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Malversations financières : Carlos GHOSN, une chute brutale

Dernière mise à jour, le 21 janvier 2019 à 01:06

Dans les années 1990, un des fleurons de l’industrie automobile japonaise, Nissan, est au plus mal. En 1999, un Polytechnicien français né au Brésil et d’origine libanaise, arrive à Tokyo pour redresser la société. L’étranger, devenu PDG deux ans plus tard, brusque les habitudes, choque en licenciant massivement, sort la politique des achats de l’ornière de la fidélité indéfectible aux mêmes fournisseurs et introduit plus de marketing. Dès le début des années 2000, les résultats atteignent des records. Ghosn est dans tous les journaux et sur toutes les chaînes de télévision, ses lancements de nouveaux modèles sont de véritables one-man-show orchestrés dans d’immenses amphithéâtres, les piles de livres sur sa personne bordent les allées des grandes librairies. Près de vingt ans plus tard, un soir pluvieux de novembre, cueilli à l’arrivée de son jet privé à Tokyo, il est derrière les barreaux pour dissimulation d’une grande partie de ses revenus. La France et le Japon ont réaffirmé jeudi leur soutien à l’Alliance Renault-Nissan, peu après que le conseil d’administration du géant de l’automobile japonais a décidé de limoger son emblématique président Carlos Ghosn.

Le conseil d’administration de Renault a désigné mardi soir le numéro deux de l’entreprise Thierry Bolloré pour assurer l’intérim de Carlos Ghosn, qui reste PDG malgré son arrestation au Japon sur des soupçons de malversation, sur fond d’interrogations quant à l’avenir de l’alliance avec Nissan et Mitsubishi. 

Le conseil a aussi indiqué qu’il se « réunira(it) régulièrement, sous la présidence de l’administrateur référent » Philippe Lagayette, « pour préserver les intérêts de Renault et assurer la pérennité de l’Alliance » avec les constructeurs japonais Nissan et Mitsubishi.

Le conseil d’administration de Renault a désigné mardi soir le numéro deux de l’entreprise Thierry Bolloré pour assurer l’intérim de Carlos Ghosn, qui reste PDG malgré son arrestation au Japon sur des soupçons de malversation, sur fond d’interrogations quant à l’avenir de l’alliance avec Nissan et Mitsubishi.

M. Bolloré, 55 ans, que M. Ghosn avait choisi comme bras droit en février dernier, s’est vu confier « à titre provisoire » la direction exécutive du groupe et disposera donc des « mêmes pouvoirs » que le PDG, qui demeure à son poste mais dont le conseil n’a pu que constater qu’il était « temporairement empêché ».

Le conseil a aussi indiqué qu’il se « réunira(it) régulièrement, sous la présidence de l’administrateur référent » Philippe Lagayette, « pour préserver les intérêts de Renault et assurer la pérennité de l’Alliance » avec les constructeurs japonais Nissan et Mitsubishi.

Cette nomination sans surprise de M. Bolloré épouse le souhait énoncé plus tôt mardi par le ministre français de l’Économie Bruno Le Maire de mettre immédiatement en place un intérim à la tête du constructeur dont l’État détient 15% du capital.

Si M. Ghosn garde pour l’instant formellement son poste chez Renault, le conseil d’administration de Nissan se prononcera lui, sur le limogeage de son président jeudi matin. Mitsubishi Motors (MMC) entend également le « démettre rapidement ».

Lâché de toutes parts, Carlos Ghosn, considéré à 64 ans comme un des plus puissants capitaines d’industrie au monde, est toujours détenu à Tokyo, où il a été arrêté lundi en descendant de son jet privé.

Le parquet japonais reproche au Franco-libano-brésilien d’avoir « conspiré pour minimiser sa rétribution à cinq reprises entre juin 2011 et juin 2015 », en ne déclarant que 4,9 milliards de yens (environ 37 millions d’euros) contre près de 10 milliards de yens sur la période.

Dans une conférence de presse d’une brutalité hors du commun, le président exécutif de Nissan Hiroto Saikawa a également mentionné lundi « de nombreuses autres malversations, telles que l’utilisation de biens de l’entreprise à des fins personnelles », qui auraient été découvertes après plusieurs mois d’enquête interne.

