samedi , 15 décembre 2018
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Élection législative : Plusieurs célébrités de la musique et du théâtre en lice en RDC

Dans l’un de ses vocaux dans la chanson « Célio Déclarant » de l’orchestre Choc Stars, feu Debaba chantait exactement ceci : « Ba santu ba bwaki soutani bakoti mombongo po na koluka mbongo ». Traduit littéralement en : « Les saints ont jeté la soutane pour le commerce, pour chercher de l’argent ». S’il était encore vivant de nos jours, l’auteur de la même chanson produirait une deuxième version de son œuvre dans laquelle il dirait : « Ba langa nzembo ba boyi musique, ba koti politique po na koluka mbongo » ! Soit : « Les musiciens abandonnent la scène en faveur de la politique pour chercher de l’argent ». Non sans raison.

Tenez. Plusieurs célébrités de la musique et du théâtre ont postulé qui, à la députation nationale, qui à la députation provinciale, prévues le 23 décembre prochain. Mercredi 21 novembre, juste à la veille du démarrage de la campagne électorale, des photos de ces artistes ont fait le Buzz sur les réseaux sociaux. Chaque internaute y est allé de son commentaire. Des interprétations somme toute empreintes d’hystérie à peine voilée !

Vu de la Constitution, ces artistes n’ont pas tort de postuler à quelque niveau du scrutin de leur choix. Ce, dans la mesure où la loi suprême du pays garantit à tout Congolais, tous les droits politiques. Autrement dit, tout Congolais en âge de voter peut être soit électeur, soit éligible à n’importe quel mandat ou poste électif. 

Cependant, la ruée de ces célébrités de la danse et du théâtre vers la politique, en l’occurrence le Parlement et les Assemblées provinciales, devrait interpeller. Quelle leçon tirer de cette effervescence des musiciens et des comédiens pour les assemblées législatives ? En d’autres termes, comment comprendre cet attrait des artistes congolais pour la scène politique ? La réponse est sans doute claire. Qu’ils aient levé l’option de quitter la scène pour des institutions politiques, c’est dire que quelque part, les Congolais sont convaincus qu’ils ne peuvent s’épanouir qu’en faisant de la politique.

UN SACERDOCE FRELATE

Ici comme ailleurs, la politique est par essence un sacerdoce. Un apostolat. Cela s’entend, quiconque choisit de faire la politique, doit dès le départ, se mettre en tête l’idée qu’il est au service de la nation. Il travaille pour l’intérêt supérieur du pays. Une simple métonymie qui, dans un rapport de signifiant au signifié, renvoie au peuple. 

Malheureusement. La réalité bien de chez nous démontre que, depuis le Zaïre de Mobutu, au Congo de Joseph Kabila, la politique est considérée comme un espace d’enrichissement, d’épanouissement facile et en temps record.

En tout cas, dans l’imaginaire collectif des Congolais, le Parlement constitue l’antichambre de l’Exécutif national. A Preuve, près de la moitié du Gouvernement actuel est composée des députés nationaux qui, sous couvert de l’article 110 révisé de la Constitution, ont « suspendu » leurs mandats à l’hémicycle, pour des postes ministériels. Toutes proportions gardées, des enseignants d’universités et d’Instituts supérieurs aussi sèchent les auditoires pour des cabinets politiques.

Aujourd’hui, c’est donc tout Congolais qui considère la politique comme le raccourci qui mène droit vers le « bonheur matériel » ! D’ores et déjà, cette perception erronée est un très mauvais signal que la classe politique actuelle lègue aux générations futures. 

Que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur du pays, le Palais du peuple, siège du Parlement, est perçu comme ce paradis qui, en très peu de temps record, change le train de vie des acteurs politiques. Mieux, des Congolais tout court. Emoluments « plantureux » en comparaison au salaire des fonctionnaires et agents de l’Etat, jeep pimpant neuf à crédit, frais en guise de titre de voyage, jetons de présence au terme de travaux en commission…sont autant de dividendes pour l’ »honorable ». Des avantages bien connus de ceux qui les côtoient. Tous ces privilèges, du reste non exhaustifs, expliquent la course effrénée des Congolais pour l’Hémicycle et les organes délibérants des provinces.

