mercredi , 16 octobre 2019
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Canada isolé ? : Accord commercial Mexique – les États-Unis

Les États-Unis et le Mexique ont annoncé un accord commercial lundi après de longues semaines de négociations, espérant maintenant que le Canada pourra se joindre à eux pour donner naissance à l’accord de libre-échange nord-américain Aléna version 2.0.

Le président américain Donald Trump a tenu à annoncer ce « très bon accord » avec le Mexique dans le cadre solennel du Bureau ovale mais avec une touche « trumpienne »: son homologue mexicain, le président Enrique Peña Nieto, était sur haut-parleur au téléphone pendant toute l’annonce.

Il a fallu des semaines de discussions aux négociateurs des deux pays pour arriver à se mettre d’accord sur un texte qui touche à l’automobile –l’un des principaux contentieux–, l’agriculture, le droit du travail ou encore la propriété intellectuelle.

M. Trump a souvent eu des mots durs à l’encontre de la politique du Mexique et il a accusé le pacte de libre-échange nord-américain d’avoir détruit de nombreux emplois américains, étant selon lui responsable des délocalisations vers le Mexique où le coût salarial est moins élevé.

Le Canada –lui aussi signataire de l’accord de 1994– n’a pas participé à cette phase des négociations, préférant laisser le Mexique et les Etats-Unis régler leurs différends, bien plus nombreux.

Mais le Premier ministre canadien Justin Trudeau et M. Trump ont eu lundi une « discussion constructive » après l’annonce de l’entente entre Washington et Mexico, selon le cabinet du dirigeant canadien.

Et Chrystia Freeland, la ministre des Affaires étrangères en charge de ce dossier ultra-stratégique, doit venir dès mardi à Washington pour négocier, a indiqué à l’AFP son porte-parole. Il a ajouté que le Canada ne signerait l’accord que si celui-ci « est bon pour le Canada et la classe moyenne ».

Dans le Bureau ovale, Donald Trump a semé quelque peu le trouble en évoquant un accord uniquement bilatéral avec le Canada, ce qui signerait concrètement la mort de l’Aléna.

Concession

Larry Kudlow, le conseiller économique en chef du président Trump, a salué l’accord comme étant « une grande victoire pour la croissance et la prospérité ».

« Espérons que le Canada va examiner attentivement cette bonne négociation », a-t-il lancé à l’attention d’Ottawa. « Nous avons nos différends, on les connaît », a-t-il poursuivi, rappelant explicitement qu’en cas de désaccord avec le Canada, Donald Trump envisageait d’imposer des taxes douanières sur les voitures.

« Notre aspiration, notre préférence est que (l’accord) soit trilatéral. C’est ce qui est convenu avec les Etats-Unis », a souligné Jesus Seade, le conseiller économique du président mexicain élu Andrés Manuel Lopez Obrador, présent pour une bonne partie des négociations.

De plus, selon les indications des services du Représentant américain au commerce (USTR), Washington a abandonné l’idée de la clause dite crépusculaire qui prévoyait une renégociation du nouvel accord tous les 5 ans, au profit d’une nouvelle formule qui allonge la durée de vie de l’accord.

Cette concession américaine est un signal positif pour Ottawa, qui comme Mexico était totalement opposé à cette clause.

Du côté des industriels et détaillants américains, on pressait aussi l’administration Trump de bien inclure le Canada dans le nouvel accord.

Ainsi l’organisation industrielle National Foreign Trade Council (NFTC) qui comprend 300 grandes compagnies a réagi lundi en rappelant qu’il était « essentiel que tout Aléna modernisé continue à inclure les trois partenaires nord-américains ».

Pour la Fédération nationale des détaillants (NRF) également, préserver le pacte trilatéral est primordial. « L’Aléna soutient des millions d’emplois aux Etats-Unis et permet aux familles américaines d’avoir accès à davantage de produits à des prix plus bas », affirme la Fédération.

La Bourse de New York a salué l’accord en fanfare, les indices Nasdaq et S&P 500 atteignant de nouveaux records.

Sur le marché des changes le peso et le dollar canadien se sont nettement raffermis par rapport au dollar américain, qui perdait aussi du terrain face à la monnaie unique européenne.

L’un des points les plus importants de cet accord Etats-Unis/Mexique concerne le secteur l’automobile.

Les deux pays ont mis à jour les règles d’origine pour encourager « le secteur manufacturier américain (…) en exigeant que 75% du contenu des automobiles soit issu des Etats-Unis et du Mexique ». Auparavant, le contenu nord-américain devait porter sur 62,5% des composants automobiles.

L’accord requiert en outre que 40% à 45% du contenu d’une automobile soit produit par des travailleurs gagnant au moins 16 dollars de l’heure.

Les représentants mexicains étaient impatients de signer un nouveau traité avant la fin du mois, c’est-à-dire cette semaine, car ils veulent avoir l’approbation du corps législatif avant que le nouveau président mexicain élu, Andrés Manuel Lopez Obrador, ne prenne ses fonctions le 1er décembre.

