mercredi , 17 octobre 2018
Accueil / Afrique / Patrice LUMUMBA : L’assassinat le plus important du 20ème siècle

Patrice LUMUMBA : L’assassinat le plus important du 20ème siècle

Le complot d’assassinat parrainé par les États-Unis pour tuer Patrice Emery Lumumba, le héros de l’indépendance congolaise, a eu lieu il y a plus de 57 ans aujourd’hui.

Patrice Lumumba, le premier Premier ministre légalement élu de la République démocratique du Congo (RDC), a été assassiné le 17 janvier 1961, il y a plus de 57 ans. Ce crime odieux était l’aboutissement de deux complots d’assassinat entre Américains et Belges. Les gouvernements, qui ont utilisé des complices congolais et une équipe d’exécution belge pour exécuter l’acte.

Ludo De Witte, l’auteur belge du meilleur livre sur ce crime, le qualifie d ‘ »assassinat le plus important du 20ème siècle ». L’importance historique de l’assassinat réside dans une multitude de facteurs, le plus pertinent étant le contexte mondial dans lequel il a eu lieu, son impact sur la politique congolaise depuis lors et l’héritage global de Lumumba en tant que leader nationaliste.

Pendant 126 ans, les États-Unis et la Belgique ont joué un rôle clé dans le destin du Congo. En avril 1884, sept mois avant le congrès de Berlin, les États-Unis devinrent le premier pays au monde à reconnaître les revendications du roi Léopold II des Belges sur les territoires du bassin du Congo.

Lorsque les atrocités liées à l’exploitation économique brutale dans l’État libre de Léopold au Congo ont entraîné des millions de morts, les États-Unis se sont joints à d’autres puissances mondiales pour forcer la Belgique à s’emparer du pays en tant que colonie régulière. Et c’est pendant la période coloniale que les États-Unis ont pris une part stratégique dans l’énorme richesse naturelle du Congo, après avoir utilisé l’uranium des mines congolaises pour fabriquer les premières armes atomiques, les bombes d’Hiroshima et de Nagasaki.

Avec le déclenchement de la guerre froide, il était inévitable que les États-Unis et leurs alliés occidentaux ne soient pas prêts à laisser les Africains exercer un contrôle effectif sur les matières premières stratégiques, de peur que leurs ennemis ne se retrouvent dans le camp soviétique. À cet égard, la détermination de Patrice Lumumba à parvenir à une véritable indépendance et à contrôler pleinement les ressources du Congo afin de les utiliser pour améliorer les conditions de vie de nos populations a été perçue comme une menace pour les intérêts occidentaux. Pour lutter contre lui, les États-Unis et la Belgique ont utilisé tous les outils et les ressources dont le secrétariat des Nations Unies, sous Dag Hammarskjöld et Ralph Bunche, pour acheter le soutien des rivaux congolais de Lumumba et des tueurs à gages.

Au Congo, l’assassinat de Lumumba est considéré à juste titre comme le péché originel du pays. Venant moins de sept mois après l’indépendance (le 30 juin 1960), il s’agissait d’une pierre d’achoppement aux idéaux d’unité nationale, d’indépendance économique et de solidarité panafricaine que Lumumba avait défendu, ainsi qu’un coup éclatant aux espoirs de millions de personnes. Des Congolais pour la liberté et la prospérité matérielle.

L’assassinat a eu lieu à un moment où le pays était tombé sous quatre gouvernements distincts: le gouvernement central à Kinshasa (alors Léopoldville); un gouvernement central rival par les partisans de Lumumba à Kisangani (alors Stanleyville); et les régimes sécessionnistes dans les provinces riches en minéraux du Katanga et du Sud Kasaï. L’élimination physique de Lumumba ayant éliminé ce que l’Occident considérait comme la principale menace pour ses intérêts au Congo, des efforts menés à l’échelle internationale ont été entrepris pour restaurer l’autorité du régime modéré et pro-occidental à Kinshasa sur l’ensemble du pays. Il en est résulté la fin du régime lumumbiste à Kisangani en août 1961, la sécession du Kasaï du Sud en septembre 1962 et la sécession du Katanga en janvier 1963.

À peine le processus d’unification a-t-il pris fin qu’un mouvement social radical en faveur d’une « seconde indépendance » a surgi pour défier l’État néocolonial et son leadership pro-occidental. Ce mouvement de masse de paysans, de travailleurs, de chômeurs urbains, d’étudiants et de bas fonctionnaires a trouvé un leadership enthousiaste parmi les lieutenants de Lumumba, dont la plupart se sont regroupés en octobre 1963 à Brazzaville, de l’autre côté du fleuve. Kinshasa. Les forces et les faiblesses de ce mouvement pourraient servir à évaluer l’héritage global de Patrice Lumumba pour le Congo et l’Afrique dans son ensemble.

L’aspect le plus positif de cet héritage s’est manifesté par le dévouement désintéressé de Pierre Mulele au changement radical dans le but de répondre aux aspirations les plus profondes du peuple congolais pour la démocratie et le progrès social. Par ailleurs, les dirigeants des LNC, parmi lesquels Christophe Gbenye et Laurent-Désiré Kabila, étaient plus intéressés par le pouvoir et ses privilèges que par le bien-être de la population. C’est le lumumbisme dans les mots plutôt que dans les actes. En tant que président trois décennies plus tard, Laurent Kabila a peu fait pour passer des mots aux actes.

Plus important encore, le plus grand héritage que Lumumba a laissé au Congo est l’idéal de l’unité nationale. Récemment, une station de radio congolaise m’a demandé si l’indépendance du Soudan du Sud devait être un sujet de préoccupation pour l’unité nationale au Congo. J’ai répondu que depuis la mort de Patrice Lumumba pour l’unité du Congo, notre peuple restera fermement déterminé à défendre notre unité nationale.

(Georges Nzongola-Ntalaja, professeur d’études africaines et afro-américaines à l’Université de Caroline du Nord à Chapel Hill et auteur du Congo de Léopold à Kabila: l’histoire d’un peuple. Lundi 17 Jan 2011 the Guardian, traduit en français)

A lire aussi

Élections : CENI-RDC mit devant ses responsabilités

« La Céni doit veiller à ce que les électeurs aillent voter sans crainte et …

Laisser un commentaire