lundi , 24 septembre 2018
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Incendie d’un musée au Brésil : Pouvoirs publics mis en cause

Au lendemain de l’incendie d’un joyau du patrimoine brésilien, le Musée national de Rio de Janeiro, parti en fumée, une journée de colère a culminé lundi par une manifestation monstre dénonçant la négligence des pouvoirs publics.

Dans le centre de Rio, la place Cinelandia était noire de monde en fin d’après-midi, plusieurs milliers de personnes, dont beaucoup d’étudiants en art, manifestant leur indignation contre ce que les dirigeants du musée eux-mêmes ont considéré comme une « tragédie annoncée ».

En fin de matinée, près de 500 étudiants et chercheurs liés au musée, la plupart vêtus de noir, s’étaient rassemblés devant les décombres encore fumants, formant une chaîne humaine pour « enlacer » l’ancien palais impérial du XIXe siècle.

Auparavant, des manifestants avaient jeté des pierres sur les policiers et forcé l’entrée de l’enceinte du Musée, a constaté un photographe de l’AFP. Certains scandaient « Dehors Temer! » à l’adresse du président brésilien.

« Il ne suffit pas de pleurer. (…) Il faut que la population soit indignée. Une partie de cette tragédie aurait pu être évitée », a lancé Alexandre Keller, directeur du musée.

« Le gouvernement doit aider le musée à reconstruire son histoire », a-t-il ajouté, pointant du doigt les coupes budgétaires pour la conservation du musée.

Le président Michel Temer a annoncé dans un communiqué la création d’un fonds financé par un groupe d’entreprises publiques et privées pour permettre « la reconstruction du musée dans les plus brefs délais ».

Le ministre de l’Éducation Rossieli Soares a par ailleurs affirmé à des journalistes que 10 millions de réais (environ 2,07 millions d’euros) seraient débloqués de façon « immédiate » et qu’une aide internationale serait sollicitée.

L’Unesco a déploré « la plus grande tragédie de ces derniers temps pour la culture brésilienne » et a dénoncé « la fragilité des mécanismes de préservation des biens culturels » dans le pays.

« Seuls 10% préservés »

Considéré comme le plus grand musée d’histoire naturelle d’Amérique Latine, le Musée national, qui a célébré en juin son bicentenaire, abritait environ 20 millions de pièces de valeur inestimable et une bibliothèque de plus de 530.000 titres.

Parmi les pièces inestimables carbonisées, une collection égyptienne, une autre d’art et d’artéfacts gréco-romains, des collections de paléontologie comprenant le squelette d’un dinosaure trouvé de la région de Minas Gerais, ainsi que le plus ancien fossile humain découvert au Brésil, « Luzia ».

Un des seuls vestiges préservés est l’énorme météorite de plus de cinq tonnes qui trône toujours devant l’entrée, désespérément seule au milieu des cendres et des murs calcinés.

« Les seules choses qui ont pu être sauvées sont quelques céramiques, la métérorite et quelques pierres », a expliqué la directrice adjointe du Musée, pour qui seulement « 10% » des collections ont été préservées.

« Catastrophe indescriptible »

« Je suis venu dire au revoir », a commenté sobrement un étudiant qui participait à la manifestation, avant d’enlacer un collègue, comme lui ému aux larmes.

« C’est le Brésil tout entier qui part en fumée, c’est une catastrophe indescriptible pour ceux qui défendent l’histoire et la culture », a déclaré à l’AFP Valeria Rivera, technicienne de restauration, qui travaillait au musée depuis 2012.

Plombé par une dette publique abyssale et des scandales de corruption à répétition, le Brésil, qui sort timidement d’une récession historique, a effectué ces derniers mois de nombreuses coupes budgétaires dans les secteurs de la recherche, de la culture et de la science.

Le ministre de la Culture Sergio Sa Leitao a reconnu que « la tragédie aurait pu être évitée » et que « les problèmes s’étaient accumulés au fil du temps » pour l’établissement.

L’incendie du Musée national a également suscité l’émotion en dehors du Brésil.

« L’incendie du musée de Rio est une tragédie. C’est une histoire et une mémoire majeures qui partent en cendres. La France mettra ses experts au service du peuple brésilien pour aider à la reconstruction », a réagi sur Twitter le président français Emmanuel Macron.

En 1978, un incendie dramatique avait déjà dévasté le Musée d’Art Moderne de Rio, carbonisant notamment plusieurs toiles de Miro et de Picasso.

LUZIA, FOSSILE HUMAIN DE 12.000 ANS, RÉDUITE EN CENDRES À RIO

La « première Brésilienne » dont on ait retrouvé la trace, Luzia, est partie en fumée à mesure que son fossile datant de 12.000 ans se consumait dans l’incendie qui a ravagé dimanche soir le Musée national de Rio de Janeiro.

« Luzia est une perte inestimable pour tous ceux qui s’intéressent à la civilisation », a déclaré à l’AFP Paulo Knauss, directeur du Musée historique national, autre haut lieu du patrimoine brésilien.

Joyau de la collection du Musée national, qui comptait plus de 20 millions de pièces de valeur, Luzia est le premier fossile humain découvert au Brésil, en 1970, dans l’Etat de Minas Gerais (sud-ouest), lors d’une mission dirigée par l’anthropologue française Anette Laming-Emperaire.

