mercredi , 14 novembre 2018
Accueil / International / Amérique / Aide : Mesures controversées de Trump contre la Palestine

Aide : Mesures controversées de Trump contre la Palestine

La décision de l’administration Trump de supprimer toute aide à l’agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens sert les intérêts israéliens, mais risque de compromettre encore davantage les chances de succès d’un plan de paix américain.

L’administration américaine a annoncé vendredi qu’elle ne financerait plus l’agence des Nations Unies pour les réfugiés palestiniens (Unrwa), une semaine après avoir déjà supprimé plus de 200 millions de dollars (170 millions d’euros) d’aide aux Palestiniens.

Cette décision est la dernière d’une série de mesures controversées de l’administration Trump, saluées par le gouvernement israélien mais qui ont provoqué le choc et la consternation au sein de la communauté internationale et parmi les Palestiniens, qui voient plus que jamais s’éloigner leur rêve de créer un Etat indépendant.

Ces coupes interviennent alors que, depuis des semaines, l’Egypte et les Nations unies négocient un cessez-le-feu durable entre Israël et le Hamas qui dirige la bande de Gaza, où plus de 80% des habitants sont dépendants d’une aide pour survivre.

Passage à l’acte

Les Etats-Unis ont longtemps été le plus important donateur de l’Unrwa, avec plus de 350 millions USD par an. L’UE arrive ensuite avec une somme moitié moindre.

L’agence fournit de l’aide aux Palestiniens qui ont été chassés ou ont fui lors de la guerre de 1948, à la création d’Israël, ainsi qu’a leurs descendants.

Israël et les États-Unis s’opposent au fait que les Palestiniens puissent transmettre le statut de réfugié à leurs enfants, souhaitant réduire le nombre de personnes bénéficiant d’une aide de l’Unrwa, ce que les Palestiniens dénoncent comme une violation de leurs droits.

L’Autorité palestinienne a rompu tout contact avec Washington depuis la reconnaissance par Donald Trump de Jérusalem comme la capitale d’Israël début décembre. En réponse, M. Trump a annoncé en janvier qu’il conditionnait le versement de l’aide aux Palestiniens à leur retour à la table des négociations.

Et son administration est progressivement passée à l’acte. D’abord, en ne versant que 60 millions de dollars à l’Unrwa, contre 350 M USD en 2017. Ensuite, en annonçant l’annulation de plus de 200 M USD d’aide bilatérale aux Palestiniens –soit la quasi-totalité de l’assistance américaine hors coopération sécuritaire.

Un diplomate européen a affirmé samedi à l’AFP que les mesures prises par les Etats-Unis, conjuguées à l’engagement américain de mettre son veto à toute motion critiquant Israël au Conseil de sécurité de l’ONU, renforçait le gouvernement israélien considéré comme le plus à droite de l’histoire du pays.

Israël est de plus en plus convaincu qu’il a les mains libres pour accélérer les constructions de logements dans les colonies de Cisjordanie occupée et même avancer l’annexion de certaines parties de cette région, selon ce diplomate.

« Ce qui se passe avec l’Unrwa est très logique car elle est devenue une organisation anachronique, qui maintient le statut des réfugiés plutôt que d’essayer de résoudre le problème », argue pour sa part Alan Baker, un ancien diplomate israélien devenu analyste.

Selon lui, ces coupes budgétaires ont également pour objectif de forcer les Palestiniens à retourner à la table des négociations, perspective dont doutent nombre d’observateurs.

« Perdant »

En supprimant ces aides, les Etats-Unis mettent en péril leur ambition de négocier un accord de paix « ultime » entre Israéliens et Palestiniens. Sans moyen de pression économique, les négociateurs américains perdent leur capacité d’influencer les Palestiniens, estime un diplomate européen.

Ces coupes budgétaires « ne vont pas nuire au budget de l’Autorité palestinienne » mais aux Palestiniens, explique à l’AFP l’économiste palestinien Nasser Abdel Kareem. Contrairement à certains États européens, Washington ne fournit pas d’aide économique directe à l’Autorité palestinienne.

Pour le moment, « tout le monde est perdant », remarque Nadia Hijab, présidente du groupe de réflexion palestinien Al-Shabaka.

« Si l’Autorité palestinienne accepte de renouer le dialogue avec les Américains, elle donne le feu vert pour faire ce qu’ils veulent, et s’ils ne reviennent pas, ils vont faire ce qu’ils veulent ».

Selon elle et d’autres analystes, l’objectif de l’administration Trump n’est pas de ramener les Palestiniens à la table des négociations mais d’aider Israël à « mettre fin au conflit avec ses conditions et légaliser son occupation ».

Cela impliquerait de dépouiller les réfugiés dans toute la région de leurs droits, notamment du droit au retour sur des terres aujourd’hui en territoire israélien.

En Jordanie et au Liban, les réfugiés palestiniens ont moins de droits que les citoyens de ces pays et dépendent des services de l’Unrwa pour l’éducation, la santé et d’autres services de base.

