lundi , 10 décembre 2018
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Brexit : Sprint final

Les dirigeants européens ont accru la pression jeudi sur la Première mnistre Theresa May, l’appelant à revoir sa copie pour finaliser les négociations du Brexit, entrées dans leur phase décisive mais toujours bloquées par le dossier irlandais.

Même s’ils ont salué des évolutions « positives » du Royaume-Uni et une meilleure « atmosphère » dans la préparation du divorce, prévu fin mars 2019, les 27 ont surtout demandé à la dirigeante conservatrice d’améliorer ses récentes propositions, lors d’un sommet de l’UE à Salzbourg (Autriche).

« Le cadre des relations économiques tel qu’il est proposé ne fonctionnera pas, ne serait-ce que parce qu’il saperait les fondements du marché intérieur » de l’Union, a affirmé le président du Conseil européen, Donald Tusk, à l’issue de la rencontre.

Les propositions britanniques ne sont « pas acceptables en l’état », car elles « ne sont pas respectueuses de l’intégrité du marché unique », lui a fait écho le président français Emmanuel Macron, jugeant que « l’heure de vérité » des négociations était arrivée.

Mme May a répliqué que son plan dit de « Chequers » restait « la seule proposition sérieuse et crédible » sur la table, qui permettrait de garantir à long terme qu’une nouvelle frontière physique n’allait pas réapparaître entre l’Irlande du Nord et l’Irlande.

« Nous présenterons bientôt nos propres propositions », a-t-elle toutefois ajouté, pour régler le problème irlandais, devenu le principal risque d’échec des négociations, et d’aboutir à un départ britannique sans accord.

‘Créativité’

Londres et Bruxelles ont trouvé des compromis sur la plupart des questions à régler avant leur rupture programmée, notamment celle de la facture à régler par Londres. Mais ils continuent de buter sur certains points, et principalement sur cette question irlandaise.

Les deux parties sont d’accord pour éviter le retour d’une frontière physique entre la province britannique d’Irlande du Nord et la République d’Irlande, mais Londres conteste les termes du « filet de sécurité » (« backstop ») réclamé par l’UE pour garantir ce résultat.

La solution préconisée par les 27 –qui prévoit le maintien de l’Irlande du Nord dans l’union douanière s’il n’y a pas d’autre solution satisfaisante– est jugée « inacceptable » en l’état par Londres, car elle créerait à ses yeux une frontière de fait entre l’Irlande du Nord et le reste du Royaume-Uni.

Mme May continue elle de défendre son plan de Chequers: le maintien d’une relation commerciale étroite avec l’UE après le divorce, grâce à la mise en place d’une zone de libre-échange pour les biens, qui résoudra de fait selon elle le problème de la frontière irlandaise.

Pour les Européens, cette solution relève de la relation future avec Londres, qui devra être négociée dans le détail après les termes du divorce. Et surtout, elle est contraire aux règles européennes, qui lient la liberté de circulation des biens à celle des personnes.

« On peut encore faire preuve de beaucoup de créativité pour trouver des solutions réalisables en pratique, satisfaisantes et solides », a estimé Angela Merkel. « Mais il y a encore un certain chemin à parcourir », a ajouté la chancelière allemande.

Son homologue autrichien, Sebastian Kurz, avait assuré dans la matinée qu’un sommet extraordinaire serait organisé en novembre pour finaliser les discussions, en plus d’un sommet déjà prévu le 18 octobre, initialement censé boucler les négociations.

Mais M. Tusk a précisé que son principe n’était pas gravé dans le marbre. Il a expliqué qu’il convoquerait ce sommet, les 17 et 18 novembre, s’il apparaissait nécessaire pour « finaliser » légalement l’accord de retrait, dont le contenu reste à définir principaement en octobre selon lui.

« Derrière les prises de positions publiques dures dans les médias », « j’ai l’impression que les deux parties sont conscientes que l’on peut seulement trouver une solution si chacun fait un pas vers l’autre », a estimé le chancelier Kurz.

Second référendum ?

« Il y a un point de vue unanime, ou presque unanime autour de la table, selon lequel nous aimerions que (…) le Royaume-Uni tienne un autre référendum », a plaidé de son côté le Premier ministre maltais Joseph Muscat à la BBC, alors que Mme May a fermement exclu cette hypothèse.

Plusieurs sources ont toutefois assuré que les 27 n’avaient pas abordé le sujet à Salzbourg.

« Il ne m’appartient pas de me prononcer sur le choix souverain du peuple britannique. Les choses avancent mais elles ne sont pas aussi simples » que ne l’ont dit « ceux qui ont promis monts et merveille » au moment du référendum sur le Brexit, a expliqué le président français Emmanuel Macron, en les traitant de « menteurs ».

Avant le déjeuner à 27 consacré au Brexit jeudi, les dirigeants européens ont débattu dans la matinée de questions de sécurité, comme la coopération policière ou la lutte contre les contenus terroristes sur internet.