M. Ghosn aurait en outre, selon la chaîne publique NHK, empoché des sommes déclarées au nom d’autres administrateurs.

Mardi soir, le conseil d’administration de Renault a demandé à Nissan « de lui transmettre l’ensemble des informations en sa possession dans le cadre des investigations internes dont M. Ghosn a fait l’objet », disant ne pas être « en mesure de se prononcer sur les éléments dont disposeraient Nissan et les autorités judiciaires japonaises à l’encontre de M. Ghosn ».

La rémunération de ce patron aussi puissant que secret a déjà donné lieu à bien des polémiques, tandis que son train de vie a également pu susciter des commentaires, à l’image par exemple de sa réception de mariage en grande pompe au château de Versailles en 2016.

Carlos Ghosn touchait quelque 15 millions d’euros par an au titre de ses diverses fonctions, un montant particulièrement élevé pour un industriel européen ou japonais, bien que très éloigné des faramineux salaires versés par exemple dans la finance aux États-Unis.

Fragile équilibre

Au-delà du sort personnel de M. Ghosn, c’est toute l’alliance Renault-Nissan-Mitsubishi Motors, dont il orchestrait le fragile équilibre, qui tangue à la suite de ce coup de tonnerre.

L’affaire survient au moment où le PDG de l’ensemble aux 10,6 millions de véhicules travaillait, selon le Financial Times, à une fusion entre Renault et Nissan, une opération que le constructeur japonais rejetait et cherchait à bloquer de crainte qu’elle ne grave dans le marbre son statut de « second ordre » dans la structure, toujours selon le quotidien.

M. Ghosn voulait rendre les liens « irréversibles » entre Renault et Nissan, a commenté dans une note Kentaro Harada, analyste chez SMBC Nikko Securities.

« Nous ne pouvons pas exclure la possibilité que l’alliance se retrouve affaiblie ». « Cela va-t-il changer l’équilibre du pouvoir (entre les parties française et japonaise), c’est la principale question », souligne-t-il.

L’agence de notation Standard and Poor’s a d’ailleurs annoncé mardi qu’elle envisageait de baisser la note de la dette à long terme de Nissan, en raison en particulier des doutes autour de ce mariage à trois. Mardi soir, le conseil d’administration de Renault a dit partager « le soutien exprimé par la direction de Nissan au développement de l’Alliance Renault-Nissan-Mitsubishi, qui reste la priorité du Groupe ».

De même, les gouvernements français et japonais ont réaffirmé mardi dans un communiqué commun leur « important soutien » à cette alliance.

A Paris, le titre Renault a terminé mardi sur un recul de 1,19%, après avoir déjà dévissé de plus de 8% lundi.

Les actions des constructeurs japonais ont souffert mardi à Tokyo, terminant en baisse de 5,45% pour Nissan et de 6,84% pour MMC.

GHOSN LÂCHÉ DE TOUTES PARTS

Le gouvernement français a lâché à son tour Carlos Ghosn, toujours en garde à vue au Japon mardi sur des soupçons de malversation, et dont la chute brutale fait tanguer l’empire automobile qu’il a construit en mariant Renault, Nissan et Mitsubishi Motors.

Le ministre français de l’Economie Bruno Le Maire a demandé mardi à Renault, dont l’Etat détient 15%, de mettre immédiatement en place une gouvernance intérimaire puisque « M. Ghosn est aujourd’hui empêché de diriger l’entreprise ». Le conseil d’administration de Renault doit se réunir dans la soirée.

Le conseil d’administration de Nissan se prononcera lui sur le limogeage de son président jeudi matin. Mitsubishi Motors (MMC) entend également le « démettre rapidement ».

Lâché de toutes parts, Carlos Ghosn, qui était considéré à 64 ans comme l’un des plus puissants capitaines d’industrie au monde, est toujours détenu à Tokyo, où il a été arrêté lundi en descendant de son jet privé. Le chef du premier groupe automobile mondial a reçu la visite de l’ambassadeur de France « au titre de la protection consulaire ».

Le parquet japonais reproche au Franco-libano-brésilien d’avoir « conspiré pour minimiser sa rétribution à cinq reprises entre juin 2011 et juin 2015 », en ne déclarant que 4,9 milliards de yens (environ 37 millions d’euros au cours actuel) contre près de 10 milliards de yens sur la période.

