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Centrale de Flamanville dans la Manche
Centrale de Flamanville dans la Manche

Réacteurs EPR : Le chantier démarre en 2025 en France

Dernière mise à jour, le 5 septembre 2018 à 07:33

Après la démission de Nicolas Hulot, un rapport préconisant la construction de nouveaux réacteurs EPR s’ajoute au débat sur l’utilité de se lancer dans de tels chantiers controversés malgré la baisse programmée du nucléaire dans la production d’électricité française.

Le rapport, rédigé par deux acteurs historiques du nucléaire – un ancien administrateur général du Commissariat à l’énergie atomique (CEA), Yannick d’Escatha, et un ex-délégué général à l’armement, Laurent Collet-Billo -, recommande de lancer la construction de six nouveaux réacteurs EPR.

Remis cet été au gouvernement et classé « secret défense », le rapport suggère que le premier chantier démarre en 2025 et que les suivants débutent régulièrement tous les deux ans, selon Les Echos.

La France compte aujourd’hui 58 réacteurs (soit environ 63 gigawatts), et un EPR est en construction à Flamanville (Manche) mais ce chantier multiplie les déboires, qui ont entraîné d’importants retards et un triplement de son coût qui atteint maintenant 10,9 milliards d’euros.

La loi sur la transition énergétique prévoit de ramener de 75% à 50% la part de l’atome dans la production de courant à horizon 2025, même si le gouvernement a déjà indiqué qu’il ne tiendrait pas ce calendrier.

Pour réduire la part du nucléaire, des réacteurs devront fermer, et seuls les deux de la centrale de Fessenheim sont actés. La feuille de route énergétique (PPE) de la France pour 2028, attendue d’ici à la fin de l’année, doit donner des précisions sur ce sujet, même si EDF ne souhaite pas fermer d’autres réacteurs avant 2029.

Dans l’optique de ces fermetures, EDF défend aussi la construction de nouveaux réacteurs, des EPR « simplifiés », grâce au retour d’expérience des chantiers en cours. Il a d’ailleurs appelé l’Etat à prendre une décision rapide pour mettre une « première » centrale en service « en 2030 ou peu après ».

L’ancien ministre de la Transition énergétique Nicolas Hulot y semblait opposé. Dans des propos datant de cet été et publiés mardi par Libération, il disait : « Si je m’en vais, il va y avoir trois EPR de plus dans les prochaines années ».

Le Maire temporise

Pour EDF, l’enjeu est avant tout industriel, pour maintenir ses compétences avec des chantiers qui se succèdent, et remporter des marchés à l’étranger. « Avec (le projet de deux EPR à) Hinkley Point il y a eu un petit répit, mais il faut voir au-delà », explique Nicolas Goldberg, du cabinet Colombus Consulting.

« EDF a besoin d’un signal clair, d’autant plus qu’on leur a demandé de prendre en charge toute la filière nucléaire », avec le rachat de la branche réacteurs d’Areva, ajoute Matthieu Courtecuisse, président du cabinet Sia Partners.

Jeudi, le ministre de l’Economie Bruno Le Maire a temporisé. « La sagesse recommande déjà d’attendre que l’EPR de Flamanville soit achevé avant de prendre des décisions », a-t-il déclaré sur Radio Classique, tout en soutenant l’atome et sa filière industrielle.

Mais au-delà de l’enjeu industriel, la France a-t-elle besoin de construire de nouveaux réacteurs pour satisfaire sa consommation de courant, plutôt attendue stable ou en baisse à l’avenir ?

« Ce genre de décision doit se prendre en évaluant l’évolution de la consommation. Six EPR, comment ça s’inscrit dans l’équilibre offre-demande à long terme, et comment on intègre ce projet dans le marché européen de l’électricité ? », s’interroge un économiste préférant rester anonyme, pointant aussi le « manque de transparence » des industriels sur le coût de construction d’un EPR.

Matthieu Courtecuisse juge lui la construction de nouveaux réacteurs « indispensable », même dans le cas d’une consommation stable, estimant toutefois que « c’est plutôt 3 à 4 EPR qu’il faudra construire à horizon 2030 ».

« Il faudrait avoir une croissance du renouvelable beaucoup plus rapide » pour compenser totalement la fermeture de réacteurs, souligne Nicolas Goldberg. « Si on lance de nouveaux réacteurs en 2025, la mise en service c’est 2035, et en 2035 on aura déjà un certain nombre de réacteurs fermés », ajoute-t-il.

Un point de vue contesté par les acteurs des énergies renouvelables et les associations environnementales, qui affirment que le maintien du nucléaire bloque le développement des énergies alternatives.

