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Buenos Aires : Un sommet tendu de l’histoire du G20

Dernière mise à jour, le 2 décembre 2018 à 06:26

Les dirigeants du G20 ont ouvert vendredi à Buenos Aires le sommet peut-être le plus tendu de l’histoire de ces rencontres, qui se jouera en grande partie autour d’un quatuor: Donald Trump, Vladimir Poutine, Mohammed ben Salmane et Xi Jinping. Ce sommet est aussi la première occasion pour les dirigeants mondiaux de s’entretenir directement avec le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane (« MBS », Mister Bone Saw. Monsieur Scie à Os en français) depuis le scandale suscité par l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi. Les débats risquent de fluctuer au gré des humeurs d’un Donald Trump que de nouveaux développements à Washington dans l’enquête russe rendent plus impulsif que jamais.

Il est 15H00 GMT quand les chefs d’Etat et de gouvernements posent pour une photo de famille avant de s’asseoir à la table de réunion – sans la chancelière Angela Merkel, qui ne devait arriver qu’en début de soirée pour cause d’avion gouvernemental défaillant.

Comme rapprochés par les critiques internationales qui les visent, Vladimir Poutine et « MBS » affichent leur bonne entente.

Le président russe et le prince héritier saoudien, commandant chacun d’immenses ressources d’hydrocarbures, se saluent avec une cordialité très remarquée, d’un geste à mi-chemin entre une poignée de main et le « tope-là » de deux adolescents.

Le premier est critiqué pour les tensions avec l’Ukraine, après l’arraisonnement de trois navires de la marine ukrainienne en mer Noire par les gardes-côtes russes. Le second a vu sa réputation de réformateur entachée par l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi.

Le président français Emmanuel Macron a eu également un aparté vendredi avec Mohammed ben Salmane, mais sur un tout autre ton, affirme l’Elysée. Des images de l’entretien ont circulé, sans enregistrement des voix.

Selon la présidence française, Emmanuel Macron a demandé « d’associer des experts internationaux à l’enquête » sur le meurtre de Jamal Khashoggi et il a défendu « la nécessité d’une solution politique au Yémen ».

Le président français a posé pour la photo de famille à côté de Donald Trump. Leur relation s’est singulièrement dégradée après une série de tweets moqueurs du président américain.

Celui-ci affichait vendredi une mine renfrognée lors de l’ouverture officielle des débats, loin de l’enthousiasme avec lequel il a vanté dans la matinée la signature d’un nouvel accord de libre-échange nord-américain négocié à son initiative.

Le président chinois Xi Jinping était lui impassible.

Il aura samedi un dîner de tous les dangers avec Donald Trump, pour tenter d’enrayer un conflit commercial potentiellement catastrophique pour l’économie mondiale.

« Il existe des signes positifs, nous allons voir ce qui se passe. Si nous pouvions parvenir à un accord, ce serait bien », a déclaré le président américain, qui dit tout et son contraire sur cette entrevue depuis plusieurs jours.

Donald Trump goûte peu de manière générale les grandes rencontres diplomatiques. Et son caractère impulsif pourrait bien être encore accentué lors du G20 par de nouvelles révélations à charge dans l’enquête aux Etats-Unis sur l’ingérence russe lors de sa campagne présidentielle.

« Vicieuse »

Il a déjà pris tout le monde de court jeudi en annulant une réunion bilatérale avec Vladimir Poutine. Côté américain, on a déploré que l’enquête en cours aux Etats-Unis « pénalise » la relation avec la Russie, tout en assurant que cette annulation était seulement liée à la crise en Ukraine.

Alors que Kiev annonce des mesures pour limiter l’accès des hommes russes à son territoire, le président du Conseil européen Donald Tusk s’est dit « sûr » à Buenos Aires que les sanctions de l’Union européenne contre la Russie seraient reconduites en décembre.

« Une pratique vicieuse du recours aux sanctions unilatérales illégales et aux mesures protectionnistes se répand », a déploré de son côté le président russe.

