lundi , 27 mai 2019
Accueil / Afrique / Shadary : Le projet de société d’un opposant de la Kabilie
Ramazani SHADARY, affiche de campagne.
Ramazani SHADARY, affiche de campagne.

Shadary : Le projet de société d’un opposant de la Kabilie

Dernière mise à jour, le 24 novembre 2018 à 12:29

Le candidat du FCC a la présidentielle 2018 en RDC, Emmanuel Ramazani, a présenté un projet de société qui se chiffre à 86 milliards de dollars américains, pour un quinquennat, en raison de 17,2 milliards l’an. Il y a quand même lieu de noter dans l’agir communicationnel de ce présidentiable, une certaine mégalomanie, une rupture avec la Kabilie, des écarts de langage politique. En fermant les yeux, ce lundi 19 novembre à Pullman, on se croirait entendre le projet de société d’un opposant.

Après avoir suivi religieusement un discours programme déclinant un projet de société qui se chiffre à 86 milliards de dollars américains, pour un quinquennat, en raison de 17,2 milliards l’an, place à présent à une réflexion à haute voix, libre et non carcanisée par des considérations idéologiques et partisanes. Mieux, la réflexion rigoureuse d’un scientifique. Tout simplement.

Sans verser dans le débat autour du caractère réaliste ou pas du projet de société du FCC, Emmanuel Ramazani, il y a quand même lieu de noter dans l’agir communicationnel de ce présidentiable, une certaine mégalomanie, une rupture avec la Kabilie, des écarts de langage politique. En fermant les yeux, ce lundi 19 novembre à Pullman, on se croirait entendre le projet de société d’un opposant.

Le discours prononcé par celui que l’on appelle affectueusement « coup sur coup » était rempli d’implicites langagiers que plus d’un congolais ont facilement déchiffré. D’emblée, en proposant de mobiliser 86 milliards usd en 5 ans et en s’assignant comme principaux objectifs, entre autres, de lutter contre la corruption, l’impunité et le clientélisme, vaut message fort en politique. C’est affirmer que son prédécesseur a mal gouverné. Mais aussi, qu’il a fait preuve de faible capacité de mobilisation des recettes. C’est aussi dire, sans le dire, que le pays est gangrené par la corruption.

Autant de griefs tacites. On est donc là plutôt face à des signes avant coureurs d’une rupture, d’un divorce plutôt que d’une continuité. Ce qui me parait être moins prudent pour Emmanuel Ramazani Shadary. Il a semblait, aux yeux de plus d’un analyste, ne pas avoir le sens des rapports de force. Une donne non négligeable en politique. Lui dont le destin dépend à ce stade de Joseph Kabila doit faire preuve d’intelligence stratégique afin de bien gérer les risques au cours de cette période sensiblement délicate pour lui. Il ne doit pas perdre de vue le fait que rien n’est encore gagné. Il doit en permanence se poser des vraies questions et y apporter des vraies réponses plutôt que marmonner victoire bien avant la bataille. Le caractère imprévisible et insondable du Raïs doit lui être d’un avertissement sévère.

86 milliards de dollars durant les 5 ans de son mandat

Pour bien réussir son action, au cas où la majorité des Congolais lui feraient confiance en le portant au sommet de l’Etat, Emmanuel Ramazani Shadari se dit capable de mobiliser 86 milliards de dollars durant les 5 ans de son mandat.

Ces ressources, une fois mobilisées, seront utilisées suivant les 4 piliers sur lesquels sa gouvernance pourra s’appuyer en vue de donner satisfaction au peuple congolais dans le sens de répondre à ses attentes. Il s’agit notamment de :

  • L’assurance de la protection du citoyen et de ses biens par l’Etat ;
  • La garantie de l’emploi et des revenus suffisants pour couvrir les besoins de base de tous les Congolais ;
  • La garantie de l’accès aux services publics de l’Etat ;
  • La démonstration de l’importance de la position géostratégique de la République Démocratique du Congo.

De cette vision basée sur les 4 piliers pour asseoir sa gouvernance, l’homme à qui Joseph Kabila a fait confiance pour lui succéder en cas de succès électoral pense également s’appuyer sur les 4 axes ci-après :

  • Le renforcement de l’autorité de l’Etat sur l’ensemble du territoire national, et l’amélioration de la gouvernance ;
  • La construction d’une économie diversifiée et compétitive ;
  • La lutte contre la pauvreté et la garantie de l’accès aux services publics de l’Etat ;
  • La réaffirmation du rôle géostratégique de la RDC.

Pour y parvenir, il affiche sa détermination à vaincre un certain nombre d’antivaleurs. « Je m’engage à lutter contre le clientélisme, les abus du pouvoir, l’impunité, la corruption et la fraude ».

Il importe de rappeler que dans ce cadre de la présentation des programmes de gouvernance par les différents candidats en lice, le poulain du FCC (Front commun pour le Congo) a été précédé par plusieurs concurrents pour l’accès au fauteuil présidentiel tant convoité.

Parmi ceux-ci, certains n’auront pas la chance de concourir le 23 décembre parce qu’ils ont été invalidés lors de l’examen de leurs dossiers. C’est le cas de Moïse Katumbi qui allait concourir sous le label de l’Ensemble, et Jean-Pierre Bemba qui portait celui de son parti le MLC (Mouvement de libération du Congo). Ils avaient proposé, respectivement 100 milliards USD et 83 milliards USD sur la période de 5 ans, pour construire un nouveau Congo.

Quant aux candidats en lice, il y a Vital Kamerhe de l’UNC qui envisage de mobiliser 114 milliards USD, Yves Mpunga 400 milliards, Noël Tshianyi 800 milliards pour la même période. Pour sa part, Félix Tshisekedi propose 86 milliards USD pour 10 ans.

D’autres challengers ont aussi proposé des milliards USD à mobiliser. Personne n’a fait une proposition de moins de dix milliards, comme c’est le cas avec le budget actuel de l’Etat congolais.

(avec Orly-Darel, chercheur en sociologie politique, coach en stratégie et développement personnel)

A lire aussi

Ebola : Situation précaire en RDC

La situation épidémiologique de la maladie à virus Ebola demeure toujours précaire. Vingt- et-une personnes …

Laisser un commentaire