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RDC : l’Accord politique du 31 décembre 2016 est au point mort

C’est dans la capitale zambienne que la Cenco a décidé de réactiver l’Accord politique du 31 décembre 2016, signé sous son égide entre différents protagonistes à la crise congolaise. Depuis lors, cet Accord est au point mort. D’un côté, la Majorité au pouvoir clame avoir fait l’essentiel en appliquant – à sa manière – les grandes lignes de l’Accord. Ce qui n’est pas de l’avis de l’Opposition qui continue à dénoncer une application sélective de l’Accord qui a mis de côté les dispositions touchant, notamment à la décrispation politique et à la libération de l’espace politique en vue de l’organisation des élections dans un climat apaisé.

En 1999, c’est à Lusaka que la République démocratique du Congo a pu sauver sa souveraineté grâce à l’Accord signé dans la capitale zambienne entre belligérants aux différentes rebellions qui se sont multipliées dans le pays. Le tout sera sanctionné en 2002 par la signature en Afrique du Sud de l’Accord global et inclusif qui va planter le décor de la 3ème République.

Et comme l’histoire doit se répéter, c’est dans la capitale zambienne que la Cenco a décidé de réactiver l’Accord politique du 31 décembre 2016, signé sous son égide entre différents protagonistes à la crise congolaise. Depuis lors, cet Accord est au point mort.

D’un côté, la Majorité au pouvoir clame avoir fait l’essentiel en appliquant – à sa manière – les grandes lignes de l’Accord.

Ce qui n’est pas de l’avis de l’Opposition qui continue à dénoncer une application sélective de l’Accord qui a mis de côté les dispositions touchant, notamment à la décrispation politique et à la libération de l’espace politique en vue de l’organisation des élections dans un climat apaisé.

Sans se lasser, les évêques ont repris leur bâton de pèlerin. Ils sont donc allés à la rencontre d’Edgar Lungu, le président zambien pour le convaincre d’amener la SADC (Communauté de développement de l’Afrique australe) à peser de tout son poids en vue d’une mise en œuvre intégrale de l’Accord du 31 décembre 2016. La Cenco est convaincue que le salut de la RDC par la tenue de bonnes élections passe par là.

Pendant ce temps, à Kinshasa, la Céni qui ne cache plus ses accointances avec le pouvoir fait les choses à sa manière, faisant sourde oreille à toutes les critiques qui émanent aussi bien de l’intérieur que de l’extérieur du pays. Ce n’est pas pour autant que la Cenco baisse les bras. Les évêques espèrent un jour obtenir l’application sans faille de l’Accord, dit de la Saint-Sylvestre. Et comme en 1999, ils pensent que le salut viendra une fois de plus de Lusaka.

(avec lePotentiel)

PLAIDOYER DE LA CENCO AUPRES DE SON EXCELLENCE MONSIEUR EDGAR LUNGU, PRESIDENT DE LA ZAMBIE

« Parrains naturels» de l’Accord de la Saint Sylvestre, signé le 31 décembre 2016 par les forces politiques et sociales parties prenantes au processus électoral en cours, les Evêques catholiques congolais ont rencontré, le week-end dernier, le président Edgar Lungu de Zambie, en sa qualité de «chairman» de la SADC en matière de Politique, Sécurité et Défense. C’était pour lui confier leurs espoirs et inquiétudes au sujet du processus électoral.

A cet effet, ils ont noté comme avancées la renonciation de l’actuel Chef de l’Etat à un troisième mandat, l’audit, bien que contesté, du fichier électoral, la publication des listes provisoires des candidats à la présidentielle ainsi qu’aux législatives nationales et provinciales.

Cependant, les notes noires telles que la machine à voter, l’applicvation sélective des mesures de décrispation politique, l’exclusion de plusieurs acteurs politiques du processus électoral, l’interdiction et la répression des manifestations publiques pacifiques empoisonnant terriblement le climat politique social.

D’où l’appel pressant lancé à la SADC pour désamorcer la bombe sociale et politique avant qu’elle n’éclate et ne fasse des dégâts dans la sous-région des Grands Lacs. Bref, Edgar Lungu a été approché pour qu’il prenne à coeur son rôle de «sapeur-pompiers»

Ci-dessous, plaidoyer de la CENCO auprès de Son Excellence Monsieur Edgar LUNGU, Président de la Zambie et Chairman de la Troïka de la SADC sur la Politique, la Sécurité et la Défense.

EVALUATION DU PROCESSUS ELECTORAL EN REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO

INTRODUCTION

Nous, Evêques membres de la Conférence Episcopale Nationale du Congo (CENCO), en tant que parrains de I’Accord de la Saint-sylvestre (Accord du 31 décembre 2016), sommes préoccupés par l’état actuel du processus électoral de notre pays.

