vendredi , 14 décembre 2018
Accueil / Afrique / RDC : Le discours de « Kabila » à l’ONU plein des mensonges et d’un goût amer
Joseph KABILA, lors de son discours a l'ONU, Septembre 2018.
Joseph KABILA, lors de son discours a l'ONU, Septembre 2018.

RDC : Le discours de « Kabila » à l’ONU plein des mensonges et d’un goût amer

Dernière mise à jour, le 29 septembre 2018 à 08:17

Le discours de Joseph Kabila lors de la 73ème Assemblée générale des Nations unies a laissé un goût trop amer et renferme beaucoup de mensonges. Le président congolais s’est donné comme dans ses habitudes en spectacle en cherchant à manipuler une certaine opinion internationale dans un contexte où les congolais et les partenaires extérieurs de la Rdc voient avec épouvante le processus électoral. 

Comment un président qui est un chef de cartel jouissant d’une curieuse faculté d’esprit, « la médiocrité intellectuelle » peut-il convaincre quand son gouvernement et lui-même sont comptables de la catastrophe nationale sur tous les plans et de l’absence de réelle volonté politique d’organiser des élections transparentes, crédibles ? Au moment où des faits et des chiffres parlent d’eux-mêmes de la situation politico-sociale et sécuritaire sans oublier des inquiétudes qui montent d’un cran à presque cent jour des « fameuses » élections, Joseph Kabila saisit la tribune des Nations unies pour une communication hypnotique. Il nous revient de ne pas laisser certaines élucubrations prospérer. C’est une obligation et une oeuvre de salut public que de rétablir la vérité.

Il est ressort de cet adage populaire : « Au pays des boiteux chacun pense qu’il marche droit », Kabila croit que son pouvoir de persuasion à la tribune de l’Assemblée générale en fera des auditeurs dociles alors que les congolais et les partenaires extérieurs de la Rdc sont très loin d’être stupides qu’il veut bien croire. Il faut être un con de première catégorie pour faire avaler des couleuvres aux congolais et autres peuples du monde en affirmant que : « la Rdc affiche aujourd’hui des ambitions d’émergence incontestables tant les signaux économiques, sécuritaires et politiques sont encourageants ».

Sur le plan politique, c’est la morosité et les inquiétudes augmentent auprès des congolais et des experts quant à la crédibilité des élections et in fine à leur tenue. 1/5 des électeurs sont sans empreintes digitales, c’est bien évident un potentiel réservoir des fraudeurs. Quant aux fameuses machines à tricher, si Kabila reste jusqu’au-boutiste nous nous dirigeons vers le chaos où toutes les options seront possibles mêmes les plus forts pourvus que l’alternance politique puisse avoir lieu. Nul n’ignore que le régime de Kinshasa demeure totalitaire en réduisant les espaces de liberté d’expression et la faculté de manifester. Vouloir gérer seuls le processus électoral est un argument de fuite en avant en récusant in fine les observateurs extérieurs pour venir superviser le déroulement des élections.

Sur le plan sécuritaire, Kabila est comptable de l’insécurité gravissime à l’Est du pays et ce monsieur n’est jamais parvenu à éradiquer ce fléau depuis qu’il a accédé au pouvoir en 2001. En février de cette année, le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, Zeid Ra’ad Al Hussein a dénoncé des « abattoirs d’êtres humains » dans plusieurs régions du monde notamment en Rdc. Les signaux sont rouges dans l’Est du pays à tel point que la population en a un ras le bol de l’incurie du pouvoir de monsieur Kabila. Quant à l’économie, elle est dans le coma et c’est avec un autre système politique que l’économie sera remise dans la spirale du développement durable en s’enracinant sur les valeurs démocratiques. En juillet 2018, le rapport du département d’Etat américain est passé en revue sur l’économie de la Rdc en pointant du doigt la fragilité des infrastructures existantes, la corruption endémique à tous les niveaux, des agences fiscales prédatrices. 

Dans cette même ligne d’idée, le rapport du Centre Carter a fait un rapport exhaustif en 2017 démontrant que la Gécamines est une boîte noire financière parce que dans la plupart de cas l’argent n’atterrit pas dans les caisses de l’Etat. Les faits sont trop nombreux ne nous permettant pas de nous appesantir. Avec quel tableau Kabila prétend-t-il que la Rdc affiche des ambitions d’émergence ?  Enfin le dernier rapport de la Fondation Gates est trop alarmant quant à l’état de pauvreté en Rdc. D’ici 2050 plus de 40 % des gens extrêmement pauvres dans le monde seront recensés dans seulement deux pays : la Rdc et le Nigeria. Il en ressort que Kabila et tous ceux qui jouent la comédie doivent dégager, car ils sont comptables des malheurs de congolais, de l’état des lieux actuels dans le pays.

