lundi , 19 août 2019
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France : Fracture au gouvernement Macron

Faute d’avancées environnementales suffisantes à ses yeux, l’imprévisible Nicolas Hulot quitte son poste de ministre de la Transition écologique après un peu plus d’un an, une annonce surprise qui porte un coup à l’exécutif en chasse d’un remplaçant.

« Nous faisons des petits pas, et la France en fait beaucoup plus que d’autres pays, mais est-ce que les petits pas suffisent… la réponse, elle est non », a-t-il considéré, prenant de court ses intervieweurs et avec eux toute la classe politique.

Faute d’avancées environnementales suffisantes à ses yeux, l’imprévisible Nicolas Hulot quitte son poste de ministre de la Transition écologique après un peu plus d’un an, une annonce surprise qui porte un coup à l’exécutif en chasse d’un remplaçant.

« Je prends la décision de quitter le gouvernement », a déclaré Nicolas Hulot en direct sur France Inter, se sentant « tout seul à la manœuvre » sur les enjeux environnementaux au sein du gouvernement.

« Nous faisons des petits pas, et la France en fait beaucoup plus que d’autres pays, mais est-ce que les petits pas suffisent… la réponse, elle est non », a-t-il considéré, prenant de court ses intervieweurs et avec eux toute la classe politique.

Alors qu’Emmanuel Macron est en déplacement à l’étranger jusqu’à jeudi, le Premier ministre Edouard Philippe a annoncé qu’il lui ferait « dans les jours qui viennent » des propositions sur un remaniement. Qui pour remplacer l’un des ministres les plus populaires ? Quelques noms circulaient mardi: son secrétaire d’Etat Sébastien Lecornu, le président de l’Assemblée nationale François de Rugy, le patron du WWF France Pascal Canfin.

Si le calendrier de l’annonce de Nicolas Hulot a surpris — beaucoup pensaient qu’il attendrait les arbitrages sur la future feuille de route énergétique avant de trancher –, son départ semblait inévitable. Pratiquement dès sa nomination, des écologistes doutaient de sa marge de manœuvre et craignaient que celui qui avait dit non à tous les prédécesseurs d’Emmanuel Macron ne soit qu’une « caution verte » du gouvernement.

« Je me surprends tous les jours à me résigner, à m’accommoder de petits pas », a noté l’ex-présentateur d' »Ushuaïa », espérant que sa démission provoquerait un « sursaut ».

Macron pas prévenu

Il n’avait prévenu ni le Président ni le Premier ministre, par crainte qu’ils ne le dissuadent « une fois encore » de partir.

Alors que Nicolas Hulot assurait mardi en avoir « terminé » avec ses ambitions politiques, soucieux de ne rien faire « pour nuire à ce gouvernement », le chef de l’Etat disait depuis Copenhague compter sur son engagement « sous une autre forme ».

Respectant la décision d’un « homme libre » et défendant le bilan du gouvernement « qui a fait plus qu’aucun autre dans la même période » en matière d’environnement, Emmanuel Macron a toutefois insisté sur le fait que « c’est un combat qui ne se fait pas du jour au lendemain »: « Il implique de se confronter au réel ».

Le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux a, lui, regretté le départ de Hulot, mais aussi son manque de « courtoisie » envers Edouard Philippe et Emmanuel Macron.

Côté successeurs potentiels, Sébastien Lecornu a assuré que « notre détermination à transformer le pays (…) est intacte ». « Celui ou celle qui lui succèdera à cette difficile responsabilité devra avoir pour lui la possibilité d’agir dans la durée », a insisté François de Rugy.

Nommé pour la première fois ministre en mai 2017, après avoir renoncé à une candidature à la présidentielle un an plus tôt, Nicolas Hulot avait dû avaler bien des décisions contraires à ses convictions, malgré certaines victoires symboliques comme l’abandon du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes.

Il avait notamment dû endosser le report de l’objectif de ramener la part du nucléaire dans la production d’électricité à 50% en 2025.

Un électrochoc ?

Et lundi, l’Elysée a annoncé la baisse du prix du permis de chasse de 400 à 200 euros par an, à l’issue d’une réunion à haut niveau qui a joué un rôle dans sa décision.

La présence du conseiller politique de la Fédération nationale des chasseurs (FNC), Thierry Coste, un « lobbyiste » qui « n’avait rien à faire là », a « achevé de me convaincre que ça ne fonctionne pas comme ça devrait fonctionner », a lancé le ministre démissionnaire.

A l’exception de Brigitte Bardot « ravie » du départ du ministre, l’humeur des défenseurs de l’environnement, qui s’interrogent sur la capacité d’un autre à faire mieux que Nicolas Hulot, était plutôt morose.

Greenpeace a dénoncé un « gâchis », tandis que le président de la Ligue de Protection des oiseaux (LPO) Allain Bougrain-Dubourg se sentait « orphelin ». Audrey Pulvar, qui a remplacé Hulot à la tête de la Fondation pour la Nature et l’Homme qu’il a créée, voudrait, elle, « croire » à un « électrochoc politique ».

