’autorité qu’est censée incarner la CENI.

Ce qui n’augure rien de bon. La CENI n’est pas prête pour organiser des élections crédibles. Le 30, elle ne sera pas prête. Et même si elle dispose encore d’un an, elle ne sera pas prête non plus. Pourquoi ? Parce que le pouvoir de Kinshasa ne veut pas organiser les élections crédibles, transparentes et apaisées. Il organise plutôt le sabotage des élections.

Le drame du Congo dans cette histoire des élections est que les dirigeants donnent l’impression qu’ils ne connaissent pas leur propres pays. Parce que, comment un pouvoir central qui a du mal a assuré la sécurité sur l’étendue du territoire national, peut refuser l’aide des Nations unies pour une bonne organisation du scrutin ?

Il ne doit y avoir aucune honte à cela, car même les pays les plus stables que le Congo ont souvent recours au système multilatérale pour faire face à certaines opérations complexes, notamment en période électorale qui nécessite beaucoup de logistique et de moyens humain, matériel et financier.

Pour des hommes qui se disent responsables, gouvernant un pays de presque 2, 5 millions de Km2, et vue l’instabilité qui y prévaut, ils auraient dû solliciter l’aide de la Communauté internationale pour faire face à l’organisation des élections.

Mais à force de jouer avec les nerfs des acteurs politiques et du peuple congolais, la CENI et le pouvoir vont instaurer une situation de méfiance et de défiance, qui va se transformer en violence, au risque de faire sombrer le pays dans une instabilité politique. A moins que ce soit le désir ultime du clan de Kabila pour se maintenir au pouvoir.

ELECTIONS REPORTÉES AU 30 DÉCEMBRE

Glissement dans le calendrier électoral. C’est finalement le 30 décembre prochain que les 40 millions d’électeurs enrôlés par la Céni seront appelés aux urnes pour la présidentielle, les législatives nationales et provinciales. Des impératifs techniques, notamment ceux liés à l’incendie de son entrepôt de Kinshasa et au retard dans la livraison des bulletins de vote, justifient ce report.

Devant la presse, son président, Corneille Nangaa, a donné toutes les assurances nécessaires quant au respect de ce nouveau délai. Le plus important est que le 30 décembre prochain, c’est par le comptage manuel que se fera le dépouillement, a indiqué Nangaa. Dans les rangs de Lamuka, coalition qui soutien Martin Fayulu, on applaudit, tout en restant prudent. Pour autant que, depuis 2016, la CENI n’est pas à son premier report.

Il n’y aura plus de scrutins le 23 décembre 2018, comme prévu dans le calendrier électoral rendu public le 5 novembre 2017 par la CENI. Contrairement à toutes les assurances de son président, Corneille Nangaa, la Céni a fini par capituler en se pliant devant des évidences.

Pourtant, après l’incendie de son entrepôt de Kinshasa où plus de 8.000 machines à voter et d’autres kits électoraux sont partis en fumée, Nangaa était confiant de gagner son pari du 23 décembre. Hélas ! Jeudi devant la presse, la réalité du terrain l’a finalement dissuadé.

C’est finalement le 30 dé- cembre 2018, soit une semaine après la date prévue, que la CENI s’est dit prête à convoquer plus de 40 millions d’enrôlés pour l’élection du président de la République, de 500 députés nationaux et 715 députés provinciaux. Ce qui n’était donc que rumeur il y a quelques heures s’est donc avéré vrai.

Devant la presse, réunie au siège de la CENI sur la boulevard du 30 juin, Nangaa a dit avoir consulté préalablement toutes « les parties prenantes » au processus (institutions du pays, représentants de confessions religieuses, les candidats présidents de la République …).

