samedi , 15 décembre 2018
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G20 : Buenos Aires se transforme en camp retranché

Le prince héritier d’Arabie Saoudite Mohammed ben Salmane (alias MBS : Mister Bone Saw. Monsieur Scie à os en français), l’homme qui a commandité l’assassinat du journaliste saoudien jamal khashoggi dans les locaux de l’ambassade saoudienne en Turquie et après son corp a été coupé avec une scie à os, est arrivé mercredi à Buenos Aires, premier invité de marque d’un sommet du G20 sous haute tension, entre escalade en Ukraine et inquiétudes pour l’économie mondiale. Ce sommet devrait en effet être dominé par des affrontements bilatéraux : guerre commerciale États-Unis-Chine, menaces du président américain de taxer les voitures européennes et tensions américano-russes après l’arraisonnement par Moscou de navires ukrainiens. « La réforme du système multilatéral, la lutte contre les inégalités, la promotion d’un agenda international ambitieux pour protéger la biodiversité et lutter contre le dérèglement climatique sont autant de sujets sur lesquels la France et l’Amérique latine parlent d’une même voix », a déclaré le chef de l’Etat au journal argentin La Nacion jeudi.

La rencontre entre Donald Trump et Vladimir Poutine en marge du sommet du G20 et sur fond d’escalade en Ukraine, a été confirmée jeudi par le Kremlin, malgré les menaces du président américain de bouder son homologue russe.

« Washington a confirmé la rencontre », a déclaré Dmitri Peskov, porte-parole de la présidence russe, précisant qu’elle aurait lieu samedi « autour de midi » heure argentine et « pourrait durer près d’une heure ».

De quoi lever le doute que laissait planer l’impulsif président américain: il avait indiqué que « peut-être » il sècherait cette réunion bilatérale, temps fort annoncé du sommet, en raison de l’incident armé entre l’Ukraine et la Russie en mer Noire.

Les chefs d’Etat et de gouvernement des vingt premières puissances mondiales se réunissent vendredi et samedi dans une capitale argentine sous haute surveillance, sur fond de crise économique majeure dans le pays, et d’appels à manifester.

La rencontre, dixième du genre depuis le premier sommet du G20 à Washington à l’automne 2018, sera rythmée par une ribambelle d’entretiens bilatéraux prévus par Donald Trump, attendu jeudi en soirée à Buenos Aires.

Le président américain, plus à son aise en tête-à-tête que dans les grandes discussions multilatérales, doit en particulier rencontrer son homologue chinois Xi Jinping.

Objectif: tenter d’enrayer l’escalade de représailles douanières entre les deux pays, qui menace la croissance mondiale.

« Nous espérons que les Etats-Unis et la Chine pourront faire un pas l’un vers l’autre et travailler dur pour obtenir des résultats lors de cette rencontre des chefs d’Etat », a dit jeudi un porte-parole du ministère chinois du commerce.

Reste à voir comment les autres protagonistes du G20, groupe qui cumule 85% du PIB mondial, trouveront leurs marques autour des titans chinois et américain.

« Risque d’un tête-à-tête »

« Le risque est celui d’un tête-à-tête entre la Chine et les Etats-Unis et d’une guerre commerciale destructrice pour tous », avertit le président français Emmanuel Macron dans une interview jeudi au quotidien argentin La Nacion.

En plus des leaders russe et chinois, Donald Trump pourrait avoir une « interaction » avec Mohammed ben Salmane, selon la formulation formulation pudique adoptée par la Maison Blanche.

Le président américain est l’un des plus solides appuis du prince héritier saoudien qui, selon lui, rend bien des services à l’économie américaine en laissant fléchir le cours de l’or noir.

Mais ce soutien ne fait pas l’unanimité aux Etats-Unis depuis le meurtre du journaliste Jamal Khashoggi et alors que la guerre fait toujours rage au Yémen.

Face à l’activisme de Donald Trump, les Européens, bien qu’ébranlés par le Brexit et la montée du populisme, tâcheront de défendre le credo du multilatéralisme, un principe à l’origine même de la première rencontre des leaders du G20 en 2008, en pleine tempête financière.

« La France, l’Union européenne considèrent que la façon de répondre à ces situations (de désaccords commerciaux) est à la fois une discussion multilatérale et, deuxièmement, une modification des règles de l’Organisation mondiale du commerce et (non) pas une approche bilatérale faite de pressions sur les différents acteurs », fait-on par exemple savoir au ministère français des Finances.

La difficile question climatique

Ce alors que Donald Trump menace ouvertement ses partenaires commerciaux, dont l’Union européenne, de taxes sur l’industrie automobile, maillon crucial du commerce international.

