dimanche , 25 août 2019
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Suède : Pénurie criante d’infirmières

Riche pays d’Europe du nord qui s’enorgueillit de décerner chaque année le prix Nobel de médecine, la Suède jouit de l’un des systèmes de santé les plus performants au monde. Mais il faut parfois attendre des mois, voire des années pour un rendez-vous avec un spécialiste. Les 10 millions de Suédois sont parmi les mieux soignés du monde, font des centenaires à ne plus savoir qu’en faire et le taux de survie des patients atteints de cancer est l’un des plus élevés d’Europe, selon l’OCDE. Et pourtant, l’exaspération est telle que la dégradation du réseau de soins primaires et de l’hôpital, avant tout dû à une pénurie criante d’infirmières, est la principale préoccupation des Suédois à l’approche des législatives du 9 septembre.

Alors qu’ils acquittent un impôt sur le revenu de 50% en moyenne, « le risque est réel qu’ils perdent peu à peu leur confiance dans l’Etat-providence », s’alarme Lisa Pelling du cabinet d’études Arena Idé.

Certaines enquêtes d’opinion mettent en avant l’immigration comme priorité numéro un des Suédois, mais les deux thématiques sont liées.

Pour certains, l’arrivée de 400.000 demandeurs d’asile depuis 2012 aggrave les problèmes de l’hôpital liés à la pénurie d’infirmières et de spécialistes. Pour d’autres, elle répond au défi démographique d’un pays vieillissant qui aura de plus en plus besoin de petites mains pour s’occuper de ses aînés.

« Dans cinq ans seulement, la population des plus de 75 ans augmentera de 70.000 personnes (…), ce qui veut dire aussi plus de maladies », prévient le Premier ministre sortant, le social-démocrate Stefan Löfven.

En Suède, la loi prévoit un délai maximum de 90 jours pour une opération ou une consultation avec un spécialiste. Malgré cela, un tiers des patients attend plus longtemps.

Asia Nader est de ceux-là. Diagnostiquée avec une malformation du coeur, elle a dû attendre un an pour se faire opérer.

« J’ai complètement sombré quand je l’ai appris », se souvient la jeune femme atteinte de cardiopathie congénitale, après l’opération qui a finalement eu lieu en juin, un mois avant son 23ème anniversaire.

Accoucher dans la voiture

La loi garantit aussi de pouvoir consulter un généraliste dans les… sept jours, le délai légal le plus long en Europe après le Portugal (15 jours), indique un rapport du cabinet d’études Health Consumer Powerhouse.

Dans la région à faible densité démographique du Jämtland (nord-ouest), plus de la moitié des patients doivent attendre plus de 90 jours pour se faire opérer, contre 17% à Stockholm.

Si l’accès à un médecin généraliste est assuré à peu près partout, difficile en revanche de voir toujours le même. Car pour faire monter les enchères, praticiens et infirmières préfèrent recourir à des cabinets d’intérim qui monnayent leur service.

« Chaque fois que vous en avez besoin, vous consultez un nouveau médecin. Cela nous fait perdre beaucoup de temps en matière de diagnostic et de suivi », déplore Heidi Stenmyren, présidente de l’Association des médecins suédois.

Pour pallier les pénuries, les services de consultation à distance, sur internet, font florès.

Pas moins de 80% des structures de santé en Suède manquent d’infirmières, selon l’Institut suédois des statistiques.

Lassées de faire des heures supplémentaires pour des salaires médiocres, des dizaines de milliers d’infirmières ont rendu leur blouse depuis le début de l’année, selon Sineva Ribeiro, cheffe de l’Association suédoise des professionnels de santé.

Et comme ailleurs en Europe, la Suède voit naître sur son territoire de véritables déserts médicaux, pour des raisons budgétaires.

A Solleftea, la ville d’origine du Premier ministre, l’unique maternité a fermé ses portes en 2017.

La maternité la plus proche est désormais à 200 kilomètres et les sage-femmes ont dû lancer des formations à l’intention des futures mères pour leur apprendre à accoucher… dans la voiture, ce que certaines d’entre elles ont dû faire depuis.

Le débat porte pourtant moins sur le manque de ressources financières que sur leur – mauvaise – utilisation.

Ainsi à Stockholm, le chantier du New Karolinska University Hospital a-t-il fait scandale: alors que le contribuable a déboursé 61,4 milliards de couronnes (5,8 milliards d’euros) pour l’hôpital le plus cher du monde, des patients ont dû être transférés vers d’autres structures, certains services étant incapables de les accueillir.

Imparfait, certes. Mais la Suède bénéficie du « 4e meilleur système de santé au monde », s’agace le Premier ministre.

VERS UNE FORTE POUSSÉE DE L’EXTRÊME DROITE AUX LÉGISLATIVES

Un vent de « dégagisme » souffle sur la Suède où l’extrême droite anti-immigration devrait réaliser une forte poussée aux législatives du 9 septembre, aux dépens des partis traditionnels menacés par un vote sanction.

