mercredi , 23 octobre 2019
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France : Macron et sa caricature des français

Mercredi en déplacement à Copenhague, M. Macron avait dit son admiration pour la « flexisécurité », inapplicable en France en raison des différences culturelles. « Ce peuple (danois, ndlr) luthérien, qui a vécu les transformations de ces dernières années, n’est pas exactement le Gaulois réfractaire au changement », a ajouté Emmanuel Macron, dont la volonté affichée de « transformer » la France s’est souvent heurtée à la rigidité supposée des Français. Un tollé s’en est suivi, dans les rangs politiques et syndicaux. « Il est quand même inadmissible d’entendre un président de la République critiquer, caricaturer les Français quand il est à l’étranger », a tancé jeudi Laurent Wauquiez, le président du parti Les Républicains (droite), fustigeant un président « qui n’est pas dans son rôle, qui n’a pas compris sa fonction quand il se déplace ».

« Le Gaulois réfractaire au changement »: une nouvelle saillie du président français Emmanuel Macron, coutumier des propos polémiques, suscitait jeudi des réactions outrées face à cette « caricature » de son peuple faite par un président qui s’affiche en « réformateur ».

Mercredi en déplacement à Copenhague, M. Macron avait dit son admiration pour la « flexisécurité », inapplicable en France en raison des différences culturelles. « Ce peuple (danois, ndlr) luthérien, qui a vécu les transformations de ces dernières années, n’est pas exactement le Gaulois réfractaire au changement », a ajouté Emmanuel Macron, dont la volonté affichée de « transformer » la France s’est souvent heurtée à la rigidité supposée des Français.

Un tollé s’en est suivi, dans les rangs politiques et syndicaux.

« Il est quand même inadmissible d’entendre un président de la République critiquer, caricaturer les Français quand il est à l’étranger », a tancé jeudi Laurent Wauquiez, le président du parti Les Républicains (droite), fustigeant un président « qui n’est pas dans son rôle, qui n’a pas compris sa fonction quand il se déplace ».

Face à la polémique, M. Macron a assuré jeudi qu’il s’agissait là d’un « trait d’humour », disant son « amour » pour les « tribus gauloises », en référence aux habitants qui peuplaient l’actuelle France avant l’arrivée des Romains et supposés être les ancêtres des Français.

Mais la mise au point n’a pas fait taire les critiques.

L’extrême droite a ainsi vu dans ces propos « condescendants » « une « opération de diversion pour faire oublier les difficultés » intérieures du chef de l’Etat », selon Nicolas Bay, membre du bureau exécutif du RN (ex-FN), citant notamment la démission fracassante du ministre de l’Ecologie, Nicolas Hulot, et l’affaire Benalla, du nom de l’ex-collaborateur de M. Macron poursuivi pour violences

Les syndicats, en pleine bataille contre les réformes tous azimuts du président Macron, ont rejoint le cortège des condamnations, assurant que les Français n’étaient « réfractaires » au changement que quand ce dernier n’était pas celui qu’il désirait.

« Fainéants », « bordel », « illettrées »

« Il existe beaucoup d’irréductibles Gaulois attachés au modèle social, attachés au progrès social, qui encore et toujours luttent contre les régressions qui sont organisées », a lancé Pascal Pavageau, le numéro un du syndicat modéré Force Ouvrière.

« On est réfractaire quand on nous impose des choses », avait déjà dit dès mercredi Philippe Louis, du syndicat CFTC. « A partir du moment où c’est dans la concertation, où on est écouté, où nos lignes rouges sont respectées, le changement est possible », a-t-il assuré, en référence aux multiples critiques des syndicats sur ce qu’ils considèrent comme une absence de dialogue avec le président.

La dernière sortie de M. Macron est intervenue le jour-même où les syndicats entamaient une série de rencontres avec le Premier ministre Edouard Philippe pour discuter des chantiers potentiellement explosifs de l’automne: la retraite et de l’assurance-chômage.

La nouvelle « macronade » de mercredi fait écho à la saillie présidentielle de l’été 2017, également lors d’un déplacement à l’étranger, cette fois-là en Roumanie.

« La France n’est pas un pays réformable. Beaucoup ont essayé et n’y ont pas réussi, car les Français détestent les réformes », avait-il alors déclaré. Depuis la Grèce, où il s’était rendu en septembre 2017, Emmanuel Macron avait aussi défrayé la chronique en promettant de ne rien céder, « ni aux fainéants, ni aux cyniques, ni aux extrêmes. »

En octobre 2017, cette fois-là en France, il avait répondu à un responsable local qui évoquait les difficultés à recruter d’une entreprise: « Certains, au lieu de foutre le bordel, feraient mieux d’aller regarder s’ils ne peuvent pas avoir des postes là-bas », avait dit le président en référence à des manifestants protestant contre leur licenciement de l’équipementier automobile GM&S.

