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Membres de la CENCO, lors d'une reunion.
Membres de la CENCO, lors d'une reunion.

Expulsions des Congolais : Engager un dialogue franc et sincère avec Luanda

Dernière mise à jour, le 9 novembre 2018 à 02:03

Le vin étant déjà tiré, il ne reste plus qu’à le boire. Autant dire que ce qui est fait, reste comme tel. Désormais, il faudrait de nouvelles perspectives pour l’avenir. C’est donc ici que la Cenco qui exprime sa compassion, sa solidarité envers et avec les personnes refoulées, souhaite que Kinshasa puisse engager un dialogue franc et sincère avec Luanda. L’objectif de cette démarche, selon la Cenco, est de faire en sorte que le retour des Congolais en situation irrégulière sur le territoire angolais soit organisé et fait dans des conditions qui respectent la dignité humaine. Ce, conformément au Droit humanitaire international auquel les deux pays ont souscrit en tant que membres des Nations Unies. 

L’actualité de la première quinzaine du mois d’octobre dernier en RD Congo, a été dominée par des expulsions brutales et massives des ressortissants congolais vivant en Angola. 200.000 personnes selon le Gouvernement, 257 872 selon le Bureau de coordination des Affaires humanitaires (OCHA), 380. 000 selon des sources concordantes et 508.505 personnes selon la CENCO. A chaque institution, ses chiffres.

Au-delà des dérives diplomatiques qui ont entaché l’action du Gouvernement angolais, la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), voit autre chose. Dans un communiqué signé hier mercredi 31 octobre par son Secrétaire général, l’abbé Donatien N’shole, la Cenco ne cache pas sa crainte de voir ces refoulements massifs des Congolais, impacter négativement sur le bon déroulement du scrutin prévu le 23 décembre prochain. Dit autrement, les princes de l’Eglise catholique en RD Congo pensent que le retour de ces Congolais à la mère-patrie, pourrait perturber le déroulé des élections. 

« Ces expulsions massives qui surviennent à deux mois de la tenue des élections générales en RDC sont de nature à perturber le déroulement normal de ce grand rendez-vous tant attendu par le peuple congolais », prévient les évêques, dans leur communiqué. Pas seulement. La Cenco pense aussi que ces opérations de refoulement menées par Luanda, constituent une menace réelle de la paix entre l’Angola et la RD Congo qui partagent plus de 2000 kilomètres de frontières communes. Ce, avec de nombreux groupes ethniques situés à cheval entre les deux pays. 

Dans le volet humanitaire, l’épiscopat rd congolais déplore la situation qu’il qualifie d’inquiétante, des Congolais chassés de l’Angola et qui arrivent par vagues successives dans les provinces de Lualaba, du Kasaï-Central, du Kasaï, du Kwango et du Kongo central.

ENGAGER UN DIALOGUE FRANC AVEC LUANDA

Le vin étant déjà tiré, il ne reste plus qu’à le boire. Autant dire que ce qui est fait, reste comme tel. Désormais, il faudrait de nouvelles perspectives pour l’avenir. C’est donc ici que la Cenco qui exprime sa compassion, sa solidarité envers et avec les personnes refoulées, souhaite que Kinshasa puisse engager un dialogue franc et sincère avec Luanda. L’objectif de cette démarche, selon la Cenco, est de faire en sorte que le retour des Congolais en situation irrégulière sur le territoire angolais soit organisé et fait dans des conditions qui respectent la dignité humaine. Ce, conformément au Droit humanitaire international auquel les deux pays ont souscrit en tant que membres des Nations Unies. 

Par ailleurs, les évêques congolais demandent au Gouvernement de Kinshasa d’entreprendre tout ce qui est en son pouvoir, afin d’assurer un accueil et des conditions de vie dignes aux personnes de retour forcé au pays. Ce serait, selon les évêques, une manière de mettre fin aux souffrances qu’endurent ces compatriotes dans leurs territoires d’accueil respectifs. Dans la même veine, les évêques suggèrent aussi la réinstallation et la réinsertion socio-économique des personnes qui rentrent, afin de préserver la paix et la quiétude nécessaire au bon déroulement du processus électoral.

La RD Congo étant membre de la SADC,de l’Union africaine et de la Communauté internationale, la Cenco demande à ces trois organisations de se pencher avec diligence sur cette question de refoulement brutal des Congolais. Car, il porte non seulement atteinte aux Droits de l’homme, mais constitue également une menace à la paix et à la concorde entre les peuples aussi bien de la région des Grands Lacs que celle de l’Afrique australe. Ci6dessous, le communiqué de la CENCO. 