Dans une note publiée en amont du sommet du G20, le FMI estime qu’à court terme, le PIB mondial pourrait être réduit de 0,75% en raison de l’accroissement des tensions commerciales.

Pour les plus optimistes, la signature officielle vendredi d’un nouvel accord commercial entre les Etats-Unis, le Canada et le Mexique montre que l’administration américaine peut renoncer à sa rhétorique martiale.

Reste à savoir si les mêmes Américains sont prêts à signer un autre document à Buenos Aires: le fameux « communiqué final » qui conclut traditionnellement les grandes rencontres internationales.

Selon des négociateurs, la rédaction d’un passage consacré à la lutte contre le réchauffement climatique, très épineuse depuis le retrait américain de l’Accord de Paris, est particulièrement ardue.

Le Brésil, membre du G20, vient tout juste d’illustrer ces tensions. Le pays, qui sera dirigé à partir de janvier par Jair Bolsonaro, président élu d’extrême-droite et climato-sceptique déclaré, a renoncé mercredi à organiser le sommet sur le climat COP25 en 2019.

MACRON EN VISITE À BUENOS AIRES

Arrivé mercredi soir à Buenos Aires avec son épouse, Emmanuel Macron effectue jeudi une visite officielle dans la capitale argentine où il rencontrera son homologue Mauricio Macri, avant de participer à un G20 qui s’annonce particulièrement tendu.

« Surprends-moi », a répondu le président français à Mauricio Macri qui lui demandait ce qu’il souhaitait voir en Argentine, ont rapporté des sources diplomatiques. Aussi le président argentin et son épouse Juliana emmèneront en hélicoptère les Macron déjeuner dans l’Isla El Descanso, une escapade bucolique sur le delta du Parana.

C’est la première visite du président français en Amérique du sud, dans un pays sur lequel la France compte pour soutenir ses positions. Elle précède un G20 qui s’annonce aux antipodes du multilatéralisme renforcé dont il s’est fait le champion.

Ce sommet devrait en effet être dominé par des affrontements bilatéraux : guerre commerciale États-Unis-Chine, menaces du président américain de taxer les voitures européennes et tensions américano-russes après l’arraisonnement par Moscou de navires ukrainiens.

« La réforme du système multilatéral, la lutte contre les inégalités, la promotion d’un agenda international ambitieux pour protéger la biodiversité et lutter contre le dérèglement climatique sont autant de sujets sur lesquels la France et l’Amérique latine parlent d’une même voix », a déclaré le chef de l’Etat au journal argentin La Nacion jeudi.

Pour sa journée à Buenos Aires, il a prévu un programme à la fois culturel et politique.

Ce féru de littérature a souhaité rencontrer la veuve du grand écrivain argentin Jorge Luis Borges, María Kodama, qui lui fera visiter la Fondation Borges où sont abrités de nombreux souvenirs de l’écrivain.

Il se rendra également dans la célèbre librairie El Ateneo Grand Splendid, installée dans un ancien théâtre, où il s’entretiendra avec de jeunes écrivains.

A son programme figure également une halte sur la Plaza de Mayo, lieu symbolique de la résistance contre la dictature militaire des années 70-80. C’est là que chaque semaine venaient défiler les mères et les grands-mères des disparus.

Dans le même esprit, il se rendra au Parc de la Mémoire, dédié au souvenir des victimes de la dictature (1976-1983). Il jettera des roses dans le Rio de la Plata, où des milliers de « disparus » furent jetés vivants et drogués depuis des avions militaires.

Après son entretien avec le président argentin Mauricio Macri, le président de la République s’adressera à la communauté française, forte en Argentine de 20.000 personnes.

Vendredi et samedi, en marge du G20, Emmanuel Macron aura quelques rencontres bilatérales, notamment avec les présidents chinois Xi Jinping et russe Vladimir Poutine.

Mais pas avec Donald Trump, qui a en revanche prévu des rendez-vous avec d’autres de ses pairs, dont Angela Merkel, selon le programme de la Maison Blanche.

Jusqu’ici, les deux hommes se sont toujours vus en tête-à-tête dans de tels sommets.

Mais l’Américain a publié lors de sa visite en France le 11 novembre plusieurs tweets hostiles à son « ami », critiquant son projet d’armée européenne, sa faible popularité et le fort niveau du chômage en France.

