lundi , 24 septembre 2018
Accueil / International / Europe / France : Macron tient le cap

France : Macron tient le cap

Emmanuel Macron a procédé mardi à un remaniement limité en remplaçant Nicolas Hulot par François de Rugy à l’Écologie et tenant bon sur l’impôt prélevé à la source. Ce troisième remaniement depuis le début du quinquennat s’est avéré plus limité que certains observateurs ne l’avaient prévu. Cela « illustre la logique d’Emmanuel Macron, pour lequel un remaniement n’est pas un jeu de chaises musicales et les ministres ne sont pas interchangeables », a-t-on indiqué dans l’entourage du président. « Ce qui nous importe c’est de garder le cap fixé », a-t-on souligné à l’Elysée.

Confronté à une rentrée agitée, Emmanuel Macron a procédé mardi à un remaniement limité en remplaçant Nicolas Hulot par François de Rugy à l’Ecologie et tenant bon sur l’impôt prélevé à la source, maintenu pour janvier 2019.

Après plusieurs jours d’atermoiements, de critiques et de doutes soulevés par Emmanuel Macron lui-même, Edouard Philippe a assuré que c’était « une bonne réforme ».

Lors d’une réunion à l’Élysée avec Édouard Philippe et le ministre de l’Action et des Comptes publics, Gérald Darmanin, le président Macron a « demandé des clarifications et identifié des améliorations possibles », avait indiqué l’Élysée.

Les tests menés lors de la phase d’essai du prélèvement à la source « n’ont révélé aucun dysfonctionnement », a assuré à l’AFP Gérard Darmanin. « On aura ici ou là des petites difficultés en janvier prochain, c’est normal », mais « il n’y aura pas de bug systématique », a-t-il dit.

Partisans et adversaires de la réforme se disputent sur les risques de bugs, son poids sur les entreprises mais aussi son impact psychologique sur les contribuables, qui verront leur salaire net diminué du fait du prélèvement.

La réforme a été critiquée par le Medef, Les Républicains et La France Insoumise qui prônaient plutôt un mensualisation obligatoire.

« Situation fiscale »

La principale surprise a été l’annonce du départ de Laura Flessel, l’une des personnalités les plus populaires du gouvernement avec Nicolas Hulot. Elle a expliqué qu’elle partait pour « raisons personnelles ». Dans l’après-midi, sa démission a été liée à une enquête ouverte sur sa « situation fiscale », comme l’a affirmé à l’AFP une source proche du dossier en confirmant des informations de Mediapart et du Canard enchaîné. Son entourage a démenti. Edouard Philippe a refusé de commenter, invoquant sur TF1 sa volonté d’avoir « un minimum d’élégance » en respectant « les raisons personnelles qu’elle a invoquées ».

Laura Flessel a défendu son bilan lors de la passation de pouvoir avec Roxana Maracineanu, se disant « fière » notamment de « l’obtention puis la mise sur de bon rails » des jeux Olympiques de Paris-2024.

Ce troisième remaniement depuis le début du quinquennat s’est avéré plus limité que certains observateurs ne l’avaient prévu. Cela « illustre la logique d’Emmanuel Macron, pour lequel un remaniement n’est pas un jeu de chaises musicales et les ministres ne sont pas interchangeables », a-t-on indiqué dans l’entourage du président.

« Ce qui nous importe c’est de garder le cap fixé », a-t-on souligné à l’Elysée.

Aucun changement de politique n’est donc attendu alors que le chef de l’Etat doit faire face à une croissance moins solide que prévu et des difficultés à mettre en œuvre les réformes annoncées.

Dans un contexte maussade, auquel s’ajoutent les suites de l’affaire Benalla, il enregistre une chute spectaculaire de dix points, avec seulement 31% des Français qui approuvent son action, dans un sondage Ifop publié mardi pour Paris-Match et Sud Radio.

« Soyons disruptifs! »

Pour succéder à Nicolas Hulot, le choix de François de Rugy s’est « cristallisé » à la fin de la semaine dernière au milieu d’une dizaine d’autres spécialistes de l’Environnement comme Pascal Canfin, Ségolène Royal ou Chantal Jouanno.

Le président de l’Assemblée nationale est considéré comme une personnalité sûre pour l’exécutif. Agé de 44 ans, il avait rompu en août 2015 avec EELV avant de soutenir Emmanuel Macron durant la campagne présidentielle et de s’encarter LREM.