« On nous dit qu’il faudrait faire des réacteurs nucléaires simplement pour garder de la technologie ou un savoir-faire, mais clairement, il n’y a pas d’argument énergétique », s’indigne Yannick Rousselet de Greenpeace France.

« Si on ne fait pas de place sur le réseau pour du renouvelable, il ne se fera jamais », ajoute-t-il.

QUI SUCCÈDERA À NICOLAS HULOT ?

Ministre issu de la société civile, ministre technicien, ou ministre politique? Après la démission de Nicolas Hulot, l’exécutif planche sur le nom d’un successeur qui devra d’abord, promet Edouard Philippe, maintenir le cap de la transition écologique.

Si Nicolas Hulot avait prévenu qu’il partirait en cas d’échec à imposer ses idées, l’annonce de son départ – en direct à la radio, sans avertir le président de la République et le Premier ministre – a pris tout le monde de court.

Deux mois après l’affaire Benalla, et alors que les critiques de l’opposition pleuvent sur les résultats de la politique économique et sociale, le départ du ministre écologiste complique un peu plus la rentrée de l’exécutif.

Parmi les noms sur lesquels misaient les observateurs mercredi pour succéder à M. Hulot: ceux de Pascal Canfin, ancien ministre de François Hollande et actuel directeur général de l’ONG WWF France, du secrétaire d’Etat à la Transition écologique Sébastien Lecornu, ou Barbara Pompili (ex-Verts) et Michèle Pappalardo, directrice de cabinet de M. Hulot.

Revient aussi le nom du président de l’Assemblée nationale François de Rugy – le seul écologiste de poids dans la majorité, note Daniel Boy, chercheur au Cevipof – ou de Chantal Jouanno, ex-ministre et ex-présidente de l’Ademe – elle préside aujourd’hui la Commission nationale du débat public et est « 100% Macron compatible » remarque M. Boy.

L’ex-ministre de l’Ecologie Ségolène Royal a assuré mercredi n’être « candidate à rien », comme Alain Juppé l’avait fait la veille.

Le secrétaire général du MoDem et ancien dirigeant des Verts, Yann Wehrling, interrogé par l’AFP, a jugé de son côté « pas absurde l’idée » de succéder à Nicolas Hulot.

Simple remplacement de Nicolas Hulot ou remaniement plus large ? La presse spéculait mercredi, tandis qu’une source gouvernementale assurait à l’AFP qu’il n’y aurait sans doute pas de « grand chamboulement ».

Emmanuel Macron et Edouard Philippe, de même source, ne sont « pas pressés ». Le mouvement attendu ne devrait pas intervenir avant, au plus tôt, le retour du président de Danemark et de Finlande jeudi en fin de journée. Un conseil des ministres se tiendra par ailleurs vendredi matin à l’Elysée, mais le séminaire gouvernemental de rentrée qui était prévu dans la foulée a été reporté dans l’attente du remaniement.

Edouard Philippe a assuré mercredi dans un entretien au Dauphiné libéré qu’il y aurait toujours un ministre chargé de la Transition écologique, et que le gouvernement « ne changera(it) pas de cap ».

« Personne n’est irremplaçable »

Le choix est d’autant plus délicat que Nicolas Hulot restait dans plusieurs sondages la personnalité politique préférée des Français, malgré une forte érosion de sa popularité en raison de résultats qui tardaient selon eux à se concrétiser.

« Personne n’est irremplaçable »: Nicolas Hulot « a des qualités qui lui sont propres et la personne qui viendra dans ces responsabilités aura aussi des qualités propres », a estimé le délégué général de LREM Christophe Castaner mercredi sur France 2.

Son successeur devra être « quelqu’un qui ait un peu de convictions pour s’emparer des sujets » mais « aussi qui aime mettre les mains dans le cambouis », résumait mardi une source ministérielle auprès de l’AFP.

Les politologues identifient, eux, trois profils possibles: une personnalité issue de la société civile, un ministre technicien, ou un ministre plus « politique ».

A ceux qui pensent que l’exécutif aurait intérêt à ne pas opter pour un ministre issu de la société civile, Benjamin Griveaux répond que les membres du gouvernement affichant un tel CV – de Jean-Michel Blanquer (Education) à Elisabeth Borne (Transports) en passant par Muriel Pénicaud (Travail) entre autres – « ont des réalisations exceptionnelles ».

Pour le député LREM Aurélien Taché, « avoir des personnalités civiles est une des marques de fabrique de ce gouvernement ». Mais il note aussi dans un tweet qu »il y a assez peu de ministres politiques dans le gouvernement (…) sur les grands sujets sociétaux ».

