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Martin FAYULU, Alan DOSS et Freddy MATUNGULU lors de la signature de l'accord de Genève, désignant le candidat commun de l'opposition a la présidentielle 2018.
Martin FAYULU, Alan DOSS et Freddy MATUNGULU lors de la signature de l'accord de Genève, désignant le candidat commun de l'opposition a la présidentielle 2018.

Opposition congolaise : À qui profite le crime ?

Dernière mise à jour, le 20 novembre 2018 à 11:32

Les médias et les réseaux sociaux tirent à boulets rouges sur le leader de l’UDPS et son collègue de l’UNC, pour avoir suivi leurs bases respectives dans le rejet de Martin Fayulu, désigné « candidat commun de l’opposition » à Genève. L’un des membres influents du FCC n’a-t-il pas déclaré, alors que se tenait le conclave de Genève, que « sur le 7 leaders de l’opposition, nous avons déjà deux en poche ». Quel dividende le FCC tirerait-il de la division de l’opposition après Genève ? On a envie de répondre par la question : « À qui profite le crime ? »

Depuis le début de cette semaine, les projecteurs de l’actualité congolaise étaient braqués sur le conclave de ce qui est désormais convenu d’appeler « les 7 majeurs opposants » réunis à Genève (Suisse), pour trouver un candidat commun qui devrait affronter le candidat du Front commun pour le Congo (FCC) aux scrutins du 23 décembre 2018.

Eclats de rire et mépris dans le camp de la majorité au pouvoir en République démocratique du Congo (RDC) où l’on ne jure, la main sur le cœur, que l’opposition est incapable de s’organiser et de se trouver un candidat unique. Se faisant forts de la pratique de l’une des tares (l’un des membres influents du FCC n’a-t-il pas déclaré, alors que se tenait le conclave de Genève, que « sur le 7 leaders de l’opposition, nous avons déjà deux en poche ») qui font qu’aujourd’hui la RDC est classée presqu’au bas de l’échelle, 184ème sur 190 pays sur le plan de développement.

Mais avec plus de 600 partis politiques, dont certains sont les dédoublements des autres par la volonté du régime sortant, qui mise sur Ramazani Shadary comme son cheval de bataille gagnant pour le 23 décembre, a oublié que l’opposition congolaise est plurielle et ceux qui se trouvaient à Genève, aujourd’hui à Bruxelles, n’étaient qu’une partie de cette opposition plurielle.

Rien donc d’étonnant que ceux qui étaient restés au pays, que la Majorité présidentielle (MP) considérait comme quantité négligeable, viennent de faire pivoter le mât des projecteurs pour les braquer sur la Céni, et par ricochet sur le gouvernement, en sollicitant la radiation et l’invalidation du candidat du FCC pour violation de la loi électorale. Particulièrement en son article 36.

En effet, ils se réfèrent en cela à l’article 36 de la loi électorale qui interdit à tout candidat de se servir des finances, des biens et du personnel de l’Etat pour sa campagne électorale et invite toute autorité, tout parti politique, tout groupement politique ou toute autre personne à saisir la Céni d’une telle violation pour l’invalidation d’un tel candidat. Ou encore, s’adresser à un officier du Ministère public qui tranchera. C’est ce que viennent de faire ce groupe d’opposants restés au pays et qui demandent l’invalidation du candidat président Ramazani Shadary pour des faits avérés.

Hélas ! Le rapporteur de la Céni, Jean-Pierre Kalamba, a tenté d’ignorer la responsabilité de son institution que lui confère la loi, en déclarant mercredi sur les antennes de radio Top Congo que, la Centrale électorale n’était pas compétente pour traiter la plainte des opposants contre la candidature de Ramazani Shadary. Il les a envoyé aux tribunaux alors que l’alinéa de l’article susvisé indique que l’on doit saisir la Céni en premier, l’officier du Ministère publique n’étant qu’une alternative. Une fuite en avant qui ne tient pas la route, réplique-ton.

On sait, plusieurs chaînes de radio et de télévision avaient relayé l’évènement, que lors de la présentation au publique du candidat Ramazani Shadary, le 27 octobre 2018 au Stade Tata Raphaël, son équipe de campagne avait présenté une liste de 670 personnes (plus de 800 selon Lambert Mende sur Top Congo) parmi lesquelles des ministres, administrateurs et mandataires des entreprises publiques, des bourgmestres et administrateurs de territoire. Bref, le personnel de l’Etat à tous les niveaux en faisaient partie, même si quelques particuliers avaient désisté, arguant qu’ils n’avaient pas été contactés.

Face à une telle évidence, « qui ne demande pas d’avoir de grandes sciences », comme a dit un des signataires de la plainte adressée à la Céni, la violation de la loi électorale par la MP est patente et ne nécessite pas pas une réflexion scientifique.

« Dura lex, sed lex. La loi est dure, mais c’est la loi », dit-on. Il faut l’appliquer. La Céni doit appliquer sa propre loi et non tergiverser. Aimez la vérité et la vérité vous affranchira, dit un enseignement chrétien. Cette vérité-là est impérieuse ! La taire serait conforter l’opinion selon laquelle, la Céni n’est pas indépendante et ne roule que pour un camp.

