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Martin FAYULU : Victime d’une décision arbitraire

Dernière mise à jour, le 26 décembre 2018 à 10:56

Les candidats président de la République ne battront plus campagne dans la ville de Kinshasa. Ils sont juste autorisés à utiliser les medias pour faire passer leurs messages. La décision est du gouverneur de la ville de Kinshasa, André Kimbuta Yango. Martin Fayulu, candidat commun de l’opposition, est la première victime de cette décision arbitraire. En provenance de l’ex-Bandundu, le candidat de Lamuka a été interdit d’entrer dans la ville au niveau de Maluku, alors que ses militants, venus en grand nombre, l’ont attendu jusque tard dans la soirée à la place Ste Thérèse de N’Djili. À deux jours de la fin officielle de la campagne électorale, cette mesure, qui viole la loi électorale, renforce le doute sur la tenue effective des scrutins le 30 décembre prochain et présage d’un éventuel chaos.

À Kinshasa, la campagne électorale pour la présidentielle s’est arrêtée à partir du mercredi 19 décembre 2018. Ainsi en a décidé André Kimbuta, gouverneur de Kinshasa qui invoque « des impératifs sécuritaires ». Martin Fayulu, candidat commun de l’opposition, est la première victime de cette décision arbitraire. En provenance de l’ex-Bandundu, le candidat de Lamuka a été interdit d’entrer dans la ville au niveau de Maluku, alors que ses militants, venus en grand nombre, l’ont attendu jusque tard dans la soirée à la place Ste Thérèse de N’Djili. À deux jours de la fin officielle de la campagne électorale, cette mesure, qui viole la loi électorale, renforce le doute sur la tenue effective des scrutins le 30 décembre prochain et présage d’un éventuel chaos.

Les candidats président de la République ne battront plus campagne dans la ville de Kinshasa. Ils sont juste autorisés à utiliser les medias pour faire passer leurs messages. La décision est du gouverneur de la ville de Kinshasa, André Kimbuta Yango.

Le gouverneur de la ville motive sa décision par les « incidents et violences ayant causé des dégâts importants » qui ont émaillé la campagne dans d’autres provinces. Il dit se fier aux informations à lui rapportées par les services de sécurité de la capitale. « Les renseignements en notre possession attestent que dans tous les camps politiques des principaux candidats à la présidence de la République, des extrémistes se sont préparés et se préparent à une confrontation de rue dans la ville de Kinshasa », note le gouverneur dans son communiqué officiel, avant d’ajouter que « Cette situation menace gravement la sécurité des personnes et de leurs biens ».

Seuls les candidats président de la République, «sans exception aucune », sont concernés par cette décision, rassure en même temps l’Hôtel de ville, tout en prévoyant une passerelle où ils peuvent bien faire passer leurs messages, c’est-à-dire « le recours aux medias ».

Malgré une incohérence dans le document – il est à la fois daté du 18 et du 19 décembre –, le cabinet du gouverneur a néanmoins confirmé son authenticité. « Il y a juste une erreur matérielle qui s’est glissée dans le texte. Mais, je confirme la décision du gouverneur de la ville qui a du reste été motivée par les rapports concordants des services de sécurité », a indiqué un haut cadre du cabinet du gouverneur, joint au téléphone par notre rédaction.

Fayulu pris en otage par une meute de policiers

Sans surprise, la décision de suspension de campagne pour la présidentielle a créé un tollé général. Le premier candidat qui en a payé le prix est Martin Fayulu, candidat commun de l’opposition qui prévoyait, de retour de sa campagne dans l’ex-Bandundu, de communier avec ses sympathisants sur la place Sainte Thérèse, dans la commune de N’Djili.

A hauteur de Maluku, sur la Nationale n°1, des policiers ont été déployés en grand nombre pour l’empêcher d’entrer dans la ville. Une prise en otage en règle. Sur la toile, la coalition Lamuka a directement lancé un message d’alerte. « Fayulu bloqué sur la route à la hauteur du triangle de Nsele-Maluku sur la route Bandundu. La police a placé une barrière. Pas d’entrée, pas de sortie. La zone est très militarisée et sous contrôle de la Garde prétorienne. En fait, Fayulu est en danger. Dénonçons cela ». Les uns dénoncent « de faux prétextes pour tenter d’empêcher la campagne de l’opposition », les autres vont plus loin et appellent à la démission du gouverneur «S’il est incapable de maintenir l’ordre public ».

Entre-temps, sur la place Sainte Thérèse, les militants de Lamuka ont bravé la décision du gouverneur de Kinshasa. Ils sont venus en grand nombre malgré une impressionnante présence policière. « L’interdiction de Kimbuta, c’est une décision anticonstitutionnelle. Notre candidat avait déjà informé qu’il aurait un meeting ce mercredi. Ils avaient d’abord refusé que ça se tienne au stade Tata Raphaël. C’est pour ça que nous sommes venus ici, à N’Djili, pour accueillir notre candidat », a expliqué à actualité.cd un militant se trouvant sur place, en indiquant que quelques policiers sont visibles sur le lieu aménagé pour le meeting de Martin Fayulu ; ils négocient afin de faire respecter la décision d’André Kimbuta d’annuler la tenue du meeting de la coalition Lamuka.

Les éléments de droit qui clouent Kimbuta

Pour les praticiens du droit, la décision de Kimbuta tombe sous le coup de l’anarchie. Me Georges Kapiamba, président de l’ACAJ, évoque à cet effet les articles 28 de la Constitution et 81 de la loi électorale.

En effet, l’article Article 28 de la Constitution stipule dans des termes clairs que « Nul n’est tenu d’exécuter un ordre manifestement illégal. Tout individu, tout agent de l’État est délié du devoir d’obéissance, lorsque l’ordre reçu constitue une atteinte manifeste au respect des droits de l’homme et des libertés publiques et des bonnes mœurs. La preuve de l’illégalité manifeste de l’ordre incombe à la personne qui refuse de l’exécuter ». Alors que la loi électorale précise en son article 81 que « Quiconque entrave ou tente d’interdire ou de faire cesser toute manifestation, rassemblement ou expression d’opinion pendant la campagne électorale, est puni d’une servitude pénale principale de douze mois au maximum et d’une amende de 100.000 à 500.000 francs congolais ou d’une de ces peines seulement. Il est en outre privé de ses droits de vote et d’éligibilité pour une durée de six ans ».

À tout prendre, l’Hôtel de ville vient de créer un précédent fâcheux qui va sensiblement ternir le processus électoral. Il vient d’une certaine manière de jeter l’huile au feu, éloignant l’espoir de la tenue d’élections apaisées, crédibles et transparentes le 30 décembre 2018. En outre, le gouverneur de Kinshasa, qui n’est en réalité qu’un exécuteur d’ordres venus de quelque part, plante le décor d’un éventuel chaos.

(avec lePotentiel)

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