samedi , 17 novembre 2018
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Attentat Ahvaz : Ryad et Abou Dhabi mis en cause

Ahvaz a rendu hommage lundi aux victimes de l’attentat commis samedi dans cette ville du sud-ouest de l’Iran, lors de funérailles publiques voulues par les autorités comme une démonstration d’unité nationale face au « terrorisme ».

Une foule, évaluée à plusieurs dizaines de milliers de personnes par une équipe de journalistes de l’AFP sur place, a convergé dès le début de la matinée vers le centre d’Ahvaz, capitale de la province du Khouzestan, à plus de 500 km au sud de Téhéran.

Ahvaz a rendu hommage lundi aux victimes de l’attentat commis samedi dans cette ville du sud-ouest de l’Iran, lors de funérailles publiques voulues par les autorités comme une démonstration d’unité nationale face au « terrorisme ».

Après avoir vu dans l’attaque « une continuation de la conspiration des gouvernements de la région à la solde des États-Unis », le guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, a affirmé lundi que ses auteurs avaient été « financés par les Saoudiens et les Émirats arabes unis ».

Une foule, évaluée à plusieurs dizaines de milliers de personnes par une équipe de journalistes de l’AFP sur place, a convergé dès le début de la matinée vers le centre d’Ahvaz, capitale de la province du Khouzestan, à plus de 500 km au sud de Téhéran.

Selon le dernier bilan de l’attentat fourni par les autorités locales, 24 personnes ont été tuées samedi par un commando ayant ouvert le feu sur un défilé militaire et la foule des spectateurs.

L’attentat a également fait 60 blessés. Selon les autorités, les quatre assaillants ont été abattus.

« Quoi qu’ils fassent (les ennemis de l’Iran à l’origine de l’attentat) ne peuvent pas tenir face à la Nation iranienne parce que nous sommes tous unis », a déclaré à l’AFP Abdolzahra Savari, commerçant arabe, au milieu de la foule en deuil.

Province pétrolifère, le Khouzestan, peuplé majoritairement d’Arabes, a été dévasté par la guerre entre l’Iran et l’Irak (1980-1988).

Pendant le conflit, la population est restée fidèle à l’Iran, déjouant les plans du dictateur irakien Saddam Hussein, qui espérait annexer facilement la région et s’emparer de ses gisements de pétrole.

Semblant ignorer une revendication du groupe État islamique (EI), les autorités de Téhéran ont d’abord accusé la mouvance séparatiste arabe du Khouzestan d’avoir perpétré l’attaque, en lien avec des pays occidentaux, les États-Unis, Israël ou encore des monarchies arabes du Golfe.

« Maudits Saouds »

Lundi, l’ayatollah Ali Khamenei a déclaré que « selon les informations disponibles, cet acte lâche est l’œuvre de ces mêmes individus qui, chaque fois qu’ils sont en difficulté en Syrie et en Irak, sont secourus par les Américains, et qui sont financés par les Saoudiens et les Émirats arabes » unis.

Selon son site internet, M. Khamenei n’a pas donné plus de détails sur les auteurs supposés de l’attentat.

Les auteurs de l’attaque « ont péri, nos agents identifieront leurs restes et leurs soutiens jusqu’au dernier », a déclaré le ministre des Renseignements iraniens, Mahmoud Alavi, à la foule réunie devant la mosquée Sarallah.

« Une grande partie d’entre eux ont déjà été arrêtés », a-t-il assuré, sans donner plus de précisions.

Les participants ont convergé vers le lieu de culte par quatre rues, trois réservées aux hommes, une quatrième pour les femmes.

« Nous allons prendre une terrible revanche sur nos ennemis, et ils le savent tous », a affirmé à la tribune le général de brigade Hossein Salami, commandant en second des Gardiens de la Révolution, l’armée idéologique de la République islamique.

« Comme le dit le Coran, nous allons faire voler leurs têtes. Où qu’ils se trouvent, nous les trouverons et les punirons », a-t-il clamé avant que la foule ne porte les cercueils enveloppés dans un drapeau iranien en un long cortège vers le cimetière.

« Nous resterons debout jusqu’au bout », « non au terrorisme », pouvait-on lire sur des pancartes brandies dans la foule.

« Comme vous pouvez le voir, toute la population, qu’il s’agisse de Lors (un des groupes ethniques présents au Khouzestan, NDLR), d’Arabes, ou (de Perses) des villes de Shushtar ou Dezfoul, tous sont ici aujourd’hui pour dire ensemble: mort aux terroristes », a proclamé Sabah Abiad, un employé de banque.

Selon la télévision d’État, seuls 12 des 24 victimes ont été enterrées samedi à Ahvaz, les autres, originaires d’autres régions d’Iran, doivent être inhumés dans leur province d’origine.

Sous un soleil de plomb -la température avoisinait 40 degrés-, les participants aux funérailles se sont frappés la poitrine au son d’une mélopée chiite en criant « Ya Hossein », une invocation à Hussein, petit-fils de Mahomet et figure sainte majeure de l’islam chiite, la confession majoritaire en Iran.

Dans un autre registre, un célèbre madah (chanteur religieux) a glissé dans son chant une imprécation antisaoudienne (« Maudits soient les satanés Saouds »), la foule répondant « Maudits! Maudits! ».

Se faufilant entre les marcheurs, des camions ont aspergé d’eau les participants pour les rafraîchir.

