lundi , 17 décembre 2018
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La paix en danger

Plus de 70 chefs d’État et de gouvernement, dont les présidents américain et russe, ont commémoré en grande solennité le centenaire de l’armistice dimanche à Paris, l’occasion pour Emmanuel Macron de dénoncer le nationalisme cher à Donald Trump.

Plusieurs chefs d’État ont profité de cette journée symbolique pour mettre en garde contre les risques de guerre, ravivés selon eux par la remise en cause croissante du modèle multilatéral, socle des relations internationales depuis l’après-guerre.

Sur la tombe du soldat inconnu de la Grande guerre, Emmanuel Macron, grand ordonnateur de cette commémoration hors-norme, a mis en avant le patriotisme et dénoncé le « nationalisme », dont se réclame Donald Trump, principal contempteur de l’ordre mondial multilatéral.

« Le patriotisme est l’exact contraire du nationalisme. Le nationalisme en est sa trahison », a affirmé le président français pendant la cérémonie solennelle dimanche matin, point d’orgue pour Emmanuel Macron, après une semaine de commémorations en France.

Après les honneurs militaires, le célèbre violoncelliste Yo-Yo Ma a joué du Bach, des lycéens ont lu des témoignages de 1918, et la chanteuse béninoise Angélique Kidjo a chanté en hommage aux troupes coloniales, avant qu’Emmanuel Macron ne conclue en ravivant la flamme.

« Je suis là pour lui »

Sous une pluie fine, Donald Trump, Angela Merkel, Vladimir Poutine, Benjamin Netanyahu, Recep Tayyip Erdogan, Justin Trudeau, Mohammed VI se sont réunis sous l’Arc de Triomphe, en haut de la célèbre avenue des Champs-Élysées, sous lequel gît le soldat inconnu et brûle perpétuellement la flamme du souvenir, rappelant l’ampleur d’un conflit aux 18 millions de morts.

« C’est une très belle cérémonie, très émouvante », a commenté au côté de son fils de 3 ans Jessie Rumbaugh, 25 ans, originaire de l’Idaho aux États-Unis, venue spécialement pour le centenaire, célébré aussi en d’autres points du globe, en Australie, en Inde, ou à Londres.

« Mon grand-père a fait la Première Guerre mondiale », expliquait non loin Nevan Lancaster, Néo-zélandais de 47 ans. « Il est mort quand j’avais 8 ans. Je suis là pour lui ».

Après un déjeuner au palais de l’Élysée (au cours duquel Donald Trump et Vladimir Poutine ont eu un échange informel assez long sur les dossiers diplomatiques mondiaux, les dirigeants se sont rendus dans l’Est parisien pour participer au Forum sur la paix, deuxième temps fort de cette journée et nouvelle occasion pour le camp du multilatéralisme de dire le mal qu’il pense des vents nationalistes qui soufflent un peu partout sur le monde.

Mais sans Donald Trump, qui lui est allé au cimetière américain de Suresnes, en banlieue parisienne, pour rendre hommage à ses concitoyens tombés au champ de bataille, au lendemain d’un rendez-vous manqué à Bois Belleau, haut lieu de la mémoire militaire américaine pendant la Première Guerre mondiale.

Le déplacement du président à ce mémorial avait été annulé à cause de la météo empêchant l’hélicoptère présidentiel de voler, suscitant de vives critiques aux Etats-Unis. Sous la pluie, le locataire de la Maison Blanche a « rendu hommage » dimanche aux « courageux Américains qui ont donné leur dernier souffle », avant de regagner l’aéroport dans l’après-midi.

Auparavant, environ 1.500 personnes s’étaient réunies dans le calme à Paris pour dénoncer sa présence. En revanche, incident notable et rarissime, trois militantes Femen ont réussi dimanche matin à forcer la sécurité sur les Champs-Elysées pour s’approcher du convoi de Donald Trump, avant d’être interpellées.

« La sécurité du cortège et du président des États-Unis n’a été en rien menacée », a assuré le ministre français de l’Intérieur, Christophe Castaner alors que le dispositif de sécurité était massif, avec quelque 10.000 membres des forces de l’ordre déployés. La dernière fois que Paris a accueilli autant de dignitaires remonte au 11 janvier 2015, après les attentats islamistes contre Charlie Hebdo et le magasin juif Hyper Cacher.

« Années 30 »

Au Forum pour la paix, dans une ambiance à la mi-chemin entre un Forum de Davos et un sommet de la COP, plusieurs des plus fervents défenseurs de l’ordre multilatéral ont plaidé pro domo devant une assistance globalement acquise, regroupant chefs d’Etat, d’organisations internationales et membres de la société civile.

Ils ont multiplié les mises en garde. Car si multilatéralisme et coopération offrent selon eux paix et progrès, nationalisme et unilatéralisme n’apporteraient que guerre et malheur.

« Bien des éléments aujourd’hui me semblent emprunter et au début du XXe siècle, et aux années 30, laissant craindre un engrenage invisible », a jugé Antonio Guterres, le secrétaire général de l’Onu.