NÉGOCIATIONS ETATS-UNIS – CANADA

Les négociations commerciales entre les Etats-Unis et le Canada vont entrer dans le vif du sujet mercredi à Washington, a annoncé mardi la ministre canadienne des Affaires étrangères, estimant que l’accord entre Washington et Mexico a bien préparé le terrain pour arriver à un accord de libre-échange nord-américain rénové et à trois.

Chrystia Freeland, arrivée dans l’après-midi dans la capitale américaine, a eu une première brève réunion avec le Représentant américain au commerce, Robert Lighthizer. « Nous avons décidé d’avoir des conversations plus en détail au niveau des enjeux spécifiques demain (mercredi, ndlr) matin », a-t-elle déclaré à la presse à sa sortie.

L’accord conclu par Washington et Mexico, annoncé lundi par le président Donald Trump, « prépare le terrain » pour un nouveau traité commercial nord-américain, grâce notamment aux « compromis assez difficiles » du Mexique sur le travail et les règles d’origines des automobiles, a souligné Mme Freeland.

D’ici là, les négociateurs canadiens doivent rencontrer leurs homologues mexicains « ce soir » dans la capitale américaine, a indiqué la ministre canadienne.

« Nous espérons le meilleur, mais nous sommes toujours prêts à tous les scénarios », a-t-elle fait valoir.

Le Premier ministre canadien avait également donné de la voix sur ce dossier qui est crucial pour les économies des trois pays étroitement imbriquées depuis l’entrée en vigueur de l’Aléna en 1994.

« Nous allons travailler de bonne foi, de façon constructive (…) mais nous n’allons signer qu’un accord qui est bon pour le Canada », a déclaré Justin Trudeau.

Le secteur laitier canadien semble déjà au coeur des exigences américaines dans ces négociations. Alors qu’un conseiller économique du président Trump, Larry Kudlow, a d’ores et déjà exigé d’Ottawa d’intégrer ce secteur dans les négociations, M. Trudeau a promis qu’il le défendrait.

Le lait de la discorde ?

« Nous défendrons la gestion de l’offre », un système par lequel Ottawa contrôle la production et le prix du lait produit par les éleveurs canadiens grâce à des quotas annuels, qui leur assurent des revenus stables et prévisibles. Les Etats-Unis réclament le démantèlement de ce système.

« Ils ont du mal avec le mot +lait+, avec tout ce qui relève du lait ou du secteur laitier », a ironisé le conseiller du président Trump. « Ils ont ce système planifié géré par le gouvernement », a-t-il critiqué ajoutant que les tarifs douaniers du Canada sur les produits laitiers américains montaient « jusqu’à 300% ». « Ils vont devoir corriger cela », a lancé M. Kudlow.

Entre le Mexique et les Etats-Unis, il a fallu des semaines de discussions pour arriver à se mettre d’accord sur un texte qui touche à l’automobile (l’un des principaux contentieux), l’agriculture, le droit du travail ou encore la propriété intellectuelle.

M. Trump juge l’Aléna « désastreux » pour les Etats-Unis et responsable entre autres d’avoir détruit de nombreux emplois américains.

Le Canada qui est lui aussi signataire de l’accord de 1994 n’avait pas participé à cette phase des négociations, préférant laisser le Mexique et les Etats-Unis régler leurs différends, bien plus nombreux.

Pour le secrétaire américain au Trésor Steven Mnuchin, l’objectif est désormais « d’intégrer rapidement le Canada à l’accord ».

« Les marchés américains et canadiens sont très imbriqués. Il est important pour eux d’obtenir cet accord et c’est aussi important pour nous », a déclaré mardi M. Mnuchin.

« Je pense que nous réussirons (…) et si nous n’y parvenons pas, nous irons de l’avant avec le Mexique et nous conclurons ensuite un accord séparé avec le Canada », a-t-il prévenu.

Donald Trump a quelque peu semé le trouble en évoquant un accord uniquement bilatéral avec le Canada, ce qui signerait concrètement la mort de l’Aléna.

Mais le Premier ministre canadien Justin Trudeau et M. Trump ont eu lundi une « discussion constructive », selon le cabinet du dirigeant canadien. Outre Mme Freeland, M. Trudeau a également dépêché mardi à Washington, dans son équipe de négociateurs, son plus proche conseiller, Gerald Butts.

Le président élu mexicain, Andrés Manuel Lopez Obrador, qui prendra ses fonctions le 1er décembre, a estimé qu’il était « important que le gouvernement du Canada soit appelé, comme c’est déjà le cas », à se joindre à l’accord, « pour que l’Accord de libre-échange nord-américain soit maintenu ».Les représentants mexicains espèrent signer un nouveau traité avant la fin du mois car ils veulent avoir l’approbation du corps législatif avant que le nouveau président mexicain élu ne prenne ses fonctions.

(Afp)

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