mardi , 25 juin 2019
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Retrait du pouvoir : Merkel, un nouveau chapitre s’ouvre en Allemagne

Angela Merkel a posé lundi les jalons de son retrait du pouvoir en annonçant que son mandat de chancelière était le dernier et en renonçant à la présidence de son parti, conséquences d’un cinglant revers électoral régional en Allemagne. « Aujourd’hui il est temps d’ouvrir un nouveau chapitre », a déclaré, visiblement émue, Angela Merkel lors d’une conférence de presse à Berlin, confirmant des informations qui avaient fuité auparavant.

Son mandat actuel de chancelière entamé en mars, le quatrième depuis son arrivée au pouvoir en 2005, sera « le dernier », a-t-elle dit. A l’échéance prévue en 2021, elle a dit aussi ne pas avoir l’ambition de commencer une carrière dans les institutions européennes, comme certains médias allemands lui en prêtaient l’intention.

En clair: elle mettra alors un terme à sa carrière politique de premier plan.

De même, en vue d’un congrès de la CDU prévu en décembre, elle a indiqué renoncer à se présenter à un renouvellement de son mandat de présidente du mouvement, qu’elle occupe depuis 18 ans. Une manière pour elle de préparer sa succession.

Retrait du pouvoir : Fin de règne pour Angela Merkel

« Il n’est plus possible de faire comme si rien ne s’était passé » à la suite de l’élection régionale de dimanche en Hesse, qui avait valeur de test de popularité au plan national. Son parti démocrate-chrétien, bien qu’arrivé en tête avec 27%, y a perdu plus de onze points par rapport au précédent scrutin.

Il y a deux semaines le camp conservateur avait déjà enregistré un résultat très décevant lors d’une autre élection régionale, en Bavière, tandis que l’extrême droite antimigrants d’une part et les écologistes d’autre part progressent fortement.

Angela Merkel est devenue la cible de critiques croissantes dans une partie de l’opinion, avec une popularité en déclin continu du fait notamment de sa décision d’ouvrir les portes du pays à plus d’un million de demandeurs d’asile en 2015 et 2016.

Dans le même temps, elle a justifié son souhait d’aller au bout de son mandat actuel en 2021 par la nécessité de faire preuve de « responsabilité » à la tête du pays, dans un climat mondial et intérieur agité.

Cette fin de mandat risque toutefois d’être compliquée pour la dirigeante.

En annonçant son départ dans deux ans au plus tard, elle risque de souffrir d’une perte de crédibilité à l’international, en Europe notamment au moment où l’Union européenne traverse une crise.

Le président français Emmanuel Macron, dont les projets de réforme de l’UE ont pâti de l’affaiblissement de la chancelière, a salué « la décision extrêmement digne » prise par Angela Merkel, en affirmant son « admiration » pour elle.

Sur le plan intérieur, Mme Merkel risque d’être affaiblie par l’arrivée prochaine d’une nouvelle personnalité à la tête de son propre parti, qui pourrait favoriser un cap politique différent.

Mme Merkel a indiqué à ce sujet qu’elle ne choisirait pas de successeur lors du congrès du parti de décembre. La compétition s’annonce du coup très rude entre partisans du maintien d’un cap modéré et ceux qui réclament un coup de barre conservateur face à la poussée de l’extrême droite antimigrants.

Une proche de la chancelière, l’actuelle secrétaire générale du parti, Annegret Kramp-Karrenbauer, ainsi que deux « rebelles » partisans d’un coup de barre à droite, le ministre de la Santé, Jens Spahn, et Friderich Merz, ont déjà fait acte de candidature.

La chancelière apparaît fragilisée politiquement depuis le début de son mandat en mars. Elle n’a pu qu’au forceps constituer un gouvernement majoritaire de coalition avec des sociaux-démocrates récalcitrants.

Une conséquence des élections législatives de 2017, marquées par la percée de l’extrême droite de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) qui a dynamité le monde politique allemand.

Ce mouvement s’est félicité lundi du début de retrait d’Angela Merkel. « Nous y sommes pour beaucoup », a trompété le co-président du parti Alexander Gauland.

SPD en crise

L’autre grande source de difficultés pour la chancelière est l’avenir de sa coalition gouvernementale, du fait des difficultés politiques encore plus grandes de l’allié social-démocrate.

Le SPD a été éreinté lui aussi lors des élections de Hesse, perdant une dizaine de points à 19,8%.