Il sera bien difficile à ce G20 de tenir la promesse faite lors du tout premier sommet de ce genre, en novembre 2008: celle de passer par le multilatéralisme pour apporter la « prospérité » au monde.

Les Européens présents au G20 (France, Allemagne, Italie, Pays-Bas, Grande-Bretagne, UE) vont tenter de sauver les meubles en obtenant au moins 19 signatures – celle de Donald Trump étant inimaginable – sous un engagement franc de lutte contre le réchauffement climatique.

Pour le reste, les diplomates s’acharnent encore sur un communiqué final qu’endosseraient les 20 protagonistes. Le sujet le plus délicat, hors climat: le commerce.

Au-delà des joutes diplomatiques, les autorités argentines redoutaient des violences lors d’une grande manifestation de protestation prévue vendredi après-midi.

Le gouvernement a décrété un jour férié, fermé écoles et moyens de transport, et déployé plus de 20.000 membres des forces de l’ordre pour quadriller des avenues désertées.

DONALD TRUMP DICTE L’AGENDA

Les dirigeants du G20 se retrouvent vendredi à Buenos Aires pour un sommet dont Donald Trump dicte de facto l’agenda, qu’il s’agisse du difficile dialogue avec Vladimir Poutine ou de la querelle commerciale avec la Chine.

Ce sommet est aussi la première occasion pour les dirigeants mondiaux de s’entretenir directement avec le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane (« MBS ») depuis le scandale suscité par l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi.

Les débats risquent de fluctuer au gré des humeurs d’un Donald Trump que de nouveaux développements à Washington dans l’enquête russe rendent plus impulsif que jamais.

« Chasse aux sorcières! », a-t-il protesté sur Twitter vendredi, à propos de nouvelles révélations sur un projet immobilier de son conglomérat en Russie.

C’est dans ce contexte judiciaire toujours plus menaçant que le président américain avait brutalement annulé jeudi sa rencontre bilatérale prévue à Buenos Aires avec son homologue russe, officiellement en raison de l’escalade militaire décenchée par Moscou contre l’Ukraine.

Le président russe est arrivé vendredi matin à Buenos Aires. Avant que son avion ne se pose, le Kremlin avait « regretté » l’annulation de la réunion, estimant que « les discussions sur des questions internationales et bilatérales graves sont reportées indéfiniment ».

L’Américain souffle aussi le chaud et le froid avant un entretien bilatéral avec le président chinois Xi Jinping, très attendu alors que l’escalade de représailles commerciales entre les deux titans pèse déjà sur la croissance mondiale.

Donald Trump n’a guère évoqué ces sujets lors de sa première apparition publique vendredi à Buenos Aires, avec le président argentin Mauricio Macro. Dans l’une des digressions dont il est coutumier, le président américain a fait l’éloge de son hôte, un « homme très jeune et beau », et vanté des affaires qu’il avait menées par le passé avec le père de M. Macri, un entrepreneur très fortuné.

« L’agressivité ressort »

Face à l’activisme du président américain, l’enjeu de ce G20 sera de rester fidèle au credo du multilatéralisme qui avait présidé à sa toute première édition en 2008, sur fond de panique financière.

« Autour de la table du G20, les doutes sont là, les formes d’agressivité ressortent, les fractures reparaissent », a dit jeudi soir le président français Emmanuel Macron.

Il espère constituer un front uni des Européens, en l’absence toutefois d’Angela Merkel qui ne rejoindra le sommet qu’en fin de journée, la faute à une panne sur l’avion gouvernemental allemand.

Au-delà des joutes diplomatiques, les autorités argentines redoutent des violences bien réelles lors d’une grande manfestation de protestation prévue vendredi, à l’image de celles qui avaient entouré le G20 de Hambourg l’an dernier.

Le niveau de sécurité est maximal. Sous le soleil vendredi matin, Buenos Aires semble assoupie: le gouvernement a décidé un jour férié, fermé écoles et moyens de transport, et déployé plus de 20.000 membres des forces de l’ordre pour quadriller des avenues désertées.