Il faut une véritable machine de guerre pour pulvériser les fondations de ce qu’on appelle « state capture » mis en place par le premier mafieux congolais. La Rdc n’appartient pas à une famille qui a droit de vie sur tous les congolais, ou qui entend organiser les élections comme elle les souhaite se dérouler. La bataille des élections est celle de changer un système politique érigé par Kabila et son clan qui ont vampirisé les richesses du pays. Congolais et congolaises, mettons-nous tous debout cette fois pour batailler très fort avec toutes les options fortes si la voie des urnes n’est pas démocratique pour créer les conditions d’une alternance effective.

(Professeur Florent Kaniki)

Allocution du Président de la République, S.E. Joseph KABILA KABANGE, à la 73ème session ordinaire des Nations Unies

Madame la Présidente,
Monsieur le Secrétaire Général,
Excellences, Mesdames et Messieurs les Chefs d’Etat et de Gouvernement,
Mesdames et Messieurs,

Comme plusieurs années auparavant, je me réjouis de prendre la parole du haut de cette tribune, d’abord pour rendre hommage à un digne fils du continent africain, Monsieur KOFI ANNAN, qui vient de nous quitter il y a quelques semaines, après avoir marqué notre organisation d’un engagement exemplaire au service de la paix.

Je salue, ensuite, le leadership incontestable du Secrétaire Général Antonio GUTERRES dans la défense d’un multilatéralisme fort influencé par une ONU réformée. En même temps, j’adresse mes très vives et chaleureuses félicitations à vous, Madame la Présidente, pour votre brillante élection, reconnaissance évidente de votre expérience en qualité de diplomate.

Lors de mon intervention à la 72ème session ordinaire de notre auguste Assemblée, j’avais brossé la situation interne de mon pays en affirmant, sur le plan sécuritaire, que grâce aux efforts entrepris, nous avions réussi à inverser la tendance dangereuse au centre du pays et à améliorer significativement la situation, pendant qu’au Nord-Est, les efforts méritoires fournis par les forces de défense et de sécurité nous permettaient de contenir les attaques terroristes.

Aujourd’hui, la paix s’est consolidée au centre du pays ; en témoigne la réinsertion très avancée des familles qui avaient été forcées de se déplacer à l’intérieur du territoire national ou de s’exiler dans les pays limitrophes, du fait des violences déplorées.

Le défi de la sécurité reste cependant entier dans la région du Nord-Est à cause de la persistance des activités terroristes qui n’ont pas seulement endeuillé le territoire de Beni le 23 septembre dernier, mais aussi d’autres pays de la région.

En tout état de cause, ces attaques, qui constituent un défi de plus à tous ceux qui ont à cœur la défense d’un monde libre, débarrassé de toute violence aveugle, ne nous empêcheront pas de poursuivre notre action en faveur de la paix et de la stabilité de notre pays et, surtout, d’engager d’autres efforts supplémentaires en vue de la sécurisation du processus électoral en cours.

Madame la Présidente,

Au plan politique, en saluant les efforts fournis par toute la classe politique traduits à travers un consensus sur le processus électoral avec pour objectif ultime l’organisation des élections, j’avais mentionné les progrès réalisés notamment dans la constitution du fichier électoral et l’imminence de la publication du calendrier électoral.

En dépit des défis énormes qui jonchent encore son parcours sur tous les plans, comme l’année passée, je réaffirme le caractère irréversible de la tenue des élections à la fin de cette année.

Ainsi, la situation politique de mon pays gagne en lisibilité, toutes les échéances prévues au calendrier électoral en vue des prochains scrutins étant à ce jour tenus.

Tous sera mis en œuvre afin de garantir le caractère apaisé et crédible desdits scrutins, gage de la consolidation de la stabilité politique et économique dont la République Démocratique du Congo a tant besoin pour son émergence.

Madame la Présidente,

“Faire de l’ONU une organisation pour tous : une force mondiale fondée sur des responsabilités partagées, au service de sociétés pacifiques, équitables et durables”, tel est le thème du débat général de la présente session.

Cela suggère un regard sans concession sur notre Organisation, en invitant ainsi chaque Etat membre à valoriser sa contribution au bénéfice de la collectivité universelle et à protéger les valeurs qui font des Nations Unies le rempart de la solidarité, de la paix et du progrès face aux profondes mutations survenues sur la scène internationale, marquée par l’émergence de nouveaux pôles de développement et l’apparition de nouvelles menace, dont certaines ont des répercussions planétaires.

