vendredi , 18 octobre 2019
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Idleb : Pompeo accuse Lavrov

Le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo a accusé vendredi son homologue russe Sergueï Lavrov de « défendre l’assaut syrien et russe contre Idleb », le dernier grand fief rebelle qui échappe au contrôle du pouvoir. « Les Etats-Unis considèrent qu’il s’agit d’une escalade dans un conflit déjà dangereux », a-t-il prévenu. L’avertissement américain ponctue dix jours d’échanges musclés entre Occidentaux d’une part et régime syrien et Russie d’autre part, au moment où cette province du nord-ouest du pays, frontalière de la Turquie, est dans le viseur de Bachar al-Assad, qui, fort du soutien aérien crucial de la Russie depuis 2015, a déjà repris plus de 60% de la Syrie. Paris a estimé mardi qu’il fallait laisser la porte « ouverte à la négociation » pour éviter une « situation dramatique » dans la province d’Idleb.

Les Etats-Unis semblent prêts à s’accommoder d’une victoire militaire du régime de Damas en Syrie, malgré leurs mises en garde symboliques contre Bachar al-Assad et Moscou face à l’imminence d’une offensive d’envergure à Idleb et au spectre d’une attaque chimique.

Le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo a accusé vendredi son homologue russe Sergueï Lavrov de « défendre l’assaut syrien et russe contre Idleb », le dernier grand fief rebelle qui échappe au contrôle du pouvoir. « Les Etats-Unis considèrent qu’il s’agit d’une escalade dans un conflit déjà dangereux », a-t-il prévenu.

L’avertissement américain ponctue dix jours d’échanges musclés entre Occidentaux d’une part et régime syrien et Russie d’autre part, au moment où cette province du nord-ouest du pays, frontalière de la Turquie, est dans le viseur de Bachar al-Assad, qui, fort du soutien aérien crucial de la Russie depuis 2015, a déjà repris plus de 60% de la Syrie.

Les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni, qui avaient mené ensemble des frappes ciblées et ponctuelles mi-avril contre des installations syriennes en riposte à une attaque chimique présumée, ont rappelé leur ligne rouge. « Comme nous l’avons démontré, nous répondrons de manière appropriée à toute autre utilisation d’armes chimiques par le régime syrien », ont-il assuré dans un communiqué commun le 21 août.

John Bolton, le conseiller à la sécurité nationale du président américain Donald Trump, a ensuite enfoncé le clou en promettant de réagir « très fortement » en cas d’attaque chimique.

En réponse, Sergueï Lavrov a dit mercredi espérer que les pays occidentaux ne vont « pas entraver l’opération antiterroriste » dans cette région. « Il est nécessaire de liquider cet abcès », tout en « minimisant autant que possible les risques pour la population civile », a-t-il ajouté, semblant confirmer l’imminence d’un assaut.

« Laissez-faire »

La diplomatie américaine s’est activée en coulisses pour mettre en garde Moscou, déjà accusé par le passé d’avoir au mieux fermé les yeux face au recours à des armes interdites par ses protégés syriens.

Mais ces « avertissements verbaux » sont en décalage avec « la réalité de la Syrie en 2018 », dit à l’AFP Jonas Parello-Plesner, chercheur au Hudson Institute, un cercle de réflexion de Washington, qui vient de publier une étude sur l’approche américaine dans la région.

Et cette réalité, c’est qu' »Assad avance sur le terrain aidé par l’Iran au sol et la Russie dans les airs », tandis que l’administration américaine continue de donner la priorité au processus de Genève, sous l’égide de l’ONU, qui est pourtant « moribond », détaille-t-il.

En cas d’attaque chimique, certes, une « réaction similaire » à celle des Occidentaux en avril est « possible », mais cela ne changerait rien, estime cet expert, « à l’approche militaire de laissez-faire de l’administration américaine en Syrie ».

Donald Trump a en effet annoncé au printemps son intention de retirer les troupes américaines dès que possible, une fois les jihadistes du groupe Etat islamique définitivement vaincus. Même si le coup d’envoi du départ n’a pas été donné, cette décision résume le désengagement de Washington dans un conflit qui dure depuis plus de sept ans.

