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Corneille NANGAA, réceptionne les machines a voter, au Congo Central, RDC.
Corneille NANGAA, réceptionne les machines a voter, au Congo Central, RDC.

RDC : Vers un probable report des élections

Dernière mise à jour, le 10 octobre 2018 à 03:54

Le président de la Céni a lâché : « Si les deux équipes se présentent le jour des scrutins, le match va se jouer, là nous aurons des élections. Si une équipe décide de ne pas se présenter sur l’aire de jeu parce des gens ne veulent pas y aller, nous dirons qu’il y a forfait. Si les deux équipes se mettent ensemble politiquement pour dire que nous ne sommes pas prêtes pour le 23 décembre, à elles, de le dire et ce n’est pas à notre niveau de décider. Mais pour ce qui nous concerne la Céni, le 23 décembre 2018, nous allons aux élections et on espère que tout le monde va participer comme ils se sont impliqués jusqu’à présent ». C’est sibyllin comme aveu d’impuissance. Voudrait-il déjà préparer les esprits à un probable report des élections au-delà du 23 décembre 2018 ? Probable dans la mesure où la déclaration du président de la Céni démontre assez clairement des difficultés auxquelles fait face son institution. A ce jour, aucun compromis ne semble se dégager autour de la machine à voter. Qui pis est, le fichier électoral fait toujours l’objet de vives critiques au regard au nombre élevé, soit près de 6 millions d’électeurs sans empreintes digitales. Dans ces conditions, Nangaa est bien conscient qu’il ne saura pas organiser les élections tant que subsisteront des frustrations de part et d’autre. Y aller tout en minimisant les sons discordants, c’est faire le lit à une contestation postélectorale inévitable et aux conséquences imprévisibles.

A trois mois des scrutins du 23 décembre 2018, le président de la Céni est encore loin de convaincre en l’absence d’un compris autour de la machine à voter et d’un fichier électoral corrompu par des millions d’électeurs fictifs. Mercredi devant les partis politiques, Corneille Nangaa tenté de se dédouaner en lançant cette boutade : « Si les deux équipes se présentent le jour des scrutins, le match va se jouer, là nous aurons des élections… ». La suite de sa phrase est connue. Prudent, il joue déjà au Ponce-Pilate.

Il n’est pas bon d’être à la place de Corneille Nangaa. Il croit dur comme fer que les élections se tiendront bel et bien à la date prévue, soit le 23 décembre 2018. Mercredi dernier, devant les délégués des partis politiques le président de la Céni a affiché une attitude évolutive. Dans un premier temps, il s’est montré rassuré, presque confiant.

De l’avis de Corneille Nangaa, la Céni pense avoir dégagé tous les obstacles pouvant obstruer la voie qui mène aux scrutins de décembre prochain. Il dit avoir la maitrise de tous les paramètres, malgré la forte mobilisation contre la machine à voter et le fichier électoral qui hébergerait encore un nombre impressionnant d’électeurs fictifs, soit près de 6 millions d’électeurs sans empreintes digitales.

La logistique électorale se met en place

S’agissant de la logistique, Corneille Nangaa a indiqué que « 109 containers de 40 pieds et 2 de 20 pieds venant de la Chine transporte des kits des bureaux de vote et de dépouillement contenant des isoloirs, des urnes et de l’encre indélébile. 5 containers sont déjà réceptionnés à Goma dans le Nord-Kivu, 8 à Bunia dans la province de l’Ituri, 3 sont partis de Bunia pour Kisangani dans la province de la Tshopo, 8 réceptionnés à Kinshasa, 48 sont arrivés depuis vendredi dernier au port de Matadi dans la province du Kongo Central et 31 autres sont en route pour d’autres hubs principaux ». Le président de la Céni a également annoncé que « 180 containers en provenance de la Corée du Sud contenant des machines à voter sont en route, dont 133 sont attendus au courant du mois d’octobre. 24 containers contenant des machines à voter sont attendus début octobre à Matadi. En outre, 15 containers en provenance de l’Inde contenant des panneaux solaires pour toutes les antennes de la Céni sont attendus à Matadi à partir du 15 octobre prochain ».

Dans un deuxième temps, le président de la Céni a reconnu devant ses interlocuteurs qu’il existe encore des paramètres – et non des moindres – qui échappent totalement à son contrôle.