Dans une conférence de presse d’une brutalité hors norme, le président exécutif de Nissan, Hiroto Saikawa, a également mentionné lundi « de nombreuses autres malversations, telles que l’utilisation de biens de l’entreprise à des fins personnelles », qui auraient été découvertes après plusieurs mois d’enquête interne.

Selon les médias locaux, une filiale de Nissan a financé l’achat de luxueuses résidences dans quatre pays, propriétés dans lesquelles M. Ghosn se rendait gratuitement à sa guise. Il aurait en outre, selon la chaîne publique NHK, empoché des sommes déclarées au nom d’autres administrateurs.

La rémunération de ce patron aussi puissant que secret a déjà donné lieu à bien des polémiques, tandis que son train de vie a également pu susciter des commentaires, à l’image par exemple de sa réception de mariage en grande pompe au château de Versailles en 2016.

Carlos Ghosn touchait quelque 15 millions d’euros par an au titre de ses diverses fonctions, un montant particulièrement élevé pour un industriel européen ou japonais, bien que très éloigné des faramineux salaires versés par exemple dans la finance aux Etats-Unis.

UNE ÉTOILE SOUDAIN TOMBÉE AU PAYS DU SOLEIL LEVANT

Venu d’ailleurs, Carlos Ghosn avait secoué le monde des affaires japonais jusqu’à devenir une star populaire incontestée au Japon, un personnage de manga, mais sa chute brutale sous les huées sonne pour beaucoup comme le rejet d’un outsider.

Accusé de malversations financières, celui qui est à 64 ans PDG de l’alliance Renault-Nissan-Mitsubishi Motors, dont il a fait le numéro un mondial de l’automobile, est en passe d’être chassé du poste de président du conseil des deux groupes japonais qu’il a sortis du marasme.

Mais surtout, du jour au lendemain, tout ce qui l’a fait aduler, traiter comme une sorte de génie du management, semble jeté aux orties.

« Un dirigeant dynamique, une chute soudaine », « le choc d’une trahison », « un leadership fort, des pouvoirs surnaturels assombris », titrait mardi la presse japonaise.

M. Ghosn dénotait par rapport aux pratiques consensuelles de la plupart des patrons japonais. « Ce qu’il a fait est sans précédent dans l’histoire des entreprises au Japon », commente Kosuke Sato, économiste au Japan Research Institute.

« Quand on a le profil de Ghosn et qu’on a fait ce qu’il a fait, on a par définition beaucoup plus d’ennemis », note Robert Dujarric, directeur des études asiatiques à l’Université Temple à Tokyo.

Du one-man-show à la détention

Dans les années 1990, un des fleurons de l’industrie automobile japonaise, Nissan, est au plus mal. En 1999, un Polytechnicien français né au Brésil et d’origine libanaise, arrive à Tokyo pour redresser la société.

L’étranger, devenu PDG deux ans plus tard, brusque les habitudes, choque en licenciant massivement, sort la politique des achats de l’ornière de la fidélité indéfectible aux mêmes fournisseurs et introduit plus de marketing.

Dès le début des années 2000, les résultats atteignent des records. Ghosn est dans tous les journaux et sur toutes les chaînes de télévision, ses lancements de nouveaux modèles sont de véritables one-man-show orchestrés dans d’immenses amphithéâtres, les piles de livres sur sa personne bordent les allées des grandes librairies.

Près de vingt ans plus tard, un soir pluvieux de novembre, cueilli à l’arrivée de son jet privé à Tokyo, il est derrière les barreaux pour dissimulation d’une grande partie de ses revenus.

Pendant ce temps, celui qu’il a choisi l’an dernier comme successeur au poste de président exécutif de Nissan, Hiroto Saikawa, après un très bref rappel de ce qu’il a su accomplir, prononce devant une salle bondée de journalistes des mots très durs, exposant des heures durant son « côté obscur », un pouvoir trop concentré selon lui pendant des années entre ses mains.

Flamboyance contre discrétion

De plus M. Saikawa se refuse à céder à la tradition de la profonde courbette de contrition vis-à-vis des clients, des actionnaires, du public, par laquelle il aurait partagé un peu la responsabilité de l’opprobre jetée sur Nissan. Il annonce que le constructeur prévoit de proposer de démettre M. Ghosn de son poste de président du conseil d’administration. Quelques heures plus tard, Mitsubishi Motors emboîte le pas à son compatriote.

