mercredi , 14 novembre 2018
Accueil / Afrique / Invalidation de Bemba : Kinshasa est restée calme
Jean-Pierre BEMBA, lors d'un entretien dans un hotel bruxellois, Juillet 2018.
Jean-Pierre BEMBA, lors d'un entretien dans un hotel bruxellois, Juillet 2018.

Invalidation de Bemba : Kinshasa est restée calme

Dernière mise à jour, le 12 septembre 2018 à 11:22

Pendant un peu plus d’une semaine d’attente des conclusions de la Haute Cour, l’encre des analystes de la situation actuelle en RD Congo n’a pas séché. Chacun y est allé de sa prospection. Et même de sa circonspection. Nombreuses ont été des personnes qui ont cru qu’un Arrêt de la Cour constitutionnelle en défaveur de Jean-Pierre Bemba, par exemple, occasionnerait des manifestations spontanées dans les rues de la capitale. Il se trouve cependant, qu’après le verdict de la Haute Cour mardi 3 septembre, le ciel n’est pas tombé sur la tête des Kinois. Bien au contraire. La ville de Kinshasa est demeurée calme comme si rien ne s’était passé.

Pas un moindre attroupement dans des coins névralgiques de la ville de Kinshasa. Pas un moindre crépitement d’arme à feu. Ecoles et magasins ouverts. Les marchés, les services publics… ont fonctionné comme d’ordinaire. C’est ce que la ville de Kinshasa a été hier mardi 4 septembre, après l’arrêt-couperet de la Cour constitutionnelle rendu la veille. Une décision diversement attendue dans les rues de la capitale congolaise. Normal, tant elle concernait des acteurs politiques bien connus de l’Opposition, candidats à l’élection présidentielle du 23 décembre prochain dont les dossiers ont été jugés non-recevables par la Commission électorale nationale indépendante (CENI). A Savoir Jean-Pierre Bemba, Adolphe Muzito, Antoine Gizenga et Samy Badibanga.

Pendant un peu plus d’une semaine d’attente des conclusions de la Haute Cour, l’encre des analystes de la situation actuelle en RD Congo n’a pas séché. Chacun y est allé de sa prospection. Et même de sa circonspection. Nombreuses ont été des personnes qui ont cru qu’un Arrêt de la Cour constitutionnelle en défaveur de Jean-Pierre Bemba, par exemple, occasionnerait des manifestations spontanées dans les rues de la capitale. Il s’agit donc ici, d’une projection empirique, basée sur l’effervescence observée lors de l’arrivée à Kinshasa, du chairman du Mouvement de libération du Congo (MLC), au mois de juillet dernier.

Il se trouve cependant, qu’après le verdict de la Haute Cour mardi 3 septembre, le ciel n’est pas tombé sur la tête des Kinois. Bien au contraire. La ville de Kinshasa est demeurée calme comme si rien ne s’était passé. Au-delà des débats doctrinaux intéressés ou pas, on retiendra une leçon des instants qui ont suivi la décision de la Cour constitutionnelle. A savoir la « quiétude » observée dans le camp des militants du parti cher à Jean-Pierre Bemba. Sans minimiser ou même ignorer la douleur, le choc qu’ils auront sans doute ressenti à la suite de l’invalidation de leur leader à la prochaine élection présidentielle, les sympathisants de Jean-Pierre Bemba sont demeurés sereins.

La problématique ne consiste pas à dire qu’on est Bembiste ou qu’on ne l’est pas. Le comportement des militants et sympathisants du MLC observé depuis la soirée de lundi 3, jusque dans la matinée d’hier mardi 4 septembre, force l’admiration de plus d’un.

En mille comme en un mot, les militants MLC auront administré une belle leçon de civisme politique aux partisans et propagandistes des autres partis. Qui s’en plaindrait ?