MBS – MISTER BONE SAW – ARRIVE EN ARGENTINE

Le prince héritier d’Arabie Saoudite Mohammed ben Salmane (alias MBS : Mister Bone Saw. Monsieur Scie à Os, en français), l’homme qui a commandité l’assassinat du journaliste saoudien jamal khashoggi dans les locaux de l’ambassade saoudienne en Turquie et après son corp a été coupé avec une scie à os, est arrivé mercredi à Buenos Aires, premier invité de marque d’un sommet du G20 sous haute tension, entre escalade en Ukraine et inquiétudes pour l’économie mondiale.

Mohammed ben Salmane, soupçonné d’avoir commandité le meurtre du journaliste Jamal Khashoggi, est l’un des protagonistes les plus attendus de la rencontre vendredi et samedi dans la capitale argentine des chefs d’Etat et de gouvernement des vingt premières puissances mondiales.

« MBS », ainsi surnommé au temps où il apparaissait comme un réformateur prometteur, mais dont l’image internationale est considérablement ternie, pourrait rencontrer en marge du sommet le président turc, Recep Tayyip Erdogan, avec qui les relations sont extrêmement tendues atour de ce scandale.

Une « interaction » plus informelle avec le président américain Donald Trump, qui est au contraire son plus solide soutien jusqu’ici sur la scène internationale, n’est pas exclue par la Maison Blanche.

Le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres, s’est aussi dit « prêt » à discuter du Yémen avec le Saoudien. Le président russe Vladimir Poutine, lui, entend bien aborder l’affaire Khashoggi, mais aussi la question du pétrole, lors d’un tête-à-tête avec le prince.

L’ONG Human Rights Watch attend également « MBS » de pied ferme, contre qui elle a porté plainte dans les dossiers Khashoggi et du Yémen, comme le lui permet le droit argentin.

Donald Trump donne le ton

Pour le reste, le ton de ce sommet, le dixième du genre, sera donné par Donald Trump qui entend enchaîner les bilatérales, un format que l’imprévisible président américain affectionne, au contraire des fastidieuses négociations multilatérales.

Donald Trump a pour l’heure prévu des rencontres avec ses homologues russe et chinois.

Mais une incertitude plane sur la réunion Trump-Poutine depuis l’escalade déclenchée par la Russie contre l’Ukraine en mer d’Azov, qui suscite une vague de réprobation au niveau international. « Peut-être que je ne ferai pas cette entrevue », a dit Donald Trump au Washington Post.

Le conseiller du Kremlin, Iouri Ouchakov, a assuré mercredi que ce tête-à-tête, dont « les deux parties ont un besoin identique », selon lui, aura bien lieu samedi.

Les présidents américains et chinois, eux, vont tenter d’aplanir le conflit commercial aigu entre les deux premières puissances économiques mondiales.

Xi Jinping a promis mercredi d’améliorer la protection de la propriété intellectuelle et d’ouvrir plus grand les portes du marché chinois, deux grandes revendications américaines.

Son homologue américain souffle lui le chaud et le froid, tantôt répétant sa menace de taxer toutes les importations chinoises, tantôt laissant entendre qu’il y aurait « une bonne chance » d’accord commercial.

« Nous pouvons espérer au mieux l’annonce d’un cessez-le-feu temporaire », tempère Wendy Cutler, analyste de la Asia Society.

Coup de froid sur la croissance mondiale

Les Chinois ne sont pas les seuls dans le viseur américain: Donald Trump a laissé entendre mercredi qu’il allait taxer les importations de voitures aux Etats-Unis, une perspective qui fait frémir les Européens.

Ces tensions commerciales font d’ores et déjà tanguer l’économie mondiale.

« Les données économiques récentes suggèrent que les vents contraires pourraient avoir ralenti, plus que nous ne l’avions prévu, le rythme » de l’expansion de l’économie mondiale, a averti mercredi la patronne du FMI Christine Lagarde, peu avant son arrivée en Argentine.

Elle a souligné que « de manière surprenante, la croissance a été faible au troisième trimestre dans les économies émergentes telles que la Chine ainsi qu’en zone euro ». Reste à savoir si Donald Trump pourra entendre ces inquiétudes, lui dont le pays continue d’afficher une croissance insolente, selon des chiffres parus mercredi.

Ces tensions multiples rendent plus difficile que jamais la rédaction d’un « communiqué final » du G20, document sur lequel les diplomates s’acharnent depuis des mois, et censé refléter un consensus international minimum autour de quelques valeurs communes, par exemple la lutte contre le réchauffement climatique.

« Nous avons besoin de davantage d’ambition » au G20, a réclamé Antonio Guterres. Difficile de croire qu’un Donald Trump qui a claqué la porte de l’Accord de Paris, et qui remet en cause à chaque occasion la réalité du changement climatique, l’entende.

(avec Afp)

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