« Le monde japonais de l’entreprise a l’habitude des scandales ces dernières années (…) mais je n’ai jamais vu une chute aussi vertigineuse », a commenté sur son compte Twitter David Fickling, chroniqueur chez Bloomberg.

Certains comparent le cas de M. Ghosn a celui de scandales de dissimulation de défauts ayant entraîné des décès comme chez le fabricants d’air bags Takata dont les patrons n’ont pas fini en prison. Ou bien avec celui d’un haut responsable britannique qui, tout juste embauché chez Olympus avait débusqué des cas de fraude et s’était alors fait rapidement licencier tandis que les cadres impliqués échappaient à la prison.

Le cas de Carlos Ghosn diffère par le fait qu’il concerne des accusations d’enrichissement personnel.

Déjà, il « était beaucoup mieux payé que n’importe quel PDG japonais », note M. Dujarric, pour qui il a fait « des envieux ». « Il y avait chez Ghosn un style de vie de PDG. Les grands patrons japonais sont assez discrets ».

GHOSN ÉCARTÉ : FRANCE ET JAPON RÉAFFIRMENT LEUR SOUTIEN À L’ALLIANCE RENAULT-NISSAN

La France et le Japon ont réaffirmé jeudi leur soutien à l’Alliance Renault-Nissan, peu après que le conseil d’administration du géant de l’automobile japonais a décidé de limoger son emblématique président Carlos Ghosn, détenu à Tokyo pour des malversations présumées.

Les ministres de l’économie français et japonais Bruno le Maire et Hiroshige Sekō ont réaffirmé leur soutien « à l’alliance formée entre Renault et Nissan et leur souhait partagé de maintenir cette coopération gagnante » dans un communiqué conjoint publié après une rencontre à Paris.

Dans la soirée, le patron par intérim de Renault, Thierry Bolloré, a promis dans un message sur Twitter aux salariés son « engagement total » afin de « garantir la stabilité (du groupe) et à garder le cap sur (ses) missions: préserver les intérêts de Renault et la pérennité de l’Alliance ».

Le matin, après le limogeage de Carlos Ghosn de sa présidence, la direction de Nissan avait assuré que la coopération avec son partenaire de longue date Renault « restait intacte », à l’issue d’une réunion extraordinaire qui a duré plus de 4 heures à Yokohama, en banlieue de la capitale japonaise.

Une source de l’Elysée à Paris a balayé, quelques heures plus tard, l’idée d’un complot qui viserait à faire éclater l’alliance: « je ne peux pas croire à une déclaration de guerre pour faire sortir Nissan de l’alliance avec une machination derrière ». Selon cette source, « il y a une volonté de part et d’autre qu’il faut que (l’alliance) reste quelque chose de long terme ».

Le conseil d’administration de Nissan, dans lequel siègent deux représentants de Renault, a jugé à l’unanimité que les soupçons pesant sur Carlos Ghosn, maître d’oeuvre du mariage franco-japonais, suffisaient pour le chasser de son poste de président.

Nissan a justifié son éviction par « des actes graves confirmés », mentionnant « une minimisation de ses revenus durant une longue période dans les rapports financiers, une utilisation frauduleuse à des fins personnelles de fonds d’investissements et de notes de frais », selon un communiqué.

Hiroto Saikawa, patron exécutif du constructeur japonais, avait demandé publiquement cette révocation dès lundi, lors d’une conférence de presse entièrement à charge contre Carlos Ghosn, son ancien mentor.

Il était pressenti pour prendre la présidence par intérim du conseil d’administration, mais aucun remplaçant n’a été nommé. Le poste sera pourvu ultérieurement.

Cette révocation scelle pour Carlos Ghosn, qui à 64 ans est l’un des plus puissants capitaines d’industrie du monde, la fin de près de 20 ans passés à la tête de Nissan, la majeure partie du temps comme PDG puis à la présidence du conseil. Il risque la même sanction chez Mitsubishi Motors qui a rejoint l’alliance en 2016: un conseil d’administration se réunira lundi.

Le Franco-Libano-Brésilien reste officiellement PDG de Renault mais « temporairement empêché » comme le constatait pudiquement le constructeur français dans un communiqué mardi. Les rênes de Renault sont tenues désormais par son numéro deux, Thierry Bolloré.