Dès lors qu’un Prof d’université sait qu’un député national perçoit des émoluments quatre fois plus que son salaire mensuel, la tentation devient 100 fois plus. De même qu’un autre ancien fonctionnaire de l’Etat, dont la rémunération oscillait entre 60 et 100 dollars USD, mais qui a réussi à se faire élire à la députation nationale, suscite la convoitise de tout le quartier. 

Moralité, c’est tout le monde qui ne jure que pour un siège à l’Assemblée nationale. Et, dans un pays où l’on compte plus des milliers de votants que d’électeurs, normal que nombre de compatriotes sans profil, parviennent à réaliser leur rêve. Peu leur en chaut, ce que pourraient éventuellement dire leurs environnements immédiats.

La conséquence de toute cette frénésie est qu’in fine, l’Assemblée nationale compte plusieurs députés, dont la seule participation se limite à leur présence physique lors des travaux en plénière. Pas plus. Des « élus » incapables de contribuer positivement aux débats. Des députés qui s’ennuient dans un débat de haute portée technique, pour ne pas dire intellectuel. 

Et dire qu’au Palais du peuple, cette race de députés nationaux est majoritaire. Ce n’est pas leur faute ! En même temps, on ne devrait pas leur en vouloir, d’autant plus qu’ils méritent, ou plus exactement, reflètent leurs circonscriptions. 

Même constat dans les assemblées provinciales. Dieu seul sait ce qui s’y fait effectivement. Mais toujours est-il que, dans l’ensemble, les députés provinciaux sont placés sous les bottes des gouverneurs de province.

DES AMBITIEUX SANS PREREQUIS

Que faut-il faire pour faire des hémicycles, de hauts lieux où se discutent et se prennent d’importantes décisions, en termes de vote de lois et de contrôle parlementaire ? Autrement dit, quelle formule utiliser pour décourager tous ces milliers de Congolais qui ne se battent que pour le pouvoir pour le pouvoir ? Rien de superflu ni de redondant. 

Pour certains analystes, l’antidote doit être envisagé, à la fois en amont et en aval. En amont, le palliatif consisterait en la révision des critères pour être candidat. Un critérium qu’ils souhaiteraient beaucoup plus rigoureux et qui obligerait les ambitieux sans prérequis, de s’auto exclure, au profit des plus méritants. Notamment en ce qui concerne le niveau d’études (la filière), l’expérience professionnelle, la hauteur de la caution. Sans trop louer les vertus de la démocratie censitaire, les mêmes analystes estiment cependant, que cela vaudrait bien la peine pour barrer la route aux parvenus de tous bords.

ET SI L’ON RAMENAIT LES EMOLUMENTS AU SALAIRE D’UN PROF D’UNIV ?

Evidemment, dans des pays de vieille démocratie, où existent des partis politiques au sens plein du terme, tous ces problèmes sont déjà résolus. Ne représente pas le parti à quelque niveau d’élection, qui veut. Le parti politique étant le lieu où s’opèrent le recrutement, des cadres politiques. les primaires aussi procèdent de ce souci de tamiser les candidatures. En aval, on pense que la solution serait aussi de réduire sensiblement le train de vie des institutions. En l’occurrence, le Parlement. 

« Si, par exemple, on ramenait les émoluments des députés nationaux au salaire d’un prof d’Université ou d’un médecin d’établissement public, la plupart des Congolais perdraient automatiquement la motivation de débourser beaucoup d’argent en termes de caution non remboursable, pour des émoluments variant entre 1500 et 2000 $US « , avait déclaré sous le sceau d’anonymat, une grande figure de la scène politique congolaise, contactée par « Forum des As », quelques heures après la publication des listes des candidats Présidents de la République et députés nationaux. 

(avec Grevisse KABREL)

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