Les autorités argentines, critiquées pour leur incapacité à contenir les débordements autour d’un match de football samedi dernier, ont fait savoir qu' »aucune violence » ne serait tolérée.

Au-delà de la critique du G20 lui-même, c’est tout le ressentiment d’un pays miné par une longue crise économique, et promis à une cure d’austérité, qui devrait s’exprimer à cette occasion.

Rencontres inédites

Dans un contexte de montée du protectionnisme, la signature officielle prévue vendredi du nouvel accord commercial entre Etats-Unis, Canada et Mexique, fera presque figure d’anomalie.

Reste à savoir si les leaders du G20 parviendront eux mêmes à parapher, à l’issue de leurs débats samedi, un communiqué final reflétant un consensus même minime sur quelques grands défis internationaux.

La rédaction de ce texte à la portée surtout symbolique bute en particulier sur la question du libre-échange, et sur le sujet du changement climatique.

« Aurons-nous un communiqué? La question se pose vraiment », se demande Thomas Bernes, ancien haut fonctionnaire international devenu expert au Centre for International Governance Innovation.

Entre une photo de famille et une réunion de travail, les participants du G20 multiplieront aussi les rencontres en tête-à-tête, ou en petit comité. Au-delà de l’omniprésent Donald Trump, tous les yeux seront rivés en particulier sur les interactions de Vladimir Poutine et de « MBS » avec les autres protagonistes.

LA CRISE UKRAINIENNE PÈSE SUR LE G20

Les tensions entre Kiev et Moscou persistaient vendredi, l’Ukraine prenant des mesures pour limiter l’accès des hommes russes à son territoire tandis que la crise se répercutait sur le sommet du G20, qui s’ouvre à Buenos Aires.

Au cours d’une réunion consacrée à la sécurité, le chef des gardes-frontières ukrainiens Petro Tsiguikal a annoncé que l’accès à l’Ukraine serait désormais « limitée pour les étrangers, en premier lieu pour les citoyens de la Fédération de Russie âgés de 16 à 60 ans de sexe masculin ».

Cette « limitation », qui s’appliquera « sauf pour des raisons humanitaires explicitement spécifiées » selon le président ukrainien Petro Porochenko, risque de peser sur la vie quotidienne de milliers de personnes vivant dans le nord et l’est de l’Ukraine, où les familles disséminés de part et d’autre de la frontière sont nombreuses.

Selon un responsable du services des frontières du Bélarus, cité par Interfax, 144 Russes tentant d’entrer en Ukraine en passant par le Bélarus – les vols directs étant interdits actuellement – auraient été renvoyés au Bélarus.

Moscou n’a pas pris de pincettes pour dénoncer cette mesure, la porte-parole de la diplomatie russe Maria Zakharova condamnant les « gestes sauvages du gouvernement » ukrainien et dénonçant un Etat « complètement dysfonctionnel ».

Elle a laissé entendre que la Russie ne prendrait pas de mesures en réciprocité, sous peine que la situation ne dégénère en « folie » et en « effondrement ».

Les tensions avec Moscou sont très vives depuis l’arraisonnement, dimanche au large de la Crimée par les gardes-côtes russes, de trois bateaux militaires ukrainiens, à la suite duquel M. Porochenko a mis en garde contre « la menace d’une guerre totale » avec la Russie.

Mercredi, la loi martiale a été introduite pour 30 jours dans dix régions frontalières du pays et les régions côtières des mers Noire et d’Azov.

Des remous au G20

Cet incident naval est la première confrontation militaire ouverte entre les deux pays depuis l’annexion de la péninsule ukrainienne de Crimée en 2014 et le début la même année d’un conflit armé dans l’est de l’Ukraine entre forces gouvernementales et séparatistes prorusses, qui a fait plus de 10.000 morts.

Moscou détient toujours 24 marins prisonniers depuis cet accrochage.