Dans l’opposition, responsables de droite comme de gauche ont estimé que ce départ marquait la fin d’une « illusion » sur l’écologie. Le chef de file des Insoumis Jean-Luc Mélenchon a notamment qualifié ce départ de « vote de censure contre Macron ».

« Nommer des ministres pour faire de la communication n’est pas la meilleure idée », a commenté de son côté le président du groupe Les Républicains au Sénat, Bruno Retailleau.

LE DÉPART SOUDAIN DE HULOT ASSOMBRIT LA RENTRÉE DE L’EXÉCUTIF

Moins de deux mois après l’affaire Benalla, la démission surprise de Nicolas Hulot, en pleine rentrée politique, est un nouveau coup dur pour le gouvernement et Emmanuel Macron, au moment où sa popularité est au plus bas.

Un président de la République en déplacement à l’étranger, un porte-parole du gouvernement appelé à réagir quasiment en direct: après des mois d’atermoiements, le ministre de la Transition écologique a annoncé sur France Inter qu’il quittait le gouvernement. Ni Emmanuel Macron ni Édouard Philippe n’avaient été prévenus.

Pris de court depuis Copenhague, Emmanuel Macron a dit dans l’après-midi « respecter » la décision de Nicolas Hulot, « un homme libre » dont l’Elysée vante le bilan, et compter sur son engagement « sous une autre forme ».

Le journaliste de France Inter Thomas Legrand, qui a discuté avec M. Hulot avant l’interview, a évoqué sur BFMTV une réunion sur la chasse lundi à l’occasion de laquelle Emmanuel Macron, en réponse aux interrogations du ministre sur la présence du lobbyiste Thierry Coste, « aurait dit +je ne sais pas comment ce monsieur est rentré+ », a rapporté le journaliste. Nicolas Hulot a alors eu « le sentiment qu’on se foutait un petit peu de lui ».

L’exécutif « subit »

En misant sur Nicolas Hulot, Emmanuel Macron et Édouard Philippe « savaient qu’ils prenaient un risque car dès le départ Nicolas Hulot avait dit que si ça n’allait pas assez vite, il partirait », rappelle Daniel Boy, chercheur au Cevipof.

Cette démission arrive comme « une nouvelle difficulté, et ça continue de donner le sentiment qu’après un an où l’exécutif avait la main, depuis l’affaire Benalla, il subit. Il subit l’affaire Benalla, il subit les mauvais chiffres de la croissance, il subit l’équation budgétaire difficile, et aujourd’hui il subit – puisqu’il l’apprend à la radio – la démission de Nicolas Hulot », énumère Bernard Sananès, président de l’institut Elabe.

« Ce n’est jamais agréable de perdre quelqu’un qui a une liberté de ton, dont on connaît la sincérité de l’engagement sur ces sujets », admet une source gouvernementaile, mais « ce qui change la vie des gens, ce n’est pas le nom du ministre mais ce sont les politiques mises en œuvre ».

La même source confesse ignorer « comment l’opinion va réagir » au départ de M. Hulot.

A en croire Frédéric Dabi, directeur général de l’Ifop, c’est d’abord au prisme des dossiers économiques et sociaux, et pas de la question climatique, que l’efficacité du pouvoir est évaluée. Après l’affaire Benalla, l’impact pour Emmanuel Macron serait d’abord symbolique : « Sur des affaires extrêmement différentes, Emmanuel Macron perd ce qui était une de ses forces: la gestion de l’agenda médiatique », explique le sondeur.

Nicolas Hulot, caution écologique de ce début de quinquennat Macron, qui avait refusé d’entrer dans de précédents gouvernements, restait selon plusieurs instituts de sondage la personnalité politique préférée des Français. Ceux-ci étaient toutefois partagés sur l’efficacité de l’action du ministre.

Reconnu ou technique

Qui pourra remplacer ce ministre-clé dans l’édifice gouvernemental ? « Pour être ministre de l’Environnement, il faut avoir un poids politique », souligne Daniel Boy.

Premier profil évoqué par les politologues, « un écolo connu et reconnu », dit M. Boy, notant que « le seul qui reste en poste et qui est Macron compatible, c’est François de Rugy », le président de l’Assemblée nationale.

Autre solution, un ministre « technicien », compétent mais pas forcément connu du grand public. Ou un ministre plus « politique », à l’image du secrétaire d’État à la Transition écologique Sébastien Lecornu, ancien maire d’Évreux.

Reste que le prochain ministre « ne pourra pas du point de vue de la surface médiatique, dans son rapport aux Français, complètement éclipser Nicolas Hulot », souligne Frédéric Dabi. »Il ne faut pas se dire qu’il faut trouver le même », affirme la source gouvernementale interrogée par l’AFP, en soulignant la singularité et la très forte personnalité » de Nicolas Hulot, avant d’esquisser un profil a priori plus modeste : « Quelqu’un qui ait un peu de convictions pour s’emparer des sujets, mais aussi quelqu’un qui aime mettre les mains dans le cambouis ».

(Afp)

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