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Présidentielle RDC : Les oppositions montent les enchères

Dernière mise à jour, le 23 septembre 2018 à 12:44

On peut lire autant de fois que l’on veut la déclaration de six majors de l’Opposition, on aboutira à une seule conclusion. Les signataires de « l’Appel de Bruxelles » y sont allés fort. Très fort même. Ils auraient voulu renverser la table -à défaut de faire tabula rasa- qu’ils ne s’y seraient pas pris autrement.

A un peu plus de trois mois des élections, aligner neuf préalables dont le rejet sans nuance de la machine à voter et la « réhabilitation » des candidats à la présidentielle invalidés et/ou exclus pour des « raisons politiques » équivaudrait à faire l’impasse sur décembre 2018. Pas moins.

Car, quelle que soit la pertinence de l’argumentaire développé par ces ténors de l’Opposition, se délester à ce stade de la machine à voter serait synonyme de prendre le risque de ne pas respecter le calendrier. Quitte à souscrire en pleine connaissance de cause à un énième « glissement ».

Et là, retour à la Constitution et son imparable article 70. Pas sûr que dans ce cas de figure l’alternance tant souhaitée soit pour début 2019.

En plus, revenir sur les arrêts de la Cour constitutionnelle en rapport avec les invalidations de certains candidats reviendrait techniquement à disqualifier cette institution judiciaire. Un précédent lourd de conséquences. Qui s’inclinerait encore devant le verdict pourtant irrévocable et opposable à tous de la Haute cour ? 

Pour avoir géré l’Etat au niveau le plus élevé pour la plupart d’entre eux, les auteurs de la déclaration de Bruxelles n’ignorent pas le possible effet boomerang de leur prise de position. Tout comme, ils sont en capacité d’imaginer tout le mal fou qu’éprouverait la CENI à tenir l’échéance sans machine à voter. 

Alors, quoi ? A moins d’un agenda caché qui serait le fameux plan B, la dialectique des majors de l’opposition a tout d’une position d’avant discussions. Monter les enchères pour espérer négocier en position est une pratique vieille comme les négociations elles même.

Serait-on dans ce cas de figure, c’est-à-dire à la lisière des pourparlers politiques ?

…EST « OISEAU RARE » DE L’OPPOSITION QUI DEVRA AFFRONTER SHADARY

Adolphe Muzito, Félix Antoine TshilomboTshisekedi, Jean-Pierre Bemba, Moïse Katumbi, Vital Kamerhe et Antipas Mbusa Nyamwisi ont convenu de présenter une candidature commune de l’Opposition, à l’élection présidentielle du 23 décembre prochain. Ils l’ont exprimé au cours de leur réunion sur l’évaluation du processus électorale en cours, tenue mercredi 12 septembre à Bruxelles.

Cependant, aucune précision n’a été donnée, quant à la date de la prochaine rencontre sur la désignation de cet « oiseau rare » de l’Opposition qui devra affronter Emmanuel Ramazani Shadary, dauphin du Président Joseph Kabila au même scrutin. Toutefois, les six leaders précités se sont accordé à s’y pencher dans les meilleurs délais.

Dans le communiqué conjoint sanctionnant leur messe de Bruxelles, dont une copie est parvenue hier à la rédaction de Forum des As, Adolphe Muzito, Félix Antoine Tshilombo Tshisekedi, Jean-Pierre Bemba, Moïse Katumbi, Vital Kamerhe et Antipas Mbusa Nyamwisi précisent que le choix de leur candidat commun résultera d’une vision partagée et d’un programme harmonisé. Le tout, dans le but de maximiser les chances de l’Opposition de gagner la bataille des urnes, officiellement prévue en décembre prochain.

Des prealables

La particularité de la rencontre de l’Opposition dans la capitale belge, tient au fait qu’elle n’ait pas fait cas à la fameuse  » TSK « . Simplement dire :  » Transition sans Kabila « . Bien au contraire. Les leaders de l’Opposition souscrivent au processus électoral en cours et souhaitent que celui-ci aboutisse effectivement le 23 décembre prochain, à la tenue d’élections libres, démocratiques, transparentes et inclusives. Ce, conformément à l’Accord de la Saint Sylvestre 2016 et au calendrier électoral.

