mardi , 13 novembre 2018
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Donald TRUMP : Abus de pouvoir d’un président détraqué

« Menace pour la démocratie », « abus de pouvoir »: le président américain Donald Trump était accusé jeudi d’avoir porté atteinte à l’indépendance du judiciaire et à la liberté de la presse, en limogeant son ministre de la Justice et en retirant l’accréditation d’un journaliste critique.

Les Etats-Unis sont « au bord de la crise constitutionnelle », ont dénoncé plusieurs parlementaires démocrates choqués par le départ contraint de Jeff Sessions au lendemain d’élections de mi-mandat aux résultats contrastés.

Fort de leur nouvelle majorité à la Chambre des représentants, certains démocrates ont brandi la menace d’une enquête parlementaire dès qu’ils prendront leur fonction, en janvier.

Le ministre de la Justice Jeff Sessions, 71 ans, a démissionné « à la demande » du président Trump qui ne se privait pas depuis des mois de critiquer en public ce fidèle de la première heure, tombé en disgrâce après s’être récusé dans la délicate enquête russe.

Donald Trump lui reprochait d’être un ministre « très faible », incapable de le protéger dans cette enquête tentaculaire sur l’ingérence de Moscou dans la présidentielle américaine de 2016, dont un volet porte sur les soupçons de collusion entre la Russie et l’équipe de campagne du milliardaire républicain.

Le président, dont plusieurs anciens collaborateurs ont été inculpés dans ce dossier, dénonce une « chasse aux sorcières » « injuste » et coûteuse et a régulièrement souhaité la fin des investigations du procureur spécial Robert Mueller.

Jeff Sessions est remplacé, de manière temporaire, par son propre chef de cabinet Matthew Whitaker qui, avant d’entrer à son service, avait publié une tribune dans la presse critiquant l’ampleur de l’enquête russe.

« Massacre au ralenti »

Les démocrates ont dénoncé un « abus de pouvoir », et certaines voix dans le camp républicain, ont craint que son arrivée ne signifie la fin de l’indépendance pour le procureur Mueller. La sénatrice républicaine Susan Collins a ainsi jugé « impératif que le gouvernement n’entrave pas son enquête ».

« Donald Trump a installé un affidé pour superviser l’enquête russe et franchi une ligne rouge censée protéger cette enquête », a également dénoncé l’association progressiste Move On, qui appelle les Américains à manifester jeudi à 17H00 dans tout le pays contre « cette menace pour la démocratie ».

L’ancien chef de l’agence centrale du renseignements CIA, John Brennan, critique régulier de Donald Trump, a lui aussi estimé que les Etats-Unis pourraient être confrontés à une « crise constitutionnelle très prochainement ».

Certains commentateurs ont fait le parallèle entre cette éviction et l’ordre donné en 1973 par le président Richard Nixon à son ministre de la Justice de limoger le procureur spécial en charge de l’enquête du Watergate.

Le ministre et son numéro deux avaient préféré démissionner plutôt que s’y plier, mais Nixon était parvenu à ses fins lors du « massacre du samedi soir ».

Jake Tapper, journaliste vedette de CNN, a estimé que le départ contraint de Jeff Sessions était une répétition « au ralenti et sur plusieurs mois de ce massacre ».

« Inacceptable »

La chaîne est très critique envers Donald Trump qui, en retour, la qualifie souvent de « média bidon » (« Fake news media »).

Mercredi soir, la Maison Blanche a suspendu l’accréditation d’un de ses journalistes après une altercation avec Donald Trump en conférence de presse.

Le reporter de CNN Jim Accosta, engagé dans un échange houleux avec le président, avait refusé de rendre le micro à une employée de la Maison Blanche, la frôlant lors de cet échange.

« Nous ne tolèrerons jamais qu’un reporter pose sa main sur une jeune femme », a commenté dans la foulée Sarah Sanders, pour justifier son exclusion.

CNN a apporté son soutien à son journaliste et s’est alarmée d’une « décision sans précédent » qui constitue selon elle « une menace pour notre démocratie ».

Une association représentant la presse présidentielle a appelé la Maison Blanche à annuler une sanction « disproportionnée » et « inacceptable ».

En juin, un partisan de Donald Trump avait suggéré de retirer l’accréditation de Jim Accosta, après qu’il eut de nouveau posé des questions musclées au magnat de l’immobilier. « Les dictateurs retirent leur accréditation aux journalistes, pas les démocraties », avait rétorqué le reporter.

