lundi , 24 septembre 2018
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Criminalité en Allemagne : Que disent les statistiques policières ?

L’extrême droite allemande mène une campagne très active pour dénoncer la hausse de l’insécurité dont seraient responsables les étrangers. La criminalité globale en Allemagne est en réalité en recul, et même assez fortement. Mais dans le même temps, les crimes violents commis par les étrangers sont en hausse.

L’extrême droite allemande mène une campagne très active pour dénoncer la hausse de l’insécurité dont seraient responsables les étrangers, suite au meurtre d’un Allemand à Chemnitz pour lequel un demandeur d’asile irakien est soupçonné.

Que disent les statistiques policières? La criminalité globale en Allemagne est en réalité en recul, et même assez fortement. Mais dans le même temps, les crimes violents commis par les étrangers sont en hausse.

Les chiffres officiels

Dans un rapport publié en mai, le ministre de l’Intérieur allemand Horst Seehofer, pourtant grand pourfendeur de la décision de la chancelière d’ouvrir les portes de l’Allemagne à plus d’un million de réfugiés en 2015 et 2016, se félicitait que le nombre d’attaques physiques aux personnes ou aux biens ait atteint en 2017 son « plus bas niveau historique depuis 1992 », c’est-à-dire depuis que sont compilées des statistiques pour l’Allemagne réunifiée. En 2017, la police a recensé 5.761.984 actes criminels, un recul net de 5,1% par rapport à 2016.

Lien entre crise migratoire et délinquance ?

En 2014, dernière année avant le début de la « crise migratoire » marquée par l’arrivée de plus de trois millions de demandeurs d’asile au total dans l’ensemble de l’Union européenne depuis 2015, il y avait 6.082.064 actes criminels recensés en Allemagne, soit plus qu’en 2017. Selon une enquête détaillée de la police judiciaire allemande (BKA) pour le compte du quotidien Die Welt publiée au cours du week-end, les actes de délinquance et criminalité commis par les étrangers (dont une forte proportion de demandeurs d’asile) ont reculé l’an dernier de 2,7% par rapport à 2016.

Proportion des étrangers

La proportion d’étrangers parmi les personnes suspectées d’actes criminels a augmenté: le chiffre était de 28,7% en 2014, il a atteint 40,4% en 2016 avant de redescendre à près de 35% en 2017, soit plus qu’avant la crise migratoire, selon le rapport du ministère de l’Intérieur.

Les crimes les plus violents

Au-delà des statistiques globales, lors de l’examen des chiffres des crimes les plus violents, les attaques physiques aux personnes et notamment les homicides, les chiffres montrent une progression de ceux commis par des étrangers, selon l’enquête de Die Welt. Le nombre de ressortissants allemands tués par des étrangers a crû au cours des trois dernières années, à 83 l’an dernier (sur un total d’homicides de 731), contre 62 et 52 au cours des deux précédentes années. Ce sont ces actes, et notamment les homicides commis à l’arme blanche, dont se saisit régulièrement l’extrême droite pour dénoncer la politique migratoire d’Angela Merkel, comme à Chemnitz ou à Kandel, où un jeune demandeur d’asile a été condamné lundi pour le meurtre d’une adolescente de 15 ans.

8 ANS DE PRISON POUR MEURTRE POUR UN MIGRANT POUR LE MEURTRE D’UNE ADOLESCENTE

La justice allemande a infligé lundi une peine de 8 ans et demi de prison ferme à un migrant pour le meurtre d’une adolescente, dont s’est saisie l’extrême droite, comme à Chemnitz, pour faire campagne contre les étrangers.

Le jeune demandeur d’asile débouté, qui affirme être afghan mais dont la nationalité n’a pu être établie avec certitude, risquait jusqu’à 15 ans de prison dans ce procès qui s’est déroulé devant le tribunal de Landau, dans le sud-ouest de l’Allemagne près de la frontière française.

Il avait tué fin 2017 son ex-petite amie dans une supérette de la ville de Kandel de plusieurs coups de couteau à pain, acheté sur place.

Il a reconnu les faits et exprimé des remords durant l’audience. L’accusation estime que jeune homme arrivé seul en Allemagne a agi par « jalousie » après que l’adolescente l’eut quitté.

Identifié comme Abdul D., le jeune demandeur d’asile a comparu devant une juridiction pour mineurs et du coup à huis clos, car il a affirmé avoir eu 15 ans au moment des faits. Un expert a évalué, lui, son âge à entre 17 et 20 ans.

L’extrême droite allemande a pris prétexte de cet homicide pour dénoncer depuis des mois la criminalité des migrants en Allemagne et dénoncer la politique d’Angela Merkel à leur égard, en organisant rassemblements et campagne d’affiches.