Nous sommes convaincus que, seules les élections crédibles, transparentes, inclusives et apaisées constituent la solution et I’unique voie de sortie pacifique de la crise socio-politique que traverse notre pays depuis 2016.

Considérant l’importance et le rôle de la SADC dans la sous-région, nous voulons partager avec vous, en tant que Chairman de la TroÏka de la SADEC sur la Politique, la Sécurité et la Défense, nos préoccupations concernant l’évaluation du processus électoral en République Démocratique du Congo dans la conviction qu’avec vos collègues de la SADC, vous pouvez aider le Peuple congolais à sortir de cette crise et à gagner le pari de I’organisation des bonnes élections crédibles, transparentes, inclusives et apaisées, le 23 décembre 2018.

I. POINTS POSITIFS

  1. L’existence d’un fichier électoral audité;
  2. Le respect des dates clé du calendrier électoral ;
  3. La publication des listes provisoires des candidats à l’élection des députés provinciaux;
  4. La publication des listes provisoires des candidats à l’élection des députés nationaux ;
    5, La publication des listes provisoires des candidats à l’élection présidentielle;
  5. La désignation du candidat du Front commun pour !e congo (Fcc), plateforme électorale du président de la République en fonction;
  6. Le financement progressif du processus électoral par le Gouvernement congolais
  7. Le début d’affichage des listes électorales provisoires.

II. INQUIETUDES

  1. L’existence d’environ 6 millions d’électeurs enregistrés dans le fichier électoral sans empreintes digitales, ledit enregistrement étant biométrique ;
  2. La détermination de la CENI à utiliser la machine à voter malgré I’absence d’un consensus des parties prenantes ;
  3. La tension croissante du climat socio-politique:

1) faible mise en æuvre des mesures de décrispation de I’espace politique (cas emblématiques: prisonniers et exilés politiques);
2) les dénonciations par quelques parties prenantes de la manipulation de la CENl et des cours et rribunaux par le pouvoir en place ;
3) I’exclusion du processus électoral des quelques acteurs majeurs de I’opposition ;
4) les interdictions, les dispersions, les répressions des marches et manifestations publiques organisées par les partis et regroupements politiques de l’opposition et les mouvements citoyens ;
5) la confiscation des médias publics au profit du pouvoir en place ;

La persistance de I’insécurité, notamment à I’Est de la République Démocratique du Congo ;

Le retard d’inviter les missions internationales d’observation électorale. Pour gagner en transparence et en crédibilité, l’élection requiert le regard de tous ;

L’éventualité de rejeter des élections biaisées par beaucoup de Congolais et par la communauté internationale

III. RECOMMANDATIONS

La CENCO recommande à la SADC d’accompagner le peuple congolais et le processus électoral particulièrement sur les points suivants.

  1. Que Son Excellence Monsieur le Président de la Zambie et Chairman de la Troïka de la SADC sur la Politique, la Sécurité et la Défense, puisse peser de tout son poids pour convaincre le Gouvernement congolais à parachever la mise en æuvre des mesures de décrispation politique selon I’Accord de la Saint Sylvestre et pour la tenue d’élections inclusives et apaisées;
  2. lmpliquer les parties prenantes à trouver le consensus sur la machine à voter/ou à recourir aux bulletins papiers, le cas échéant, comme c’est prévu dans les tlgnes 38, 39 et 40 du calendrier électoral;
  3. Appeler la CENI à la clarification des cas des personnes enregistrées dans le fichier électoral sans empreintes digitales ;
  4. Appuyer I’accréditation des Observateurs électoraux tant nationaux qu’internationaux : du 08 novembre 2018 au 10 décembre 2019 (ligne 42 du calendrier électoral);
  5. Appeler la CENl à faire connaître à la MONUSCO et aux paftenaires de la République Démocratique du Congo les besoins logistiques pour contribuer au déploiement des kits électoraux sur terrain;
  6. Appeler toutes les parties prenantes à la tenue effective d’élections crédibles, transparentes, inclusives et apaisées, le 23 décembre 2018.

CONCLUSION

Si les questions soulevées ci-dessus ne trouvent pas des bonnes réponses, nous risquons, soit de ne pas avoir les élections le 23 décembre 2018, soit d’avoir des élections biaisées. Dans l’un ou l’autre cas, faute d’élections crédibles, inclusives et apaisées, la République Démocratique du Congo risque de basculer dans la violence, voire dans le chaos qui peut embraser toute la sous-région des Grands-Lacs.

Kinshasa,
le 07 SEPTEMBRE 2018

Mgr Fridolin AMBONGO
Archevêque Coadjuteur de Kinshasa
Vice-Président de la CENGO
Mgr Marcel UTEMBI TAPA
Archevêque de Kisangani
Président de la CENCO

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