dimanche , 15 décembre 2019
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Homicides : Environ six femmes tuées toutes les heures par leur compagnon

Plus de la moitié des femmes assassinées dans le monde en 2017 ont été tuées par leur compagnon ou des membres de leur famille, ce qui fait du domicile « l’endroit le plus dangereux pour une femme », selon une étude de l’ONU publiée dimanche. Dans cette étude diffusée à l’occasion de la journée internationale pour l’élimination de la violence contre les femmes, le Bureau des Nations unies sur la Drogue et la Criminalité a calculé que sur un total de 87.000 homicides de femmes dans le monde en 2017, environ 50.000 (58%) ont été commis par leur compagnon ou des membres de leur famille. Environ 30.000 (34%) ont été commis par le partenaire de la victime. « Cela représente environ six femmes tuées toutes les heures par quelqu’un qu’elles connaissent », a observé le Bureau des Nations unies sur la Drogue et la Criminalité, basé à Vienne.

La grande majorité (environ 80%) des victimes d’homicides dans le monde sont des hommes, mais « les femmes continuent à payer le prix le plus élevé en termes d’inégalité hommes-femmes, de discrimination et de stéréotypes négatifs », a déclaré le chef du Bureau de l’ONU, Iouri Fedotov.

« Elles sont aussi celles qui ont le plus de probabilité d’être tuées par leur compagnon ou des membres de leur famille (…) ce qui fait du domicile l’endroit le plus dangereux pour une femme », a-t-il souligné. « Le fait que les femmes continuent à être victimes de ce type de violences davantage que les hommes dénote un déséquilibre dans les rapports de pouvoir entre hommes et femmes dans la sphère domestique ».

Selon les calculs du Bureau de l’ONU, le taux global de femmes victimes d’homicide s’élève à 1,3 victime pour 100.000 femmes.

En outre, l’Afrique et les Amériques sont les régions du monde où les femmes ont le plus de risques d’être tuées par leur compagnon ou un membre de leur famille.

En Afrique, le taux s’élève à 3,2 victimes pour 100.000 femmes, dans les Amériques 1,6, en Océanie 1,3 et en Asie 0,9.

Le taux le plus bas est observé en Europe, où il s’élève à 0,7.

Selon le Bureau de l’ONU, « aucun progrès tangible » pour combattre ce fléau n’a été fait ces dernières années « en dépit de législations et de programmes développés pour éradiquer les violences contre les femmes ».

Les conclusions du rapport « soulignent le besoin d’une prévention de la criminalité et d’une justice pénale efficaces pour affronter les violences contre les femmes ». Le rapport appelle aussi à une meilleure coordination entre la police et la justice pour que les auteurs de violences soient tenus responsables de leurs actes.

Le rapport préconise enfin l’importance d’impliquer les hommes dans les solutions, notamment à travers l’éducation dès le plus jeune âge.

LUTTE CONTRE LES VIOLENCES SEXISTES ET SEXUELLES

Une plateforme de signalement en ligne des violences sexistes et sexuelles sera lancée mardi par le gouvernement, a annoncé dimanche le Premier ministre français Edouard Philippe, à l’occasion de la journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes.

Initialement attendue pour octobre, cette plateforme sera « opérationnelle 24H/24 via le site service-public.fr », a précisé le chef du gouvernement dans une tribune publiée sur le réseau social Facebook.

« Elle permettra aux victimes ou aux témoins d’échanger avec un policier ou un gendarme spécialement formé pour les aider dans leurs démarches », a ajouté Edouard Philippe.

« C’est le premier des jalons, technique et politique, pour éradiquer les violences sexistes et sexuelles », a-t-il estimé. « Désormais quelques clics peuvent aider chacune à prendre un nouveau départ: pour soi, pour sa famille. Et peut-être pour éviter le pire », a insisté le Premier ministre.

Promise il y a un an par le président Emmanuel Macron, la plateforme doit être lancée en présence de la secrétaire d’Etat à l’Égalité femmes-hommes Marlène Schiappa et des ministres de l’Intérieur et de la Justice, Christophe Castaner et Nicole Belloubet.

En 2016, 123 femmes avaient été tuées par leur conjoint ou ex-compagnon, soit environ une tous les trois jours.

Une loi a été adoptée en août « pour renforcer les condamnations des violence sexistes et sexuelles », a rappelé Marlène Schiappa dimanche lors du Grand Rendez-vous Europe 1-CNews-Les Echos.

« Nous allons installer dans les jours à venir avec la garde des Sceaux (Nicole Belloubet) un groupe de suivi de ces condamnations pour vérifier l’efficacité » du texte, a-t-elle expliqué. « Si ce n’est pas assez efficace, nous ferons des lois encore plus contraignantes », a-t-elle promis.

Une « mission » va en outre être lancée « pour voir s’il est nécessaire de modifier » le droit français sur la question du viol, qui « ne parle pas de consentement », contrairement à ce que prévoit la convention d’Istanbul ratifiée par la France en 2014, afin de « mettre fin à (une) forme d’impunité intolérable », a annoncé Mme Schiappa.

La création d’un « outrage sexiste » pour le harcèlement de rue, passible de 90 euros minimum d’amende immédiate, a déjà permis « plusieurs condamnations » avant même la parution d’une circulaire d’application, a-t-elle assuré.

Autre annonce de Mme Schiappa, le fléchage de 400.000 euros non dépensés et initialement inscrits à son « budget communication » vers des associations, dont beaucoup verront « leur subvention doubler cette année », notamment le Mouvement du Nid « qui accompagne les femmes en sortie de la prostitution ».

« L’association Excision, parlons-en » ou « le collectif féministe contre le viol » vont également bénéficier de rallonges, selon Mme Schiappa.