En septembre 2014, alors qu’il venait d’être nommé ministre, il avait parlé des salariées « illettrées » d’un abattoir breton, après le licenciement de près de 800 personnes.

EMMANUEL MACRON CONVOQUE « L’ESPRIT FRANÇAIS » APRÈS SA SORTIE SUR LE « GAULOIS RÉFRACTAIRE »

Emmanuel Macron a invoqué depuis la Finlande « l’esprit français » et « l’humour » pour tenter de refermer la controverse lancée la veille par sa sortie sur le « Gaulois réfractaire au changement », l’opposition l’accusant de nourrir les « caricatures » et de mener « une petite opération de diversion » face à ses difficultés intérieures.

« Il y a une chose qui caractérise la France, le peuple français, c’est son goût de l’intelligence, de l’ironie, de l’humour sur soi-même, et sans doute de la complexité », a affirmé le chef de l’Etat dans un sourire, au détour d’une conférence de presse à Helsinki.

« La polémique hors contexte en 140 signes (…) je peux vous dire que ce n’est pas l’esprit français (…) il vaut mieux que ce que certains en font », a insisté le président à Helsinki.

Mercredi à Copenhague, le président avait dit son admiration pour le modèle danois de « flexisécurité », et jugé que les différences culturelles ne permettaient pas de le répliquer à l’identique en France : « Ce qui est possible est lié à une culture, un peuple marqué par son histoire. Ce peuple luthérien, qui a vécu les transformations de ces dernières années, n’est pas exactement le Gaulois réfractaire au changement ! »

Dans l’opposition, plusieurs ont vu dans cette saillie un écho de sa phrase de l’été 2017 sur les Français qui « détestent les réformes ».

« Il avait qualifié les Français de fainéants, et maintenant devant la reine du Danemark il nous caricature en Gaulois réfractaires », a grondé Laurent Wauquiez, président des Républicains.

« Il peut parfaitement dire les qualités du peuple danois sans afficher une forme de condescendance vis-à-vis des Français », a pointé l’eurodéputé EELV Yannick Jadot.

« Si on ne peut plus manier l’ironie et la plaisanterie (…), on va tous faire de la langue de bois en chêne massif », avait rétorqué le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, avant la mise au point présidentielle.

Pendant que d’aucuns critiquaient une éventuelle faute de goût, d’autres ont soupçonné de la malice. Ainsi l’eurodéputé RN (ex-FN) Nicolas Bay a-t-il vu dans les propos présidentiels « une petite opération de diversion pour faire oublier ses difficultés de politique intérieure, la démission de Nicolas Hulot, l’affaire Benalla (…), les choix budgétaires. »

« Le fond de sa pensée »

« Plutôt qu’une volonté de diversion, je suis convaincu qu’il traduit ici le fond de sa pensée », estime pour l’AFP Mathieu Chaigne, de l’institut BVA.

« Il s’adresse à des expatriés qui sont en capacité de comparer les diversités culturelles. Il plaît à son auditoire et perd de vue l’effet que ça peut avoir » avec « une France qu’il est en train de perdre, qui voit tout changement comme une menace, qui se sent comme une citadelle assiégée », poursuit le co-fondateur du site Délits d’opinion.

« Ce n’est pas du mépris que de dire les choses, et la vérité », a voulu assumer jeudi le chef de l’Etat : « Nous ne sommes pas un pays dont la culture est le consensus, les ajustements pas à pas ». Un pays, pourtant, qui « dans les moments graves de l’Histoire, sait se transformer en profondeur ».

Hasard du calendrier ou pas, les propos d’Emmanuel Macron interviennent alors que son Premier ministre Edouard Philippe reçoit à Matignon les représentants syndicaux pour parler assurance chômage et santé au travail.

« Nous sommes en 2018 après Jésus-Christ, toute la Gaule a été envahie par les Jupitériens. Toute? Non », a ironisé le secrétaire général FO Pascal Pavageau, surfant sur la référence aux aventures d’Astérix pour défendre les « irréductibles Gaulois attachés au modèle social ».

« Je ne pense même pas pour le coup qu’il (Emmanuel Macron) ait raison sur le fond », a estimé le président de l’Assemblée François de Rugy. « Le peuple français est un peuple sage », « souvent un peu pessimiste », mais « lorsqu’on fait de la pédagogie et puis qu’on regarde les résultats (…) les gens n’ont pas envie de revenir en arrière », a-t-il assuré.

« Il promeut un modèle de société de +risk-takers+ (preneurs de risques, ndlr), qui se heurte à un système français qui cherche avant tout de la protection », analyse Mathieu Chaigne, « la vraie scission potentielle entre Macron et une partie de la France, elle est là ».

(avec Afp)

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