Il « a été choisi car il est à la fois une personnalité politique dont l’engagement écologique est reconnu de longue date, qu’il a la stature d’homme d’Etat, et qu’il partage les convictions politiques, et en matière d’environnenment, du président », a-t-on fait valoir à l’Elysée.

En quittant son ministère, Nicolas Hulot, qui n’a pu retenir ses larmes, a déclaré que sa démission était « un signal de mobilisation » face à « l’état d’urgence écologique ». « Soyons disruptifs, soyons inventifs, soyons créatifs, soyons unis », a-t-il lancé, les larmes aux yeux.

François de Rugy, stoïque, a lui répondu en affirmant « son engagement » à mener « une politique de transformation », « pas de statu quo ».

Mais l’eurodéputé EELV Yannick Jadot a mis en garde son ancien camarade sur Twitter: « Souhaitons-nous à tous qu’il résiste aux lobbies des pesticides, du nucléaire, de la chasse… Notre présent et notre avenir en dépendent! »

Le patron de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, a raillé le « ministre des apparences écologiques ». A droite, on dénonce « la cacophonie à tous les étages ». « Les ministres populaires – Hulot, Flessel – s’en vont, des ministres-clés – Darmanin, Collomb – sont démonétisés », a déclaré à l’AFP le vice-président des Républicains (LR), Damien Abad.

De source parlementaire, la nomination de François de Rugy ouvre la voie à Richard Ferrand, patron des députés LREM, pour s’installer à la présidence de l’Assemblée nationale dès mercredi 12, à l’issue d’élections pour ce poste.

IMPÔT SUR LE REVENU SERA PRÉLEVÉ À LA SOURCE AU 1ER JANVIER 2019

« L’impôt sur le revenu sera prélevé à la source au 1er janvier 2019 », a confirmé mardi à TF1 le Premier ministre Édouard Philippe, après une semaine d’hésitations de l’exécutif.

« Nous avons travaillé d’arrache-pied depuis des mois pour faire en sorte que cela soit possible », a ajouté le chef du gouvernement, qualifiant de « bonne réforme » le prélèvement direct de l’impôt sur le bulletin de paie.

Edouard Philippe ne « croit pas » à un effet psychologique de la réforme sur les Français, qui pourraient la considérer comme « un ralentisseur de croissance ».

Le chef du gouvernement a mis en avant l’avantage de ne pas payer l’impôt avec un an de décalage, comme c’est le cas actuellement, en cas notamment de baisse de revenu.

« Un exemple pour celui qui part à la retraite, il payait beaucoup d’impôts a un moment où ses revenus baissaient un peu », a expliqué le Premier ministre.

A l’avenir « l’impôt va être plus simple et va mieux suivra sa situation à l’instant T », a-t-il promis.

Il a d’autre part assuré que la mise en oeuvre du prélèvement à la source (PAS), qui interviendra pour la première fois sur les bulletins de paie de janvier 2019, ne pénaliserait pas en terme de trésorerie ceux qui bénéficient d’abattements.

« Nous avons fait en sorte que tous ceux qui font des dons aux associations, qui bénéficient d’une réduction d’impôt, que tous ceux qui s’inscrivent dans ce type de démarches puissent bénéficier en trésorerie de la réforme », a dit Edouard Philippe.

« Ca veut dire qu’il n’y aura pas de perdants en trésorerie dans la réforme que nous mettons en oeuvre », a assuré le chef du gouvernement.

Avant de mettre en oeuvre cette réforme déjà repoussée d’un an, Emmanuel Macron avait dit la semaine dernière « besoin d’une série de réponses très précises et d’être sûr de ce que nos concitoyens vivront le jour où on le mettra en place si on le met en place ».

L’opposition de droite mais aussi Jean-Luc Mélenchon ont dit leur opposition au prélèvement à la source, tandis que les organisations patronales sont opposées à ce que les employeurs collectent l’impôt, soulignant le coût de la mesure en particulier pour les PME.

FRANÇOIS DE RUGY : UN CV ÉCOLO MAIS QUELLE POLITIQUE ?

Prudence de rigueur. Les défenseurs de la transition écologique reconnaissaient mardi un véritable engagement écolo à François de Rugy, nommé pour remplacer Nicolas Hulot, tout en s’interrogeant sur sa capacité à peser sur le gouvernement.