« Nous voyons bien que la coopération internationale, un équilibre pacifique entre les intérêts des uns et des autres, et même le projet européen de paix sont de nouveau remis en question », a affirmé Mme Merkel.

Le président kenyan Uhuru Kenyatta a déploré « cette tendance d’un nombre croissant de pays au repli au lieu de chercher ensemble des solutions aux problèmes ».

« Nous sommes fragilisés par les retours des passions tristes, le nationalisme, le racisme, l’antisémitisme, l’extrémisme, qui remettent en cause cet horizon que nos peuples attendent », a prévenu M. Macron.

Dans la foule des Champs-Élysées, le Néo-Zélandais Nevan Lancaster ne dit pas autre chose: « Nous entrons dans un futur plus incertain. Je ne pense pas qu’après 70 ans de paix, nous en aurons 70 de plus ».

70 DIRIGEANTS MONDIAUX SOUS L’ARC DE TRIOMPHE

A la onzième heure du onzième jour du onzième mois, 70 dirigeants venus du monde entier ont remonté les Champs-Elysées jusqu’à l’Arc de Triomphe au son des cloches des églises de Paris.

Ils sont silencieux. L’Allemande Angela Merkel est aux côtés d’Emmanuel Macron et de son épouse Brigitte, parapluie à la main sous un ciel pluvieux de novembre. Quelques minutes après les rejoignent Donald Trump avec son épouse Melania, puis Vladimir Poutine, qui donne une petite tape amicale sur l’épaule du président américain.

Arrivés d’Australie, du Liban ou du Sénégal, ces chefs d’Etat et de gouvernement sont réunis à Paris parce que leur pays a déployé des combattants durant la guerre de 14-18. Sont ainsi présents Benjamin Netanyahu, Recep Tayyip Erdogan, Justin Trudeau, Mohammed VI et son fils ou Denis Sassou Nguesso.

La plupart d’entre eux se sont retrouvés à l’Elysée en début de matinée pour venir ensemble, à bord de huit bus, jusqu’aux abords de l’Arc de Triomphe où ils sont abrités de la pluie par un toit amovible transparent.

A distance, autour de la place de l’Etoile, une foule clairsemée tente de les apercevoir derrière les barrières. Les strictes mesures de sécurité n’empêchent pas trois militantes Femen, les seins nus où est inscrit « hypocrisy parad », de courir au passage de la voiture de Donald Trump, avant d’être interpellées.

Dans le public, Sylvie Daley Le Merer, directrice d’une école, est venue honorer « ceux qui se sont battus pour la paix » et « prendre le relais de la mémoire maintenant que ceux qui ont fait cette guerre sont morts ».

L’Américaine Jessie Rumbaugh, 25 ans, est venue de l’Idaho spécialement pour le centenaire avec son fils. « Il n’a que trois ans mais c’est important de commencer à lui transmettre ce devoir de mémoire » car « nous devons tout faire pour que ça n’arrive plus jamais ».

« N’oublions pas ! »

« 1918, c’était il y 100 ans. Cela semble loin. Et pourtant, c’était hier », déclare Emmanuel Macron, le seul président à prendre la parole durant la cérémonie.

« Souvenons-nous! N’oublions pas! », exhorte le président français en s’adressant aux dirigeants.

Pour redonner chair et voix aux combattants, dont les derniers survivants ont disparu il y a une dizaine d’années, huit jeunes se succèdent pour lire des témoignages de ce 11 novembre 1918. Comme celui de l’officier britannique Charles Neville, qui écrit à ses parents depuis Mons (Belgique): « Quelle parfaite et merveilleuse journée. Les rues débordaient de civils fous de joie ».

« Chaque fille exigeait un baiser de chaque soldat qu’elle croisait », témoigne le capitaine américain Charles Normington défilant en France ce jour-là.

« Les armes sont déposées: on ne les reprendra pas », veut croire l’adjudant français Alfred Roumiguières, dont la lettre est lue par Myriam, élève d’un lycée de région parisienne.

La cérémonie est aussi rythmée par des intermèdes musicaux qui renforcent sa gravité. Après le violoncelliste Yo-yo Ma, la Béninoise Angélique Kidjo chante un vibrant « Blewu », un chant en langue mima en hommage aux troupes coloniales ayant combattu en France. Et elle se termine avec des extraits du Boléro de Maurice Ravel, qui a servi comme ambulancier près de Verdun en 1916.

Lorsque l’orchestre des jeunes de l’Union européenne cesse de jouer, le président français ravive la flamme du Soldat inconnu, qui ne s’est jamais éteinte depuis son installation en 1923.

Puis la sonnerie « Aux Morts » résonne, l’assistance se fige pour une minute de silence que rompt la sonnerie au clairon du « Cessez le feu ».

Les dirigeants remontent alors dans les bus pour rejoindre l’Elysée pour un déjeuner dans les salons donnant sur le parc. Leurs conjoints sont reçus dans le même temps au château de Versailles.