La présidente du SPD, Andrea Nahles, a agité la menace d’un départ du gouvernement faute de garanties sur un catalogue de mesures que le parti veut voir rapidement adopter contre le réchauffement climatique ou encore la hausse des loyers.

Mme Merkel a elle-même reconnu que sa coalition donnait une image « inacceptable » dans l’opinion.

GOUVERNEMENT MERKEL FRAGILISÉ

Le parti de centre droit d’Angela Merkel et son partenaire social-démocrate de coalition à Berlin ont subi de sévères pertes lors d’élections régionales clés dimanche en Allemagne, rendant un peu plus incertaine la survie du gouvernement de la chancelière.

Selon les estimations des chaînes de télévision publique, l’Union démocrate-chrétienne (CDU) de la chancelière arrive certes en tête du scrutin de l’Etat-région de Hesse avec 27,2% des voix, mais ce score représente une baisse de plus de 11 points par rapport aux précédentes élections de 2013.

Le parti social-démocrate (SPD) ressort lui aussi éreinté avec autour de 19,6%, contre 30,7% il y a 5 ans en Hesse, où se situe la capitale financière de l’Allemagne, Francfort. Les gagnants sont les écologistes qui doublent leur score à près de 20% et l’extrême droite qui bondit à 13% et entre dans le dernier parlement régional où elle n’était pas encore représentée.

Cette double sanction pour les partis de pouvoir au plan fédéral à Berlin, associés au sein d’une « grande coalition » difficilement mise sur pied en mars, est une mauvaise nouvelle pour Angela Merkel à un moment où elle est déjà politiquement affaiblie.

2e revers de rang

Il s’agit du deuxième scrutin régional décevant pour le camp conservateur allemand, après une élection en Bavière il y a deux semaines qui l’a vu perdre la majorité absolue qu’il y détenait depuis des décennies.

La numéro deux du parti CDU, Annegret Kramp-Karrenbauer, une proche d’Angela Merkel, a parlé dans la soirée d’un résultat « très douloureux ».

Certes les conservateurs vont pouvoir continuer à diriger la Hesse au sein d’une alliance dont les contours restent à définir. Mais le recul enregistré risque d’attiser le débat en cours au sein du parti CDU sur l’avenir d’Angela Merkel, usée par 13 ans de pouvoir.

Sa popularité n’a cessé de refluer depuis sa décision d’ouvrir les frontières du pays à plus d’un million de demandeurs d’asile en 2015 et 2016.

Face à la progression de l’extrême droite, les détracteurs d’Angela Merkel dans son camp réclament un coup de barre à droite et surtout qu’elle prépare sa succession. La chancelière affrontera à ce sujet un test crucial début décembre lors d’un congrès de la CDU.

Elle a jusqu’ici la ferme intention de se faire renouveler au poste de présidente du parti, qu’elle juge lié à celui de chancelière, mais la grogne monte. Pour le quotidien conservateur FAZ ce serait « une grave erreur » vu « la situation dans laquelle elle se trouve ».

« En cédant le témoin volontairement elle prouverait qu’ele a compris ce que tout le monde sait: la fin de son mandat de chancelière se rapproche », ajoute dimanche soir le journal.

Le SPD en chute libre dans les sondages nationaux

Dans l’immédiat, le danger le plus sérieux pour Mme Merkel vient de son partenaire social-démocrate de coalition qui, scrutin après scrutin, s’enfonce.

La question d’une sortie du gouvernement de coalition droite-gauche à Berlin et d’une cure d’opposition se pose du coup avec encore plus d’acuité pour le SPD, en chute libre dans les sondages nationaux qui le placent désormais derrière l’extrême droite.

« L’état dans lequel se trouve le gouvernement est inacceptable », a estimé dimanche soir la présidente du parti SPD, Andrea Nahles, en référence aux querelles continuelles qui opposent la chancelière à son aile droite sur la politique migratoire.

En conséquence, elle a « exigé » une « feuille de route » précise fixant des mesures à prendre d’ici au mois de septembre 2019 par le gouvernement pour améliorer le quotidien de la population. Cette date correspond à un bilan de mi-parcours déjà prévu par les sociaux-démocrates.

« Nous évaluerons en fonction de la mise en application de cette feuille de route (…) si nous avons encore notre place dans ce gouvernement », a-t-elle averti.

Le SPD place ainsi la coalition d’Angela Merkel en sursis. Un départ du parti signerait la fin du gouvernement actuel et probablement la fin de la carrière politique d’Angela Merkel, avec de nouvelles élections à la clé.

(avec Afp)

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