En fait, renchérit Faysal Itani, expert de l’Atlantic Council, un autre think tank américain, « les Etats-Unis se sont déjà résignés à la reprise du reste de la Syrie par le régime ». « Après avoir accepté cela dans le sud, à Damas, Alep, etc. », « les Américains n’ont aucune crédibilité ni moyen de pression » et « le régime et la Russie l’ont bien compris », affirme-t-il à l’AFP.

Selon lui, une fois la situation définitivement clarifiée sur le terrain, la balle sera à nouveau dans le camp de la diplomatie et d’une solution politique, priorité affichée par Washington. « Mais à ce moment-là, il ne restera plus grand-chose à négocier, à part reconnaître formellement les réalités politiques qui reflètent les réalités militaires, et qui sont favorables au régime syrien ».

LAISSER LA PORTE « OUVERTE À LA NÉGOCIATION » À IDLEB

Paris a estimé mardi qu’il fallait laisser la porte « ouverte à la négociation » pour éviter une « situation dramatique » dans la province d’Idleb, dernier grand bastion insurgé en Syrie, sous la menace d’une offensive du régime de Damas.

« Le régime et ceux qui le soutiennent ont le sentiment d’avoir gagné la guerre » mais « on ne gagne jamais la guerre si on ne sait pas gagner la paix », a déclaré à l’AFP le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, à l’issue d’une visite à Abou Dhabi.

Il était interrogé sur les risques d’une confrontation dans la région d’Idleb (nord-ouest de la Syrie), dans le collimateur du régime de Bachar al-Assad, allié à la Russie et à l’Iran.

« Il importe aujourd’hui que la voie soit ouverte à la négociation et non pas à la confrontation. Sinon, on s’oriente vers une situation dramatique », notamment pour les civils, a affirmé le ministre français.

Idleb compte quelque 2,5 millions d’habitants, dont des dizaines de milliers de rebelles et de civils transférés en masse depuis des bastions insurgés tombés aux mains du régime à l’issue d’offensives meurtrières.

M. Le Drian a préconisé « d’abord un cessez-le-feu » puis un processus qui écarterait « les risques aujourd’hui présents à Idleb ».

Yémen/Libye

La France, a-t-il rappelé, est favorable à une solution aboutissant à une réforme constitutionnelle, qui permette le retour des réfugiés et des déplacés, la reconstruction et un processus électoral libre, dans le cadre d’une Syrie souveraine « qui ne soit pas soumise aux aléas des actions de tel ou tel voisin ».

Déclenché en 2011, le conflit en Syrie s’est complexifié au fil des ans avec l’implication de pays étrangers et de groupes jihadistes. Il a fait plus de 350.000 morts et des millions de déplacés et réfugiés.

Au Yémen, « non plus, il n’y aura pas de solution militaire. Ce conflit est dramatique », a encore déploré M. Le Drian en rappelant l’origine de la guerre, « un coup d’Etat » en 2014 des rebelles Houthis, soutenus par l’Iran, et « une agression contre l’Arabie saoudite ».

Il y a eu à cet égard une résolution des Nations unies qui désigne « les principaux responsables ». Après, « le conflit a dérapé et il a des conséquences dramatiques » sur les civils, a relevé le ministre.

« Nous appelons de nos voeux » à la réussite du médiateur de l’ONU Martin Griffiths qui réunit les parties yéménites en conflit à partir de jeudi à Genève, a-t-il dit.

S’agissant de la Libye, qui s’enfonce chaque jour un peu plus dans le chaos et où des combats entre groupes rivaux ont fait au moins 50 morts depuis le 27 août, la proposition qui permettrait des élections à la fin de l’année « reste sur la table » et « à ma connaissance, il n’y en a pas d’autre », a déclaré M. Le Drian.

« Donc, ce ne sont pas des affrontements momentanés –je l’espère– entre quelques factions qui vont empêcher ce processus initié aussi par les Nations unies. Nous sommes complètement en phase avec les Emirats (arabes unis) ».

(avec Afp)

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