Mais le Parti ouvrier social-démocrate, force dominante de la vie politique suédoise, pourrait réaliser son plus mauvais score depuis plus d’un siècle, devant les Modérés (conservateurs) ou les Démocrates de Suède (SD), parti anti-immigration.

Un vent de « dégagisme » souffle sur la Suède où l’extrême droite anti-immigration devrait réaliser une forte poussée aux législatives du 9 septembre, aux dépens des partis traditionnels menacés par un vote sanction.

Les sociaux-démocrates devraient rester le premier parti de Suède si, avec les deux autres partis de gauche (ex-communistes et écologistes), le bloc « rouge-vert » dominait en nombre de voix l’Alliance de droite.

Mais le Parti ouvrier social-démocrate, force dominante de la vie politique suédoise, pourrait réaliser son plus mauvais score depuis plus d’un siècle, devant les Modérés (conservateurs) ou les Démocrates de Suède (SD), parti anti-immigration.

Les sociaux-démocrates sont crédités de 23,8% des voix, devant SD (20%) et les conservateurs (17%), selon un sondage de l’institut Skop publié dimanche, à une semaine du scrutin. D’autres sondages donnent SD en troisième position.

A 40,6%, la gauche devancerait la droite de quatre points.

Que s’est-il passé, dans ce royaume luthérien épris d’égalité et de consensus pour qu’un parti issu de la mouvance néonazie « impose son ordre du jour », selon l’expression du politologue Ulf Bjereld.

La Suède de 2018 offre toujours ses vieilles images d’Epinal avec son cortège de landaus poussés par de jeunes pères, ses cyclistes casqués et sa forêt de drapeaux « bleu et jaune » dressés aux balcons, dans les vitrines des magasins.

Seules les affiches de campagne témoignent d’un changement de ton dans le débat public: « Non à l’appel à la prière », « Parler suédois pour devenir suédois, ce n’est pas une évidence? » ou encore « Se haïr ou se parler? ».

Quel que soit le résultat, d’intenses marchandages seront nécessaires avant de voir émerger une coalition de gouvernement qui sera vraisemblablement minoritaire et devra trouver du soutien au parlement.

Vote sanction

A ce jeu, les Démocrates de Suède ont promis de se montrer gourmands même s’ils n’ont aucune chance d’intégrer un cabinet tant que résiste le « cordon sanitaire » des partis traditionnels.

« On va faire valoir nos conditions et mettre en avant nos positions sur (…) la politique d’immigration, la lutte contre la criminalité, la santé », avertit Jimmie Åkesson, leader du parti d’extrême droite, dans un entretien à l’AFP.

Sa formation siphonne les électeurs conservateurs, mais aussi sociaux-démocrates et affiliés à la puissante confédération syndicale LO.

Salariés modestes, retraités et primo-électeurs, ils reprochent à Stefan Löfven d’avoir hypothéqué leur bien-être en ouvrant les frontières aux demandeurs d’asile perçus « comme une menace économique et culturelle », analyse le sociologue Jens Rydgren.

Pays de 10 millions d’habitants, la Suède en a reçu 400.000 depuis 2012, d’abord sous le gouvernement de centre-droit de Fredrik Reinfeldt, puis celui de centre-gauche de Stefan Löfven.

Loin des agglomérations, foyers de croissance et d’innovation, de plus en plus d’électeurs sont aussi séduits par le discours nationaliste des Démocrates de Suède qui souhaitent une sortie du pays de l’Union européenne, un « Svexit ».

« Ils appartiennent souvent aux filières transport et BTP qui emploient de nombreux travailleurs européens détachés auxquels s’applique le salaire minimum de branche », relève le sociologue Anders Kjellberg.

« Or ce salaire est nettement inférieur aux salaires fixés dans les conventions collectives ».

Jusqu’à un tiers des adhérents de la confédération LO est tenté par le vote d’extrême droite, révèlent des enquêtes d’opinion.

« Voter pour l’extrême droite, c’est voter pour une politique de droite », a prévenu le patron de LO, Karl-Petter Thorwaldsson pour qui une « guerre de positions » fait rage dans les usines entre sympathisants de gauche et d’extrême droite.

Crise d’identité

Après huit années de politiques libérales, Stefan Löfven s’était présenté en 2014 comme un homme de rassemblement capable de réconcilier, selon les canons de la social-démocratie suédoise, compétitivité et justice sociale.

Quatre ans plus tard, le bilan de l’ancien métallo aux nez et carrure de boxeur est contrasté.

Si le chômage est à son plus bas niveau depuis dix ans, la croissance robuste, l’inflation contenue et les finances publiques dans le vert, à l’inverse le système de santé se grippe, les inégalités sociales se creusent et la ségrégation croît dans les banlieues où les règlements de compte entre bandes ont fait 40 morts l’an dernier.

« Le coeur du pouvoir s’est déplacé, à cause de l’UE, de la mondialisation et de la numérisation et les sociaux-démocrates n’ont plus les moyens de tenir leurs promesses », estime le quotidien de référence Dagens Nyheter, de tendance libérale.

Le poste de Premier ministre devrait se disputer entre Stefan Löfven et le dirigeant conservateur Ulf Kristersson.

(avec Afp)

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