Malgré les appels de la communauté internationale à leur libération, ils ont été placés en détention provisoire jusqu’au 25 janvier et « tous ont été transférés à Moscou », a indiqué la conseillère des autorités de Crimée pour les droits de l’homme, Lioudmila Loubina.

C’est justement cette décision qui a poussé le président américain Donald Trump à une nouvelle volte-face faisant grimper la tension avant le sommet du G20 à Buenos Aires. Alors qu’il venait de confirmer qu’il y rencontrerait son homologue russe Vladimir Poutine, un entretien très attendu, le milliardaire américain l’a finalement annulé d’un tweet.

« En partant du fait que les navires et les marins n’ont pas été restitués par la Russie à l’Ukraine, j’ai décidé qu’il serait mieux pour toutes les parties concernées d’annuler ma rencontre », a-t-il asséné, prenant tout le monde de court.

Le Kremlin a « regretté » vendredi cette décision, estimant que « les discussions sur des questions internationales et bilatérales graves sont reportées indéfiniment ».

La porte-parole de la diplomatie russe a pour sa part affirmé que l’annulation par Donald Trump de l’entrevue avec Vladimir Poutine pouvait être due à « la situation politique domestique aux Etats-Unis, qui domine le processus de prise de décisions ».

Le milliardaire est en effet bousculé chez lui par une enquête toujours plus menaçante sur l’ingérence russe dans l’élection présidentielle de 2016.

« L’Europe est unie dans son soutien à la souveraineté de l’Ukraine », a déclaré le président du Conseil européen Donald Tusk peu avant le début officiel du G20. Il s’est dit « sûr » que les sanctions de l’UE contre la Russie seraient reconduites en décembre, alors que les ukrainiens demandent de nouvelles sanctions économiques et l’envoi par l’Otan de navires en mer d’Azov.

« Il ne peut y avoir de solution militaire à ces confrontations », a toutefois tempéré jeudi la chancelière allemande Anglea Merkel, qui a appelé Kiev à la retenue mais a promis d’aborder le sujet avec Vladimir Poutine au G20.

ANGELA MERKEL EN RETARD AU G20

L’armée de l’air allemande a annoncé vendredi qu’une panne du système de communicationavait contraint l’Airbus d’Angela Merkel en route pour le G20 à un atterrissage d’urgence, dernier incident en date d’une longue liste d’humiliantes défaillances sur des avions officiels.

Les autorités ont exclu catégoriquement toute origine criminelle de la panne survenue jeudi soir alors que l’appareil avait décollé pour rejoindre Buenos Aires, une possibilité évoquée dans un premier temps par le journal régional Rheinische Post.

L’ensemble du système de communications de l’Airbus A340 avec le sol s’est arrêté en raison d’une panne de la boîte de distribution électrique, a expliqué vendredi à la presse le commandant de la Luftwaffe, Guido Heinrich.

C’est par téléphone satellite que l’équipage a dû organiser l’atterrissage d’urgence jeudi soir à Cologne.

Mais, a insisté l’officier, « à aucun moment » l’équipage ne s’est retrouvé dans une situation « que nous n’avions pas sous contrôle ». Le commandant de bord, dont la chancelière a salué la grande expérience, a agi « avec un grand calme », selon lui.

Une porte-parole du gouvernement, Martina Fietz, a confirmé: « à aucun moment il n’ y a eu un quelconque risque pour la vie de passagers ».

La chancelière n’a pu finalement embarquer que vendredi matin à bord d’un vol de la compagnie espagnole Iberia au départ de Madrid afin de rejoindre, avec plus de douze heures de retard, ses pairs du G20.

Son arrivée dans la capitale argentine est prévue vers 17h55 locales (20h55 GMT) et les entretiens bilatéraux qu’elle devait avoir ce vendredi avec les présidents américain Donald Trump et chinois Xi Jinping ont dû être annulés.

Ils pourraient éventuellement avoir lieu à un autre moment, selon la porte-parole du gouvernement.