Ils avaient aussi eu la veille un long débat sur les migrations. S’il s’est déroulé sans tensions majeures selon des sources européennes, la discussion n’a guère fait évoluer sur la question du partage de l’accueil des demandeurs d’asile arrivant sur les côtes européennes, rejeté catégoriquement par les pays de l’Est.

DES DIRIGEANTS EUROPÉENS POUR UN SECOND RÉFÉRENDUM

Les partisans d’un second référendum sur le Brexit ont reçu un soutien inattendu jeudi de deux dirigeants européens qui ont plaidé pour une nouvelle consultation dans l’espoir d’un retour en arrière.

Le Premier ministre maltais Joseph Muscat a même affirmé sur la BBC qu’il y avait un soutien « presque unanime » des dirigeants des pays de l’Union européenne pour l’organisation d’un tel référendum, après celui de juin 2016 ayant décidé la sortie du Royaume-Uni de l’UE par 52% des voix.

« Il y a un point de vue unanime, ou presque unanime autour de la table, selon lequel nous aimerions que le presque impossible se produise, que le Royaume-Uni tienne un autre référendum », a dit Joseph Muscat.

« La plupart d’entre nous se réjouiraient qu’il y ait une possibilité que le peuple britannique mette les choses en perspective, voie ce qui a été négocié, voie les options et puis décide une fois pour toute », a-t-il ajouté.

Son homologue tchèque Andrej Babis a renchéri: « Nous espérons finalement conclure un accord mais en gros, je suis très mécontent que le Royaume-Uni parte, il serait donc peut-être mieux de tenir un autre référendum et peut-être que les gens pourraient changer d’avis ». Cela permettrait de « résoudre le problème assez rapidement », a-t-il estimé sur la BBC.

Le Royaume-Uni doit quitter l’UE le 29 mars 2019. A six mois de l’échéance, les négociations de divorce entre les deux parties peinent à aboutir et elles se sont renvoyé la balle quant aux efforts à consentir pour éloigner le spectre d’un départ sans accord, mercredi lors d’un sommet européen à Salzbourg.

« Quelle surprise! »

Certains dirigeants européens, comme les Premiers ministres irlandais Leo Varadkar et luxembourgeois Xavier Bettel, ont déjà évoqué ici ou là l’idée d’un second référendum, mais sans en faire une hypothèse de travail.

« L’UE n’a sûrement pas de position là-dessus », a d’ailleurs souligné une source européenne interrogée par l’AFP à Salzbourg.

« Ce n’est pas à nous d’exprimer une préférence sur ce qui peut se passer au Royaume-Uni. Ce sera le choix souverain des Britanniques », a-t-on souligné de source proche de la présidence française, en relevant que « ce n’est pas discuté avec Theresa May ».

La Première ministre britannique a d’ailleurs de nouveau exclu catégoriquement cette possibilité.

« Je sais que bon nombre d’entre vous ne veulent pas le Brexit », a-t-elle lancé à ses pairs lors d’un dîner mercredi à Salzbourg. « Mais il est important que ce soit clair: il n’y aura pas de second référendum au Royaume-Uni », a-t-elle ajouté. « Le peuple a rendu son verdict et en tant que Première ministre, je le mettrai en oeuvre. Le Royaume-Uni partira le 29 mars de l’année prochaine ».

Un second référendum est pourtant réclamé par une partie de la société civile britannique et certaines personnalités de l’opposition.

L’organisation britannique pro-UE Best for Britain a ainsi profité de ces prises de position européennes pour assurer jeudi qu’il était « encore temps pour le Royaume-Uni de vérifier auprès du peuple si le Brexit est réellement ce qu’il veut », dans un communiqué.

Sur l’autre bord, le chantre du Brexit, Nigel Farage, a tweeté ironiquement: « Les chefs de l’UE veulent un second référendum. Quelle surprise (ndlr: en français dans le texte)! »

L’idée d’un second référendum est notamment défendue par le maire travailliste de Londres Sadiq Khan, les anciens Premiers ministres Tony Blair (travailliste) et John Major (conservateur), ou encore le footballeur Gary Lineker.

Ce n’est toutefois pas la ligne officielle du Labour, même s’il ne rejette pas l’éventualité.

Seul le petit Parti libéral-démocrate milite pour un second référendum, comme l’a de nouveau prêché son dirigeant Vince Cable lors du congrès de sa formation mardi à Brighton (sud de l’Angleterre), faisant valoir qu' »il y a énormément de personnes qui n’acceptent pas d’être entraînées dans un divorce désordonné, coûteux, qui n’acceptent pas que le pays ne puisse pas changer d’avis ».Mais au vu du manque de soutien des deux principales formations politiques, la perspective d’une telle consultation semble très peu probable.

(avec Afp)

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