« Ministre de la Transition écologique et solidaire ». Le titre lourd de sens voulu par son célèbre prédécesseur reste le même. Le vaste périmètre du ministère aussi, de l’Energie aux Transports. Mais au-delà des symboles le nouveau titulaire fera-t-il la différence?

« On saura rapidement s’il est à la hauteur des espoirs », estime Allain Bougrain Dubourg, président de la Ligue de protection des oiseaux, alors que des dossiers brûlants devront être tranchés prochainement: la feuille de route énergétique de la France, la loi mobilités et le plan vélo, les arbitrages budgétaires pour le plan biodiversité… avant la réforme de la Politique agricole commune.

Dès mardi, des déclarations passées de François de Rugy ont refait surface. Comme lors de la primaire initiée par le PS en 2017 où il se distinguait en prônant une sortie progressive du nucléaire d’ici 2040 et 100% d’énergie renouvelable en 2050.

« On n’a aucun doute sur ses convictions, mais est-ce qu’il aura le poids suffisant pour réussir là où Nicolas Hulot n’a pas réussi, c’est-à-dire à surmonter les oppositions des différents lobbies? », s’interroge Jean-Louis Bal, président du Syndicat des énergies renouvelables.

« Va-t-il suivre ses convictions personnelles et annoncer la fermeture de centrales, la réduction de la part du nucléaire, ou va-t-il suivre la position d’Emmanuel Macron et Edouard Philippe qui consiste plutôt à aller dans la direction opposée?, » renchérit Jean-François Julliard, de Greenpeace.

François de Rugy a pour lui son poids au sein de LREM et un savoir-faire politique.

C’est « un écologiste légitime, tout à fait macroniste et il a un avantage majeur: il peut s’appuyer sur l’Assemblée nationale, ce que Nicolas Hulot n’a pas réussi à faire », a relevé Corinne Lepage, ex-ministre de l’Environnement, sur BFMTV.

« Un Macron écologiste ! »

« Tout le problème est de savoir ce qu’entendent faire le président et le gouvernement », souligne aussi Géraud Guibert, du think tank La Fabrique écologique. « Est-ce que les différents appels qui se sont multipliés ces derniers jours (en faveur de la transition écologique) les amèneront à avancer de manière plus offensive sur un certain nombre d’arbitrages ? »

Depuis la démission de Nicolas Hulot il y a une semaine, les appels à (ré)agir abondent. Comme celui de 100 chercheurs, économistes, politiques réclamant « d’urgence un grand programme d’investissement public » pour amorcer un développement vert riche en emplois. Ou celui de 200 artistes signant une tribune dans le Monde pour sauver la planète.

Parmi les signataires de « l’appel des 100 », la négociatrice climat Laurence Tubiana. Jusqu’à présent, « il n’y a pas d’alignement des ministères sur un objectif, par exemple de compatibilité avec l’accord de Paris ou avec la protection de la biodiversité. Or il faut une feuille de route, avec une négociation, des compromis, mais une cohérence dans tous les secteurs du gouvernement », note-t-elle.

Et au niveau européen, sur la question du climat, « la France a un rôle très important à jouer, on a besoin d’un Emmanuel Macron écologiste! »

En attendant, plusieurs initiatives de la société civile ont vu le jour depuis la démission de Nicolas Hulot, appelant sur la toile à « prendre le relais ».

« Qui j’ai pour me défendre? », demandait dans son réquisitoire, le ministre démissionnaire. « Est-ce que j’ai une société qui descend dans la rue pour défendre la biodiversité? Est-ce que j’ai une formation politique? »

« Peu importe le nom du ministre, la société civile a la responsabilité de se mobiliser pour contraindre les gouvernements, et nos institutions, à enfin agir », a souligné mardi l’ONG 350.org, qui oeuvre à la fin des investissements dans les énergies fossiles, donnant rendez-vous le 8 septembre pour des marches pour le climat partout en France.

Quant aux chasseurs, qui ont achevé de décourager Hulot, leur fédération s’est félicitée de l’arrivée d’un ministre « pragmatique », et surtout du maintien du secrétaire d’Etat Sébastien Lecornu, à la manoeuvre sur leur dossier.

(avec Afp)

A lire aussi

Alibaba : Le départ du boss

Le multimilliardaire chinois Jack Ma, qui a placé son pays à la pointe du commerce …

Laisser un commentaire