Une rencontre prévue avec le président russe, Vladimir Poutine, à propos des tensions avec l’Ukraine devrait, elle, avoir lieu samedi matin.

‘Panne sérieuse’

L’Airbus A340 gouvernemental « Konrad-Adenauer » a dû rebrousser chemin jeudi soir alors qu’il survolait les Pays-Bas et atterrir en urgence à l’aéroport de Cologne.

La chancelière, filmée en train de descendre de l’avion munie d’un parapluie et d’un sac à main, a passé la nuit dans un hôtel de Bonn avant de rejoindre Madrid à l’aube.

Dans l’industrie aéronautique, ce genre d’incidents est qualifié d’urgence dangereuse et ne se produit qu’extrêmement rarement, ce qui a conduit le capitaine et son équipage à immédiatement réclamer un atterrissage.

Selon l’agence allemande dpa, la chancelière a été alertée vers 20h d’un incident technique alors qu’elle s’entretenait avec des journalistes à bord de l’avion. « C’est important », lui a dit un membre du personnel de cabine en l’avertissant que le commandant de bord voulait lui parler.

L’atterrissage d’urgence de l’avion, qui outre la chancelière transportait le ministre des Finances Olaf Scholz ainsi qu’une importante délégation, s’est également déroulé dans des conditions difficiles.

Les freins de l’appareil ont été mis à rude épreuve car l’apareil, alourdi par une quantité considérable de kérosène, a dû atterrir sur une piste de courte longueur, celle prévue pour les gros appareils étant en travaux. Problème supplémentaire: la fonction permettant de larguer le kérosène pour alléger l’appareil était elle aussi en panne.

Des déboires par le passé

Cet avion en particulier a déjà connu des déboires par le passé.

L’armée allemande a acquis cet appareil d’occasion en 2011 auprès de la compagnie Lufthansa. Pouvant transporter 143 personnes, il dispose d’un système de défense anti-missiles.

L’avion a été construit en 1999 et avait déjà effectué quelque 50.000 heures de vol au moment de son acquisition par le gouvernement, selon Der Spiegel.

Le mois dernier, à Bali (Indonésie) des rats avaient endommagé des câbles de l’appareil, obligeant le ministre des Finances à rentrer d’une réunion avec le Fonds monétaire international (FMI) par un vol commercial.

Le 29 juin, c’est le président de la République, Frank-Walter Steinmeier qui avait dû changer d’avion pour se rendre à Minsk suite à un dommage hydraulique sur le « Konrad Adenauer ».

Et l’armée allemande est déjà au centre de plusieurs polémiques en raison de ses équipements vétustes ou défectueux, qui vont des avions militaires A400M aux hélicoptères en panne en passant par des fusils ou avions de chasse.

TRUMP ET XI CONCLUENT UNE TRÊVE COMMERCIALE

Donald Trump et Xi Jinping ont déclaré samedi une trêve dans leur conflit commercial, qui menace l’économie mondiale, en conclusion d’un sommet du G20 conflictuel à Buenos Aires.

Les deux présidents ont « trouvé un accord pour mettre fin à la mise en oeuvre de nouveaux droits de douane », a dit le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, après un dîner de travail de plus de deux heures des dirigeants et de leurs conseillers.

Le vice-ministre du commerce, Wang Shouwen, a précisé que Washington renonçait à porter comme prévu de 10% à 25% les droits de douanes sur 200 milliards de dollars d’importations chinoises – la moitié du total – à partir du 1er janvier.

Mais la Maison Blanche a fait savoir que cette décision n’était que suspendue, plus précisément pour une durée de 90 jours.

90 jours

Si les deux pays n’arrivent pas dans ce délai à s’entendre sur des « changements structurels » dans leurs relations commerciales, notamment à propos des transferts « forcés » de technologie et de la propriété intellectuelle, « les droits de douane de 10% seront portés à 25% », a averti dans un communiqué la présidence américaine.