JIM ACOSTA PERD SON ACCRÉDITATION À LA MAISON BLANCHE

La Maison Blanche a annoncé suspendre, « jusqu’à nouvel ordre », son accréditation à un journaliste de CNN, à la suite d’échanges houleux avec Donald Trump lors d’une conférence de presse organisée après les résultats en demi-teinte des élections de mi-mandat.

« Je viens de me faire refuser l’accès à la Maison Blanche », a confirmé sur Twitter Jim Acosta, reporter de CNN, cible régulière des critiques et des apostrophes « Fake News » du président américain.

Au cours du point presse, M. Acosta, engagé dans un échange verbal houleux avec le président républicain, qui ne voulait plus lui répondre davantage, a refusé de rendre le micro à une membre de l’équipe de la Maison Blanche.

La jeune femme a alors tenté de lui prendre des mains le micro, et les bras des deux individus se sont touchés très brièvement.

« Le président Trump croit en une presse libre (…) Nous ne tolérerons cependant jamais qu’un reporter pose sa main sur une jeune femme essayant simplement de faire son travail de stagiaire à la Maison Blanche », a tweeté Sarah Sanders, la porte-parole de l’exécutif américain.

« Après l’incident d’aujourd’hui (mercredi), la Maison Blanche suspend l’accréditation permanente du reporter impliqué jusqu’à nouvel ordre », a poursuivi Mme Sanders, sans jamais nommer directement le journaliste.

« Menace pour notre démocratie »

« Ceci est un mensonge », a réagi à l’accusation de la porte-parole de la Maison Blanche M. Acosta, sur Twitter.

« Dans son explication, la porte-parole Sarah Sanders a menti. Elle a fourni des accusations frauduleuses et cité un événement qui ne s’est jamais passé », a également taclé CNN dans un communiqué.

La chaîne a par ailleurs apporté son soutien à son journaliste et s’est inquiétée d’une « décision sans précédent », qui est « une menace pour notre démocratie ».

Une association représentant la presse présidentielle a exhorté la Maison Blanche a « immédiatement annulé cette action faible et malavisée ». Une réaction qu’elle qualifie de « disproportionnée » et inacceptable ».

« L’association des correspondants de la Maison Blanche s’oppose fortement à la décision de l’administration Trump », a écrit dans un communiqué Olivier Knox, à la tête de ce groupement de journalistes.

Ce n’est pas la première fois que ce reporter subit les foudres du président américain.

Mais mercredi, l’atmosphère était particulièrement électrique entre le locataire de la Maison Blanche et plusieurs journalistes, même si Donald Trump a concentré ses piques sur Jim Acosta.

« Ça suffit, rendez le micro », lui a lancé M. Trump après un long échange houleux suivant une question sur la « caravane » de migrants venant d’Amérique centrale et se dirigeant vers la frontière américaine.

Jim Acosta a pourtant continué à l’interroger alors que le président s’éloignait du pupitre pour ne pas répondre.

« CNN devrait avoir honte de vous employer, vous êtes très impoli et une personne horrible », lui a lancé le milliardaire.

« Je rends les coups »

Le journaliste qui a succédé à M. Acosta au micro a pris la défense de son confrère, le saluant comme un « reporter scrupuleux ».

« Je ne suis pas un de vos grands fans pour être honnête », et « vous n’êtes pas le meilleur », a rétorqué M. Trump, avant de répondre à sa question.

Il a également fait taire une autre journaliste de CNN, April Ryan, qui tentait de lui poser une question sans avoir le micro.

Le président a ensuite accusé une journaliste noire de poser une question « raciste » après l’avoir interrogé sur sa rhétorique « nationaliste » qui aurait fait le jeu des suprématistes blancs.

« Je fais l’objet d’une couverture (médiatique) très inexacte », a-t-il affirmé. « Je pourrais faire quelque chose de fantastique et ils (les journalistes, NDLR) en feraient quelque chose de mauvais ».

A la fin de la conférence de presse, qui aura duré près d’1h30, M. Trump a dit espérer que « le ton puisse s’améliorer ». « Mais cela commence avec les médias », a-t-il prévenu. « Je rends les coups et je ne me bats pas pour moi, mais pour le peuple de ce pays ».

Le 45e président des Etats-Unis a de très mauvaises relations avec une partie de la presse américaine, et accuse ceux qu’il appelle les « Fake News » d’être les « ennemis du peuple ».

La semaine dernière, il les avait accusés d’engendrer la « violence » en Amérique après la pire tuerie antisémite jamais perpétrée dans le pays, dans une synagogue de Pittsburgh, et l’envoi de colis piégés à des personnalités et institutions opposées au président.

TRUMP LIMOGE SON MINISTRE DE LA JUSTICE

Le président américain Donald Trump a limogé mercredi son ministre de la Justice Jeff Sessions, s’attirant les foudres de l’opposition démocrate, qui craint une reprise en main de la très délicate enquête russe.