Cependant, l’Opposition pense que certains préalables doivent être remplis, pour que les résultats du scrutin à venir soient opposables à tous. Pour ce faire, les opposants réunis à Bruxelles exigent du Gouvernement et de la Centrale électorale, le rejet de la machine à voter, le nettoyage du Fichier électoral, la mise en œuvre des mesures de décrispation politiques convenues par les parties signataires de l’Accord du 31 décembre 2016. A cela s’ajoutent la participation effective des candidats exclus ou invalidés afin d’assurer la tenue d’élections inclusives, l’accréditation et le déploiement des observateurs internationaux de l’Onu, l’Union africaine, la SADC, l’OIF et autres ; l’assistance politique et financière de l’ONU, Union africaine, Union européenne, la SADC et la CIRGL pour organiser des élections inclusives dans la paix…

UNE DÉCLARATION POLÉMIQUE

Outre la nécessité d’une candidature unique de toute l’Opposition qui est d’ordre interne, les six tenors de l’Opposition ont posé neuf préalables au gouvernement et à la CENI avant toute participation. Ces préalables visent à obtenir pour le 23 décembre 2018 des élections démocratiques, crédibles, inclusives, transparentes et apaisées et non « une parodie d’élections » qui conduirait à ce qu’ils qualifient de chaos programmé au pays. 

On constate que ces préalables sont posés à quelque trois mois de la date des scrutins. Côté Pouvoir, il y a eu une avalanche de réactions depuis hier. On peut retenir celles du Porte-parole du gouvernement Lambert Mende Omalanga et de Félix Kabange Numbi, membre du Comité des stratégies du FCC, « Front commun pour le Congo ». 

Il en ressort en substance que l’Opposition qui est allée se réunir à Bruxelles en Belgique au lieu de le faire au pays a comploté contre la République. Elle fait un bond en arrière de 58 ans. Alors que la RDC est déjà indépendante et n’a aucun compte à rendre à l’ancien colonisateur belge, le lien d’asservissement ayant déjà sauté depuis le 30 juin 1960. 

Ils sont convaincus que l’Opposition n’est pas prête pour les élections, elle les fuit même d’où tous ces préalables qu’elle pose juste pour gagner du temps et aussi des moyens financiers dans un gouvernement de transition que les opposants sont en train de rechercher. Pour le Pouvoir, tous les problèmes posés par l’Opposition ont des réponses dans la Constitution et les lois de la République. 

Comme on le voit, il s’agit bien d’un dialogue des sourds entre le Pouvoir de Kinshasa et l’Opposition signataire de la déclaration de Bruxelles. L’un privilégie l’aspect politique là où l’autre recourt au Droit. C’est le cas par exemple des invalidés comme Bemba et Muzito qui doivent être repêchés. Mais par quel mécanisme si ce ne peut être que sur le plan politique ? Il y a aussi Moïse Katumbi qui doit revenir pour déposer sa candidature après que les délais de la procédure légale soient déjà forclos. 

Là également, c’est l’aspect politique qui va parler par la mise en œuvre effective du volet décrispation politique de l’Accord de la Saint-Sylvestre. Rappelons que tout le monde y compris les partenaires extérieurs de la RDC réclament d’une même voix son application pour obtenir l’inclusivité des élections. Il va sans dire que si tous ces préalables y compris la machine à voter et nettoyage du fichier électoral ne sont pas rencontrés aussi bien par le gouvernement que la CENI, l’Opposition décrétera le boycott des élections du 23 décembre 2018. 

Cela, selon elle, pour éviter une participation pour légitimer une victoire programmée à l’avance du candidat du FCC, Emmanuel Ramazani Shadary. Quant à la question du candidat unique, ce n’est naturellement pas parmi les préalables aux élections. A l’Opposition, le sentiment qui est largement partagé à ce jour est que c’est la MP/FCC qui crée cette question de candidat unique de l’Opposition. C’est, selon eux pour préparer l’opinion à l’avance sur la victoire du candidat FCC en faisant valoir le fait que l’Opposition est battue puisqu’elle s’est présentée en ordre dispersé. Exactement comme en 2011. Alors qu’il faut plutôt se battre pour avoir des élections démocratiques, crédibles, transparentes et inclusives.

« MESSE NOIRE » DE L’OPPOSITION EN BELGIQUE

Où qu’il se trouve, Célestin Tunda Ya Kasende a le patriotisme chevillé au corps. A la moindre alerte contre les intérêts du Congo, ce souverainiste de cœur comme de conviction, monte au créneau. Et ce, en dénonçant à haute et intelligible voix tout ce qui ressemble à la trahison. Ainsi, ne pouvait-il pas se taire face à la prise de position de certains leaders de l’Opposition faite depuis … Bruxelles. Un vrai affront au pays.