Pourtant, plus rassurant sur la poursuite sans désemparer du processus électoral à la suite de l’incendie de l’entrepôt central de la CENI à Kinshasa, M. Nangaa s’est vite rebiffé, en invoquant des problèmes de logistique consécutifs à cet incendie. Kinshasa ne pouvait donc pas connaitre seul le décalage. C’est l’hypothèse qui a prévalu, explique Corneille Nangaa, à la suite des consultations entreprises avec les institutions de la République, les parties prenantes, les candidats président de la République et la Communauté internationale. Nangaa, qui perçoit lui-même la gravité de sa décision au regard de ses propres assurances antérieures, a appelé le peuple congolais au calme et surtout à « éviter le quiproquo dans la perception de sa communication ».

Entretemps, rien ne change suivant le reste du calendrier électoral. C’est-à-dire, la campagne électorale prend fin bel et bien ce vendredi 21 décembre, a précisé le président de la CENI.

Les résultats au comptage manuel

Certes, toutes les parties au processus ont finalement optées pour le recours à la machine à voter aux scrutins du 30 décembre prochain, mais le plus important, c’est qu’au dépouillement, la CENI a d’ores et déjà rassuré de prendre en compte le comptage manuel. Jeudi, devant la presse, Nangaa a donné toutes les garanties nécessaires quant à ce.

« Aussitôt le vote terminé, les bureaux de vote se transforment en bureaux de dépouillement pour transmettre les résultats aux Centres locaux de compilation des résultats. C’est sur base des résultats consolidés au niveau du Centre national de compilation que la Céni annoncera les premières tendances pour l’élection présidentielle », a indiqué Corneille Nangaa, répondant à une question de la presse.

Quoi qu’il en soit, la coalition LAMUKA peut se féliciter d’avoir réussi à amener la Céni à privilégier le comptage manuel dans le dépouillement des résultats. Ce qui constitue une étape importante pour des élections crédibles et transparentes à la nouvelle échéance du 30 décembre 2018.

Dans un communiqué publié le mercredi 19 décembre, soit la veille de l’annonce du report des élections par la Céni, la coalition Lamuka avait déjà prédit ce scenario. LAMUKA s’était voulu plutôt tranchant, en estimant que « plus de deux ans après l’expiration des délais constitutionnels, aucun report n’est justifiable ». Et de poursuivre en ces termes : « En effet, la CENI et le gouvernement illégitime de Monsieur Kabila ont amplement eu le temps de préparer de bonnes élections, crédibles et apaisées. Ce qu’ils n’ont pas fait. Aussi bien Mr Corneille Naanga que M. Joseph Kabila, ont encore récemment menti publiquement, en affirmant que les élections du 23 décembre 2018 seraient parfaites (…). Pour la Coalition LAMUKA, ils seront tenus entièrement responsables de la manière dont le processus électoral se déroulera ».

Quoi qu’il en soit, la coalition LAMUKA peut se féliciter d’avoir réussi à amener la Céni à privilégier le comptage manuel dans le dépouillement des résultats. Ce qui constitue une étape importante pour des élections crédibles et transparentes à la nouvelle échéance du 30 décembre 2018.

L’OPPOSITION ACCUSE LE FCC DE « KABILA » DE RECOURIR À LA « PROVOCATION »

La coalition Lamuka et Cach accusent le pouvoir en place d’avoir recouru à la « provocation », en suspendant la campagne électorale, ce mercredi 19 décembre à Kinshasa, à quatre jours du scrutin. Alors que le candidat Martin Fayulu, était attendu dans la place Sainte-Thérése à N’djili afin de tenir un meeting.

« Les renseignements attestent que dans tous les camps politiques des principaux candidats à la présidence de la république, des extrémistes se sont préparés et se préparent à une confrontation de rue dans la ville de Kinshasa lors des activités de campagne », dit l’hôtel de ville dans un communiqué ce mercredi 19 décembre 2018. Les autorités ont justifié cette décision par les tensions sécuritaires qui ont émaillé de nombreux incidents dans certaines provinces du pays.