Il s’agit de sa première décision au lendemain d’élections de mi-mandat qui ont renforcé la majorité républicaine au Sénat, mais fait basculer la Chambre des représentants dans le camp démocrate.

Moins d’une heure après une conférence de presse au cours de laquelle il avait tendu la main à ses adversaires, Donald Trump annonçait dans deux tweets lapidaires le départ de Jeff Sessions et son remplacement, temporaire, par son propre directeur de cabinet, Matthew Whitaker.

Le ministre était sur la sellette depuis qu’il s’était récusé, en mars 2017, dans la tentaculaire enquête du procureur spécial Robert Mueller, qui cherche à établir s’il y a eu collusion entre Moscou et l’équipe du candidat Trump lors de la présidentielle de 2016.

Depuis plus d’un an, Donald Trump reprochait à Jeff Sessions d’être un ministre « très faible » incapable de le protéger d’une « injuste chasse aux sorcières ».

En se récusant, M. Sessions a délégué le contrôle hiérarchique du procureur Mueller au numéro deux du ministère de la Justice, Rod Rosenstein, qui a laissé l’ancien directeur du FBI agir à sa guise.

Les marges de manœuvre du procureur Mueller pourraient se réduire si, comme les médias américains le disent, Matthew Whitaker reprend la supervision de l’enquête russe.

« Ingérence »

Cet ancien procureur fédéral de 49 ans, qui fut candidat à une primaire républicaine dans l’Iowa, a promis de conduire son ministère en suivant « les règles éthiques les plus hautes ».

Mais il avait publié en août 2017 une tribune dans la presse reprochant au procureur spécial de s’intéresser aux finances de Donald Trump et appelant Rod Rosenstein à lui « ordonner de limiter la portée de son enquête ».

« En raison de ses commentaires », il devrait « se récuser » dans l’enquête russe, a immédiatement commenté le chef des sénateurs démocrates Chuck Schumer.

Son collègue Jerrold Nadler, pressenti pour prendre la tête de la commission judiciaire de la Chambre des représentants, a lui dénoncé une « ingérence » du président Trump dans l’enquête russe et prévenu que les démocrates pourraient lancer une enquête parlementaire dès janvier à ce sujet.

Grâce à leur nouvelle majorité, les élus démocrates de la Chambre pourront aussi convoquer des témoins ou réclamer des documents si Robert Mueller était empêché de le faire.

L’opposition pourrait aussi lancer une procédure de destitution du président Trump, mais elle aurait peu de chances d’aboutir au Sénat, où les républicains restent majoritaires.

Même dans leurs rangs, certaines voix se sont élevées mercredi pour défendre l’enquête du procureur spécial. Il est « impératif » qu’elle « aille à son terme sans être gênée », a ainsi estimé l’ancien candidat républicain à la présidentielle de 2012, Mitt Romney, au lendemain de son élection comme sénateur de l’Utah.

« Attardé »

Avant de tomber en disgrâce, Jeff Sessions, un ultraconservateur de 71 ans, était considéré comme l’un des plus fidèles soutiens de Donald Trump, qu’il avait été l’un des premiers à rallier lors des primaires de 2016.

Mais le magnat de l’immobilier n’a pas supporté qu’il se récuse dans l’enquête russe en raison de contacts avec l’ambassadeur russe en 2016. En privé, il traitait parfois cet ancien sénateur de l’Alabama d' »attardé », selon le journaliste d’investigation Bob Woodward.

Preuve de sa déchéance: le président n’a pas eu un mot pour lui mercredi lors de sa conférence de presse post-élections.

En revanche, Donald Trump s’est saisi de l’occasion pour redire tout le mal qu’il pensait de l’enquête du procureur Mueller, un « canular » « injuste » qui coûte « des millions et des millions de dollars » et fait « honte » à l’Amérique.

« Je pourrais virer tout le monde, là, maintenant, mais je ne veux pas y mettre fin parce que politiquement je n’en ai pas envie », a-t-il malgré tout ajouté.

Il a également dit ne pas être « inquiet » des suites de l’enquête.

Plusieurs de ses proches sont pourtant dans le viseur du procureur Mueller, à commencer par son fils Donald Trump Junior, soupçonné d’avoir menti au FBI, et son ancien conseiller politique Roger Stone.

Le procureur devrait aussi augmenter les pressions pour obtenir des réponses du président lui-même.

Donald Trump est soupçonné d’avoir tenté d’entraver l’enquête en limogeant en mai 2017 le chef du FBI James Comey.

(avec Afp)

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