samedi , 17 novembre 2018
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Jair BOLSONARO : Un saut vers l’inconnu pour le Brésil

La jeune démocratie brésilienne a basculé dans l’inconnu lundi au lendemain de l’élection de Jair Bolsonaro, son premier président d’extrême droite depuis la fin de la dictature, qui commençait à préparer la transition vers un régime de rupture.

La Bourse de Sao Paulo a accueilli avec prudence l’élection du candidat fraîchement converti à l’ultra-libéralisme, qu’elle avait déjà anticipée en engrangeant 10% en un mois.

Elle a même perdu 2,24% en clôture sur des prises de bénéfices après avoir ouvert en hausse de plus de 3%. Le réal a momentanément monté à 3,60 pour un dollar, au plus haut face à la devise américaine depuis avril, avant de retomber lui aussi en fin de séance.

Les marchés sont dans l’expectative de mesures concrètes et rapides de l’équipe dirigée par le « Chicago Boy » de Bolsonaro, Paulo Guedes, pour redresser une 8e économie mondiale chancelante.

Jair Bolsonaro, qui prendra ses fonctions le 1er janvier après sa victoire contre le candidat de gauche Fernando Haddad, n’a pas eu d’activité publique lundi. Mais il devait accorder une interview à une télévision, Record TV, en soirée.

Ses premiers discours — trois au soir de son élection — prononcés sur un ton martial et dans lesquels il n’a pas eu un mot pour son adversaire défait — augurent d’un virage radical.

Bolsonaro veut une rupture par rapport à tout ce qui a été fait par sa bête noire, le Parti des travailleurs (PT), qui avait remporté les quatre dernières présidentielles et est jugé par des dizaines de millions de Brésilliens responsable des maux du pays.

Haddad, du PT, qui avait rompu avec tous les usages en n’appelant pas son adversaire au soir de sa victoire, a fini par lui souhaiter lundi « bonne chance » dans un tweet.

Bolsonaro va succéder, pour quatre ans, au conservateur Michel Temer, qui lui laissera les rênes d’un pays miné par la violence, le chômage et la corruption.

Jair Bolsonaro devrait se rendre à Brasilia la semaine prochaine pour s’entretenir avec M. Temer, si ses médecins l’y autorisent.

Depuis l’attentat ayant failli lui coûter la vie le 6 septembre, Jair Bolsonaro, qui a subi des perforations de l’intestin, porte une poche de stomie. Il limite les sorties de son domicile et fuit la foule.

« Changer le modèle économique »

Le nouveau gouvernement « va changer le modèle économique du pays », a lancé dès dimanche soir Paulo Guedes, futur « super ministre » ultra-libéral, fustigeant le « modèle socio-démocrate » et évoquant les privatisations et la réforme des retraites qui s’annonce épineuse et extrêmement impopulaire.

Bolsonaro, qui avoue son incompétence en la matière, « devra remettre l’économie en mouvement le plus rapidement possible, car il n’aura une marge que de six mois, ou un an », dit Leandro Gabiati, directeur du cabinet de consultants Dominium, à Brasila.

Le président élu, qui n’a fait voter que deux lois en 27 ans de députation, arrive à la tête d’un pays de 208 millions d’habitants sans aucune expérience du pouvoir, comme ses futurs ministres.

Une fois installé dans le palais du Planalto à Brasilia, l’ancien capitaine aura aussi fort à faire pour recoller les morceaux d’un pays qui s’est fracturé profondément.

Les plus optimistes pensent que cet admirateur de la dictature militaire (1964-85) abandonnera sa rhétorique au vitriol une fois au pouvoir. Mais d’autres le voient gouverner d’une manière très idéologique et faire prendre un virage vertigineux au Brésil.

« Consolider la démocratie « 

Bolsonaro sera sous la surveillance de la communauté internationale. Il a déjà reçu lundi de l’Union européenne, qui lui a demandé de « consolider la démocratie », le signal qu’il serait sous le radar. A Paris, le président Emmanuel Macron lui a aussi rappelé la nécessité du « respect » des « principes démocratiques ».

Mais à Rome, Matteo Salvini, patron de l’extrême droite italienne et homme fort du gouvernement, s’est félicité qu' »au Brésil aussi les citoyens ont chassé la gauche! ». Steeve Bannon, ex-conseiller de la Maison blanche, s’est réjoui de l’arrivée au pouvoir d’un « leader populiste nationaliste ».

Le président américain Donald Trump avait téléphoné à Bolsonaro, qui l’admire, dès dimanche soir pour le féliciter, ce qu’a fait lundi le président russe Vladimir Poutine dans un communiqué. Lundi, Trump a souhaité dans un tweet « un rapprochement dans les domaines commercial et militaire » avec Brasilia.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu l’a invité en Israël. Bolsonaro veut, comme Trump en mai, faire le transfert hautement polémique de l’ambassade du Brésil de Tel-Aviv à Jerusalem.

Bolsonaro aura-t-il les moyens de mettre en oeuvre sa politique? « Il sera face au Congrès le plus fragmenté de l’Histoire », relève Gaspard Estrada, specialiste de l’Amérique latine à Sciences Po.

Le président « sera tenté de prendre des mesures très dures, sans passer par le Parlement », où il aura beaucoup de mal à former une majorité, dit M. Estrada, qui « craint des dérapages dès le début de son mandat ».