La vie de Carlos Ghosn, qui a uni ces trois constructeurs pour en faire le numéro un mondial de l’automobile, a basculé quand son avion s’est posé lundi au Japon. Aussitôt arrêté, il est resté silencieux depuis, dans sa cellule d’un centre de détention de Tokyo.

« Faute grave »

Officiellement, M. Ghosn est pour l’heure accusé d’avoir, avec des complices, « minimisé sa rétribution à cinq reprises dans des rapports remis entre juin 2011 et juin 2015 », en déclarant aux services financiers une somme totale de 4,9 milliards de yens (environ 37 millions d’euros) au lieu de près de 10 milliards de yens.

« Ce type de déclaration mensongère constitue une des fautes les plus graves au regard de la législation imposée aux entreprises cotées », a déclaré jeudi à la presse Shin Kukimoto, procureur adjoint de Tokyo.

Les révélations pleuvent dans les médias japonais sur d’autres délits dont se serait rendu coupable Carlos Ghosn, par exemple en offrant un emploi fictif à sa soeur.

Les soupçons pesant sur lui découlent d’une enquête interne conduite par Nissan au cours des derniers mois.

Mercredi, le tribunal a décidé de prolonger de 10 jours sa détention afin de poursuivre les investigations. Et cette période pourrait se prolonger bien au-delà, en vertu des règles du système judiciaire japonais.

Le groupe Nissan, en tant qu’entité morale, peut en théorie aussi faire l’objet de poursuites, a précisé le représentant du parquet.

Une fusion en discussion ?

Face à cette affaire qui ébranle l’Alliance comme jamais depuis sa naissance en 1999, le gouvernement français est très rapidement monté au créneau pour rassurer sur l’avenir du constructeur au losange, dont l’État détient 15%.

Si, au Japon, la tonalité est officiellement la même, la presse locale fourmille de déclarations anonymes de responsables de Nissan affirmant que le groupe veut revoir la structure de celle-ci, « condition nécessaire pour qu’elle continue », selon l’un d’eux.

L’un des objectifs serait de modifier les rapports de force matérialisés dans les participations croisées: Renault détient 43% de Nissan, mais le Japonais, qui domine son allié en termes de chiffre d’affaires, n’en possède que 15%, une situation source de rancoeurs dans l’archipel.

Selon le quotidien économique Nikkei, qui cite un dirigeant de Nissan, Carlos Ghosn cherchait à intégrer les deux groupes, et « il était possible qu’un plan concret soit prêt au printemps prochain », un scénario de fusion ouvertement rejeté par M. Saikawa.

De tels scénarios circulent depuis un certain temps dans la presse. En mars dernier, l’agence Bloomberg avait évoqué une fusion des deux groupes.

Dans une interview à l’AFP, en février, M. Ghosn avait dit vouloir « continuer la convergence » entre les trois entités (Renault-Nissan-Mitsubishi) et déclaré, à propos des participations croisées: « Tout est sur la table. Il n’y a pas de tabou, pas d’interdit ».

APRÈS NISSAN, MITSUBISHI MOTORS ÉVINCE AUSSI GHOSN

Carlos Ghosn a été déchu lundi de son titre de président du conseil d’administration de Mitsubishi Motors, quelques jours après sa révocation de Nissan pour des malversations financières présumées.

A l’issue d’une réunion extraordinaire d’à peine plus d’une heure, le troisième groupe de l’alliance automobile Renault-Nissan a jugé « difficile » de maintenir en poste le puissant capitaine d’industrie de 64 ans.

Le verdict tombe une semaine exactement après l’arrestation surprise de M. Ghosn à Tokyo, qui ébranle l’alliance automobile franco-japonaise qu’il a forgée en près de 20 ans d’un règne sans partage.

A l’image de ses homologues de Renault et Nissan, le patron exécutif de Mitsubishi Motors, Osamu Masuko, a tenu à rassurer. « Nous faisons partie de l’alliance depuis deux ans. Il y a eu des aspects positifs et d’autres qui doivent être légèrement revus de notre point de vue », a-t-il dit devant la presse, sans remettre en cause l’ensemble.

Le limogeage de M. Ghosn, qualifié de « décision déchirante », a été voté à l’unanimité des sept administrateurs, dont M. Masuko, qui va prendre la présidence, et deux responsables de Nissan, le principal actionnaire de MMC avec 34% de capital.