Samedi, 50.000 personnes selon les organisatrices, dont 30.000 à Paris (12.000 selon la préfecture de police), ont manifesté contre les violences faites aux femmes dans le cadre du mouvement #NousToutes. « C’est la plus grosse mobilisation (féministe) qu’on ait connue en France », s’est félicitée son instigatrice, Caroline De Haas, Marlène Schiappa saluant sur Twitter une « grande manifestation » qui « doit être vue et entendue ».

« Ce que j’entends, c’est qu’on nous demande de faire plus, mieux et plus vite » contre les violences sexistes et sexuelles, a commenté dimanche la secrétaire d’Etat, qui « partage cette impatience » avec les associations féministes.

LES FÉMINISTES EN NOMBRE DANS LA RUE CONTRE LES VIOLENCES SEXISTES

« Ras le viol »: des dizaines de milliers de femmes et d’hommes, selon les organisatrices, sont descendus dans la rue samedi à l’appel d’un collectif qui avait appelé à un « raz-de-marée féministe » contre les violences sexistes et sexuelles, un an après le début de la vague #MeToo.

Souvent à l’écart des « gilets jaunes », des défilés dans une cinquantaine de villes en France se sont parés de violet, couleur choisie par le mouvement #NousToutes pour ces marches organisées à la veille de la journée internationale pour l’élimination des violences faites aux femmes.

Des manifestations comparables ont eu lieu dans des métropoles européennes, notamment Rome, Athènes et Genève.

« La lutte contre les violences faites aux femmes progresse chaque jour mais notre société part de loin: chacun doit agir et lutter car c’est l’affaire de tous! », a tweeté le président Emmanuel Macron avec le hashtag #NousToutes.

« C’est la plus grosse mobilisation (féministe) qu’on ait connue en France », s’est félicitée son instigatrice, Caroline De Haas, annonçant 50.000 personnes dans les rues, dont 30.000 à Paris. L’an dernier, 2.000 avaient battu le pavé parisien, de source policière.

Samedi, la police et les préfectures ont annoncé 12.000 manifestants à Paris entre Opéra et République, 2.400 à Lyon, 1.500 à Marseille, 950 à Rennes, 900 en deux cortèges à Nantes, 600 à Toulouse…

La secrétaire d’Etat à l’Égalité femmes-hommes Marlène Schiappa a « salué » sur Twitter cette « grande manifestation (…) qui doit être vue et entendue », se disant « mobilisée sans relâche ».

La plateforme de signalement en ligne des violences sexistes et sexuelles promise depuis un an sera d’ailleurs lancée mardi, a annoncé dimanche Edouard Philippe.

« C’est le premier des jalons, technique et politique, pour éradiquer » ces violences, a fait valoir le Premier ministre dans une tribune publiée sur le réseau social Facebook. « Désormais quelques clics peuvent aider chacune à prendre un nouveau départ: pour soi, pour sa famille. Et peut-être pour éviter le pire », a-t-il insisté.

Samedi, beaucoup de manifestants arboraient des pancartes « Ras le viol », réclamant la fin de « l’impunité des agresseurs » et « des moyens financiers suffisants » pour lutter contre ces violences.

« Je suis là pour soutenir toutes les victimes et continuer ce combat qui a commencé bien avant moi », a déclaré dans le cortège parisien la comédienne Muriel Robin, qui avait réuni plus d’un millier de femmes à Paris en octobre contre les violences conjugales.

De Rennes à Lyon et Toulouse, les cortèges étaient composés en majorité de femmes de toutes générations, mais aussi d’hommes. Pour Tanguy, un étudiant rennais de 19 ans, « c’est un mouvement qui n’a pas de sexe ».

Rirette, 84 ans, est venue manifester à Lyon pour « l’égalité des salaires, des droits et des comportements sexuels ». « Le non-consentement est une chose horrible et c’est jugé (par les tribunaux) de manière trop laxiste », a-t-elle dénoncé.

« La rue est à nous toutes »

« Le sexisme tue », « la rue est à nous toutes », « un non est un non », pouvait-on lire sur les pancartes lilloises, à côté de drapeaux de mouvements politiques (Générations, EELV) ou syndicaux (CGT et Sud).

A Toulouse, la manifestation a chanté d’une seule voix plusieurs slogans soigneusement préparés: « Fières, +vénères+, pas prêtes à se taire! », « Liberté, égalité, sororité », « Ta main sur mon cul, ma main dans ta gueule »…

Né en septembre et appuyé par plusieurs associations, le mouvement #NousToutes entendait « passer du témoignage à l’action » un an après #MeToo, qui a fait bondir de 23% le nombre de cas de violences sexuelles signalées à la police.

En France, en 2016, 123 femmes ont été tuées par leur conjoint ou ex-compagnon, soit environ une tous les trois jours. Chaque année, près de 220.000 femmes subissent des violences de la part de leur conjoint ou ex-compagnon, selon des chiffres 2017 officiels. En outre, plus de 250 femmes sont violées chaque jour, et une sur trois a déjà été harcelée ou agressée sexuellement au travail.

Il y a un an, Emmanuel Macron avait décrété l’égalité femmes/hommes « grande cause du quinquennat », lors d’un discours à l’Élysée.

Mais « s’il n’y a pas d’argent, les politiques publiques ne suivront pas », a alerté Caroline De Haas. Les fonds consacrés à aider les femmes victimes de violences conjugales devraient être portés à au moins 506 millions d’euros par an, contre 79 aujourd’hui, ont plaidé cette semaine cinq organisations, dont le Conseil économique, social et environnemental (CESE).

(avec Afp)

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