A Gaza, l’arrêt des aides américaines à l’Unrwa va compliquer la vie de la majorité des deux millions d’habitants qui ont le statut de réfugiés. Quelques centaines d’employés de l’agence vont perdre leur emploi.

Certaines voix s’élèvent parmi les services de sécurité israéliens pour mettre en garde contre le risque que les coupes budgétaires à l’Unrwa n’attisent les tensions à Gaza, enclave frappée par la pauvreté extrême.

LES RÉFUGIÉS PALESTINIENS INQUIETS

« Nous avons déjà perdu notre pays, maintenant ils menacent nos moyens de subsistance », soupire Zeinab al-Ardaba, dans le camp de réfugiés palestiniens de Baqaa, en Jordanie, sous le choc après la fin des aides américaines à une agence de l’ONU aidant ces exilés.

Mme al-Ardaba est l’une des 119.000 réfugiés résidant dans cet immense camp – le plus grand de Jordanie – aux allées sinueuses jonchées de déchets et parcourues d’eaux usées.

Cette grand-mère de 78 ans, au visage ridé entouré d’un voile bleu, vit dans le camp depuis sa construction en 1967, après la guerre dite des « Six-jours » durant laquelle Israël s’est emparé de la Cisjordanie et de la bande de Gaza.

Si la plupart des résidents du camp sont arrivés à la même période, certains ont fui leur terre d’origine dès 1948, lors de la guerre ayant éclaté après la création d’Israël.

« Où devrions-nous aller? Maintenant qu’ils s’en prennent même à nos moyens de subsistance… Comment pouvons-nous être censés payer pour l’école si nous n’arrivons déjà pas à joindre les deux bouts? », se demande-t-elle.

« Comment Trump fera-t-il face à Dieu au Jour du jugement dernier? »

Les Etats-Unis, qui étaient les plus grands contributeurs au budget de l’Agence des Nations unies pour les réfugiés palestiniens (Unrwa), ont annoncé vendredi qu’ils cessaient leur financement à cette organisation, l’accusant de mener des activités « irrémédiablement biaisées ».

La fin des contributions américaines met en péril les activités de cette agence de l’ONU.

Créée en 1949, l’Unrwa aide plus de trois millions de Palestiniens sur les cinq millions enregistrés comme réfugiés, notamment à travers un réseau de plus de 700 écoles et de centres de santé, dans les territoires palestiniens mais aussi au Liban, en Jordanie et en Syrie.

Le directeur de l’Unrwa, Pierre Krähenbühl, a rappelé jeudi que l’agence est vitale pour la survie de millions de personnes jusqu’à ce que soit trouvée une solution définitive au conflit israélo-palestinien.

« Seul Dieu connait les conditions difficiles auxquelles nous sommes confrontés dans les camps. Il est compliqué de trouver du travail et beaucoup sont au chômage, sans argent… La vie est difficile, très difficile », témoigne Mme Al-Ardaba.

« Nous survivrons »

Selon l’ONU, la Jordanie accueille près de 2,2 millions de réfugiés palestiniens, soit près de la moitié de sa population.

La décision américaine « injuste et irresponsable aura de grandes conséquences sur la vie des Palestiniens », affirme Hussein Abou Shanaan qui vit au camp de Baqaa avec ses quatre enfants et une vingtaine de petits-enfants.

« Mais qu’importe ce qu’ils nous font, nous les Palestiniens, nous survivrons », assure cet homme frêle.

Considéré comme provisoire après la guerre de 1967, le camp de Baqaa, ses 16 écoles et ses deux centres médicaux ressemble aujourd’hui à une vraie ville.

Soutenu par Washington, Israël accuse l’organisation de « perpétuer le conflit » israélo-palestinien en entretenant l’idée – à laquelle il s’oppose – que de nombreux Palestiniens sont des réfugiés dotés du droit au retour sur les terres qu’ils ont fuies ou dont ils ont été chassés lors de la création d’Israël.

Mais pour les Palestiniens, le droit au retour est essentiel.

« Si les Américains ne veulent pas nous aider, ils peuvent nous rendre notre pays, nos terres et nos propriétés », dit Najiya Faraj.

« Nos familles possédaient autrefois de grandes maisons, des fermes, des animaux. Aujourd’hui, nous supplions pour recevoir de l’aide », soupire Mme Faraj, qui vit dans le camp avec ses 13 enfants avec seulement 130 euros par mois.

« Plus d’un demi siècle après nous avoir expulsés de nos maisons, ils s’attaquent à nos vies et à nos moyens d’exister. Que veulent-ils de nous? »

Hani al-Jabarat, père de deux enfants, affiche son anxiété alors qu’il sort d’une épicerie du camp où il a acheté du pain.

« Que Dieu vienne en aide à ces gens. Ils peuvent à peine trouver du pain pour nourrir leurs enfants… Que va-t-il leur arriver ? », s’interroge-t-il.

(avec Afp)

A lire aussi

Les Oppositions congolaise, en Suisse, après avoir désigné un candidat commun.

RDC : Un coup de théâtre après une candidature commune de l’opposition

L’unité de l’opposition vient de voler en éclats seulement vingt-quatre heures après avoir choisi Martin …

Laisser un commentaire