Washington indique aussi que Pékin s’engage à acheter une quantité « pas encore définie, mais très substantielle » de produits américains, pour réduire l’énorme déséquilibre commercial entre les deux pays.

« C’est un accord extraordinaire », a déclaré Trump à la presse à bord d’Air Force One sur le chemin du retour. Cela aura « un impact incroyablement positif » pour les fermiers américains, a-t-il ajouté.

Wang Yi a, lui, parlé d’un résultat « gagnant-gagnant » de cette réunion.

Avec cet accord, Xi évite une pression accrue sur une économie chinoise qui ralentit tandis que Trump, touché par les élections de mi-mandat qui ont amené une majorité démocrate à la Chambre des Représentants, peut atténuer les problèmes des Etats agricoles qui exportent vers la Chine, particulièrement le soja, relève Hua Po, un consultant politique de Pekin.

« C’était une occasion unique pour la Chine parce que (les élections de mi-mandat) ont mis Trump en difficulté », ajoute-t-il. « Il était donc possible pour la Chine de tenir sur des points essentiels tout en faisant des concessions majeures ».

Mais Brad Setser, un ancien responsable du Trésor maintenant membre du Council on Foreign Relations à Washington, a relevé auprès de Bloomberg que « le plus dur est de trouver les bases pour un accord réel qui règle les grandes questions en suspens plutôt que de se mettre d’accord sur une pause ».

La surenchère de droits de douane entre la Chine et les États-Unis depuis le printemps pèse déjà sur la croissance mondiale. Le FMI estime qu’à court terme le PIB mondial pourrait être réduit de 0,75% si les tensions commerciales devaient encore s’accroître.

Communiqué et susceptibilités

Ce tête-à-tête entre Donald Trump et Xi Jinping a constitué le point d’orgue d’un sommet du G20 au cours duquel les principales économies mondiales ont pu seulement sauver les apparences en accouchant d’un communiqué commun.

Ils y « notent les problèmes commerciaux actuels » sans condamner le protectionnisme, une formule bien pudique au regard de l’offensive « America First » (l’Amérique d’abord) de Donald Trump.

Dix-neuf pays « s’engagent à la pleine mise en oeuvre » de l’accord de Paris sur le climat, les Etats-Unis rappelant en toutes lettres leur rejet de ce dernier.

« C’est le communiqué final le plus faible jamais vu à un G20 », a déclaré à l’AFP Thomas Bernes, expert du Center for International Governance Innovation et ancien négociateur canadien de ce sommet, né il y a dix ans en pleine crise financière et qui se tiendra l’an prochain au Japon.

« C’était le plus petit dénominateur commun. Cela pose la question de la crédibilité du G20 sur le commerce, mais aussi sur le climat », a-t-il ajouté.

Ukraine, Khashoggi, pétrole

Loin du ton compassé du communiqué, au cours des conférences de presse finales les dirigeants ont passé en revue leurs multiples désaccords.

« La guerre va continuer » dans l’est rebelle de l’Ukraine tant que les autorités ukrainiennes actuelles « resteront au pouvoir », a ainsi martelé samedi Vladimir Poutine. Les Européens lui avaient pourtant demandé d’apaiser les tensions nées de l’arraisonnement dimanche de navires ukrainiens par la marine militaire russe.

Le président russe a par ailleurs accordé ses violons avec le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane (« MBS ») pour prolonger un accord de baisse de la production de pétrole. Les deux hommes ont affiché une franche camaraderie pendant le sommet.

Le sommet a aussi été marqué par un rendez-vous manqué, celui de Donald Trump et de Vladimir Poutine, annulé à la dernière minute ou presque par l’Américain, qui a invoqué la crise en Ukraine.

Le locataire du Kremlin a, en fin de sommet, indiqué avoir eu l’opportunité d’expliquer à Donald Trump, lors d’une conversation « debout » en marge d’un dîner, sa position quant à la crise ukrainienne.

(avec Afp)

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