UN MODELE A SUIVRE…

Le parti de Jean-Pierre Bemba, on le sait, compte parmi les principales formations politiques ayant pignon sur rue dans la capitale. Toutes proportions gardées, le MLC à l’instar de certains partis politiques concurrents, compte plusieurs milliers de militants et sympathisants dans la très vaste mégalopole rd congolaise. De ce point de vue, n’importe quelle décision qui iraient dans le sens de compromettre leurs intérêts, leur combat politique, pourrait produire un effet boomerang, aux conséquences parfois incalculables. Le dire en ces termes, n’a rien d’une apologie de la violence. Loin s’en faut !

Ici comme ailleurs, l’organisation des élections a toujours été un moment crucial et même délicat de la vie nationale. Avant, pendant ou après les élections, les acteurs politiques, généralement motivés par des dividendes politiques réels ou potentiels,s’emploient délibérément à instrumentaliser leurs bases respectives. Il s’avère cependant, que leur entreprise tourne Assez fréquemment en illusions. Et, on connait la suite.

La démocratie entendue aussi comme une école par excellence de tolérance mutuelle, d’aucuns pensent que le comportement des militants du MLC, après l’invalidation de la candidature de Jean-Pierre Bemba, doit servir de modèle à l’ensemble de la classe politique. Parce que les partisans de ce parti de l’opposition ont donné un bel exemple de citoyenneté, on aurait donc souhaité que ceux des autres formations politiques le fissent autant.

JEAN-PIERRE BEMBA DÉLIE SA LANGUE

Après son inéligibilité proclamée lundi 3 septembre par la Cour constitutionnelle, Jean-Pierre Bemba délie sa langue. Dans une interview exclusive mardi à France 24, le chairman du Mouvement de libération du Congo (MLC), dénonce la simulation du scrutin prévu le 23 décembre prochain.  » Nous allons assister à une parodie d’élection « , ponctue Jean-Pierre Bemba.

Dans la même veine, le MLC, parti cher à Jean-Pierre Bemba, prend à parti la Centrale électorale et la Cour constitutionnelle. En ce qui concerne la Commission électorale nationale indépendante (CENI), le parti de l’avenue du Port à Gombe la considère comme acquise à la cause du pouvoir de Kinshasa. Dans une déclaration politique hier à l’Interfédéral du parti sur l’avenue de l’Enseignement dans la commune de KasaVubu, Mme Eve Bazaïba, Secrétaire générale du MLC, durcit le ton. Selon elle, la CENI étant totalement aliénée, ne laisse plus le moindre espace aux concertations avec les parties prenantes au processus électoral en cours et décide seule.

Quant au pouvoir judiciaire, particulièrement la Cour constitutionnelle, le MLC, par la bouche de sa SG, l’accuse de rendre des  » Arrêts sur commande politique », au point de frelater le système légal. Ce qui, selon le parti, constitue un danger réel quant à la suite même dudit processus. Etant désormais fixé sur le sort de son leader scellé depuis la soirée de lundi 3 septembre, le MLC ne compte plus que sur des stratégies communes pour la poursuite de son combat politique.

Question. A la suite de l’invalidation de la candidature de Jean-Pierre Bemba à la présidentielle, le MLC participera-t-il ou pas, au processus en cours ? Au sein du parti, l’option définitive reste encore à lever. Le temps pour le parti, ensemble avec ses alliés, de se donner un bref moment d’évaluation, avant de communiquer son ultime décision. En attendant, le parti de Jean-Pierre Bemba annonce la mise sur pied d’un comité de crise, avec la participation de toutes les autres forces de changement en vue de l’élaboration d’u agenda des actions dites citoyennes. Objectif : « amener le peuple congolais à reconquérir ses droits souverains confisqués par un groupe de prédateurs « , souligne Eve Bazaïba dans la même déclaration du parti hier. Forum des As publie ci-dessous, les lignes essentielles de l’entretien de Jean-Pierre Bemba sur France 24 et, en fac-similé, la déclaration du MLC.