Tension à Kinshasa

Les éléments de la police ont utilisé les gaz lacrymogènes pour disperser les jeunes qui tentaient de brûler les affiches d’Emmanuel Ramazani Shadary à l’entrée de Kinshasa. Venus nombreux pour accueillir le candidat à la présidentielle Martin Fayulu qui est de retour à Kinshasa après plusieurs jours de campagne électorale à l’intérieur du pays, les militants de Lamuka sont positionnées sur la route menant vers la province de l’Ex-Bandundu jusqu’à la place Sainte-Thérése.

Venus de différentes communes, ils ont déchiré des affiches de certains candidats, brûlé des pneus et jeté des gaz lacrymogènes. De ce fait, la situation était tendue sur le Boulevard Lumumba où la population attendait l’arrivée de Martin Fayulu, candidat à la présidentielle pour le compte de Lamuka. Compte tenu de cela, les cadres de Cache et de Lamuka parlent de la provocation préparée par le pouvoir en place.

Contacté par RFI, Martin Fayulu a vivement critiqué la suspension de la campagne. « Cette décision du gouverneur est totalement illégale, le gouverneur n’a aucune qualité pour suspendre les activités de campagne, a lancé le candidat à la présidentielle. Dans ce cas-là, qu’on suspende la campagne dans toute la République démocratique du Congo ! J’ai décidé de m’arrêter aujourd’hui à Kinshasa, de m’adresser au peuple de Kinshasa, mais de quoi ont-ils peur ? Aucun de nos militants n’est violent », assure-t-il.

De part et d’autre de cette barrière de police, des partisans de Martin Fayulu étaient venus pour l’accompagner. Certains y sont encore, d’autres ont été dispersés à coups de gaz lacrymogène. D’autres, pour protester, ont allumé des feux.

Eu égard à l’interdiction de la campagne électorale à Kinshasa, Lamuka a jugé bon d’annuler son meeting prévu à la Place Sainte-Thérése de Ndjili pour avoir opté pour la « provocation ». Après un moment de tension dans l’après-midi, certains de ses partisans continuent de chanter en expliquant que cette situation ne les dissuadera pas de voter. Ils demandent aux autorités de libérer le candidat.

Enfin, les éléments de la police ont, aux environs de 22 heures, transporté Martin Fayulu à vive allure en profitant de la pluie jusqu’à sa résidence.

Pour rappel, le Conseil de sécurité des Nations-Unies a passé, mardi, en revue l’évolution des élections en République démocratique du Congo, en appelant les parties prenantes à éviter « la provocation et la violence ».

DES DÉFAILLANCES À OCCULTER

Invité par RFI, Pierre Jacquemot, ex-ambassadeur de France à Kinshasa, est chercheur à l’IRIS, note des difficultés de la Céni d’organiser le scrutin le 23 décembre. Pour lui, si les autorités de République démocratique du Congo ont refusé l’aide de l’ONU, c’est peut-être pour occulter des défaillances.

Pour ex-ambassadeur de France à Kinshasa, il est difficile d’envisager un report des élections d’une semaine, car la Commission nationale indépendante (Céni) ne pourra pas résoudre tous les problèmes liés au déploiement des matériels électoraux dans toutes les provinces.

Quant au lui, les arguments évoqués par le président de la Céni, Corneille Nangaa, sont fondés, par le fait que 80 % des matériels électoraux étaient partis en fumée et plus d’un million de bulletins de vote étaient calcinés. De ce fait, l’incendie et des incidents enregistrés pendant la campagne électorale est la conséquence du report des élections d’une semaine.

Les difficultés d’acheminement du matériel peuvent-elles être réglées en une semaine ? Alors, on se demande si la Céni va faire des miracles pour déployer les 100 000 machines en une semaine dans toutes les violences provinces. « Car, il y a des régions qui sont coupées », a-t-il dit. Sept jours suffiront-ils pour rattraper les retards accumulés par la commission électorale dans sa préparation des élections ? Beaucoup se posent désormais la question à Kinshasa. « Oui » assure le président de cette commission Corneille Naanga.

(avec François MENDY, lePotentiel, Hervé NTUMBA)

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