Reste que pour Lucile Schmid, vice-présidente de la fondation La Fabrique écologique, quel que soit le choix final, « personne ne sera aussi crédible que » Nicolas Hulot.

L’EXÉCUTIF PROCÈDERA-T-IL A UN SIMPLE REMPLACEMENT, OU À UN REMANIEMENT PLUS VASTE ?

Une source gouvernementale a assuré mardi à l’AFP qu’il n’y aurait sans doute pas de « grand chamboulement » et qu’Emmanuel Macron et Édouard Philippe ne sont « pas pressés ».

« Opérer un large remaniement pourrait vouloir dire céder à la pression et reconnaître que des erreurs ont été commises, ce qu’Emmanuel Macron pourrait ne pas vouloir faire », note Jérôme Fourquet, directeur du département Opinion et stratégies d’entreprise de l’Ifop. « Il pourrait aussi ne pas vouloir déstabiliser l’édifice gouvernemental au moment où vont s’ouvrir les discussions budgétaires ».

Le mouvement attendu ne devrait pas intervenir avant, au plus tôt, jeudi en fin de journée, date du retour de Finlande du président, voire vendredi, ce que pourrait indiquer le report du séminaire gouvernemental qui était prévu dans la foulée du conseil des ministres vendredi matin.

La presse spécule depuis le départ de M. Hulot mardi sur le nom de son successeur. Mais le choix du gouvernement est compliqué par le « legs » d’un ministre populaire parti en claquant la porte car il se sentait seul à la manoeuvre sur le terrain environnemental, souligne Jérôme Fourquet. Le fait que « même » lui ait finalement « jeté l’éponge » montre que « la case d(‘un candidat issu de) la société civile est maintenant minée ».

Parmi les noms sur lesquels misent les observateurs, ceux de Pascal Canfin, ancien ministre de François Hollande et actuel directeur général de l’ONG WWF France, du secrétaire d’Etat à la Transition écologique Sébastien Lecornu, ou de Barbara Pompili (ex-Verts) et Michèle Pappalardo, directrice de cabinet de M. Hulot.

M. Canfin a lui-même ajouté à la liste jeudi le leader historique de l’écologie Daniel Cohn-Bendit, la directrice générale de la Fondation européenne du climat Laurence Tubiana, et le président de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) Arnaud Leroy.

« Prise de risque » ou discrétion

Le nom de Chantal Jouanno, présidente de la Commission nationale du débat public, ex-ministre et ex-présidente de l’Ademe, revient également, ainsi que ceux du président de l’Assemblée nationale François de Rugy, seul écologiste de poids dans la majorité, de l’ex-ministre de l’Environnement Ségolène Royal et de l’ancien Premier ministre et éphémère ministre de l’Ecologie en 2007 Alain Juppé.

M. de Rugy et Mme Royal ont assuré n’être candidats « à rien », comme Alain Juppé. Dans les rangs d’acteurs du milieu écologique, certains parient toutefois sur M. Juppé si le président parvient à le convaincre, mais aussi Mme Royal, qui connaît bien les dossiers et les rouages de la politique, et a la réputation de bien s’entendre avec Emmanuel Macron.

Ségolène Royal a appelé mercredi à « un sursaut » pour que « de cette crise sorte un progrès » et que la « France ne perde pas le leadership climatique ». Elle-même n’aurait « absolument pas » démissionné à la place de Nicolas Hulot, a-t-elle par ailleurs assuré.

Pascal Canfin a, lui, estimé jeudi qu’aucun des écologistes pressentis n’entrerait au gouvernement à moins d’un changement radical de politique en faveur de l’environnement.

Nommer un poids lourd comme Daniel Cohn-Bendit ou Ségolène Royal pourrait constituer une « prise de risque » trop grande après l’épisode Hulot, note aussi Adelaïde Zulfikarpasic, directrice de BVA Opinion.

L’exécutif pourrait ainsi préférer « un profil à la Blanquer: plus discret, plus technique, avec une connaissance parfaite des sujets », dit-elle en évoquant le CV du ministre de l’Education.

Autre piste, promouvoir un membre du gouvernement actuel pour marquer la continuité de l’action dans laquelle l’exécutif entend s’inscrire en matière de politique environnementale, avance-t-elle. L’hypothèse des secrétaires d’Etat Sébastien Lecornu et Brune Poirson serait alors favorisée.Quant à la possibilité qu’une personnalité issue des Verts, du PS ou du centre soit débauchée, Jérôme Fourquet note que « le vent est en train de tourner, la +Macronie+ n’est plus ce qu’elle était il y a six mois »: le temps où un Olivier Dussopt issu du PS était nommé secrétaire d’Etat à la Fonction publique s’éloigne, dit-il.

(Afp)

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