lundi , 24 septembre 2018
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Argentine : Dépréciation vertigineuse du peso

Les Argentins ont les nerfs à vif après une semaine de dépréciation vertigineuse du peso. Ils ont vécu et souffert la crise économique de 2001, qui a plongé dans la pauvreté des millions de personnes, et redoutent une issue semblable. Le gouvernement et les économistes excluent une grave crise économique. Le gouvernement argentin a annoncé lundi un plan d’austérité comprenant notamment la suppression de plusieurs ministères et une hausse des taxes aux exportations, afin d’atteindre l’équilibre budgétaire en 2019 et de stabiliser son économie.

« Je crains bien que nous allons droit vers une nouvelle crise. C’est la répétition de ce qui s’est passé au début des années 2000 : dévaluation, inflation, licenciements, la soi-disant aide du FMI, l’endettement massif, on a déjà vu ça et cela a été douloureux », témoigne Luciana Dominguez, 29 ans, fonctionnaire dans un ministère.

Le pays suit au quotidien, et avec inquiétude, la cotation de sa monnaie. Reflet de l’angoisse générale, une enseignante d’une école publique de Buenos Aires a interrompu jeudi un contrôle écrit pour annoncer à ses élèves de 13/14 ans: « le dollar a dépassé la barre des 40 pesos », avec un air alarmé.

Lundi, un dollar s’échangeait contre 31 pesos, et vendredi il fallait 38 pesos pour un dollar, soit une dépréciation de 17%, après une pointe à 41 pesos jeudi.

Depuis janvier, le peso s’est effondré, perdant 50% face au dollar, monnaie refuge par temps d’incertitude.

Dans le restaurant qu’elle administre dans le centre de Buenos Aires, Marisabel Escudero, 31 ans, assure que « toutes les discussions tournent autour du peso ». Elle s’apprête à augmenter les prix de sa carte.

Dans beaucoup de restaurants, le prix des plats sur la carte est écrit sur un auto-collant, car les prix évoluent très souvent.

Lors de la crise de 2001 et le défaut de paiement en raison d’un niveau d’endettement insoutenable, les retraits d’argents liquide étaient limités à l’équivalent de 250 dollars par semaine.

« Peut-être qu’aujourd’hui on n’en est pas là, mais cette crise de confiance dans le peso génère de l’incertitude », observe le patron d’un magasin de vêtement Diego Kopushián. Pour limiter la masse salariale, il a débauché ses employés et travaille avec sa soeur.

De nombreux magasins, restaurants et entreprises ont fermé ces derniers mois, avec leur cortège de licenciements.

La consommation a tellement chuté que le géant américain de la grande distribution Wal Mart a vendu une douzaine d’hypermarchés.

« Tous les Argentins sont affectés. La dévaluation du peso se reporte sur les prix, car l’économie est dollarisée. Dans quelques jours tous les prix vont augmenter, l’essence le pain, la viande, le gaz. Cette crise m’inquiète », se lamente Lucas Perez Torres, un comptable retraité de 67 ans.

Le teint halé en plein hiver austral, le retraité vient de passer l’été à Nuremberg, en Allemagne, où vit son fils. « Avec la réforme des retraites, avec l’ancien système j’aurais reçu 14% de plus par mois, mon pouvoir d’achat diminue de manière continue. Heureusement que je suis propriétaire ».

« Avant, je voyageais souvent, poursuit-il. Mais un voyage comme ça, je ne pourrai jamais plus me le payer ».

Jeudi et vendredi, les agences de voyage ont suspendu les ventes de billets d’avion et de séjour à l’étranger, en raison de la volatilité du taux de change, attendant que le peso se stabilise.

Les Argentins touchent leur salaire en pesos, mais dès qu’ils peuvent épargner ils achètent des dollars, pour se protéger de l’inflation endémique du peso, qui fond comme neige au soleil.

Noelia Sanabria, une Paraguayenne de 50 ans, avait l’habitude d’envoyer chaque mois à sa famille 300 à 400 dollars sur les 15.000 pesos qu’elle gagne chaque mois comme femme de ménage dans un quartier chic de Buenos Aires. « Avec un dollar à 40 pesos, dit-elle, je ne sais plus pourquoi je travaille. Aujourd’hui, je n’ai pu envoyer que 200 dollars ».

Pendant la crise de 2001, « nous avons perdu tous nos client en une semaine », se souvient Esteban Martucci, directeur de l’agence de publicité Oil Studio, qui avait alors quitté l’Argentine.

Il emploie douze personnes mais pense surmonter la crise car il dispose de clients dans d’autres pays d’Amérique latine qui paient en devise.