À partir de son crâne, des chercheurs de l’Université de Manchester, en Grande-Bretagne, sont parvenus à réaliser une reconstitution numérique de son visage, qui a inspiré une sculpture exposée au musée.

« Luzia est morte dans l’incendie », a déploré Katia Bogea présidente de l’Institut du Patrimoine artistique national (Iphan), citée par le quotidien Estado de S.Paulo.

Elle dénonce une « mort annoncée », pointant du doigt les fortes coupes budgétaires qui affectent la préservation du patrimoine brésilien.

Pour Paulo Knauss, ce manque de moyens est dû « à une crise institutionnelle, une crise de valeurs » qui touche le pays depuis plusieurs années.

« C’est un problème ancien, mais il faut arrêter de parler au passé, et penser à l’avenir, (…) pour inverser un processus qui nous fait honte face aux prochaines générations », conclut-il.

Considéré comme le principal musée d’histoire naturelle d’Amérique Latine, le Musée national de Rio de Janeiro, qui a célébré son bicentenaire en juin, était notamment réputé pour la richesse de ses collections de paléontologie.

L’ancien palais impérial abritait le squelette d’un dinosaure trouvé dans le Minas Gerais ainsi que 26.000 fossiles d’autres espèces disparues, comme le tigre à dents de sabre.

JOYAU CULTUREL DU BRÉSIL

Un énorme incendie a ravagé dimanche le Musée National de Rio de Janeiro, un sinistre qualifié de « tragédie pour la culture », mais sans qu’aucune victime n’ait été signalée jusqu’à présent.

Le feu, d’origine encore inconnue, a débuté vers 19h30 locales (22h30 GMT) alors que le musée était fermé au public, réduisant en cendres des collections et des archives de grande valeur, ont indiqué les médias brésiliens.

« Jusqu’à présent, il n’y a pas de rapports faisant état de victimes. Il (le feu) s’est propagé très rapidement. Il y a beaucoup de matières inflammables » dans le musée, a indiqué à l’AFP un porte-parole des pompiers de Rio de Janeiro.

Les images aériennes de TV Globo montrent le majestueux bâtiment, d’une superficie de 13.000 mètres carrés dans la partie nord de Rio de Janeiro, ravagé par d’immenses flammes pendant des heures.

Malgré l’envoi rapide de pompiers, le feu a gagné les centaines de salles du musée, détruisant tout sur son passage. Après plus de trois heures et demie de lutte, les pompiers n’ont toujours pas réussi à contenir l’incendie, a constaté un photographe de l’AFP.

Créé par le roi Jean VI et ouvert en 1818, le Musée National compte parmi les musées les plus anciens et les plus prestigieux du Brésil. Cette institution culturelle et scientifique d’Amérique latine possède plus de 20 millions de pièces de valeur.

Joyau culturel

Le site internet du Musée National détaille les oeuvres présentes dans le bâtiment: une collection égyptienne, une autre d’art et d’artéfacts gréco-romains, des collections de paléontologie comprenant un squelette d’un dinosaure trouvé dans la région de Minas Gerais ainsi que le plus ancien fossile humain découvert au Brésil, connu sous le nom de « Luzia ».

« Aujourd’hui est un jour tragique pour le Brésil. Deux cents ans de travail, de recherche et de connaissance ont été perdus », a déclaré le président Michel Temer dans un communiqué de presse.

Le directeur adjoint du musée, Luiz Fernando Dias Duarte, a confié qu’il ressentait « un profond découragement » et « une immense colère ». « Toutes les archives historiques, qui étaient conservées dans un secteur intermédiaire du bâtiment, ont été complètement détruites. Ce sont 200 ans d’histoire qui ont disparu », a-t-il déploré.

M. Dias Duarte a accusé les autorités brésiliennes de « manque d’attention » et a souligné qu’il n’y a jamais eu de « soutien efficace et urgent » à une adaptation du palais, ancienne résidence officielle de la famille royale et impériale.

Le ministre de la Culture Sergio Sa Leitao, a reconnu plus tard que « la tragédie aurait pu être évitée » et que « les problèmes s’étaient accumulés au fil du temps » pour l’établissement.

Il indiqué qu’en 2015, sous l’ancienne présidente de gauche Dilma Rousseff, le musée été « fermé faute de ressources pour son entretien ».

Lié à l’Université fédérale de Rio de Janeiro (UFRJ), l’institution a subi des coupes budgétaires.

Alors que les flammes consumaient ce joyau de la culture brésilienne, la tristesse s’est mêlée à l’indignation des chercheurs, des professeurs et des étudiants.

Certains d’entre eux ont appelé à une manifestation de protestation lundi devant le bâtiment détruit.

L’incendie « est une tragédie pour la culture », a témoigné à TV Globo le directeur d’un autre musée brésilien, le Musée historique national, Paulo Knauss.

Le sénateur Lindenbergh Farias du Parti des travailleurs (PT, à gauche) a dénoncé le manque de moyens pour soutenir le musée et a fait le lien avec les réductions de dépenses ordonnées par le gouvernement.

(avec Afp)

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