samedi , 17 novembre 2018
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Jamal KHASHOGGI : Meurtre sauvage et soigneusement planifié

« Du plus haut niveau au plus bas » : le président turc Recep Tayyip Erdogan a appelé mardi à punir toutes les personnes impliquées dans le meurtre du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, qu’il a qualifié de « sauvage » et de soigneusement « planifié ».

Alors que la pression internationale sur Ryad ne cesse de s’accroître trois semaines après le meurtre, le vice-président américain Mike Pence a affirmé mardi que son pays exigerait des « réponses » de l’Arabie saoudite.

M. Erdogan a fait le point mardi sur l’enquête, décrivant un « meurtre sauvage » qui a été « planifié » pendant plusieurs jours et mis à exécution par une équipe de « 15 agents ».

Agé de 59 ans, Jamal Khashoggi, un éditorialiste respecté qui collaborait au Washington Post, a été tué le 2 octobre dans le consulat de son pays à Istanbul, où il s’était rendu pour obtenir des documents administratifs en vue de son prochain mariage.

Sans impliquer nommément le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, dit « MBS » et régulièrement critiqué par Khashoggi, M. Erdogan a souligné l’importance de punir « toutes les personnes impliquées, des exécutants aux commanditaires » de ce meurtre.

Il faut « mettre au jour les responsabilités de chacun dans cette affaire, du plus haut niveau au plus bas » », a insisté le chef de l’Etat turc, qui a proposé de juger à Istanbul les 18 suspects arrêtés par Ryad.

Après avoir nié la mort du journaliste, le gouvernement saoudien a avancé plusieurs versions contradictoires, évoquant notamment une « rixe » ayant mal tourné. Ryad soutient désormais que le journaliste a été tué au cours d’une opération « non autorisée » dont MBS n’était pas informé.

Sous pression, « MBS », ainsi que le roi Salmane, ont rencontré mardi deux membres de la famille de Khashoggi, dont l’un de ses fils, Salah.

« Pas sans réponse »

Mais cette présentation des événements a été accueillie avec scepticisme à travers le monde.

« Ce meurtre brutal d’un journaliste, d’un homme innocent, d’un dissident, ne sera pas laissé sans une réponse américaine, et je l’espère, sans une réponse internationale », a affirmé le vice-président américain Mike Pence, qui a beaucoup misé sur « MBS », lors d’une rencontre organisée par le Washington Post.

« Les explications fournies laissent de nombreuses questions sans réponse », ont pour leur part jugé les ministres des Affaires étrangères du G7

La directrice de la CIA, Gina Haspel, s’est rendue en Turquie mardi.

Dans son discours qui a capté l’attention à travers le monde mardi, M. Erdogan s’est efforcé de donner des détails sur les préparatifs des tueurs, afin d’accréditer la thèse d’une opération soigneusement préparée.

Il a ainsi dit que les agents saoudiens avaient effectué des repérages dans une forêt près d’Istanbul et dans une ville du nord-ouest de la Turquie avant le meurtre, suggérant qu’ils cherchaient un lieu où cacher le corps.

En outre, le circuit de vidéosurveillance du consulat avait été « désactivé » le matin du meurtre, a poursuivi le président turc, confirmant des informations publiées ces derniers jours par les médias turcs.

M. Erdogan n’a toutefois pas précisé sur quels éléments il basait ses affirmations, ne mentionnant à aucun moment d’éventuels enregistrements audio ou vidéo dont la presse turque et certains responsables turcs font état depuis le début de l’enquête.

Après avoir fait un bref point sur les investigations, M. Erdogan a énuméré plusieurs questions qui restent sans réponse.

« Pourquoi le corps est-il toujours introuvable ? », a notamment demandé le président turc, qui a promis lors d’un entretien téléphonique avec des proches de Khashoggi de « tout faire » pour « élucider ce meurtre ».

Erdogan ménage le roi Salmane

M. Erdogan, dont le pays entretient des relations complexes avec l’Arabie saoudite, un rival diplomatique mais aussi un important partenaire économique, a paru soucieux d’épargner le roi Salmane, se disant « confiant » dans le fait que ce dernier coopérerait avec la Turquie dans l’enquête.

Après le discours de M. Erdogan, le gouvernement saoudien a affirmé que toutes les personnes impliquées dans ce meurtre rendraient des comptes, « peu importe qui elles sont », selon une déclaration publiée par l’agence officielle SPA.

Des analystes soulignent que M. Erdogan s’est efforcé de ne pas entrer en confrontation directe avec Ryad.

Pour Soner Cagaptay, chercheur au Washington Institute of Near East Policy, M. Erdogan « ne veut pas d’une rupture avec le roi saoudien » et entend « donner une chance supplémentaire aux efforts » de médiation de Washington.

L’intervention de M. Erdogan a eu lieu quelques heures après l’ouverture à Ryad d’un forum international sur l’investissement, marqué par des désistements en cascade de dirigeants étrangers et chefs d’entreprises, dans la tourmente de l’affaire Khashoggi.

A la veille de ce forum, le prince ben Salmane a reçu à Ryad le secrétaire américain au Trésor Steven Mnuchin, en tournée dans la région mais qui a renoncé à participer à la conférence après le meurtre.

MEURTRE DE JAMAL KHASHOGGI : BOYCOTT DU FORUM INTERNATIONAL SUR L’INVESTISSEMENT À RYAD

Le puissant prince héritier d’Arabie saoudite, Mohammed ben Salmane, a fait une brève apparition mardi à un forum international sur l’investissement à Ryad, assombri par le meurtre du journaliste Jamal Khashoggi qui a provoqué le boycott de plusieurs dirigeants étrangers et grands chefs d’entreprise.

