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Critiques : Gérard Collomb sur une chaise injectable

Dernière mise à jour, le 22 octobre 2018 à 01:49

« Nous ne sommes pas nombreux à pouvoir encore lui parler »: le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb a formulé en petit comité de nouvelles critiques à l’égard du président Macron et l’action du gouvernement, selon des propos publiés par La Dépêche du Midi et confirmés lundi à l’AFP par un participant.

Le 6 septembre, lors d’un déjeuner avec des journalistes au ministère, le ministre a enfoncé le clou de sa critique, lancée le jour-même dans une interview, sur le « manque d’humilité » de l’exécutif, selon le récit de La Dépêche.

« Les provinciaux, et j’en suis, ont déjà une tendance naturelle à considérer que les Parisiens ont la grosse tête et les snobent, or des expressions comme la nouvelle grammaire de la politique ou la +start-up nation+, ils ne s’y reconnaissent pas », a regretté M. Collomb, visant deux expressions symboliques du « nouveau monde » politique porté par Emmanuel Macron et ses soutiens.

Interrogé sur le fait de savoir s’il a exprimé cette critique au chef de l’Etat, le ministre de l’Intérieur déplore, selon la Dépêche : « Nous ne sommes pas nombreux à pouvoir encore lui parler. Ceux qui parlent franchement à Macron sont ceux qui étaient là dès le début: Ferrand, Castaner, Griveaux et moi… »

« D’ailleurs, il va finir par ne plus me supporter. Mais si tout le monde se prosterne devant lui, il finira par s’isoler, car par nature l’Élysée isole », poursuit encore M. Collomb.

Dans l’affaire Benalla, l’ancien maire de Lyon reproche également au chef de l’Etat de ne « pas être monté au créneau plus tôt ».

Une semaine après ce déjeuner, l’ancien maire de Lyon a annoncé dans une interview à l’Express qu’il quitterait la place Beauvau après les européennes de juin 2019 pour se lancer dans la campagne pour la mairie de Lyon en 2020.

Une annonce anticipée de départ qui est venue compliquer encore un peu plus la rentrée difficile d’Emmanuel Macron et a interrogé sur les liens entre le chef de l’Etat et un ministre censé être parmi ses plus proches soutiens.

Sollicité par l’AFP, le ministère de l’Intérieur a indiqué ne pas avoir « l’habitude de commenter des propos rapportés, non tenus publiquement » et a insisté sur la loyauté de M. Collomb vis-à-vis du chef de l’Etat.

« Gérard Collomb n’a jamais cessé d’être loyal au Président, tout en faisant preuve avec lui en privé d’une franchise qui a toujours caractérisé leur relation », a fait valoir le ministère.

Selon les propos rapportés par la Dépêche, et dont un participant au déjeuner a confirmé la teneur, M. Collomb « regrette que nos relations avec les collectivités locales se soient dégradées alors que nous avons pris des mesures qui auraient dû les satisfaire ».

« On a fait une campagne sur le pacte girondin, il serait urgent de renouer avec cette promesse (…) On n’a pas bien traité un certain nombre de problèmes comme l’accueil des mineurs isolés, les 80 km/h », dit encore celui dont le ministère inclut les collectivités locales.

LE GOUVERNEMENT À L’OFFENSIVE SUR LE POUVOIR D’ACHAT

Le gouvernement, critiqué pour sa politique jugée trop favorable aux plus aisés, a promis lundi de redonner du pouvoir d’achat aux ménages dans son projet de budget 2019, malgré les mesures d’économies décidées pour contenir la dépense publique.

« L’objectif à long terme de ce budget, c’est de construire une nouvelle prospérité », bénéficiant « à tous les Français et à tous les territoires », a assuré le ministre des Finances Bruno Le Maire en présentant à la presse le projet de loi de finances (PLF) 2019.

Cette « prospérité ne doit pas reposer sur plus de dépenses publiques et plus d’impôts mais sur plus de création de valeurs », a ajouté le locataire de Bercy, en promettant que les engagements de l’exécutif seraient « tenus », vis-à-vis des contribuables comme des chefs d’entreprises.