TROIS MILITANTES FEMEN DÉJOUENT LA SÉCURITÉ

Trois militantes Femen ont déjoué la sécurité des commémorations du 11-Novembre à Paris dimanche, en faisant irruption sur les Champs-Élysées au passage de la limousine de Donald Trump dans le convoi des chefs d’État, malgré l’important dispositif déployé par les forces de l’ordre.

Quelques heures plus tôt, l’une de ces militantes a réussi à se mêler aux photographes accrédités pour la cérémonie de commémoration de l’Armistice de la Première Guerre mondiale, près de l’Arc de Triomphe. Signalée aux forces de sécurité par les photographes intrigués par la présence de cette inconnue dotée d’un badge au nom d’une consoeur connue, elle a ensuite été extraite du groupe.

Cette femme a été reconnue sur une photo comme étant l’une des trois Femen interpellées après leur intrusion au passage du cortège. Le groupe féministe, joint par l’AFP, a affirmé ne pas avoir de rapport avec cette femme.

L’intrusion des militantes sur les Champs-Élysées a été diffusée en direct pendant cet événement mondial, alors que près de 10.000 policiers, gendarmes et pompiers avaient été déployés pour sécuriser la capitale, sur fond de menace terroriste persistante.

Le ministre de l’Intérieur a néanmoins assuré que ni la sécurité du cortège ni celle du président américain n’avaient été menacées. « Elles ont été immédiatement neutralisées », a déclaré Christophe Castaner. Qualifiant leur irruption « sans arme et sans menace » d' »opération de communication visuelle », il a conclu: « L’essentiel c’est que la sécurité du cortège et du président des États-Unis n’a été en rien menacée ».

Dans un communiqué dimanche soir, le ministre et son secrétaire d’Etat Laurent Nunez ont précisé que « des investigations sont en cours pour déterminer les conditions dans lesquelles ces trois personnes ont pu faire irruption sur le passage du cortège », ajoutant qu' »une enquête judiciaire a été ouverte pour exhibition sexuelle, entrave à la circulation, usurpation de titre, usurpation d’identité et faux document ».

Les mots « Hypocrisy parad », « Gangsta party » et « Fake peacemakers » inscrits sur leurs poitrines nues, les militantes ont sauté par-dessus les barrières dressées le long de l’avenue au moment où la voiture du président américain remontait les Champs-Élysées peu avant 11H00, sous les yeux de centaines de spectateurs.

Deux militantes ont été immédiatement interceptées par les forces de l’ordre après avoir sauté les barrières. Au même moment, une troisième Femen, positionnée seule un peu plus haut sur l’avenue, a elle réussi à courir jusqu’au milieu de la chaussée en frôlant presque le cortège officiel.

Cette militante, qui portait l’inscription « Fake peacemakers » (Faux pacificateurs), a été arrêtée par trois membres des forces de l’ordre dix secondes plus tard.

« La France célèbre la paix avec cette cérémonie mais la moitié des chefs d’État invités sont responsables de la plupart des conflits dans le monde. Nous protestons contre la venue de Trump, Poutine, Erdogan, Mohammed ben Salmane Netanyahu », a expliqué à l’AFP peu après cet incident Constance Lefèvre, une militante Femen présente dans le public sans avoir pris part à l’action.

« petite histoire »

Interrogé sur LCI sur l’incident, le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux y a vu « une petite histoire », préférant retenir de la journée « la grande Histoire ».

La veille, un autre trio Femen s’était brièvement exposé sous l’Arc de Triomphe en criant: « Welcome war criminals » (Bienvenue aux criminels de guerre). Elles ont été convoquées en mars en vue de leur comparution à un procès pour « exhibition sexuelle » devant le tribunal correctionnel de Paris.

Ce mouvement féministe créé il y a 10 ans et qui entend dénoncer l’oppression politique et religieuse n’en est pas à son premier coup d’éclat, avec une méthode désormais célèbre: slogans sur leur poitrine dénudée, ces femmes trompent les services de sécurité du monde entier, se faufilent dans les foules pour crier leur message.

Dans un communiqué diffusé après leur action sur les Champs-Élysées, les Femen ont expliqué que « Trump, Poutine, Erdogan, ben Salmane et Macron avaient transformé le 11 novembre en un triste spectacle qui n’est divertissant que pour les criminels qui y participent ».

Pour ces commémorations exceptionnelles du centenaire de la Grande Guerre à laquelle participent des dizaines de chefs d’État et de gouvernement, la France a pourtant mis en place un dispositif d’ampleur avec le déploiement d’environ 10.000 membres de force de l’ordre.

Les autorités ont justifié ces mesures en évoquant notamment le « risque terroriste » dans un pays frappé ces dernières années par une vague d’attentats jihadistes sans précédent, et celui de « la mouvance radicale ».

Un rassemblement anti-Trump place de la République s’est déroulé sans incident dans l’après-midi, avec 1.500 manifestants dont une centaine de militants « black blocs », selon la préfecture de police.

(avec Afp)

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