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Brexit : May au pied du mur

Dernière mise à jour, le 12 décembre 2018 à 01:48

La Première ministre Theresa May a annoncé lundi aux députés britanniques le report du vote sur l’accord de sortie de l’Union européenne, prévu mardi, en raison des profondes divisions des parlementaires qui signifiaient qu’il avait toutes les chances d’être rejeté. « Nous allons donc reporter le vote prévu demain », mardi, a dit Mme May, soulignant que les députés britanniques demeuraient particulièrement opposés à la solution trouvée pour éviter le retour d’une frontière physique entre la province britannique d’Irlande du Nord et la République d’Irlande, dite solution du filet de sécurité ou de « backstop ». La dirigeante a réaffirmé que l’UE ne consentirait pas à un accord de Brexit ni une future relation après la sortie britannique prévue le 29 mars sans ce backstop, qui consiste à créer un « territoire douanier unique », englobant l’UE et le Royaume-Uni, au sein duquel il n’y aurait aucun quota ni droits de douane pour les biens industriels et agricoles. L’Irlande du Nord aura tout de même un statut spécial : elle resterait alignée sur un nombre limité de règles du marché unique « essentielles pour éviter une frontière dure » en Irlande. Mais son petit allié nord-irlandais, le parti unioniste DUP, comme les Brexiters purs et durs de son Parti conservateur, rejettent cette solution, le DUP refusant un statut spécial pour l’Irlande du Nord tandis que les conservateurs estiment qu’elle amarrerait le Royaume-Uni à l’UE pour une durée indéterminée.

La Première ministre britannique Theresa May a reporté lundi le vote du Parlement sur l’accord de sortie de l’Union européenne, reculant devant l’opposition des députés et plongeant le processus de divorce dans l’incertitude.

« Nous allons reporter le vote prévu demain », a dit Mme May devant la Chambre des Communes, sans préciser de calendrier, dans une ambiance surchauffée.

« Avant le conseil européen (des 13 et 14 décembre), j’irai voir mes homologues des autres pays membres » de l’Union européenne pour « discuter avec eux des préoccupations exprimées par cette assemblée », a-t-elle ajouté. Elle rencontrera mardi le Premier ministre néerlandais Mark Rutte à La Haye puis la chancelière allemande Angela Merkel pour des entretiens bilatéraux, a annoncé Downing Street dans la soirée.

Mais Theresa May, dont l’avenir politique pourrait se jouer sur ce texte, a réaffirmé que l’accord conclu en novembre entre Londres et Bruxelles à l’issue de 17 mois de négociations était « le bon », et qu' »aucun accord n’est possible sans inclure » la disposition très controversée du filet de sécurité, ou « backstop » en anglais.

Cette disposition prévoit de maintenir l’ensemble du Royaume-Uni dans une union douanière avec l’UE, ainsi qu’un alignement réglementaire plus poussé pour l’Irlande du Nord, si aucun accord sur la future relation entre Bruxelles et Londres n’est conclu à l’issue d’une période de transition de 21 mois après le Brexit, prévu le 29 mars 2019.

Cet arrangement suscite une opposition de tous bords, depuis les europhiles, qui espèrent encore pouvoir faire marche arrière, jusqu’aux plus ardents « Brexiters », qui redoutent un arrimage permanent à l’UE.

Alors que des cris appelant à la « démission » de Theresa May fusaient des bancs du Labour, le leader de l’opposition, le travailliste Jeremy Corbyn a vilipendé le gouvernement, estimant qu’il avait « perdu le contrôle des évènements ».

Il a jugé que Theresa May ne pourra pas effacer les « défauts fondamentaux » du texte en obtenant quelques amendements « bâclés » auprès de Bruxelles. Il a obtenu la tenue mardi d’un « débat d’urgence » sur la décision de report du vote.

D’autres réactions acerbes sont venues des rangs conservateurs : le député tory Marc François a ainsi jugé « honteuse » la manoeuvre du gouvernement. « C’est insultant. Toute la Chambre voulait débattre et voter, et le gouvernement s’échappe et court se cacher dans les toilettes ».

« Risque de crise nationale »

Jusqu’ici, les dirigeants européens se sont montrés inflexibles, rejetant l’idée de rouvrir les discussions. « Nous ne renégocierons pas l’accord, y compris le filet de sécurité, mais nous sommes prêts à discuter de la manière de faciliter la ratification britannique », a affirmé lundi le président du Conseil européen Donald Tusk sur Twitter.

M. Tusk a indiqué également qu’un sommet européen sur le Brexit se tiendrait jeudi à Bruxelles.

La profonde incertitude qui entoure désormais le processus de divorce a fait plonger la monnaie britannique. Vers 16H00 GMT, la livre s’échangeait pour 1,2527 dollar, son plus bas niveau depuis avril 2017. L’euro, de son côté, pointait à 90,80 pence pour un euro, son plus haut niveau depuis fin août.

« C’est un coup de plus pour les entreprises qui aspirent à plus de clarté », a réagi Carolyn Fairbairn, directrice générale de la principale organisation patronale, la CBI. « Les plans d’investissement sont en pause depuis deux ans et demi. À moins qu’un accord ne soit rapidement conclu, le pays risque de glisser vers une crise nationale », a-t-elle ajouté.

Après le report du vote, les dirigeants européens et britanniques ont annoncé mardi un renforcement des préparatifs en vue d’un « no deal », un scénario redouté par les milieux économiques.

Concessions symboliques ?

Pour Constantine Fraser, expert en politique européenne chez TS Lombard, la principale raison de retarder le vote est, pour l’exécutif, « d’essayer d’obtenir d’autres concessions, même symboliques, pour donner à ses députés qui hésitent encore une excuse pour voter cet accord ».

Le calendrier reste incertain sur la suite du processus de divorce. Andrea Leadsom, la ministre des Relations avec le Parlement, n’a pas précisé la date à laquelle aurait lieu le vote des députés sur l’accord. Mais étant donnée la suspension des activités du parlement britannique du 20 décembre au 7 janvier, ce vote ne devrait pas avoir lieu avant le début de l’année 2019.

Mme May a multiplié les mises en garde contre les conséquences que pourrait avoir un rejet du traité. « Cela signifierait une grave incertitude pour le pays, avec un risque très réel de ne pas avoir de Brexit, ou de quitter l’Union européenne sans accord », a-t-elle déclaré dans le Mail on Sunday.

Surtout, un rejet du texte pourrait exposer Theresa May à son renversement, et in fine à de nouvelles élections législatives. Elle a d’ailleurs agité la menace d’une éventuelle victoire de Jeremy Corbyn en cas d’élections.

(avec Afp)

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