Un coup de canif au serment du héros national Patrice Lumumba. Il n’en fallait donc pas plus pour que l’ancien n° 2 du PPRD et vice-ministre honoraire des Affaires étrangères sorte du bois et dénonce comme à ses habitudes à visage découvert les velléités néocolonialistes que charrie cette propension de certains opposants à continuer à écrire l’histoire du Congo à partir de l’Occident.

Pour Me Tunda, l’idée d’aller chercher solution aux problèmes du Congo à l’étranger, plutôt qu’au pays sonne comme une trahison. Une atteinte, selon lui, à la souveraineté nationale. Verbatim. 

« A la suite de la grave crise politique provoquée depuis 1998 par les forces rebelles qui avaient envahi la Rd Congo à partir du Rwanda et de l’Ouganda, les acteurs congolais s’étaient retrouvés à Sun City, en Afrique du Sud, pour trouver des solutions. Il en était ainsi depuis l’indépendance. Les dirigeants congolais se sont toujours retrouvés en Afrique pour les problèmes congolais. Cela a été le cas à Tananarive à Madagascar. Pour ce qui est du Congo, je citerai sans le souci d’exhaustivité à Coquillathville, Lovanium, à Luluabourg, à Iyonda… Mais les opposants actuels nous étonnent tous par leur accointance avec l’Europe. 

Après Genval, comment ces opposants peuvent-ils encore croire bien faire en allant étaler les enjeux congolais sur la place publique en Belgique ? Cette allégeance aux autorités non africaines, frise la trahison à l’égard du peuple congolais, 60 ans après l’indépendance ! Ont-ils oublié la lutte assortie du testament de Patrice Lumumba pour laquelle le premier leader congolais avait courageusement verséson sang ? Pour le reste,leur cahier de charge est-il encore recevable aujourd’hui,à trois mois des élections ? Ils avaient manipulé,pendant des mois, des jeunes dans l’ensemble du pays, avec l’appui de l’Eglise catholique pour refuser la possibilité d’un autre mandat pour le Raïs. 

« Joseph Kabila s’est incline en mettant son ego de cote, pour privilégier les intérêts du pays et éviter l’embrasement »

Champion de la démocratie et véritablepère de la nation, Joseph Kabila s’est incliné en mettant son égo de côté,pour privilégier les intérêts du pays et éviter l’embrasement. Par ce geste, le chef de l’Etat a bien respecté la Constitution, alors que la révision de celle-ci par le peuple est au-dessus de toute considération juridique sur la limitation. Si lui, il a accepté cette contrainte de respecter la Constitution, et pourquoi pas tous les autres ?

Dans ces conditions, que veulent réellement les opposants congolais ? L’inclusivité concerne-t-elle seulement les opposants et pas les autres ? Et l’invalidation de Gizenga n’est-elle pas un message d’objectivité ? Et la machine à voter, qui en assume la crédibilité ?N’est-ce pas la Ceni ?Et alors quoi ? Les opposants ne jouent-ils pas simplement le jeu des prédateurs qui veulent s’accaparer du Congo et de ses richesses, en écartant les citoyens nationalistes ?

« Quel serait l’intérêt de la Belgique, en voulant cajoler les opposants ? »

En effet, les Occidentaux avaient sapé la souveraineté du Congo depuis la présence de l’homme blanc, en détruisant nos Etats et en expatriant des millions d’Africains pour aller développer d’autres continents. Et progressivement, en assassinant à chaque étape nos héros, les Kimpa Vita, Kimbangu, Lumumba, Lumpungu, Mzee Kabila et j’en passe. Et dans tous ces cas, l’homme blanc utilisait toujours les Congolais contre les autres Congolais ! 

Cette règle continue. C’est le blanc qui a besoin du Congo, et pour cela, il utilise les Congolais. Sinon, quel serait l’intérêt de la Belgique, en voulant cajoler les opposants ? Il est depuis longtemps clair que les Etats n’ont pas d’amis, mais rien que les intérêts. C’est pourquoi, pour sauver la nation, nous devons ouvrir l’œil et le bon.

« Avec la Belgique, nous devons traiter d’égal a égal »

Tout le monde a cherché les élections.Allons donc maintenant aux élections sans tergiversations. Voyons l’intérêt du Congo, sans distraire le peuple. Avec la Belgique, nous devons traiter d’égal à égal, sans le moindre sentiment de néo colonialisme. Moi, je le dis clairement aux Belges, et ils ne m’en veulent point !

Les candidats doivent s’engager tous pour les élections. Avec l’homme de notre choix, Ramazani Shadary, nous regardons vers la victoire, car nous savons convaincre notre peuple. A l’opposition de se déterminer aussi avec patriotisme ». 

(avec Laurel KANKOLE, KANDOLO M., Yves KALIKAT)

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