(avec Laurel KANKOLE)

DECLARATION DU MOUVEMENT DE LIBERATION DU CONGO A LA SUITE DE L’INVALIDATlON DE SON PRESIDENT NATIONAL, LE SENATEUR JEAN- PIERRE BEMBA GOMBO, A L’ELECTION PRESIDENTIELLE DU 23 DECEMBRE 2018 PAR LA COUR CONSTITUTIONNELLE

Chers frères et sœurs patriotes congolais, le leader du MLC, Candidat du peuple congolais, le Sénateur Jean-Pierre Bemba Gombo, a été empêché arbitrairement et irrégulièrement par la CENI et la Cour Constitutionnelle, de s’acquitter de son devoir citoyen, en qualité de candidat Président de la République avec d’autres concitoyens comme Adolphe MUZITO, et Moise KATUMBI contraint à l’exil, Diomi NDONGALA, Franck DIONGO et Jean Claude MUYAMBO détenu en prison.

Face à cette imposture de mauvais goût qui plonge à coup sûr la RD Congo dans une situation de chaos, le MLC prend solennellement ce jour, toutes ses responsabilités face à l’histoire en tant que partie prenante au processus consigné dans l’Accord de la Saint Sylvestre. Le MLC fait les constats suivants :

  • L’inféodation totale de la CENI constituée totalement des agents au service du régime en place et dirigée par Monsieur NAANGA, qui n’obéit qu’aux injonctions du pouvoir et refuse toute concertation avec les parties prenantes et décidé d’amener le peuple congolais aux élections de manière non consensuelle afin de consolider la confiscation du pouvoir par la famille politique de Monsieur KABILA ;
  • L’instrumentalisation du pouvoir judiciaire en général et de la Cour Constitutionnelle en particulier qui rend des Arrêts sur commande politique qui dénaturent le système légal, mettant ainsi en danger la suite du processus électoral ;
  • Toutes les institutions politiques et administratives ont perdu leur neutralité. L’armée, la police, les services de sécurité, les autorités politico-administratives sont embarquées dans la dynamique d’un parti-Etat au service d’un homme et ses acolytes. De ce qui précède :
  1. Le MLC et ses alliés se sont engagés à évaluer dans un plus bref délai, l’ensemble du processus électoral et communiquer sur la décision de poursuite ou non de leur participation au processus encours, ou encore sur la nécessité de requalifier le processus et restructurer la CENI ;
  2. Le MLC maintient sa collaboration avec toutes les forces vives de la nation afin de faire échec aux institutions inféodées notamment la Cour Constitutionnelle ;
  3. Le MLC rappelle à l’opinion tant nationale qu’internationale sa bonne foi suffisamment démontrée pour l’aboutissement heureux de ce processus. A ce jour, personne ne pourra lui reprocher une inclinaison active vers des actions citoyennes de grande envergure ;
  4. Le MLC annonce par conséquent la mise sur pied d’un comité de crise en collaboration avec les autres forces de changement pour élaborer un agenda des actions citoyennes ; afin d’amener le peuple congolais à reconquérir ses droits souverains confisqués par un groupe de prédateurs ;
  5. Le MLC demande à toutes les forces vives de demeurer mobilisées et unies pour arracher une véritable alternance à la suite d’un processus électoral inclusif et crédible pour un Congo nouveau.

Que vive le peuple congolais
Que vive le MLC,
Que vive le Président National Jean -Pierre BEMBA GOMBO,
Avec Dieu nous vaincrons!

Fait à Kinshasa, le 04 septembre 2018

Honorable Eve Bazaiba Masudi
Secrétaire Générale

A lire aussi

Les Oppositions congolaise, en Suisse, après avoir désigné un candidat commun.

RDC : Un coup de théâtre après une candidature commune de l’opposition

L’unité de l’opposition vient de voler en éclats seulement vingt-quatre heures après avoir choisi Martin …

Laisser un commentaire