Elle le fait aussi depuis une semaine dans la ville de Chemnitz dans l’ex-RDA, suite à la mort d’un Allemand de 35 ans, tué de plusieurs coups de couteau.

Dans cette affaire, la justice a arrêté un demandeur d’asile irakien et un complice présumé syrien.

MATTEO SALVINI MET EN CAUSE ANGELA MERKEL

Le ministre italien de l’Intérieur a mis en cause lundi soir Angela Merkel et sa politique migratoire dans les violences d’extrême droite à Chemnitz en Allemagne, où 65.000 personnes ont assisté à un concert contre la xénophobie.

« Angela Merkel a sous-estimé le risque de tensions sociales ces dernières années lorsqu’elle a affirmé qu’il y avait de la place pour des centaines de milliers de ces gens en Allemagne », a jugé Matteo Salvini à propos des incidents survenus dans la ville, dans une interview diffusée lundi soir par la chaîne de télévision publique allemande Deutsche Welle.

La poussée de l’extrême droite allemande est une « réaction claire » à l’erreur de jugement de la chancelière allemande et de son gouvernement sur la capacité du pays à accueillir des réfugiés, a ajouté ce tenant d’une ligne très ferme à l’égard des réfugiés en Europe.

« C’est la réponse que beaucoup d’Allemands mécontents cherchent à donner », a encore ajouté le vice-chef du premier gouvernement populiste d’un pays fondateur de l’Union européenne.

Avec cette mise en cause, Chemnitz s’invite dans la controverse plus large en Europe opposants les partisans de la plus grande fermeté sur l’immigration, en Italie et en Europe de l’Est notamment, et les tenants d’une ligne plus modérée incarnée par la chancelière allemande et le président français Emmanuel Macron.

En Allemagne, après les débordements à répétition illustrés notamment par des « chasses » à l’étranger dans Chemnitz, suite au meurtre d’un Allemand à l’arme blanche dont un demandeur d’asile irakien est soupçonné, la mobilisation des adversaires de l’extrême droite se fait lentement sentir.

Lundi soir dans cette ville devenu l’épicentre de la contestation contre les migrants et Angela Merkel, environ 65.000 personnes ont assisté à un concert rock contre le racisme, sous le mot d’ordre « Nous sommes plus nombreux ».

Un événement soutenu par les plus hautes autorités de l’Etat, le président allemand Frank-Walter Steinmeier ou le chef de la diplomatie Heiko Maas.

Par la voix de son porte-parole, la chancelière allemande a exhorté les Allemands à se lever contre « la haine », visant à ses yeux non seulement les étrangers, mais aussi les responsables politiques et la presse.

Le concert gratuit était animé par des groupes locaux et nationaux.

« Il ne s’agit pas ici d’une bataille gauche contre droite mais d’une évidence, et ce peu importe votre couleur politique : s’opposer à une foule d’extrême droite qui devient violente », a expliqué Campino, chanteur vedette du groupe Toten Hosen, très célèbre en Allemagne.

« Il est très important que nous arrêtions ce mouvement tant que c’est encore une boule de neige et avant que cela ne devienne une avalanche », a ajouté le chanteur, expliquant sa présence « en tant que citoyen » et non chanteur.

Les habitants de la ville ont aussi été invités via les réseaux sociaux à participer à une « manifestation aux fenêtres » en suspendant à leur balcon des messages de tolérance.

Samedi, des violences en marge d’une manifestation à l’appel de l’extrême droite ayant rassemblé 8.000 personnes et d’un rassemblement de gauche avaient fait 18 blessés.

Son ancien petit-ami, Abdul D., un demandeur d’asile affirmant venir d’Afghanistan, a été condamné lundi pour ces faits à huit ans et demi de prison. Il devrait être expulsé au terme de sa détention.

La mobilisation anti-migrants porte en tout cas ses fruits électoralement à l’extrême droite: selon les derniers sondages, l’AfD est en progression dans les intentions de vote à environ 16% et en troisième position, juste derrière le parti social-démocrate qui n’est, lui, qu’à 17%.

L’extrême droite, portée par le parti Alternative pour l’Allemagne (AfD), première force d’opposition à la chambre des députés à Berlin, s’est saisie de cet homicide de Chemnitz pour relancer ses critiques contre les migrants et la politique d’Angela Merkel à leur égard. La chancelière est accusée d’avoir fait grimper l’insécurité dans le pays en accueillant en 2015 et 2016 plus d’un million de demandeurs d’asile.L’AfD mène aussi depuis des mois campagne au sujet du meurtre d’une adolescente de 15 ans fin 2017 dans une supérette de la ville de Kandel, dans le sud-ouest du pays, près de la frontière française.

(avec Afp)

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