Plus petit du trio avec 1,2 million de voitures vendues par an, Mitsubishi Motors se sépare ainsi de façon abrupte de celui qui avait volé à sa rescousse en 2016 au moment où il était fragilisé par un scandale de falsification des données.

Mais face aux soupçons pesant sur M. Ghosn, M. Masuko a assuré qu’il n’avait « pas d’autre choix » que de précipiter son départ.

Le magnat automobile est soupçonné par le parquet d’avoir dissimulé une partie de ses revenus aux autorités financières et est en outre accusé par Nissan de « graves malversations financières », découvertes au cours d’une enquête interne effectuée durant plusieurs mois dans le plus grand secret.

« Inégalité »

Carlos Ghosn n’est officiellement plus que PDG de l’Alliance et du groupe automobile français Renault, où un audit a été lancé pour vérifier ses rémunérations, selon le gouvernement français. L’enquête interne va être conduite par Claude Baland, ancien préfet et directeur général de la police nationale, en charge de la direction « Ethique et conformité » du groupe, saisie en accord avec le conseil d’administration, a-t-on appris auprès de Renault.

« Tant qu’il n’y a pas de charges tangibles », M. Ghosn ne sera pas démis de sa fonction, a précisé le ministre français de l’Economie, Bruno Le Maire. La direction intérimaire est assurée par le numéro deux, Thierry Bolloré.

Nissan, de son côté, a tranché jeudi à l’unanimité, « en se fondant sur l’abondance et la nature convaincante des preuves », selon les propos d’un porte-parole. Même les deux anciens de Renault, Jean-Baptiste Duzan et Bernard Rey, désormais à la retraite, ont opté pour la révocation de l’ancien homme fort de la compagnie japonaise.

Hiroto Saikawa, l’actuel patron exécutif de Nissan, a adressé lundi un message aux salariés au cours d’une réunion au siège à Yokohama, en banlieue de Tokyo, retransmise sur les autres sites du groupe.

Selon une source proche de la compagnie, il a exprimé une nouvelle fois le « choc » qu’il a ressenti et assuré faire son possible pour que l’affaire touchant Carlos Ghosn « n’affecte pas les relations au sein de l’alliance » ni « les opérations au jour le jour » de Nissan.

Mais il a aussi souligné « l’inégalité » dans la structure, tant les pouvoirs étaient jusqu’ici concentrés dans les mains d’un seul homme, ce qui empêchait toute discussion stratégique entre Renault et Nissan.

M. Saikawa se rendra cette semaine aux Pays-Bas, où doit se tenir une réunion de l’alliance, alors que des salariés et analystes se font l’écho de tensions et rancoeurs accumulées au fil des ans chez Nissan.

Un montage complexe

Le principal intéressé, toujours en garde à vue dans une prison du nord de Tokyo, nie, lui, les allégations.

A ce stade, Carlos Ghosn est entendu par le parquet sur des soupçons de dissimulation de la moitié de ses revenus chez Nissan dans des documents remis par le groupe aux autorités financières japonaises entre 2011 et 2015.

Le montant concerné porte sur 5 milliards de yens (environ 38 millions d’euros) mais, d’après des médias, il aurait aussi minoré ses émoluments dans les trois exercices comptables suivants, ce qui porterait la somme non déclarée à 8 milliards de yens, sans compter 4 milliards découlant de plus-values sur des titres financiers.

Selon des sources citées par le quotidien économique Nikkei, M. Ghosn percevait 2 milliards de yens par an au titre de PDG de Nissan jusqu’à début 2010, une rémunération qui n’était pas rendue publique à l’époque.

A cette date, une loi a changé les choses, et c’est à ce moment-là que M. Ghosn aurait, selon ces sources, abaissé sa rétribution à environ 1 milliard de yens par an, afin d’éviter les critiques, tout en reportant le paiement du milliard restant une fois qu’il se serait entièrement retiré de Nissan. Tout ceci avec la complicité de son bras droit Greg Kelly, actuellement en détention et qui dément également les accusations.

Selon les résultats de l’investigation menée par Nissan au cours des derniers mois, le patron de l’alliance est aussi soupçonné d’abus de biens sociaux, mais il n’est officiellement pas interrogé à ce sujet pour l’instant.

Il le serait ultérieurement si une nouvelle procédure d’interpellation était lancée, prolongeant ainsi sa période de détention.

(avec Afp)

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