(avec Emma MUNTU ET Grevisse KABREL)

COMMUNIQUE DE LA CENCO A PROPOS DE L’EXPULSION DES CONGOLAIS DE L’ANGOLA

La Conférence Episcopale Nationale du Congo (CENCO) suit avec attention la situation inquiétante d’expulsion des Congolais de l’Angola qui arrivent par vagues successives dans les Provinces de Lualaba, du Kasaï Central, du Kasaï, du Kwango et de Kongo Central dans le Sud et l’Ouest de la République Démocratique du Congo.

Des milliers d’enfants, femmes, personnes âgées, malades, personnes vivant avec handicap, hommes et femmes valides… sont débarqués indistinctement comme de vulgaires marchandises, jour après jour, sur le sol congolais dans des zones de grande précarité où il n’y a pas de capacités d’accueil suffisantes pouvant leur permettre de recouvrer un minimum de dignité…

Au 27 octobre 2018, les statistiques de nos services de Caritas Congo asbl renseignent que 508 505 personnes sont arrivées en territoire congolais sans que les mouvements soient près de s’arrêter. Beaucoup de personnes expulsées déclarent avoir fait l’objet des brutalités et de graves violations des droits humains de la part des forces de l’ordre angolaises.

Ne sachant ni comment quitter la frontière ni où se diriger, la plupart des personnes errent dans les villages situés le long de la frontière où elles sont accueillies par les personnes de bonne volonté. Des milliers sont accueillis dans les locaux des églises, les écoles et les rares édifices publics. Faute de place suffisante, d’autres campent sous des abris de fortune ou passent la nuit à la belle étoile.

Les plus grands mouvements des refoulés sont enregistrés dans les provinces du Kasaï qui portent encore les stigmates de la crise du phénomène  » Kamuina Nsapu  » qui a déferlé sur la région il y a une année. La localité de Kamako à elle seule compte 206.680 personnes, un nombre qui dépasse largement celui des habitants de cette petite bourgade.

Ces retours massifs qui surviennent à deux mois de la tenue des élections générales en RDC sont de nature à perturber le déroulement normal de ce grand rendez-vous tant attendu par le peuple congolais. Ils menacent également la paix entre la RDC et l’Angola qui partagent plus de 2000 kilomètres de frontière commune avec des nombreux groupes ethniques situés à cheval sur les deux pays.

La CENCO exprime sa compassion et sa solidarité avec les personnes refoulées. Elle recommande :

Aux fidèles catholiques et aux personnes de bonne volonté de :

Ne pas se soustraire au devoir de charité envers nos frères et sœurs qui rentrent de l’Angola, de leur réserver un accueil fraternel et de partager avec eux le peu dont ils peuvent disposer en se souvenant de l’acte de la veuve de Sarepta qui a partagé le peu qui lui restait avec le Prophète Elie (Cfr 1Roi 17, 8-24).

Au Gouvernement congolais de (d’) :

Engager un dialogue franc et sincère avec le gouvernement angolais afin que le retour des congolais en situation irrégulière soit organisé et se fasse dans des conditions qui respectent leur dignité, conformément au droit humanitaire international auquel les deux pays ont souscrit en tant que membres des Nations Unies.

Entreprendre tout ce qui est en leur pouvoir pour assurer un accueil et des conditions de vie dignes aux personnes qui rentrent ou qui sont déjà arrivées en territoire congolais afin de mettre fin à leurs souffrances.

Organiser la réinstallation et la réinsertion socio-économique des personnes qui rentrent afin de préserver la paix et la quiétude nécessaire au bon déroulement du processus électoral.

Prendre des dispositions nécessaires et durables d’encadrement, de promotion et de maintien des jeunes sur le territoire national en vue de diminuer leurs mouvements migratoires illégaux vers l’Angola.

A la SADC et à l’Union Africaine de (d’) :

Se pencher avec diligence sur cette question qui porte atteinte aux droits de l’homme et menace la paix et la concorde entre les peuples de la région de Grands Lacs et de l’Afrique Australe.

Inviter les deux gouvernements congolais et angolais au dialogue et à la coopération fraternelle pour arrêter ensemble les conditions de retour des congolais se trouvant en situation irrégulière en Angola.

A la communauté internationale et aux Nations Unies de (d’) :

Intervenir auprès des gouvernements congolais et angolais en vue d’un dialogue franc et sincère et pour humaniser les conditions d’exercice de la souveraineté sur leurs territoires respectifs et dans le respect des droits humains.

Se mobiliser pour porter l’aide humanitaire aux personnes refoulées de l’Angola dont les conditions de vie constituent une injure à la dignité humaine.

Que par l’intercession de la Vierge Marie, Secours des affligés et Notre Dame du Congo, Dieu bénisse le Peuple congolais.

Fait à Kinshasa, le 31 octobre 2018

Abbé Donatien NSHOLESecrétaire Général de la CENCO

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