AVEC JAIR BOLSONARO : VIRAGE À L’EXTRÊME DROITE POUR LE BRÉSIL

Le plus grand pays d’Amérique Latine a basculé dans l’extrême droite avec l’élection facile dimanche du très controversé Jair Bolsonaro, qui a promis de « changer le destin du Brésil ».

Au terme d’une campagne tendue et extrêmement polarisée, il a été élu avec près de 58 millions de voix, soit 55,13% des suffrages, contre 44,87% pour son adversaire de gauche Fernando Haddad.

« Nous ne pouvons plus continuer à flirter avec le socialisme, le communisme, le populisme de gauche », a affirmé lors de son premier discours de président élu ce chantre de la dictature militaire (1964-1985), qui prendra ses fonctions pour un mandat de quatre ans en janvier.

Des feux d’artifice ont été tirés sur la plage de Barra da Tijuca, où des dizaines de milliers de partisans de Bolsonaro étaient rassemblés devant son domicile pour célébrer sa victoire.

« Nous sommes le peuple indigné, exaspéré par la violence et la corruption. Le peuple a parlé. C’est la première fois que je me sens représenté », s’est exclamé André Luiz Lobo, chef d’entreprise noir de 38 ans.

Sur la plage de Barra da Tijuca, de nombreux militants criaient aussi des insultes contre le Parti des Travailleurs (PT) de Fernando Haddad et son mentor, l’ex-président Luiz Inacio Lula da Silva, incarcéré pour corruption depuis avril.

À Sao Paulo, plus grande métropole du Brésil, des milliers de partisans de Bolsonaro sont également descendus dans les rues, notamment Avenue Paulista, une des principales artères de la mégalopole.

« Le Brésil a été libéré du communisme, du communisme de Cuba et du Venezuela », a scandé Sheila Sani, 58 ans, déployant un grand drapeau du Brésil.

Des bousculades assez vives entre les deux camps ont eu lieu à Rio et une femme a été blessée dans des accrochages à Salvador de Bahia (nord-est), mais sa vie n’était pas en danger.

« Serment devant Dieu »

Dans son premier discours après l’annonce des résultats, Fernando Haddad n’a pas félicité le vainqueur et a demandé que ses « 45 millions d’électeurs soient respectés ».

« Les droits civiques, politiques, du travail et sociaux sont en jeu maintenant », a-t-il dit. « Nous avons la responsabilité de représenter une opposition qui place les intérêts de la Nation au-dessus de tout ».

Entouré de sa troisième épouse Michelle et d’un pasteur évangélique, Jair Bolsonaro a promis que son gouvernement « défendra(it) la Constitution, la démocratie, la liberté ».

« Ceci n’est ni la promesse d’un parti, ni la parole vaine d’un homme, mais c’est un serment devant Dieu », a-t-il poursuivi, répondant ainsi à ses détracteurs qui le voient comme une menace pour la démocratie.

Le très impopulaire président sortant Michel Temer a salué la victoire de son successeur, annonçant que la transition entre les deux gouvernements débuterait dès lundi.

« Je viens de féliciter le président élu Jair Bolsonaro, j’ai pu percevoir son enthousiasme, non seulement quand il m’a parlé, mais aussi lorsqu’il a fait ses déclarations en faveur de l’unité du pays, de la pacification du pays, de l’harmonie du pays », a déclaré M. Temer depuis sa résidence officielle à Brasilia.

La star du football Neymar a affirmé qu’il espérait que « Dieu puisse utiliser (Bolsonaro) pour aider notre pays ».

Parfois surnommé le « Trump tropical », Jair Bolsonaro a déclaré sur Twitter quelques heures après l’annonce des résultats avoir « reçu un appel du président américain, qui l’a félicité pour cette élection historique ».

« Le président Trump a appelé ce soir le président élu du Brésil Bolsonaro pour le féliciter, ainsi que le peuple brésilien, pour les élections d’aujourd’hui », a déclaré Sarah Sanders, porte-parole de la Maison Blanche.

« Gros risque pour la démocratie »

Dans un Brésil miné par une violence record, le marasme économique, une corruption endémique et une crise de confiance aiguë dans la classe politique, l’ancien parachutiste a réussi à s’imposer comme l’homme à poigne dont le Brésil aurait besoin.

Défenseur de la famille traditionnelle, il a reçu le soutien crucial des puissantes églises évangéliques et a indigné, par ses déclarations outrancières, une bonne partie des Noirs, des femmes et des membres de la communauté LGBT.

La campagne a été alimentée par des discours de haine et émaillée de violences, Jair Bolsonaro lui-même ayant été victime d’un attentat à l’arme blanche qui a failli lui coûter le vie, le 6 septembre.

« Je n’ai jamais vécu une élection aussi polarisée. Je pense que c’est à cause de Bolsonaro qui est quelqu’un d’agressif, de fou. J’ai très peur », a dit en fondant en larmes Renata Arruda, 41 ans, électrice de Haddad à Sao Paulo.

Même si Jair Bolsonaro a promis d’être « esclave de la Constitution », Tomaz Paoliello, professeur de Relations internationales à l’université catholique PUC de Sao Paulo, considère que son élection présente « de gros risques pour la démocratie ».

L’ONG Human Rights Watch a lancé dimanche soir un « appel urgent à protéger » la démocratie brésilienne.

Marcio Coimbra, de l’Université presbytérienne Mackenzie, considère en revanche le Brésil dispose des garde-fous solides avec « un parquet fort, une Cour suprême forte et un Congrès qui fonctionne ».

(avec Afp)

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