Selon une dépêche logée dans le site Internet de la Céni, « l’objectif visé aux cours des échanges était principalement d’évaluer l’évolution du processus électoral à plus au moins 87 jours de la tenue des scrutins ». L’occasion a été propice, poursuit la source, pour le président de la Céni, entouré de tout son staff, de présenter « l’aperçu global de l’évolution du processus électoral ; de dire un mot sur l’exécution sans faille du calendrier électoral depuis sa publication le 05 novembre 2017 ; de présenter les acquis du cadre légal ; d’évoquer l’évolution des activités de sensibilisation sur le ‘‘comment voter’’ et l’éducation des électeurs ainsi que l’identification, le recrutement et la formation du personnel électoral ; de partager des informations sur les préparatifs logistiques et le financement des élections ».

Si techniquement, la Céni se dit prête pour les scrutins du 23 décembre 2018, Nangaa reconnait qu’il y a des paramètres – essentiellement politiques – qui échappent totalement à son contrôle.

Le scepticisme sibyllin de Nangaa

Acculé quant à ce qui fonde sa certitude sur la tenue effective d’élections le 23 décembre 2018, le président de la Céni a lâché : « Si les deux équipes se présentent le jour des scrutins, le match va se jouer, là nous aurons des élections.

Si une équipe décide de ne pas se présenter sur l’aire de jeu parce des gens ne veulent pas y aller, nous dirons qu’il y a forfait. Si les deux équipes se mettent ensemble politiquement pour dire que nous ne sommes pas prêtes pour le 23 décembre, à elles, de le dire et ce n’est pas à notre niveau de décider. Mais pour ce qui nous concerne la Céni, le 23 décembre 2018, nous allons aux élections et on espère que tout le monde va participer comme ils se sont impliqués jusqu’à présent ».

C’est sibyllin comme aveu d’impuissance. Voudrait-il déjà préparer les esprits à un probable report des élections au-delà du 23 décembre 2018 ? Probable dans la mesure où la déclaration du président de la Céni démontre assez clairement des difficultés auxquelles fait face son institution.

A ce jour, aucun compromis ne semble se dégager autour de la machine à voter.

Qui pis est, le fichier électoral fait toujours l’objet de vives critiques au regard au nombre élevé, soit près de 6 millions d’électeurs sans empreintes digitales.

Dans ces conditions, Nangaa est bien conscient qu’il ne saura pas organiser les élections tant que subsisteront des frustrations de part et d’autre. Y aller tout en minimisant les sons discordants, c’est faire le lit à une contestation postélectorale inévitable et aux conséquences imprévisibles. Dans différents cercles politiques, les propos de Nangaa font l’objet d’une analyse approfondie. Chacun tente à sa manière de les décrypter.

Vivement le dialogue

A première vue, la déclaration du président de la Céni appelle à une double déduction. D’abord, il n’exclut pas l’hypothèse d’un report des élections de décembre. Vu sous cet angle, la Céni travaille sur deux scenarios possibles. Si la majorité et l’opposition se présentent sans accroc le 23 décembre, il y aura, sans nul doute, élections. Si par contre, l’une des parties décide de ne pas se présenter, la Céni se retrouvera dans l’obligation de délibérer. Son président évoque déjà l’option d’un forfait.

Autrement dit, la victoire reviendra entièrement à la partie qui se présente, en l’occurrence la majorité au pouvoir.

Même s’il travaille dans ce sens, Nangaa n’y est pas favorable. Il redoute les graves conséquences politiques qui en découleraient. Car, cautionner des résultats d’une élection sans l’opposition, c’est autrement enfoncer davantage la RDC dans une crise politique indescriptible. Nangaa craint qu’on y arrive. Il ne veut donc se livrer en pâture à la population en raison d’un chaos dont il serait le principal  responsable.

La seule voie de sortie passe par un rapprochement entre les acteurs politiques afin de mettre la Céni dans les conditions de bien organiser les élections. C’est notamment lorsqu’il rappelle que « si les deux équipes se mettent ensemble politiquement pour dire que nous ne sommes pas prêtes pour le 23 décembre, à elles, de le dire et ce n’est pas à notre niveau de décider ».

Tel Ponce-Pilate, il rejette toute la responsabilité de l’échec du processus électoral aux parties prenantes. Celles-ci doivent l’aider à dégager un consensus autour des préalables majeurs, lesquels constituent aujourd’hui des verrous qui plombent le processus électoral.

(avec lePotentiel)

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