D’après Bercy, le deuxième budget du quinquennat Macron, qui sera débattu à l’automne au parlement, intègrera ainsi 18,8 milliards d’euros de baisses d’impôts pour les entreprises, grâce à la diminution de l’impôt sur les sociétés et à la transformation du Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE) en baisses de charges.

Les ménages, quant à eux, verront leurs prélèvements obligatoires baisser de six milliards d’euros, malgré les hausses de taxes sur les carburants et sur le tabac, évaluées par le gouvernement à 2,3 milliards d’euros.

« C’est la plus grande baisse d’impôts pour les ménages depuis 2008 », a insisté le ministre des Comptes publics Gérald Darmanin, insistant sur les gains de pouvoir d’achat liés à la nouvelle baisse de la taxe d’habitation (-3,8 milliards d’euros l’an prochain) et sur la suppression des cotisations sur les heures supplémentaires.

Un message martelé par le gouvernement mais contesté par l’opposition, qui a dénoncé lundi une « opération de communication ».

Ce que l’exécutif « donne d’une main, en réalité il le reprend d’une autre », a estimé le premier secrétaire du PS Olivier Faure, en rappelant que l’Observatoire français de la conjoncture économique (OFCE) avait évalué à 3,5 milliards d’euros – et non à 6 milliards d’euros – le gain de pouvoir d’achat prévu pour les ménages l’an prochain.

« Le problème, c’est que le ressenti des Français ne correspond pas aux chiffres du gouvernement », a renchéri le président de la Commission des finances à l’Assemblée nationale, Eric Woerth (LR). Ce budget « comprend des mesures dans tous les sens, parfois des contresens… Le message est brouillé », a-t-il ajouté.

« Réaliste »

La présentation du projet de loi de finances 2019 survient à un moment compliqué pour le gouvernement, confronté à des critiques persistantes sur le pouvoir d’achat mais aussi à un tassement de la croissance, qui a réduit les marges de manoeuvres de Bercy pour financer les promesses d’Emmanuel Macron.

Selon l’exécutif, la hausse du produit intérieur brut devrait ainsi plafonner à 1,7% en 2019, au lieu des 1,9% initialement attendus. Un chiffre qualifié de « réaliste » par le Haut conseil des finances publiques (HCFP), organe indépendant chargé d’évaluer la crédibilité des prévisions de Bercy.

Cette mauvaise nouvelle intervient alors que le budget 2019 était déjà particulièrement épineux, avec la réforme du CICE, qui implique une « année noire » pour l’Etat, qui devra supporter à la fois les remboursements liés à l’année 2018 et la baisse de cotisations de 2019, soit une facture de 40 milliards d’euros.

Malgré ces différents obstacles, « le cap » de réduction du déficit public sera « tenu », a assuré Bruno Le Maire.

Selon Bercy, il s’établira ainsi à 2,8% du PIB, un chiffre en hausse de 0,4 point par rapport à la dernière prévision du gouvernement (2,4%), mais dans les clous budgétaires européens. « Nous serons sous les 3% de déficit pour la 3ème année consécutive, ça n’était pas arrivé depuis l’an 2000 », a insisté le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux.

Pour réussir ce numéro d’équilibriste, Bercy a dû se résoudre à procéder à un tour de vis sur les dépenses, quitte à recourir à la pratique du « rabot », pourtant régulièrement critiquée par le gouvernement.

Le PLF 2019 comprendra ainsi un quasi gel des pensions de retraite, des allocations familiales et des aides personnalisées au logement, qui ne seront revalorisées que de 0,3% alors que l’inflation est attendue à 1,3%.

Des efforts seront également demandés aux chambres de commerce et d’industrie, à l’audiovisuel public et à la politique de l’emploi, dont les crédits vont baisser de 2,1 milliards d’euros, en raison notamment d’une réduction du nombre de contrats aidés.Côté fonction publique, cette cure d’amaigrissement se traduira par la suppression de 4.164 postes sur le périmètre de l’État, sur un total de 50.000 prévus d’ici à 2022. Les ministères les plus touchés sont les Comptes publics (2.000 postes) et l’Éducation nationale (1.800), l’Intérieur, la Justice et la Défense bénéficiant pour leur part d’effectifs en hausse.

(avec Afp)

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