« L’APRÈS-GENÈVE » EN 10 QUESTIONS

Quatre jours après avoir dénoncé l’Accord de coalition politique des forces de l’opposition ’’Lamuka’’, pourtant signé 24 heures plus tôt, Félix Tshisekedi et Vital Kamerhe sont diabolisés, à défaut d’une décapitation, par des cadres et militants de M. Katumbi, J.P. Bemba, M. Fayulu, F. Matungulu et A. Muzito.

Comme dans un concert, les médias et les réseaux sociaux tirent à boulets rouges sur le leader de l’UDPS et son collègue de l’UNC, pour avoir suivi leurs bases respectives dans le rejet de Martin Fayulu, désigné «candidat commun de l’opposition» à Genève. Certainement, l’onde de choc créée par l’évènement – ou l’incident – retentira encore longtemps avec des répercussions imprévisibles. Aussi bien en RD Congo qu’en Afrique et dans le monde.

Passé le temps de l’émotion, de la spéculation et des imprécations, Congolais, arrêtons-nous un instant. Posons-nous des questions qu’il faut. Tentons, lucidement, de comprendre les faits et les gestes de chacun des protagonistes de ce feuilleton : l’opposition, le pouvoir, les militants, le peuple, les observateurs étrangers. Cet exercice participe à la salubrité de la mentalité politique dans ce pays.

Les combattants de l’UDPS et de l’UNC ont-ils raison de contester la désignation de Martin Fayulu en qualité de candidat commun de l’opposition à la présidentielle du 23 décembre 2018 ?

Oui, ils ont pleinement raison parce que, d’une part, dans une compétition politique, ils combattent pour la victoire exclusive des candidats de leur parti. D’autre part, dans le cas présent, ils ne sont pas suffisamment informés de l’enjeu des tractations menées au sommet entre leurs dirigeants et les partis alliés. Un homme mal informé ou sous-informé, dit la sagesse, a le droit de mal raisonner.

Félix Tshisekedi et Vital Kamerhe devaient-ils évoquer les vociférations et la pression de leurs bases de l’UDPS et de l’UNC pour renier leurs signatures ?

L’esprit démocratique a prévalu. Le respect des subalternes aussi, qu’il s’agisse d’une entreprise familiale ou d’un parti politique. Le parti-État est bien mort en RD Congo, avec son « président-fondateur ». Dans la société moderne, « le chef » n’a pas pour mission d’imposer ses propres vues. Il a surtout l’obligation de sonder son peuple avant de décider. Combien d’accords internationaux ont-ils été signés puis reniés par leurs auteurs ? On peut humainement comprendre le désarroi que sème un reniement de la parole donnée, mais pour une matière aussi sensible que l’Accord mort-né de Genève, seuls les intérêts – partisans ou stratégiques – ont dicté le comportement des uns et des autres.

Ne pouvaient-ils pas, comme dans des partis des dictateurs, maintenir leurs signatures et menacer tout contestataire de radiation ou d’autres sanctions exemplaires ?

Les derniers dictateurs étant en voie d’extinction sur le continent, F. Tshisekedi et V. Kamerhe ne pouvaient pas franchir le rubicond. Ils risquaient de se voir éjectés de leur parti.

Y a-t-il eu « communication expresse » entre les leaders siégeant à Genève et leurs bases restées au pays sur les tenants et les aboutissants du fameux Accord de coalition politique ?

Officiellement non. C’était une rencontre de haut niveau.

Est-il : (a) possible, (b) souhaitable, (c) inopportun d’établir ce dialogue entre les leaders et leurs partisans ?

C’est autant possible que souhaitable. Les vertus du dialogue horizontal sont tellement connues qu’il serait superfétatoire de les commenter ici. Bien plus, la RD Congo emprunte cette voie de sagesse depuis l’indépendance pour résoudre les problèmes posés intempestivement par certains de ses fils. Les partis politiques devraient s’en inspirer.

L’absence d’un candidat commun de l’opposition porté par les 7 partis à l’origine de « Genève » sert-elle la cause de la vraie alternance attendue après l’ère Joseph Kabila ?

Non. Persister dans cette cacophonie, c’est tourner irrémédiablement le dos à la perspective de l’alternance.

Un Martin Fayulu, farouchement opposé à la machine à voter, garantirait-il la participation des 5 plateformes qui le soutiennent aux scrutins annoncés le 23 décembre ?

À analyser les foucades verbales du « candidat commun », c’est peu probable que les 5 participent aux scrutins de décembre. Nous préférons être démentis par les faits.

Quel dividende le FCC tirerait-il de la division de l’opposition après Genève ?

On a envie de répondre par la question : « À qui profite le crime ? »

Fallait-il réunir les 7 à Genève, plutôt qu’à Kinshasa, pour accoucher d’un mort-né ?

Secret de polichinelle : Kinshasa n’est pas accueillante pour de telles rencontres, surtout quand il s’agit de Congolais qui ont un œuf à peler avec le pouvoir. Suivez mon regard.

Faut-il blâmer : (a) l’opposition, (b) le pouvoir, (c) les médiateurs, (d) le peuple congolais dans son ensemble ?

Le peuple congolais – et non les politiciens – vient de prouver sa maturité politique en étouffant l’éventualité d’un troisième mandat dans le schéma de certains compatriotes. C’est une victoire. Il est désormais capable, avec sa société civile, de progresser sur la voie de la démocratie. Ceux qu’il faut blâmer sont plutôt tapis dans l’ombre : les fameux opposants, le vorace pouvoir et les médiateurs intéressés. 

(avec Ben-Clet K. D.)

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