Ce qui signifie, une fois de plus, tout l’intérêt de réflexions engagées et partagées autour de la réforme de notre organisation afin d’en assurer un meilleur fonctionnement.

Pour autant, l’efficacité de notre organisation dans ce nouveau contexte demeure également tributaire de sa capacité à préserver les idéaux sur lesquels repose l’édifice de l’équilibre mondial issu de San Francisco.

Madame la Présidente,

Nous ne saurons pas faire de l’ONU une organisation pour tous si l’ingérence caractérisée de certains gouvernements dans les affaires relevant, sans doute, de la politique intérieure des Etats, en violation des règles qui la régissent, est dangereusement tolérée, sinon banalisée.

Voilà qui explique la position de mon pays de dénoncer et de s’opposer à toute ingérence dans le processus électoral en cours et de financer l’entièreté de ses coûts opérationnels.

Par ailleurs, mon pays exige le retour aux fondamentaux en matière de démocratie et des droits de l’homme, un des sujets à la base de la diplomatie à géométrie variable, instrumentalisée à outrance par certains pour affaiblir sciemment des pays qui ont pourtant décidé de se tourner résolument vers le progrès.

La République Démocratique du Congo, quoique vieille seulement de 58 ans d’âge et d’une quinzaine d’années de démocratie, est fière, aujourd’hui, de partager son expérience en la matière, tant au sein du Conseil des droits de l’homme, dont elle est membre, que dans d’autres fora régionaux et internationaux, et ce, en toute humilité, mais sans complexe ; ayant présent à l’esprit que le chemin à parcourir reste encore long.

Nous ne pouvons faire, enfin, de l’ONU une organisation pour tous au profit des sociétés durables tant que la faune et la flore des pays détenteurs des grands massifs forestiers ne serviront que d’ornement, sous le prétexte bien choisi de constituer le poumon de l’humanité, sinon de réparateurs de dégâts environnementaux causés par les industries du Nord, si en même temps aucune volonté réelle d’allouer des contreparties conséquentes à nos populations, ne cristallise des engagements maintes fois souscrits mais jamais tenus.

Madame la Présidente,

Il y a plus de quinze ans, le continent africain s’était exprimé d’une seule voix pour demander son entrée au sein du Conseil de Sécurité de l’ONU, en qualité de membre permanent, à l’issue d’une réforme de notre organisation.

Compte tenu des changements multiformes constatés depuis de nombreuses années, au nom de l’équité mise aujourd’hui en exergue dans le cadre de nos présentes assises, l’Afrique souhaite mieux faire entendre sa voix, en écho aux attentes de ses populations qui réclament davantage de représentativité au sein de cette Organisation de portée universelle, dont l’essentiel de ses actions de maintien de la paix concerne le continent.

Aussi, vingt ans après le déploiement des forces onusiennes dans mon pays, et en raison de leurs résultats largement mitigés au plan opérationnel, mon Gouvernement réitère son exigence du début effectif et substantiel du retrait de cette force multilatérale.

Et pour conclure, Madame la Présidente, je mesure les progrès réalisés, aujourd’hui, par mon pays qui, il y a encore quelques années, était au rang d’Etat failli, mais aujourd’hui, affiche des ambitions d’émergence incontestable, tant les signaux économiques et politiques sont encourageants.

Les défis qui se dressent devant nous ne sont certes pas les moindres. Mais ils ne peuvent infléchir ma foi en un avenir radieux pour mon pays, où le peuple sait déjouer les pièges de l’histoire, et affirmer, avec force, son attachement à son unité, à son indépendance et à sa souveraineté.

Je voudrais aussi vous assurer que la République Démocratique du Congo se tiendra toujours aux côtés de notre organisation, aussi longtemps que celle-ci restera, elle-même, à notre côté, parce qu’elle incarne l’aboutissement le plus concret des efforts de tous, pour la paix et le bien-être de notre planète.

Il revient cependant aux Etats membres d’oeuvrer en faveur d’une organisation plus forte, en préservant dans leur agir les valeurs qui l’ont vu naître et dont la portée se trouve, sans contexte, dans la préservation de l’humanité.

Madame la Présidente,
Mesdames et Messieurs,
Je vous remercie

A lire aussi

RDC : Les Unes de l’actualité du jeudi 13 décembre 2018

La déclaration de la cheffe de la MONUSCO condamnant les violences enregistrées lors de la …

Laisser un commentaire