« On en vient à penser que les crises sont naturelles. On ne les désire pas, mais on les sent venir. Les changements dont le pays a besoin n’ont pas été faits », dit-il, en référence au déficit budgétaire chronique, qui génère de l’inflation.

Cette semaine, des « cacerolazos », les concerts de casseroles fréquents pendant la crise de 2001, ont retenti dans plusieurs villes d’Argentine pour dénoncer la hausse des prix et la perte de pouvoir d’achat. Une grève générale est programmée pour le 25 septembre. Le gouvernement se veut rassurant, mais l’inquiétude grandit.

LE GOUVERNEMENT ANNONCE UN PLAN D’AUSTÉRITÉ

L’Argentine a annoncé lundi un plan d’austérité comprenant notamment la suppression de plusieurs ministères et une hausse des taxes aux exportations, afin d’atteindre l’équilibre budgétaire en 2019 et de stabiliser son économie, confrontée à un effondrement du peso.

« Cette crise, ce n’est pas une crise de plus, elle doit être la dernière. Nous avons tout pour nous en sortir », a déclaré le président argentin de centre-droit Mauricio Macri, dans un message enregistré.

Depuis le début de l’année, le peso a perdu 50% de sa valeur face au dollar et la banque centrale a engagé des mesures drastiques et coûteuses pour freiner cette dégringolade.

Cette annonce intervient à la veille d’une réunion mardi à Washington où l’Argentine va solliciter au Fonds monétaire international (FMI) une accélération du programme d’aide à la troisième économie d’Amérique latine.

« Nous devons faire face à un problème de base : ne pas dépenser plus que ce que nous avons, nous devons tous faire les efforts pour équilibrer les comptes de l’État », a exhorté Mauricio Macri. « Nous allons demander leur contribution à ceux qui en ont la plus grande capacité : ceux qui exportent ».

« Nous savons que c’est une mauvaise taxe, mais je vous demande de comprendre que c’est une urgence », a-t-il dit à l’adresse des riches exportateurs agricoles.

Mauricio Macri s’est par ailleurs voulu rassurant: « Nous affrontons les difficultés de la meilleure manière. On va surmonter la crise en prenant soin des plus nécessiteux ».

Il a promis « le renforcement des allocations, les programmes alimentaires et le plafonnement du prix de certains produits de base ».

Inflation de 30%

Plusieurs ministères seront supprimés, ce qui se traduira par une baisse de budget et d’effectifs.

Après l’intervention du président, le ministre de Economie Nicolas Dujovne a précisé les mesures: le nouvel objectif sera de parvenir à l’équilibre budgétaire dès 2019, alors que l’objectif pour 2019 était de 1,3% dans le cadre de l’accord avec le FMI conclu en juin, qui comprend un prêt de 50 milliards de dollars.

Alors que le déficit était passé de 6% en 2015 à 3,9% en 2017, le gouvernement s’était engagé auprès du FMI à le réduire à 2,7% cette année, 1,3% en 2019, et de parvenir à l’équilibre en 2020.

« L’Argentine traîne depuis 70 ans un déficit chronique. En réduisant le déficit budgétaire, la nécessité d’émettre de la dette diminue. L’unique manière de construire un pays stable et d’éradiquer la pauvreté, est d’assainir nos comptes publics », a souligné le ministre, reconnaissant que « des erreurs » avaient été commises.

Le gouvernement avait déjà pris des mesures pour réduire le déficit budgétaire, qui alimente l’inflation. Celle-ci dépassera les 30% en 2018.

M. Dujovne doit s’envoler lundi soir pour Washington. Mardi, il a rendez-vous avec la directrice générale du FMI Christine Lagarde pour négocier une révision de l’accord signé en juin entre l’Argentine et le Fonds monétaire international.

Depuis l’attribution d’un prêt de 50 milliards de dollars, dont la première tranche de 15 milliards a déjà été versée à Buenos Aires et en partie consommée, la fragile économie argentine s’est encore dégradée.

La crise monétaire s’est aggravée en août. La semaine dernière, le peso a chuté de 17%, avant de se ressaisir vendredi.

En plus de la crise monétaire et de l’inflation élevée, l’économie tourne au ralenti. Le gouvernement prévoit une récession de 1% en 2018, après une croissance de près de 3% en 2017.

La baisse du pouvoir d’achat est généralisée dans ce pays de 41 millions d’habitants, où les mécanismes de revalorisation des salaires ont dans la plupart des cas un temps de retard sur l’inflation. Une grève générale est annoncée pour le 25 septembre.

(avec Afp)

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