Après s’être assis au premier rang aux côtés du roi Abdallah II de Jordanie pour assister au Future Investment Initiative (FII), le prince héritier a ensuite enchaîné les selfies tout sourire avec les participants du forum.

Venu à 16H45 (13H45 GMT), Mohammed ben Salmane, dit « MBS », est reparti après une quinzaine de minutes sans avoir pris la parole.

Selon des médias saoudiens, MBS devrait participer mercredi à un panel réuni lors d’une conférence du FII.

Chère au prince héritier, le FII a débuté sur fond d’une crise internationale causée par le meurtre du journaliste et critique du pouvoir Jamal Khashoggi.

« Ce sont des jours difficiles. Nous traversons une crise », a déclaré le ministre de l’Energie Khaled al-Faleh, à l’hôtel Ritz-Carlton qui accueille le FII jusqu’à jeudi. L’assassinat de Khashoggi « est abominable et personne dans le royaume ne peut le justifier », a-t-il ajouté.

Après avoir soutenu que Khashoggi était ressorti vivant du consulat saoudien à Istanbul le 2 octobre, l’Arabie saoudite a fini par reconnaître qu’il avait été tué dans la mission diplomatique, mais nié toute implication de MBS, considéré comme l’homme fort du royaume.

12 « méga-contrats » signés

L’année dernière, le prince héritier de 33 ans s’était fait acclamer lors du lancement de la première édition du forum comme un jeune visionnaire, champion d’une Arabie saoudite « ouverte et modérée », pays qui est aussi le premier exportateur de pétrole au monde.

Cette année, le forum a permis la conclusion de 12 « méga-contrats » pour une valeur totale de 50 milliards de dollars notamment dans le secteur de l’énergie, ont annoncé mardi ses organisateurs.

Le coup d’envoi du FII a néanmoins été assombri par les annonces quelques heures auparavant du président turc Recep Tayyip Erdogan, selon qui le « meurtre sauvage » de Jamal Khashoggi a été soigneusement planifié.

Lundi, des journaux turcs avaient publié des informations impliquant MBS.

Avant de se rendre au forum, le prince héritier et le roi Salmane ont reçu au palais royal à Ryad deux membres de la famille du journaliste tué, selon l’agence officielle SPA.

Conséquence de l’affaire Khashoggi, le FII a vu la liste de ses participants se réduire.

Le secrétaire américain au Trésor Steven Mnuchin, reçu lundi par MBS, a ainsi renoncé à participer au forum, tout comme la patronne du Fonds monétaire international Christine Lagarde, le ministre français de l’Economie Bruno Le Maire, et une vingtaine de PDG de sociétés internationales.

Masayoshi Son, patron du conglomérat japonais SoftBank dont l’Arabie Saoudite est un important partenaire, a lui aussi renoncé à se rendre à Ryad, selon l’agence Bloomberg.

Certains, comme le PDG du géant pétrolier Total, Patrick Pouyanné, ont choisi d’y aller pour maintenir le contact « dans les temps difficiles »: c’est dans ces moments là que « vous renforcez vraiment le partenariat », a-t-il déclaré à M. Faleh qui lui a rendu hommage pour s’être placé aux côtés de Ryad.

En quête d’une aide financière pour son pays, le Premier ministre pakistanais Imran Khan participait également au FII. Islamabad a annoncé mardi la signature d’un accord prévoyant un prêt saoudien de 3 milliards de dollars au Pakistan, et d’une « facilité de paiement » de la part de Ryad pour l’importation de pétrole, allant jusqu’à 3 milliards de dollars.

Des compagnies russes et chinoises étaient aussi présentes au forum.

« L’annulation de la venue à la conférence de tant de PDG américains présente pour les entreprises asiatiques et russes l’occasion de se distinguer », a noté auprès de l’AFP Ellen Wald, auteure du livre « Saudi Inc. »

« Punir »

Peu avant l’ouverture du FII, M. Erdogan a assuré que « la conscience internationale ne sera apaisée que lorsque toutes les personnes impliquées, des exécutants aux commanditaires, auront été punies ». Il a ensuite appelé des proches de Khashoggi, promettant de « tout faire » pour « élucider » son meurtre.

Le vice-président américain Mike Pence a réagi mardi, disant « exiger des réponses ». Lundi, le président américain Donald Trump, sous pression aux Etats-Unis pour agir contre l’allié saoudien, s’était dit « pas satisfait » des explications de Ryad.

Le ministre saoudien des Affaires étrangères Adel al-Jubeir, en visite à Jakarta, a promis des mesures qu’un meurtre comme celui de Khashoggi « ne puisse plus jamais se reproduire ».

Avant l’affaire Khashoggi, l’image du prince héritier, à qui le roi Salmane a de facto délégué les affaires courantes du royaume, avait déjà subi un coup dur avec des vagues d’arrestations d’hommes d’affaires, de militants des droits de la femme et de dignitaires religieux.

En outre, l’Arabie saoudite, à la tête d’une coalition militaire depuis mars 2015 au Yémen contre les rebelles, a été accusée de multiples « bavures » ayant causé la mort de civils.

L’affaire Khashoggi a aussi relancé le débat sur un réexamen des relations avec Ryad notamment au sujet de la vente d’armes. Berlin a appelé les Européens à suspendre tout nouveau contrat d’armement avec le royaume tant qu’il n’aura pas fait toute la lumière sur la mort de Jamal Khashoggi.

(avec Afp)

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