Les autorités n’ont donné aucun détail sur l’identité des victimes de l’attentat, qui pourraient être aussi bien des civils que des militaires. Une certitude néanmoins: il y avait parmi elles un jeune garçon dont le cercueil et le portrait ont été portés lundi matin à Ahvaz.

LARGES ACCUSATIONS IRANIENNES POUR UNE DOUBLE REVENDICATION

Téhéran a désigné un grand nombre de coupables après l’attentat de samedi ayant fait 24 morts à Ahvaz, dans le sud-ouest de l’Iran.

Cette attaque, qui a visé un défilé militaire, a en outre été l’objet de deux revendications –dont une du groupe jihadiste État islamique (EI)–, très difficiles à authentifier.

Mouvance séparatiste

Très rapidement après l’attentat, les Gardiens de la Révolution, l’armée idéologique de la République islamique, ont accusé « le mouvement al-Ahwaziya », désignant la mouvance séparatiste arabe de la province du Khouzestan, qui comprend divers groupes.

Mais plus de 48h après les faits et à mesure que l’enquête avance, cette certitude initiale commence à être remise en cause.

Dans un message sur Twitter, le directeur général du quotidien ultraconservateur Javan, Abdullah Ganji, indique que deux des quatre assaillants d’Ahvaz étaient « frères » et qu’ils avaient un autre frère qui « a été tué dans un attentat suicide en Syrie ».

« Cela renforce la possibilité d’un attentat motivé par des raisons idéologiques plutôt qu’ethniques », ajoute M. Ganji.

Sans nommer un groupe précis, le Guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamanei a déclaré lundi que l’attentat d’Ahvaz était « l’œuvre de ces mêmes individus qui, chaque fois qu’ils sont en difficulté en Syrie et en Irak, sont secourus par les Américains, et qui sont financés par les Saoudiens et les Émirats arabes » unis.

Or les groupes séparatistes arabes du Khouzestan n’ont pas de présence connue en Syrie, contrairement à l’organisation État islamique (EI).

Samedi, un homme se présentant comme un porte-parole d’un mouvement nommé « Résistance nationale d’Ahvaz » a revendiqué l’attentat au nom de ce groupe sur une télévision satellitaire émettant en persan de Londres.

Parallèlement, deux mouvements séparatistes, le « Front populaire et démocratique des Arabes d’Ahvaz (FPDAA) et le « Mouvement arabe de lutte pour la libération d’Ahvaz », ont publié des communiqués niant toute implication.

« Parrains régionaux » et « maîtres américains »

Ahvaz est la capitale du Khouzestan, province du sud-ouest de l’Iran peuplée majoritairement d’Arabes. Mettant en cause les séparatistes arabes, le président Hassan Rohani a accusé dimanche « des petits pays mercenaires » de la région, « encouragés par les Américains » d’être derrière l’attentat.

Le même jour, le chargé d’affaires émirati à Téhéran a été convoqué au ministère des Affaires étrangères. Abou Dhabi a nié tout lien avec l’attaque et accusé l’Iran de lancer une « campagne » contre les Émirats.

Également convoqués, samedi, au ministère des Affaires étrangères iranien, les diplomates représentant le Danemark, les Pays-Bas et la Grande-Bretagne se sont vu reprocher « d’héberger certains membres du groupe terroriste » responsable de l’attentat, selon Téhéran.

Dans un communiqué publié dimanche, les Gardiens de la révolution ont eux mis en cause « le triangle satanique Occidentaux-Hébreux-Arabes ».

Le ministre des Affaires étrangères iranien, Mohammad Javad Zarif a aussi accusé « des terroristes recrutés, entraînés et payés par un régime étranger » et mis en cause « les parrains régionaux du terrorisme et leurs maîtres américains ».

Plus explicite, le porte-parole des Gardiens de la Révolution, Ramezan Sharif, a accusé les membres du commando d’Ahvaz d’être « nourris par l’Arabie saoudite ».

Les États-Unis et Israël font figure d’ennemis officiels de la République islamique.

Téhéran entretient également des relations conflictuelles avec plusieurs monarchies arabes du Golfe alliées des États-Unis, en particulier avec l’Arabie saoudite, son grand rival régional avec qui les relations diplomatiques sont rompues depuis janvier 2016, mais aussi avec les Émirats et Bahreïn.

Le groupe État islamique

L’attentat d’Ahvaz a rapidement été revendiqué par le groupe jihadiste État islamique (EI), dont l’agence de propagande a par la suite publié une vidéo de trois jeunes hommes, deux parlant en arabe, un en persan, affirmant qu’il s’agit des membres du commando d’Ahvaz.

L’EI n’apporte toutefois aucun élément probant permettant d’accréditer sa revendication.

L’organisation sunnite ultra-radicale a revendiqué sa première attaque en Iran le 7 juin 2017. Des hommes armés et des kamikazes avaient attaqué à Téhéran le Parlement et le mausolée du fondateur de la République islamique, l’imam Khomeiny, faisant 17 morts et des dizaines de blessés.Dans une vidéo publiée en mars 2017, l’organisation avait menacé d’agir en Iran en représailles au soutien militaire et logistique apporté par Téhéran aux autorités syriennes et irakiennes, deux pays où le groupe jihadiste a perdu l’écrasante majorité de ses territoires.

(avec Afp)

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